Hot-Rod Oldsmobile’48 Black-Magic…

A force d’avoir vu des machines invraisembla­bles dans divers magazines américains, particulièrement dans « Hot-Rod » que j’avais découvert au hasard d’un de mes voya­ges, j’ai résolu, un matin, de me lancer avec passion dans le Hot-Rodding.
C’était en 1977, j’avais 28 ans.

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Sur base de toute une série de dessins et plans, c’est mon ami carrossier Yves Duroisin (situé à Tournai/Belgique) qui a entreprit de modifier radicalement l’Oldsmobile Sedan 4 portes 1948, très délabrée, que j’avais acheté auprès d’un passionné de voitures américaines : Michel Haeutpli.
La voiture fut désossée totalement… et devant le peu d’intérêt mécanique de cette antiquité, nous avons décidé de rebâtir l’Oldsmobile 1948 sur un châssis repensé, plus performant et de l’équiper d’un moteur-boîte auto de Plymouth Fury III qui était en très bon état, à vendre dans la même région…

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Elle coûtait trois Francs et six Sous, son V8 crachait le tonnerre, l’affaire fur rondement menée, la Plymouth Fury fut ramenée le même jour et démontée entièrement le week-end…
Ce n’est qu’en cours de travaux, que l’idée d’exposer ce premier Hot-Rod Continental Européen au salon de l’automobile de Bruxelles qui aurait lieu en janvier 1978…, a germé dans nos cerveaux embrumés…

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Pendant qu’Yves Duroisin s’appliquait en mécanique et carrosserie, j’ai contacté la direction du salon qui s’est montrée enthousiaste, exigeant que je loue un emplacement de deux voitures au minimum…
J’ai donc proposé à Guy Storr, l’importateur Excalibur à Monaco pour l’Europe, de venir tous frais de stand payés par mes soins, exposer une Excalibur SSK à coté du Hot-Rod Olds’48…, mais il n’a marqué son accord que si j’acceptais qu’il expose son Excalibur 35X… et pas une SSK !

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Durant ce temps, l’Odsmobile 1948 Sedan 4 portes, devenait un coupé 2 portes avec un toit surbaissé de la moitié de sa hauteur, ce qui, sans calcul particulier, amena la pente arrière du toit à former un ensemble homogène avec la ligne de coffre intouchée.
L’intérieur suivit le même che­min, avec : un tableau de bord quasi intouché (sauf l’adapta­tion des compteurs de la plymouth Fury III)… et le siège banquette arrière de cette même Fury aménagé en siè­ge/banquette avant, 4 jantes « ET » destinées à une Mustang, furent montées avec des pneus BfGoodrich… et, pour suivre la tendance de l’époque deux « side pipes » (échappe­ment latéraux) furent fixés en bas de caisse, ce qui coûtait d’ailleurs moins cher qu’une li­gne d’échappement tradition­nelle.

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Restait la peinture. Yves Duroisin appliqua un noir à l’ancienne, et moi…, personnellement, en personne (sic !), je me suis lancé dans la confection des flam­mes.
Le tout fut poli puis poncé jus­qu’au moment ou l’ensemble paru recouvert de vernis.
Le premier Hot-Rod d’Europe Continentale était né…
C’était radical… et quoique pa­raissant compliqué, c’était fort simple, malgré que des centai­nes d’heures de travaux furent nécessaires pour donner à cet engin, une allure convenable.

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Quelques semaines plus tard l’Oldsmobile 1948 était expo­sée au salon de l’auto de Bruxelles aux côtés de l’Excalibur 35X de Guy Storr.
L’idée de commercialiser des voitures exotiques, avait fait son chemin dans ma tête… et j’imaginais que, grâce au salon, la société Drag-Cars que je venais de créer, allait m’enrichir et me porter au delà des nues…
Le bilan commercial de ce sa­lon fut nul !
Par contre, le retentissement fut énorme.

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Toute la presse a en effet publié des photos « du monstre » avec des commentaires élogieux pour notre tandem De Bruyne/­Duroisin, tout en se demandant quel pouvait être l’avenir d’un engin aussi bizarre…
Yves Duroisin, après le salon, a préféré baisser sa garde, me demandant de lui rembourser sa quote-part… et il s’en est retourné à ses activités classiques de carrosserie… et je me suis retrouvé bien seul dans la grande aventure de la vie…

Au milieu des centaines de contacts obtenus lors du salon, est sorti le nom de Serge Nicolas, un cinéaste en deve­nir qui cherchait une voiture spéciale dans le cadre de son film « Concerto pour un homme seul ».
J’ai conclu avec lui un accord pour que l’Olds’48 devienne la vedette du film.

