L’interview de Pierre Dupont, héros méconnu du kustomizing et du Hot-Rodding franchouille…

Attention, ami lecteur, amateur de Hot-Rods, ce qui se trouve écrit ci-après, comme gravé dans les pixels du web, est l’interview de Pierre Dupont, un simplet échoué depuis sa naissance dans un trou perdu de la franchouille profonde.

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Toujours à la recherche de la bonne distance, j’ai mis en valeur sa simplicité, sa drôlerie, en faisant subtilement glisser le ton de notre conversation, d’une absurdité un peu bouffonne à une réalité noire et cruelle.., un bel hommage à la complexité des gens simples.
Le (mince, il faut bien le dire) intérêt de tout ceci, est en effet de mettre en valeur ces losers de première classe, qui furent nuls à l’école, fiers de l’être et bêtes comme leurs pieds, mais tirant leur force de leur popularité…, on le sait bien, le lycée est toujours le moment où l’on choisit soit d’être aimé de tous, soit d’être le premier de la classe (deux entités en général antinomiques).

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Les héros du kustomizing et du Hot-Rodding franchouille, mis à part quelques-uns, sont de sympathiques rebelles de supermarché, s’inspirant des idoles de l’époque James Dean et Marlon Brando (blousons et pantalons en cuir trop courts, cheveux gominés) ou d’Elvis Presley pour le déhanchement sauvage sur une musique alors considérée comme révolutionnaire : le bon vieux rock’n’roll.
Des rebelles sans cause, évidemment, qui passent leur temps à dragouiller dans les drive-in, dans les parkings de supermarchés et dans diverses concentres ou ils s’emmerdent à se retrouver tous parqués côte-à côte à reluquer leurs œuvres, les uns-les autres…

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Le public des beaufs, comme venus dans un zoo, regarde, ahuri, les héros se recoiffer puis flamber dans des courses de voitures (hommage au film : La Fureur de vivre).
Puis ils s’auto-extasient tous, de concert à regarder quelques photos mièvres sous-titrées de ce qu’il ont vécu, dans les quelques rares magazines subsistant encore de la mendicité… et qui aiment visiblement faire exister les personnages sans grade aux marges de la société.
Après l’errance, les héros survivent grâce à bienveillance de la communauté qui tolère ces solitaires inoffensifs, « des figures locales » comme on dit, dont on se moque gentiment…, on leur parle, on leur sourit, mais jamais d’égal à égal.

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Pierre Dupont, tient avec toute sa bonhomie, la station-service-garage en sursis d’une petite bourgade (petite ville, gros village, je n’en écrirai pas plus…) qui le semble tout autant…, le fait qu’il habite un réduit sordide de cette station-service amplifie sa marginalité bien plus que la Citroën 2CV Hot-Rod qui lui sert de Daily-Driver…, il fait corps avec son Hot-Rod, avec son lieu de travail, l’espace public et privé ne font qu’un.
L’horizon mental et géographique du personnage est ainsi considérablement borné s’il s’aventure au bar-tabac du coin et à l’épicerie du patelin, car il est littéralement scotché à un centre de gravité : son garage.

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Ce non-rapport à l’ailleurs est aussi souligné ironiquement par le fait qu’il est toujours coiffé de sa casquette « America for Ever ».
Dans ses promenades avec sa 2CV Hot-Rod, plaisir simple qu’il affectionne, il prend toujours les chemins de traverse.

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La ruralité, un simplet et un Hot-Rod franchouillard, j’avais la place pour écrire un article plein de dérision sur les ploucs contenant un propos moralisant (du genre : « la différence, c’est notre richesse à tous ! »), de manière très linéaire, avançant à son rythme, c’est-à-dire avec patience, par petites touches en alternant blocs temporels étirés et ellipses, aussi bien dans la drôlerie, subtilement présente, que dans le tragique, vers lequel la fin de l’interview se dirige.

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Être innocent, et il l’est, c’est ne pas voir sa propre connerie, un penchant qui ne s’accorde pas avec la complexité et la rudesse des relations humaines. La solitude n’est alors plus la même, elle est solitude.

