« Quand un homme est engagé sur une piste de course, il ne peut prendre le temps de faire l’amour »…
« J’ai eu une enfance heureuse. Mes parents n’étaient pas riches, mais à cette époque, nous attendions peu de choses de la vie ».

Il se passionne d’abord pour le football où il reçut le surnom de ‘El Chueco (à cheval sur un tonneau).
Né à Balcarce, Juan Manuel Fangio (1911-1995) est le quatrième des six enfants d’un maçon d’origine italienne.
Il se découvre une passion pour la mécanique et, à 16 ans, devient apprenti mécanicien dans un atelier de Balcarce qui prépare notamment des voitures de courses.
Aprés son service militaire, il ouvre un garage avec l’aide de son père et de ses frères.
En 1934, un ami met à sa disposition une Ford A et lui permet d’effectuer sa première course.
Mais ses débuts sont malchanceux puisqu’une rupture de bielle l’empêche de terminer l’épreuve.
En 1938, il construit avec l’aide de son frère une voiture, équipée d’un châssis Ford de 1934 et d’un moteur Ford poussé à 85 chevaux et participe au « Gran Premio » de Ne Cochea.
Il terminera 7ème.

Grâce à une souscription des amateurs de Balcarce, Fangio peut acquérir un coupé Chevrolet qui lui permet rapidement de concurrencer les frères Galvez, alors les deux grands pilotes argentins de la spécialité.
A partir de 1939, Fangio se lance dans les courses routières les « Carretera », extrêmement populaires en Argentine, des épreuves de plusieurs centaines de kilomètres sur des routes éprouvantes pour la machine et pour son pilote.
Il remportera notamment en 1940 le « Gran Premio Extraordinario » : Buenos Aires-La Paz-Lima et retour, 10.000 km sur des pistes en terre, avec la traversée des Andes.
En 1942, la guerre fait rage en Europe et devient mondiale, avec le rationnement de l’essence les courses automobiles sont mises en sommeil et Fangio se consacre à son garage tout en continuant à s’entrainer au pilotage.

Peron, mise sur le sport pour flatter l’orgueil national et assurer le prestige de sa dictature.
Au sortir de la guerre l’Argentine, grande exportatrice de viande et de denrées alimentaires, connait la prospérité.
Il décide d’organiser en Argentine une saison de course sur circuit lors de l’été austral au cours de laquelle les meilleurs pilotes mondiaux affronteraient gloires nationales.
Fangio y participe en 1947 mais n’est guère en mesure de se mettre en valeur.
En 1948 avec une voiture compétitive (Peron a fait acheter deux Maserati confiées à Fangio et Oscar Galvez) il parvient à rivaliser avec les meilleurs : Achille Varzi, Luigi Villoresi et Jean-Pierre Wimille.
En 1949, Fangio arrive en Europe avec le soutien du régime de Juan Peron.
L’argentin multiplie les victoires.
En fin d’année, c’est en héros national que Fangio retourne en Argentine, mais surtout, il a décroché un volant de pilote officiel au sein de l’écurie Alfa Romeo pour la saison 1950 et le tout premier championnat du monde de Formule 1.
Il s’impose également en Belgique et au GP de l’ACF, mais plusieurs abandons lui coûtent le titre mondial.
Il doit se contenter de la place de vice-champion derrière Farina.

Un abandon en Italie (combiné à une victoire d’Ascari) semble le condamner à un nouvel échec au championnat.
En 1951, Fangio prendra l’ascendant sur Farina, mais il subit la domination de la Scuderia Ferrari, emmenée par son compatriote José Froilán González mais surtout par Alberto Ascari.
Finalement Fangio remporte le titre mondial à l’issue de la dernière manche en Espagne.
1952 et 1953 furent pour Fangio les années les plus difficiles de sa carrière.
En juin 1952, il doit disputer le Trophée de l’Uster le samedi et le GP de Monza le lendemain.
N’ayant pu disposer d’un avion il se retrouve bloqué en Irlande à la fin de la course.
Il embarque dans le dernier ferry et conduit sur les routes de France et d’Italie, trente-neuf heures durant.
Il arrive sur le circuit de Monza trois-quarts d’heure avant le coup d’envoi du Grand Prix d’Italie.
Au trentième tour, épuisé, Fangio sort de la piste : « Je suis arrivé à Monza à 2 heures, je me suis mis au volant de la Maserati à la demie et à 3 heures j’étais à l’hôpital »…
Gravement blessé, plâtré jusqu’à la nuque, il mettra plusieurs mois à s’en remettre.
Il effectue son retour en 1953 avec Maserati, mais reste au début impuissant face aux Ferrari.
Ce n’est qu’ à Monza, pour l’ultime Grand Prix que l’Argentin renoue avec la victoire pour la première fois depuis son accident.