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Après plusieurs mois de tour­nage, entrecoupés de sollici­tations diverses en vue de commercialiser des Hot-Rods ou de fabriquer des voitures hors du commun, le nouveau Tandem Serge Nicolas/Patrice De Bruyne s’est mis à construire une voiture, plus simple que l’Oldsmobile mais tout aussi extravagante, au départ d’une Simca Versailles V8.
Le coté artistico-satirique débridé de Serge Nicolas a amené cet engin dans des limites non encore atteintes par les plus farfelus Hot-Rods à ce jour, à savoir une tête gran­deur nature sur le capot avant (gag !) et une sculpture incluant une guitare sur le coffre arrière (sic !), d’où le nom « Hot-Rock » de cet engin.

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Portés par le vent de la folie, nous sommes allé exposer l’Olds’48 et la Simca Versailles « Hot-Rock » dans le paradis des amateurs du genre en Europe : à Londres, plus précisément au Custom Car show 1979.
L’Oldsmobile y fut appelée « Black-Magic » par les journa­listes spécialisés en custom-cars et Hot-Rods… et fit la une de toute la presse Custom britannique, non sans préalablement avoir glané la plus haute récompense du show !

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Oui mais…, tous ces honneurs n’amenaient pas nécessaire­ment du beurre dans mes épi­nards… et à vrai dire, pas d’épinards du tout dans mon assiette, malgré que j’oeuvrais depuis deux ans dans l’agence de publicité Norman Craig & Kummel pour Pirelli, Cristal d’Arques et British American Tobacco…
Voilà donc l’absurdité de l’af­faire…, une notoriété indiscu­table… et parallèlement un échec commercial total et abso­lu !
Le K.O. !

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Au plus noir du désarroi, en­trecoupé de ma nouvelle amitié avec Jean-loup Nory (grand journaliste français de voitures spéciales mais malheureusement décédé par overdose de custom quelques années plus tard), qui m’avait ouvert la porte de la France grâce à un article élogieux dans le magazine « Auto-Journal », j’ai eu l’idée de concevoir la publicité de la nouvelle cigarette « Viking » autour et alentours du Hot-Rodding… et de mes voitures !
Fin de la première partie !

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Après un certain temps je viens à mon boulot au volant de l’Olds ’48 « Black-Magic »……, je suis considéré dès lors comme un « créatif de génie », je me retrou­ve dans les sphères pensantes de l’agence… et le gros budget « Viking » m’est confié.
Faisant copain-copain avec le Big-Boss de la British American Tobacco Belgique, je sors des sen­tiers et chantiers battus en pro­posant de cibler la cigarette Malboro et d’y substituer le concept Cow-Boy à l’ancienne par un concept Cow-Boy Mécanique, Mad-Max avant la lettre… !

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La campagne débute, des filles blondes et noires (les compo­santes du tabac Viking) ha­billées en Viking (style Mad­-Max) circulent… dans l’Oldsmobile’48 « Black Magic » et offrent des ci­garettes aux gens ébahis…
C’est le succès.

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Je suis chargé d’organiser la présentation de la nouvelle cigarette Viking à la presse, aux grossistes et à divers pontes internationaux…
Je propose un voyage en Avion 300 personnes vers Nice, direction Monaco, ou plus précisement « Le Vistaéro », restaurant nid-d’aigle surplombant Monaco…

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B.A.T. accepte simultanément mon offre de créer une flottille de vé­hicules personnalisés aux cou­leurs de la marque.
C’est le délire, l’idée de ne pas utiliser les schémas classiques publicitaires mais de viser quasi exclusivement le style, l’ambiance du Hot-Rodding… comme continuation et dépassement du vieux cow-boy Marlboro, a rendu tout le monde euphorique…
Il faut une flottille de Hot-Rods le plus vite possible…

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J’achète pour ce faire une Ford Taunus 1950…, la fait transformer de A à Z… et en confie la décoration à un certain Jean-Jacques Maquaire.
Sa peinture style drakkar Viking rend enthousiaste la direction de B.A.T.

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C’est la consécration…
Entretemps, l’Olds’48 et la Simca Versailles avec leurs peintures « flammes » sont exposées dans deux Racing-show, dont celui de Bruxelles voit son affiche avec l’Olds’48 dessinée par Jean Graton (le « père » de Michel Vaillant)…
Le Hot-Rodding commence à être connu partout en Belgique…

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Jean-Jacques Maquaire reçoit la mission de redécorer l’Oldsmobile ’48 et l’abominable Simca Versailles « Hot­-Rock » dans le même thème Viking.
Adieu les flammes…, l’Olds’48 n’est plus « Black Magic » mais « Viking »…

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Mais bon…, comme l’argent rentre à flots, je ne vais tout de même pas fermer les vannes (double sens)…
C’est dommage, car les flammes étaient bien plus dans l’esprit « Rod » que les peintures « Viking » customizées…
L’Olds’48 et la Taunus, escortées par l’ineffable Simca Versailles « Hot-Rock » et par des Chop­pers, sont ensuite exposées dans divers salons, dans les halls de gare… et partout ou il est possible de capter l’atten­tion du public.
Des bataillons de filles noires et de filles blondes distribuent des prospectus (des leafleet) contant l’aventure du Hot-Rodding…