– La cohérence, c’est de trébucher en pleine rue et subir le rire des autres… m’a dit Pierre Dupont, Hot-Rodder, ex Kustomizeur hexagonal, qui m’a autorisé à publier son nom, en précisant vouloir rester dans l’anonymat…
– Glup…, que j’ai répondu…

– Je n’aime plus personne. Je ne déteste pourtant personne. Je n’ai plus de femme, plus de chien, plus de chat, pas d’enfant. Pas parce que je n’ai pas le charisme et la gueule pour en trouver des potes ou des nananas, pas du tout…, je n’en vois simplement pas l’intérêt. Pire, je m’en méfie. Une femme te trompe un jour ou l’autre. Un animal te mord un jour ou l’autre. Un enfant ne sert à rien. Je reste dans mon chez-moi la plupart du temps. Pas d’amis, ils te trahissent un jour ou l’autre. Pas de Télé, le flot d’image se déversant hors de ce cube me donne la gerbe. Pas d’Internet, représentant pour moi le magma le plus grand de la débilité humaine en mode exacerbée. Comment peut on perdre son temps là dessus ? La musique, beaucoup d’abrutis gratteurs de guitare incapables de lire une partition. Je préfère plonger dans mon bain que dans la musique. Et les livres, c’est tout et rien, en fermant les yeux, avec des livres, on peut voyager. Loin de cette Merde qu’est le monde consumériste ! Donc pas besoin de les lire. Poubelle ! Mais j’aime regarder par ma grande véranda la rue, le dehors. Voir des gens se battre. Voir une femme se recoiffer en sachant quelle va se faire sauter par un con en rentrant. Voir un SDF bourré se faire défoncer le crâne par une batte de baseball. Je me repais tous les soirs de ce spectacle offert par la rue.

– Quel intérêt ?

– Car dans la rue, Il y a tout. La rue est le reflet de la lie de l’humanité. Regarde ce gars propre sur lui. Peut être rentre-t-il chez lui pour battre sa fille, le sourire au lèvre et la bite à la main en se disant : On a raison de faire ce qu’on fait, de penser ce qu’on pense, d’être ce qu’on est, de continuer dans le même sens…

– Et si tu avais le choix entre être à la rue et sauver une vie, tu choisirais quoi ?

– Le lendemain je dirais que je n’y étais pour rien. C’est réglé comme le sort d’un chien enragé qu’on connait depuis longtemps : s’étrangler en tirant sur sa chaîne prendre de l’élan pour se briser les flans et se faire piquer ! Le tout sur fond de musique industrielle enveloppant ma pièce, ma station-service, mon garage. L’ambiance y est parfaite pour me détendre. Le spectacle du monde en dérive est bien plus galvanisant que tout ce qui pourrait être glané sur Internet, ou craché par la TV.

– Chacun ses pornos…

– Ma vie, c’est une vie comme un autre. Une vie banale. Une vie chiante. Pléonasme. Même si j’en tire un certain plaisir. Et une peur aussi. Ce qui est sur, c’est que c’est une vie sans aucun sens. Une vie sur fond de piano cassé et de guitares mourantes justement. Une vie passée à revenir sur ce que je m’étais promis. En souffrant d’être malhonnête. A mettre certaines questions de coté. Soit par manque de courage pour en accepter les réponses, soit par impossibilité d’en trouver. Une vie à laisser filer car l’apparence est plus forte. Une vie où je trouve qu’il me faut du courage pour m’avouer lâche d’avantage. Une vie à chercher de l’aide pour sortir de mon enfer. Une vie pour rien. Une vie où plus je réfléchi plus je me dis que j’aurais préféré un Fusil ! Mais ce fusil, je n’ai jamais eu le courage de presser la détente. Jamais eu le courage de mettre un terme. Ce n’est pas l’envie qui a manqué. Juste le courage. Je suis un lâche. Un pleutre. Alors je plante un couteau dans mes bras ou mes jambes, et je bois le sang qui perle. Je ne peux pas aller plus loin. Je fais la même chose avec mon sperme d’ailleurs. Les deux seules choses qui sortent chaudes et vivantes de mon corps. Autant les avaler. Les garder pour moi. Parfois je perds la tête. Je divague, je crie, hurle des choses incohérentes. Le seul voisin qui s’est risqué à me demander comment j’allais est reparti avec le nez cassé. Ce que je déblatère, c’est n’importe quoi pour n’importe qui.

