Orang-outan…, ce surnom n’était nulle part mentionné sur son acte de naissance, mais personne d’autre que lui ne pouvait mieux endosser pareil pseudonyme.
Cela lui allait comme un costume taillé sur mesure.
Partout son image de singe lubrique le précédait et tout, chez lui, était prétexte à plaisanteries et discussions sexuelles.
Son air débonnaire de bon vivant lui valait si ce n’était l’estime au moins une complaisante indulgence.
Après des années passées à Toulouse, puis près de Bordeaux, il y avait essuyé un tel chagrin d’amour qu’il avait migré aux Etats-Unis.
Il avait érré au hasard, puis avait décidé de s’instaler à Las-Végas pour y faire fortune.
En attendant, cherchant un boulot « pépère« , il s’était retrouvé affecté au service des ambulances de l’hopital du Docteur Trash.
Un vieux fou lui-même, son hopital était resté tel que dans les années cinquante, en ce compris les deux ambulances blanches…, des reliques que bien des collectionneurs auraient voulu acquérir, mais en vain, le Docteur Trash était inflexible, les deux ambulances n’étaient pas à vendre.
C’était une tâche qui ne faisait absolument pas rechigner Orang-outan, car, comme les transferts étaient chose rare, il passait la majeure partie de son temps de travail à faire du surplace, bien calé derrière son volant avec la portière ouverte, sur le parking de l’hôpital réservé aux véhicules de service.

Orang-outan faisait tout son possible pour travailler le samedi matin.
Cela lui arrivait néanmoins de faire autre chose que de transpirer sur le siège brûlant, que de discuter longuement avec d’autres employés ou de laver la carrosserie, ce qui le rafraîchissait, comme par exemple de transporter du sang ou autre chose ou encore, fait rarissime, un vrai fou, d’un hôpital à un autre.
Ainsi, dès onze heures et demie son inséparable acolyte, Patrick, venait le voir.
Lui aussi avait migré aux USA, poursuivi par une quantité impressionante de sectes religieuses qui lui en voulaient d’avoir écrit un livre de damnation éternelle ; « Les Protocoles de Sion« …
Orang-outan avait obtenu du Docteur Trash en personne que son ami Patrick put lui aussi travailler comme ambulancier.
Ils étaient devenus inséparrables.
Ils allaient ensemble au Circus-Circus, un ancien casino où ils jouaient quelques dollars.
Parfois ils gagnaient, parfois ils perdaient, et parfois ils gagnaient gros.
Quand ils gagnaient gros, ils prenaient un taxi et se rendaient directement chez Miss Lulu, un cloaque minable, un bordel miteux, ou ils se faisaient branler.
Les négociations d’usage bâclées et quelques billets ayant changé de main, Miss Lulu criait ‘’vinn get sa’’ et trois ou quatre femmes noires apparaissaient alors dans l’embrasure de la porte.
Ils jetaient chacun leur dévolu sur l’une d’elles en poussant des cris et ensuite, vidés il allaient dans le snack-bar voisin.

Les deux serveuses avaient les mains franchement baladeuses pour ébrécher, poursuivre et colmater les silences entre leurs rires gras et les plaisanteries graveleuses en souvenir du temps ou ils écrivaient des conneries sur le web avec leur copain d’alors, un mec surnommé Quelqu’un mais dont ils ne savaient pas qui il était vraiment…
Une « bouffe » arrosée de larges rasades de rhum dans ce bouge renommé pour ses fréquentations dites mauvaises, était le second meilleur moment de leur semaine.
Un jour, ce Quelqu’un avait interviewé un certain Rockefeller, puis il avait disparu avec le pognon.
On n’avait jamais retrouvé les corps.
Orang-outan s’était comme retrouvé orphelin, ses capacités intellectuelles avaient déclinés, comme si la disparition de son dieu webbien affectait ses capacités…, il s’était réfugié dans les bras d’une ancienne banquière, mais rapidement il avait perdu toute envie sexuelle, d’autant que la passion de son ex-banquière consistait à pratiquer une sorte d’urologie onaniste dans les restoroutes…
Après plusieurs mois « sans sexe« , arrivé à Las-Végas, Orang-outan avait pris goût pour les noires de plus de 150 kgs avec des seins énormes, il s’était mis à cultiver une passion boulimique pour ce type de femme.
Cette unique raison avait fait de lui un homme libre de courir selon ses pulsions, il était également libre d’aller et venir comme bon lui semblait à l’Hopital du Docteur Trash où une chambre indépendante lui avait été aménagée.
Personne ne l’interrogeait sur ses absences nocturnes ou trop prolongées.
Il était près de seize heures quand un jour on lui demanda de convoyer avec Patrick, une malade qui venait de mourir.
N’ayant nullement envie de faire des heures supplémentaires, il commença par rouspéter.
Son travail à lui était de conduire une ambulance, pas un corbillard.
On lui répliqua qu’il n’avait pas à discuter les ordres, que le dossier et les papiers médicaux étaient déjà prêts, que cette femme venait de mourir, qu’il n’y avait plus de place à la morgue de l’hopital et que le centre d’embaumement situé à une quarantaine de miles, devait redonner une meilleure apparence à cette morte.
Contre mauvaise fortune Orang-outan dut faire bonne grâce.
Il n’en revint pas quand il vit le cadavre.