Mais les W196 ne sont pas encore prêtes et Fangio commence la saison sur une Maserati au volant de la quelle il remporte deux victoires en Angleterre et en Belgique.
A l’issue de la saison 1953, Juan Manuel Fangio est contacté par Mercedes-Benz, qui envisage d’ effectuer son retour en Grand Prix après 15 années d’absence.
Au GP de France, les Mercedes s’imposent d’emblée et assurent à Fangio à l’issue de la saison 1954 un deuxième titre mondial.
Fangio entame la saison 1955 en position de favori.
Il débute l’année par ce qui restera comme l’une de ses plus fameuses victoires, en Argentine.
Sous un soleil de plomb, Fangio, seul pilote à ne pas s’être fait relayer triomphe.
Cette saison, il participe aux 24 heures du Mans, au volant de la Mercedes 300 SLR.
Plus de 80 personnes sont tuées au cours du terrible accident de Levegh.
Fangio roulait juste derrière Levegh, il échappe de justesse à l’accident.
Mercedes décide de retirer ses voitures.
En Formule 1 ce sera l’année de son troisième titre mondial.

En septembre 1955 Peron est renversé, il est de notoriété publique qu’il est un des « protégés » du Président déchu, et craint que ses biens en Argentine ne soient confisqués par les nouveaux dirigeants.
A l’issue de la saison 1955, Mercedes annonce son retrait du sport automobile.
Ce qui le pousse à poursuivre sa carrière chez Ferrari en 1956.
Les relations entre le Maestro et le Commendatore Enzo Ferrari sont houleuses : « Je ne me suis jamais senti à l’aise chez Ferrari ».
Complots et d’obscures manipulations orchestrées par le « Commendatore » lui font perdre toute tranquilité d’esprit.
Enzo Ferrari encourage la rivalité entre ses pilotes.
Fangio accusera même Ferrari d’avoir percé des trous sur sa monoplace pour noyer son moteur pendant la pluie !
Il remportera néanmoins une 4ème couronne mondiale.

La saison 1957 sera la dernière saison complète de Fangio, qui domine aisément ses adversaires.
A la fin de la saison le divorce est consommé l’Argentin décide de retrouver Maserati pour l’année 57 : « Chez Maserati, il n’y a beaucoup d’argent, mais on s’y sent bien, un peu comme dans une famille. En plus, la 250 F est une voiture disposant d’un rapport poids/puissance très favorable qui convient bien à mon pilotage ».
La course du Nürburgring illustre le talent du pilote argentin : « Je conduisais alors une Maserati 250 F. C’était une bonne voiture, très stable. Mais sur ce terrible circuit nous avons rencontré des problèmes de pneumatiques. il était prévu un arrêt, à mi-course. A force d’entraînement, nous savions qu’il était possible d’en changer en trente secondes et j’avais préparé ma course avec l’idée de construire cette avance. L’arrêt au stand s’est très mal passé. j’en suis reparti avec un retard de 51 secondes sur les Ferrari de Mike Hawthorn et Peter Collins. a partir de là, j’ai conduit comme un dément, négociant chaque virage sur le rapport supérieur et me disant à chaque fois que c’était une folie. A deux tours de l’arrivée, j’ai aperçu les deux Ferrari dans une descente. J’ai réussi à les doubler dans l’ultime boucle. Je n’avais jamais piloté aussi vite et je n’ai plus jamais connu cet état derrière un volant ! »…
Ce qui lui asurera son cinquième titre mondial.

Fangio était en train de parler, dans le hall de l’Hôtel Lincoln, avec Stirling Moss, son mécanicien et son manager quand il a été kidnappé sous la menace d’un pistolet et embarqué dans une voiture qui attendait.
Lors du deuxième Grand Prix de Formule 1 de Cuba, Juan Manuel Fangio est enlevé à son hôtel par des membres du commando révolutionnaire cubain M26.
Fidel Castro veut faire prendre conscience au monde de la catastrophique situation de l’île : pour lui Cuba ne peut pas se permettre d’organiser un tel évènement alors que les Cubains sont opprimés et affamés par la dictature de Fulgencio Batista.
Ce kidnapping du plus célèbre champion automobile du monde a fait les premières pages des journaux à Paris, Londres, Rome, Mexico et Buenos Aires.
Le champion sera finalement relâché après 24 heures et affirme alors : « J’ai été particulièrement bien traité »…
Cette aventure restera toujours « un bon souvenir » pour l’Argentin.
Fangio invité à Cuba en 1981 par Castro Fangio, courra deux autres GP en 1958 avec Maserati, où il terminera 4ème, avant de quitter définitivement la course automobile.
Lors du GP de France, alors que Hawthorn a l’occasion de prendre un tour à l’argentin, il ralentit et le laisse passer devant lui : « On ne prend pas un tour à Fangio ».
Le 17 juillet 1995, Juan Manuel Fangio est victime d’une crise cardiaque, à l’âge de 84 ans.
L’Argentine décrètera 3 jours de deuil national, pour son quintuple champion du monde.
 
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