– C’est bien de ne pas tout voir en noir…

– La vie c’est bien de toute façon. Distrayant presque. C’est bien de réussir d’avoir de l’ambition de ne pas se laisser marcher sur les pieds de savoir séduire s’expliquer se servir des gens. J’aime beaucoup utiliser les gens. Vu qu’ils ne servent à rien dans l’absolu, autant les presser pour en boire la sève. Le commerçant en face de chez moi par exemple. J’ai toujours été correct. Il me fait crédit maintenant. Faut que je pense à lui claquer dans les doigts.

– Tu ne dois pas avoir connu beaucoup de femmes…

– Faux… J’ai pas mal d’expérience avec le corps du sexe opposé. C’est très facile d’avoir des relations avec une femme au final. Je connais par cœur la façon de les approcher, de les emballer. Mais je ne comprends pas très bien leurs réactions à posteriori : Quand j’éjacule sur leur visage, elles rient et me prennent dans leurs bras. Quand je leur crache à la gueule, elles me giflent et partent en criant. Va savoir ! Depuis peu je me rabats sur les prostituées. Hommes ou femmes. Le choix est moins vaste, mais l’approche est plus rapide. Parfois je paie, parfois non. Il suffit de me montrer convaincant. Où de menacer si elles/ils exigent une capote. Tout s’obtient au final. Bien sur que j’ai eu une relation sérieuse avec une demoiselle. Mais cette page d’histoire à été arrachée, brûlée, piétinée, comme les autres, par mes soins et avec délicatesse. Et cette histoire, banale, peut s’appliquer à tout le monde. J’ai connu plusieurs filles, certaines voulaient faire de moi le père de leur enfant, mais je ne voulais pas, ni m’accrocher à elles même quand elles étaient belles. Celui qui accorde aux femmes plus que de l’ironie, celui là est fini. Celle qui donne sa confiance à un homme l’est aussi.

– Alors tu es entre deux feux ?

– Oui ! Constamment en train d’hésiter entre l’abîme et le gouffre. A manger ma chienlit. Sur de l’industriel. A surnager à la surface, en ayant pourtant l’impression de m’étouffer en permanence.

– C’est le sort de tous…

– La seule chose qui me vient en tête, c’est de continuer jusqu’au bout… De remonter, pour replonger ! Enfin, il m’arrive de sortir. Je suis si fasciné par la noirceur des rues, que je ne pourrais pas me contenter de la vue que j’ai du dehors par la porte de mon garage. Je me nourris des images, des événements, de tout ce qui m’entoure. Chaque détail, chaque mouvement. Je marche la tête recroquevillée, le vent caressant doucement mes cheveux. C’est clairement le meilleur moment de mon enfer. Sans comparaison avec le reste.

– C’est sublime…

– J’ai l’impression que l’on m’arrache les viscères. J’ai peur. J’affectionne. Je m’enflamme. J’aime vagabonder avec ma 2CV Hot-Rod dans les rues invisibles de ce bled pourri. J’aime vomir sur les trottoirs. J’aime me toucher et laisser mon sperme sur le manteau ou dans le sac d’une personne au hasard, au nez de tous. J’aime bousculer le peuple sans me retourner. J’aime cracher sur les bourgeois, voir les papillons mourir sur les réverbères. J’aimerai voir quelqu’un se jeter sous un train. En vain. Il m’est même arrivé de tuer un chien errant, pour voir. Sans intérêt. Mais j’aime surtout regarder, capturer des moments d’un œil détaché, comme si je prenais une multitude de photos. Et ce bled disparaît. Seuls restent ces instants composant ma vie, la faisant revivre, la rendant si unique, si humaine, si noire, si sale. J’y croise de tout : Un briquet s’allume sous une cuillère. Des bouches tracent leur salive sur des cous. Un croisement de jambes dévoile un grain de beauté. Un homme se suicide de trois balles dans la tête. Un autre regarde derrière ses rideaux si on n’est pas en train de voler sa moto. Des clochards jettent des pièces dans le fleuve. Et aux abords du périphérique la misère se cache, pour ne pas contrarier le confort privé. Et ce bled disparaît.