Des pommettes hautes, des traits fins, un long cou et sur les lèvres bien dessinées flottait comme un sourire charmeur.
La femme, jeune, était d’une beauté exceptionnelle.
Si Orang-outan ne pouvait voir le corps recouvert, le visage et tout le reste lui disaient que la femme était à la fois mince et bien chaloupée.
Il ne put réprimer un discret mouvement de sa main droite vers sa braguette et instinctivement il s’approcha du cadavre pour aider les infirmiers à l’installer dans l’ambulance.
Un bouquet de parfums des plus agréables lui titilla les narines.
La portière arrière claquée, il s’en alla aux renseignements.
Il lui fut répondu vaguement que tout était écrit sur les papiers joints qui devaient être remis au Docteur Goldenberg, qu’il s’agissait d’une Brésilienne venue se faire soigner à l’hopital du Docteur Trash pour boulimie sexuelle et qu’elle était décédée en cause d’orgasmes masturbatoires trop importants avant même d’avoir été examinée sexuellement par un médecin.
On lui précisa qu’en aucun cas lui ou Patrick ne pouvaient ouvrir le compartiment arrière, NI TOUCHER LE CADAVRE…
Orang-outan se sentit ému quand il s’installa derrière son volant.
Jamais il n’avait vu de femme aussi belle, même dans les magazines de nus sur lesquels il rêvassait.
Il se dégageait de cette Brésilienne quelque chose d’indescriptible qui faisait qu’on ne pouvait s’empêcher de la désirer. 
Orang-outan regrettait qu’elle ne fût pas encore vivante ; il aurait payé volontiers, même cher, pour une petite intimité avec une femme comme ce cadavre.
Petit à petit, une idée se constituait dans les miasmes de son inconscient.
Après avoir pris lentement forme, elle germa, poussa, fleurit et transperça la fine paroi de sa conscience.
Il venait de traverser la ville quand l’idée lui apparut toute faite.
D’un geste de la main comme pour évincer une mouche, il balaya l’idée.
Elle ne s’avoua pas pour autant vaincue et revint à la charge. 
Orang-outan essuya la transpiration qui stagnait autour de son cou de taureau et appuya sur l’accélérateur.
L’idée était maintenant devenue un douloureux dard dans son désir.
Personne n’en saurait rien.

Dès que cela fut possible, il bifurqua sur la gauche quittant la voie express.
Les mains d’Orang-outan étaient moites, son cœur s’emballait et il y avait ce parfum qui avait investi tout l’habitacle malgré les vitres baissées.
L’ambulance se retrouva vite dans le désert et emprunta le premier croisement rencontré.
Quelques centaines de mètres plus loin, Orang-outan s’extirpa du véhicule en s’accrochant à la portière et scruta les environs.
Personne…
Patrick, comprenant tout, résolu de ne rien dire, et se mit à lire un magazine porno.
Dans l’ambulance, la radio grésillait en noir et blanc d’inaudibles conseils proches de la version punk de My Way, loin d’un message de la Sécurité civile.
Soudain, un cri : « Piting de piting…, une transsexuelle… Piting de piting !« 
La suite de cet épisode a été censuré…

Il avait joui comme jamais.
Il lui fallait maintenant accélérer pour livrer le corps rapidement, à quarante miles de là, à fond la caisse, le corps, à l’arrière était secoué comme un prunier.
Niveau cinq sur l’échelle ouverte de Richter.
Les portes des petits rangements, attaqués par la rouille et disposés de part et d’autre du brancard, claquaient, leurs charnières couinaient sur chaque bosse dans un bruit assourdissant.
Un atroce sentiment de mort planait dans l’habitacle, on avait dépassé la vie.
Au cœur de l’horreur.

