Italian Car Passion : Les belles italiennes s’exposent à Autoworld…
Par Marcel PIROTTE

Ah, ces belles italiennes, on ne s’en lasse jamais. Toujours élégantes, bourrées de classe, des courbes à n’en plus finir, elles  font tourner bien des têtes. Et même si bien souvent, elles coutent les yeux de la tête à l’entretien, on ne s’en lasse jamais. Quand on aime, on ne compte pas, le refrain est bien connu.

Mais bande de petits coquins, je vois déjà que vos yeux pétillent, mais ne vous y trompez pas, je ne vous parle pas de la gent féminine mais bien de ces automobiles de collection, celles qui font rêver bien des nostalgiques de la belle époque. Et ça tombe bien puisqu’elles ont décidé de s’exposer à Autoworld (Bruxelles) jusqu’à la fin janvier 2016. 
Ne tournons pas autour du pot, bravo messieurs les organisateurs. Vous avez réussi à rassembler une belle brochette de voitures, pas loin de 80,  hors du commun venant de musées, de collections privées et de particuliers. En outre, quelle bonne idée d’avoir reconstitué via des décors de théâtre quelques morceaux de cette Italie ô combien pétillante et passionnée.  

Les « piazzas », arrière-cours  et autres coins nostalgiques, des monuments assez emblématiques, il n’enfallait pas plus pour remettre dans leur contexte ces joyaux de la construction automobile transalpine. Rien que du bonheur de découvrir ou de redécouvrir ces « bella macchina »  mais surtout de se replonger dans l’ambiance de ces années un peu folles.

Celles de l’après-guerre des années cinquante. Celles où il fallait remettre l’Italie sur quatre roues avec l’aide de Fiat, Alfa Roméo mais également celles où il fallait renouer avec le prestige de la compétition via Ferrari, Maserati, Lancia sans oublier des carrossiers qui ont l’art de sublimer au plus au point le design automobile, tels Pininfarina, Bertone, Touring, Zagato…

Et ne parlons pas de tous ces concours d’élégance où les belles italiennes écrasent littéralement la concurrence alors que de nouvelles marques ont fait leur apparition, Abarth, Bizzarrini, Lamborghini, De Tomaso… Il fallait recréer cette ambiance, Italian Car Passion l’a fait, une exposition à ne manquer sous aucun prétexte…, Autoworld acquiert lentement mais sûrement de belles lettres de noblesse. 
En parcourant cette exposition bien avant tout le monde, je n’ai pu m’empêcher de  sourire en retrouvant le « taxi » Fiat Multipla des années soixante, un monovolume avant l’heure, 250.000 exemplaires ont été produits…, sans oublier le break Alfa Giulia de couleur blanche qui servait notamment de véhicule d’intervention et de dépannage chez l’importateur alors que les petites Vespa et autres motos Guzzi me ramenaient sur deux roues.  
Que dire aussi de ces petites marques inconnues du grand public, Asa, Autobianchi, Iso Rivolta, Siata, Moretti, Cisitallia, mais aussi de ces réalisations peu connues comme le pick-up Lancia Appia, Camioncino, (petit camion), fabriqué à près de mille exemplaires au milieu des années cinquante, il était animé par un V4 1100 cm3 de 36 chevaux. De belles découvertes pour ceux qui veulent encore en savoir davantage à propos de ce mélange de passion… et de cacophonie, où les conflits  se règlent  bien souvent autour de la machine à expresso … 
J’ai voulu avant tout vous faire partager mes coups de cœur avec des choix  qui vont parfois à l’encontre de ceux qui ne jurent que par les Ferrari et autres Maserati dont les « classiques » deviennent véritablement hors de prix. Evidemment une Ferrari 275 GTS roadster de 1965 avec Faye Dunaway comme passagère, cela en impose mais une Fiat 500 Giardiniera, ce mini break des années soixante, c’est aussi sympa et puis nettement moins cher.  
Tout comme d’ailleurs le mini roadster Autobianchi Bianchina à mécanique de Fiat 500. J’ai toujours eu un faible pour le Spider Alfa Duetto des années soixante. Le vrai, celui à propulsion, il n’a pas pris une seule ride, comme celui de Dustin Hoffman dans le film « le lauréat ». Le nouveau roadster 4C  à moteur central aura bien du mal à le remplacer, trop exclusif sans doute mais une véritable machine plaisir destinée à des Alfistes purs et durs.  
Que dire alors de cette Alfa Disco Volante réinterprétée en 2013 par le carrossier Touring sous la direction du designer belge Louis de Fabribeckers. C’est aussi un autre Belge, un « bagnolard » dans l’âme, passionné de belles mécaniques, grand capitaine d’industrie, qui a ramené la carrosserie Touring à la vie, merci M. Roland D’Ieteren.  
L’ASA RB 613, c’est une Ferrari en réduction mais la mayonnaise n’a pas pris, dommage, c’était une bonne idée. Tout comme celle de doter le coupé Bizzarrini de moteurs V8 GM mais celle de l’équiper de moteurs Opel a sans doute provoqué la chute d’une marque chère à Giotto Bizzarrini.  
Que dire alors de cette De Tomaso Mangusta à moteur V8 Ford, la mangouste n’a pu dévorer le Cobra de Carroll Shelby…, aux States, ce nom est toujours bien vivant, une Mustang Shelby, ça en impose…
En feuilletant l’album aux souvenirs des marques italiennes disparues, l’Iso Rivolta Grifo était vraiment un très beau coupé dessiné par Giugiaro, la marque fondée par Renzo Rivolta ayant également reçu l’aide technique et les conseils de Bizzarrini. Malgré l’apport d’un bloc V8 de Corvette, ce coupé GT ne se vendra qu’à 400 exemplaires…, mais quelle belle auto.  
Tout comme d’ailleurs les Maserati Ghibli de la fin des années soixante ainsi que le coupé Mistral, depuis lors, Maserati n’a pu faire aussi bien. A l’inverse de Lamborghini qui au fil de ces cinquante dernières années avec ce bouillant Ferruccio Lamborghini aux commandes et surtout depuis que le groupe VW est aux commandes, la firme de Sant ’Agata Bolognèse ne s’est jamais  aussi bien portée. 350 GT, Miura, Countach, Murcielago et maintenant Aventador et Huracan, des voitures sport hors du commun,   témoignent de la vitalité de ce constructeur qui demain va sortir un gros SUV. Pour un fabricant de tracteurs à la base, une sorte de retour aux sources…