– Ne faire confiance à personne mais faire attention à tout, même si ce tout est sans intérêt aucun ?

– Y a de ça, oui. Ma vie est un enfer sans souffrance. Un enfer ou le monde vaque sans savoir ou aller. Ou les émotions sont annihilées, pour mieux tourner en rond.

– Le pire des enfers en somme…

– Exact… Alors je m’abreuve, je m’abreuve, je m’abreuve… Et je me branle, le sourire aux lèvres… J’ai été très longtemps un vrai boulimique de bagnoles à-la-con, dans toutes leurs formes. Rares sont celles qui peuvent autant me foutre dans les étoiles en quelques minutes, sans l’aide d’un rail pachydermique. Les habitants de l’hexagone peuvent remercier les USA qui ont été prolifiques dans le genre et surtout toi et tes mag’s Chromes&Flammes qui ont été les seuls à montrer la voie. Le problème, c’est que les automobiles bizarres qui furent tellement foisonnantes de ce temps là, dans notre chère France, entre 1979 et 1990, un véritable vivier de talents…, que, sans se scléroser totalement, elles se sont diluées dans la merde ! Les kustomeux sont devenus plus timorés, voire ronflants, pour ne plus fournir, à terme, autant de bijoux que pendant l’avènement dont tu étais le messager prophétique… Les splits et collaborations se généralisent, comme si l’inspiration ne pouvait plus se trouver…, et les Hot-Rods et Custom-cars semblent bien moins aventureux qu’auparavant. Certains se perdent, d’autres s’aplatissent, on en vient au culte de la rouille… et on n’est plus guère excité que part ces futurs projets transgenres explosant le petit monde des Hot-Rods…

– Parlons en…, il va falloir que je pense à faire un article sur ça…

– Au vu de quelques collabs entre deux groupes de Hot-Rodders, agréables mais pas transcendants, je n’attendais pas grand chose de ce merdier sorti sans grandes annonces, presque trop discrètement, en attendant des projets plus important. Mais pourtant, la carapace ne fait pas la tortue…

– La galette n’a pour objectif premier que de nous prendre par la main pour nous tenter de faire le tour du monde…

– En attendant, la première escale, notre parlotte entre les deux illuminés que nous sommes, ne pouvait être meilleur présage pour commencer le voyage. La densité de tes questions m’impressionne, enveloppant carrément mon cerveau pour annihiler tout sentiment pouvant parasiter l’envie de t’envoyer au diable.

– Cela me donne l’envie de me caller bien profond dans ton canapé et fermer les yeux pour continuer de m’envoler bien bien haut…

– Et grand bien te fasse, car l’escale suivante, ne te décevra pas. Certaines destinations proposent une immersion dans la crasse et l’abrupte, cultivant avec autant de talent l’inhospitalité que les premières destinations enchanteresses.

– Lorsqu’un un malade-psychopathe-génie-hystérique comme toi décide de perdre son temps à papoter de conneries, je bave.

– Quand tu m’as annoncé que tu venais discuter le bout de gras dans ma station-service, j’ai direct commencé à trépigner d’impatience… quoique je croyais à une blague… ou à un futur coup de génie…

– Le problème est que ce genre de démarche se révèle être une fois sur deux, ou un vrai diamant, ou une couillonade digne des sondages actimels… A coté de cela, tu t’évertues à susurrer tout en haletant moitement comme avec un compagnon de levrette…

– Alors c’est sur qu’il y a des restes… et des bons. Mais peut-on se contenter de restes ? Ce qui me donne l’impression de m’être fait dégager de la table d’honneur à grand coups de pompes, n’ayant plus à disposition que le pauvre bout de gras entourant les tranches de jambon…, que la petite peau dégueu qui traîne sur le lait.