Un cauchemar.
Ballotté sur des routes d’un autre âge, le corps de la Brésilienne, dépérissait de plus en plus, pas vraiment conscient de ce qu’il venait de vivre.
Orang-outan et Patrick pouvaient voir le corps par la petite fenètre séparant l’habitacle et le compartiment arrière, son état physique commençait à effrayer Orang-outan et son « pote » Patrick parachutés dans ce bourbier. 
« Sacrifiés » serait un terme plus exact…
L’un tenait le volant des deux mains, l’autre se giflait pour ne pas s’évanouir.
La peau des bras de la brésilienne partait en lambeaux.
Les yeux du cadavre étaient sortis de leurs orbites.
Son corps avait littéralement fondu par endroits.
Il était couvert de trous.
Même les peintres actionnistes viennois des années ’70 n’auraient pu imaginer une telle représentation du corps humain.
Francis Bacon déguisé en enfant de chœur.
Arrivé à l’entrée du centre d’embaumement, Orang-outan fut pris d’atroces convulsions,assorties de vomissements tenaces.
Ses yeux suintaient, ses oreilles pendaient, arrachées par le blaste, ne tenant qu’à un fil.
Ses veines subissaient une surpression cardiaque infernale, carrément boursouflées, bordeaux foncé, du jamais-vu. 
Il se débattait pour essayer d’ouvrir la fenêtre de l’ambulance afin de respirer, mais ses ongles tombaient.
Passé les grilles du centre d’embaumement, son tombeau roulant, exténué, avançait, hoquetant vers l’entrée, dans un barouf métallique.

Mécaniquement, ils déverrouillèrent le brancard dont le chrome était piqué.
En accédant à l’arrière du véhicule, les infirmiers embaumeurs qui n’étaient assurément pas les gardiens du serment d’Hippocrate, croyaient halluciner, hébétés par l’état du cadavre et des ambulanciers.
Une infirmière recouvrit le corps d’un drap pour ne pas effrayer les personnes déambulant dans le hall.
Une autre infirmière hurla après le peu qu’elle avait vu.
À peine passé l’entrée, en attendant devant un improbable monte-charge, une troisième infirmière, dans l’urgence, commença à recoudre l’oreille d’Orang-outan après avoir mis un masque et des gants.
« Une question de dignité », pensait- elle.
On emmena illico Orang-outan et Patrick dans une salle spéciale…
Quelques minutes après la pose d’une perfusion spéciale, le cœur d’Orang-outan sembla reprendre un rythme plus humain.
Un aréopage, composé de médecins et d’infirmiers en blouses blanches, impeccables, prêts à bondir, s’agitait. 
« Un traitement à base de lait boosterait l’affaire », pensaient-ils.
Les médecins mentaient ouvertement en disant qu’Orang-outan et Patrick avaient été empoisonnés aux gaz d’échappement de la vieille ambulance.
La vérité n’était pas inscrite à l’ordre du jour…, leurs victimes mourraient toutes en 24 heures, avec ou sans greffe de moelle osseuse.
Une grande et belle femme, pommettes saillantes, assez James Bond girl, vint au chevet d’Orang-outan.

Il fut enfin installé dans une chambre pressurisée.
Devant son état calamiteux, elle ordonna son transfert immédiat aux soins intensifs.
Un cube blanc derrière un plastique transparent.
Le tout fermé par des bandes Velcro.
Tout un programme.
On pouvait lui dispenser des soins de l’extérieur, sans pénétrer dans la pièce.
Son corps, rouge-brun, était couvert d’ampoules.
Il perdait ses rares cheveux par poignées.
Il se vidait de l’intérieur.
Son sexe, tombé au champ d’honneur, avait été récupéré par une main secourable et plaçé dans un bocal remplit de formol.
Personne au monde n’avait jamais vu un être humain dans cet état-là.
Sauf peut-être à Hiroshima….
Il crachouillait de petits morceaux de poumons et de foie, en s’étouffant.
L’infirmière n’osait le regarder, encore moins le toucher….
La suite de cet épisode a été censuré…
La chaleur infernale à l’arrière de l’ambulance réveilla Orang-outan…
Il venait de faire un cauchemar après avoir violé le cadavre de la brésilienne, enfin, le brésilien…, Orang ne savait plus ou il en était…
« Piting de piting, quel cauchemar », cria t’il,  réveillant Patrick qui s’était lui aussi endormi à l’avant en attendant qu’Orang-outan termine ses obsessions sexuelles… 
C’est à ce moment qu’Orang-outan vit le dossier de la brésilienne qui était tombé à coté du brancard.
Il le prit, tourna machinalement quelques pages et poussa un hurlement…