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Cela me donne l’idée de publier un magazine sur le thème des Hot-Rods et Custom-Cars : « Pretty-Cars »… dans lequel le contenu des prospectus forme des articles…
B.A.T. suit le mouvement et loue la dernière page de publicité…
L’aventure Viking va débouler en presse…

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Le « hic » de l’histoire c’est que je joue cava­lier seul, emporté par moi-même, je fais fi des désirs de l’agence N.C.K. d’utiliser une campa­gne publicitaire classique qui est plus rentable… pour l’agen­ce !
C’est à cause des rétro-commissions…
Par exemple, au plus on commande de spots radio sur RTL, au plus la com’ de l’agence de pub est importante…, idem pour la presse, l’affichage et le cinéma…
Le chargé de la pub au sein de l’entreprise cliente de l’agence, en perçoit également une part…
Je commence donc à avoir des ennemis, des jaloux, des frustrés…
Coup de chance pour l’agence, le directeur de B.A.T. Belgique, chargé de l’opération Viking et envoûté par le futur gourou du custom (moi !), est muté en tant que directeur général pour l’Amérique du sud !
Je me retrouve seul…

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En quelques jours mon sort est réglé…
Je suis viré avec une énooooorme indemnité, mais mieux encore, on me paie une autre énooooorme indemnité pour reprendre tous les Rods…
Un contrat me laisse seul maître à bord, je suis même désigné comme seul propriétaire de l’idée, du concept et de tout ce qui va avec…
Tout, du moment que je parte…
L’agence de publicité va alors changer le concept Viking du tout au tout…, pavés dans la presse quotidienne (avec rétro-com’s), pubs sur RTL radio (avec rétro-com’s) et autres… (toujours avec rétro-com’s)…

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Je vous l’écris avant d’aller plus avant…, la nouvelle campagne de publicité « Viking » sera un FLOP gigantesque, la marque de cigarette « Viking » va disparaitre 3 ans plus tard… en même temps que N.C.K. Belgique va faire faillite…, tandis que mon idée de magazine va déboucher sur Chromes&Flammes, 500.000 exemplaires mensuels en 5 langues/pays…
Imaginez si B.A.T. serait resté partie au concept, jusqu’ou tour cela serait-il allé ?
Bon…
Fin de la seconde partie…

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J’en reviens au moment ou j’ai été viré et ai récupéré les Hot-Rod’s…
Bien…
Je rencontre Philippe DeBarles ainsi que son acolyte Gilles Gaignaut… et, avec partie de mes indemnités de rupture de contrat chez N.C.K., on monte la première course de Dragster en France sur le célèbre circuit des 24 heures du Mans.

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Le reste de l’histoire fait partie de l’histoire (gag !)…
La première vie de l’Olds’48 vous a été contée ci-dessus (peintute enflammée), c’est la période avant la création de Chromes&Flammes.
La seconde vie de l’Olds’48 a déjà fait l’objet d’un article (peinture dragon vert), c’est la période qui va de pair avec Chromes&Flammes.

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Elle était en cours de reconstruction au garage Anfo-Motors de Bruxelles (qui avait déjà reconstruit la Taunus), lorsque tous les accessoires ont été volés (y compris les jantes)… et peu après le garage Anfo-Motors a fait faillite et l’Olds’48 a disparue temporairement, puis est réapparue dans une casse automobile dans un état de délabrement épouvantable…

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L’Oldsmobile aurait du avoir une troisième vie, équipée du V12 du Trike (dont le châssis roulant avait été vendu à Daytona-Garage dans le Var), capot (en tôle) élargi ouvrant en « Flip-Front » (comme une Jaguar Type-E), feux et clignotants « frenchés », bas de caisse arrondis vers l’intérieur (également comme une Jaguar Type-E), trains roulants Jaguar V12, portes à ouverture style « Countach »…

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Je n’avais d’autant plus envie de continuer ce cirque, qu’en même temps le fisc me réclamait 118.000.000 pour la seule année 1985… et qu’il me faudra 8 ans pour gagner en justice contre l’Etat…
Il y a eu un arrangement amiable via nos avocats respectifs et l’affaire en est restée là…
A ce moment-là, j’en avais plus que ras-le-bol de tout ça…, tout dans la vie ne tient qu’à un fil…, j’ai fait évoluer C&F et en ai décliné des versions dans le monde entier… et me suis occupé de voitures de collection dans des ventes aux enchères…. un autre monde !
J’y ai appris les avocats, les faux culs et faux amis, ceux et celles qui vous lanternent pour vous faire les poches comme des putes pendant qu’on dors d’avoir joui… pas un, pas une qui vaille la peine d’une émotion sincère…

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Voilà…, Maintenant, après 35 ans de folies et conneries, c’est la retraite, que du bonheur…, c’est pas plus et pas moins…
De l’époque Chromes, en Bagnoles, il ne me reste le C’Cab Novel’T… qui décore mon bureau, comme un jukebox d’un autre âge…
Ahahahahahahahah !