– C’est un mystère…

– Et le pire, c’est que tes violents coups dans les dents pour me mettre minable, ne cessent de pleuvoir sur ma bonne personne !

– En cherchant bien, et comme dans tout repas jeté par l’opulence incarnée, on aura même le délice de tomber sur des trésors intacts pouvant presque rassasier…

– Ca manque de hargne, de fougue, de rage, de frénésie. Mais comment ne pas regarder en arrière, la larme à l’œil, les anciens Hot-Rodders ?

– On n’a pas du manger au même râtelier…

– M’enfin, avant de me servir l’incarnation de l’aliénation mentale avec la Plymouth XNR et l’équilibre parfait entre élégance absolue et dégénérescence schizophrène avec le Hot-Rod Pierce Arrow, il t’a bien fallu commencer l’aventure, en posant les bases qui vont imposer soit le respect, soit l’incompréhension la plus totale… Ce qui restera une source d’inspiration pour un bon nombre de gens… (Je ne vais pas les citer, certains fans sont susceptibles)…

– Ces joyeux lurons traumatisants se bourrent la gueule, se tapent des sourires digne d’un satan en plein orgasme, veulent m’immoler avec une allumette, écrasent des gens en voiture et crachent du sang dans les sombres ruelles…

– La bonne humeur va s’estomper ! Tout s’accélère et ralenti sans me laisser le temps de respirer… impossible de prédire ce qui va arriver dans les 5 prochaines secondes. Une vraie Montagne russe… et que je te passe le tout à l’endroit, à l’envers et en diagonale…

– Pour finir, je vais t’offrir la possibilité de t’exciter comme un gamin de 15 ans en plein premiers émois sexuels… C’est pas de la Paris-Hilton en Sex Tape bourgeoise, mais du peepshow littéraire, débouchant sur de la masturbation désespérée et du fantasme cradingue, bref ça te vise, toi qui n’a rien d’autre sous la main…, que ta main !

– Impossible d’être submergé par la lassitude, même si tu te révèles un brin hermétique au premier abord en servant de la bouillabaisse niaiseuse à peine digérable… Je serais tenté de dire “Point barre”… Mais on va développer un peu, d’une part car cela ne serait pas vraiment très intéressant comme article et surtout que tu n’es jamais à l’abri d’un plantage…

– Tout se recoupe, se cogne et se mélange, surtout que tout ceci est tellement touffu que je n’y reconnais plus grand chose…

– Pour faire simple, tes articles peuvent se repartir en deux catégories : Tout d’abord les tueries virtuelles lorsque tu critiques les bagnoles… et quand je dis tueries, c’est un véritable massacre pour les corps et les cœurs, pour les culs aussi… Après la catégorie tueries, celle des Aliens vient naturellement, je cause de leurs propriétaires… Certains valent vraiment le détour, étonnent et font bien comprendre aux sceptiques du fond que tout se déroule naturellement, accélère, braque, reprend…

– Etonnant…

– Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas autant accroché. Je ne m’en lasse pas… Quoiqu’au vu se qui se profile dans ces prochains mois, je ne me fais plus de soucis !

– Nos gueulantes ont été tellement fracassantes que le voisin risque de sonner chez toi pour te demander d’arrêter de faire des travaux pendant sa sieste (véridique, c’est du vécu )

– Tu ne pouvais pas dire mieux…

– Tout ceci dit, je constate que c’est un scandale, une honteuse tromperie que doit supporter la Renault 4L depuis plus de quarante ans ! On lui a littéralement volé la vedette. Cette trahison a été diligentée par l’ignorance des médias, le laxisme de la population, les mensonges du cinéma commercial et j’oublie bien sûr dans cette liste, les Kustomeux franchouille et les Américains !