« Cher Docteur Goldenberg, je vous envoie le corps d’une patiente atteinte de la peste bubonique.
« Attention… Peste bubonique… Ne pas toucher le corps sans masque et gants de protection « 
N’ayant pas trouvé de cercueuil plombé, j’ai, dans l’urgence décidé de vous l’envoyer via deux de mes ambulanciers qui peuvent être sacrifiés.
Je vous rappele que la peste bubonique se caractérise par la présence de bubons (ganglions) qui contiennent un grand nombre de germes.
Il s’agit en fait d’une adénopathie (ganglions pathologiques) entourée d’un anneau œdémateux (gonflement de la peau contenant du liquide).
Cette adénopathie ne présente pas de caractéristiques particulières si ce n’est son caractère très douloureux.
L’étape suivante se caractérise par la survenue d’une nécrose (destruction de tissu) et l’apparition d’accès qui de fistulisent (communiquent) avec la peau.
Le bacille se dissémine à partir du ganglion à travers le sang et les circuits lymphatiques (vaisseaux contenant la lymphe de l’organisme) en passant par le foie et la rate.
La septicémie qui en dérive est mortelle en 24 heures…
Votre ami et confrère,
Docteur Trash « 

« La peste se caractérise par un début rapide avec survenue d’une hyperthermie (fièvre) et d’autres manifestations traduisant une infection par une bactérie dont la coloration est gram-négatif.
S’ensuivaient toute une série de recommandations…:
À cet instant, si le traitement survient rapidement et correctement, l’infection n’évolue pas vers la défaillance multiviscérale (les viscères et tout particulièrement le foie, les reins et le cerveau ne fonctionnent plus correctement) et le décès.
L’incubation est la période silencieuse correspondant au développement dans l’organisme de germes.
Cette période se situe entre la contamination (contact avec le germe : contagion) et l’apparition des premiers symptômes de cette maladie (invasion).
Quelquefois cette incubation est plus longue.
À partir de là, le patient va présenter des frissons, une fièvre avec une température qui s’élève quelquefois à plus de 38 degrés centigrades.
Celle-ci est accompagnée de myalgies (douleurs musculaires) d’arthralgies (douleurs articulaires), de céphalées (maux de tête) et d’une sensation d’asthénie (fatigue importante).
Dans les premières heures, le patient ressent une douleur dans une ou plusieurs adénopathies, se sont les ganglions fémoraux et inguinaux (à la racine des membres) qui sont le plus fréquemment impliqués.
Les ganglions (bubons) sont augmentés de taille et consécutivement sont particulièrement douloureux et sensibles.
Le patient va alors limiter ses mouvements au maximum et éviter que l’on touche les zones douloureuses.
À la palpation, les zones concernées par les ganglions sont oedémateuses (on remarque une surélévation de la peau sous laquelle se localisent des liquides séreux) et accompagnées d’une coloration rouge ou rose ainsi que de chaleur.
Si l’on inspecte convenablement le patient, on voit apparaître une papule (légère surélévation de la peau) associée à une pustule (présence de pus sous forme de croûtes) et parfois même d’un ulcère (perte de substance cutanée localisée).
On voit apparaître chez le patient certain signes alarmant tels qu’une augmentation du rythme cardiaque : tachycardie, une prostration (le patient refuse son environnement) une agitation, et quelquefois une confusion ainsi que les convulsions et un délire.
Ceci traduit la survenue d’une septicémie par le bacille de la peste qui débouche sur d’autres symptômes beaucoup plus alarmants qui sont une hémorragie, un choc et une défaillance des viscères (qui n’assure plus leur rôle).
Diagnostic différentiel de la peste bubonique (il ne faut pas confondre cette pathologie avec une autre) :
Tularémie
Infection par staphylocoque doré
Infection par streptocoque bêta hémolytique du groupe A
Maladie des griffes du chat
Lymphadénite (inflammation des ganglions d’origine infectieuse autre que le bacille yersinia)
Les patients atteints de peste septicémique présentent des manifestations gastro-intestinales telles que :
Des nausées
Des vomissements
Des diarrhées
Des douleurs abdominales
Une hypotension (chute la tension artérielle) réfractaire (que l’on arrive difficilement à récupérer)
Une insuffisance de fonctionnement de la filtration rénale proprement dit
Des pétéchies (voir ci-dessus)
Des ecchymoses
Des saignements à partir des points de ponction ou des traumatismes minimes
Une gangrène (destruction des tissus) des extrémités
Les symptômes cités précédemment sont secondaires à une CIVD (coagulation intravasculaire disséminée se caractérisant par la présence dans le sang, dans la circulation générale, de petits caillots sanguins secondaires à l’infection bactérienne).
Une obnubilation
Cette forme de peste évolue vers une forme que l’on appelle fulminante (rapide) qui est fatale.
Les autres formes cliniques regroupent essentiellement :
La méningite qui est une manifestation inhabituelle de la peste.
La peste pharyngée se présente avec de la fièvre, une toux sèche, une lymphadénite (inflammation des ganglions du cou), des maux de tête…« .

www.GatsbyOnline.com        
www.LesAutomobilesExtraordinaires.com