Au fil des ans, le groupe Fiat s’est dilué, plus tellement italien, plutôt américanisé. Aujourd’hui, il faut évoquer FCA, Fiat Chrysler Automobiles. N’empêche que par le passé bon nombre de modèles Fiat nous ont fait rêver dont les sportives XI/9 à moteur central sans oublier le spider 124 Sport qui a ramené le constructeur turinois au top de la compétition automobile, en rallyes notamment. Pour 2016, cette 124 Sport va revivre sous la forme d’un adorable petit roadster deux places dont la base provient de la Mazda MX-5, elle sera d’ailleurs fabriquée au Japon mais son moteur, un 1400 turbo de 140 chevaux sera lui bien italie. Et d’évoquer déjà une version Abarth de 180-190 chevaux, il n’y a qu’un pas à franchir. 

D’autres Fiat méritent également le détour, comme le coupé 1100 TV Allemano de 51 chevaux, né au milieu des années cinquante. Une petite merveille au niveau du design. Tout comme d’ailleurs les coupés Fiat à moteur V8, les fameux  « Otto Vu »  de seulement deux litres de cylindrée et 115 chevaux. Un moteur qui avait été étudié au début des années cinquante par Dante Giacosa, l’ingénieur en chef…. et qui devait prendre place dans une berline de luxe. Il n’en sera rien et au lieu de jeter ce superbe V8 à la poubelle, il va équiper de très nombreux coupés dont celui dessiné par Rapi, la « Factory car » produite à 114 exemplaires en deux ans.

Ghia va également s’intéresser à ce V8 qu’il va installer dans le coupé Supersonic qui malgré des galbes invraisemblables ne va connaître le succès, trop américain sans doute. Et puis, il y a les versions Zagato, une bonne trentaine, toutes différentes les unes des autres car littéralement façonnées à la main. Des modèles très recherchés par les collectionneurs tout comme d’ailleurs ceux créés par Bertone avec cette splendide Split window, Vignale s’y est aussi intéressé. Rien que ces Fiat V8 méritent largement le détour … 
Et pour terminer, évoquons le cas Lancia, son créateur Vincenzo doit une nouvelle fois se retourner dans sa tombe. On a littéralement galvaudé son héritage  tout cela parce qu’on n’a pas compris que cette marque méritait beaucoup mieux que d’être assimilée à des Fiat de luxe. Devant ces machines de rallyes, Delta Integrale, Stratos et bien d’autres, comment en effet ne pas réagir et se dire que finalement, Lancia méritait  une fin de vie nettement plus grandiose. Telle une marque qui va littéralement sombrer dans l’oubli, quel gâchis !

Vous l’aurez compris, Italian Car Passion va vous faire rêver, c’est le but recherché : « Buona visita ».
L’Aurélia Spider et le coupé Vignale, ça au moins, c’étaient des machines de grand tourisme. Comment non plus ne pas rêver devant ce superbe coupé Flaminia dessiné par Pininfarina ou la Super Sport concoctée par Zagato, Marcello Mastroianni avait été séduit par son tempérament, heureux homme, ce très grand acteur italien avait vraiment bon goût…
Marcel PIROTTE
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