– Derrière ce complot se nichent assurément quelques agents de la CIA zélés qui ont voulu mettre à mal la Régie Renault, la déstabiliser économiquement, lui faire payer cette tentative de laboratoire sociale comme on l’appelait à l’époque.

– Je ne vois que ça comme explication plausible à cette terrible injustice industrielle. Car pourquoi la 4L n’a-t-elle pas la même renommée, le même prestige international que la Citroën 2CV ? En quoi la deux pattes serait-elle plus digne de représenter la France que la 4L ? C’est incompréhensible car en tous points, la 4L est supérieure à la Citroën, confort, puissance, habitabilité, motricité, agrément de conduite sur terre comme sur route.

– Arrête-là ce jeu de massacre, il n’est pas ici question de ridiculiser la 2CV !

– Mais les faits sont là, tenaces et eux ne mentent pas. La Renault 4L est une voiture à tout faire, docile, fiable, gaie, j’oserais presque dire aussi émouvante que la moue narquoise de Françoise Dorléac sous le soleil de la Provence. Elle porte en elle la gouaille charmeuse d’Annie Girardot et le sourire énigmatique de Nicole Garcia. Alors pourquoi cette mise au placard de l’histoire ?

– Parce que quand il s’agit de définir l’esprit français, c’est la 2CV qui arrive à la rescousse avec ses gros sabots.

– Et nous voilà partis, dans l’enfilage des stéréotypes, baguette sous le bras, béret de travers, mauvaise humeur atavique, litron de rouge étoilé, coq tricolore chantant et 2CV flamboyante ! Jadis Place du Colonel Fabien, on avançait comme hypothèse à cet ignoble complot une propagande bourgeoise menée de front par l’Eglise et l’Armée avec l’appui d’une puissance étrangère. On y revient à notre CIA. Parce qu’idéologiquement, la 2CV est l’apanage des classes dirigeantes et du politiquement correct. Qu’on ne s’y trompe pas, peu d’ouvriers ont réellement roulé dans cette voiture bien que le cinéma ait voulu en faire une icône populaire, voire populiste.

– La 2CV a toujours été du côté du manche et du goupillon ? 

– Bien sur ! N’est-elle pas la voiture attitrée des bonnes sœurs à la campagne ? De la femme du médecin ? De cette jeune étudiante giscardienne ? De ce couple d’agriculteurs ? Du maire du village ? De la veuve du Colonel ? Des châtelains du bois fleuri ? La 2CV est d’inspiration traditionnaliste, elle incarne la France rurale, les notables de province, la messe du dimanche et les prêchi-prêcha puritains ce qui explique son succès aux Amériques. La 2CV agit masquée, elle essaye de nous amadouer avec ses formes rigolotes, sa bouille d’enfant sage, elle nous fait croire qu’à son bord, nous éprouverons les sensations d’un cabriolet. Elle oublie de nous dire que sa suspension rend malade, sa boîte de vitesse hystérique, sa conduite épuisante et sa capote humide ! Pas de doute, la vraie star des routes françaises, c’est la 4L, laborieuse, ne rechignant jamais à la tâche, assurant protection et bien-être à ses passagers. La 4L aussi à l’aise à la sortie des usines que dans les champs de maïs. Les travailleurs lui disent merci car contrairement à sa consœur prétentieuse et avide d’honneurs, elle a rendu d’immenses services à notre pays et tout ça sans gloriole et tapage. Discrètement, patiemment, elle a servi la France.

– Ouvriers de tous les pays unissez-vous et demandez que justice soit faite…

– Ouiiiiiiii ! La 4L mérite la reconnaissance et l’amour éternel de la franchouille au complet…. Putain, on a vidé toute la bouteille de pinard… Faut arrêter-là, c’est sur mon compte. Faut que tu te barres, sinon je vais être ruiné ! Reviens l’année prochaine, je vais bricoler une 4L en Kustom Low-Ridder d’ici-là…