La double affaire Sandra West !

1964 Ferrari 330 America #5055… & 1974 Ferrari Dino 246 GTS #07862/#08454…

L’histoire vraie de deux Ferrari enterrées, la première sert de sépulture à sa propriétaire, la seconde est un fantôme cloné !

En mai 1977, Sandra Ilène West, seulement vêtue d’une chemise de nuit transparente comportant des dentelles de Brugge, assise au volant de sa Ferrari 330 America 1964, bleue layette métallisé, a été enterrée dans un mausolée en béton, selon les instructions de son testament…, cette (jeune, 37 ans, née en 1940, décédée en 1977) veuve d’un pétrolier texan, était morte d’une surdose « accidentelle » de médicaments, à son domicile de Beverly Hills.

Correctement « ficelée » pour l’éternité dans sa Ferrari adorée, elle a été « expédiée » à San Antonio-Texas, pour son enterrement à côté de la tombe de son défunt mari…, après que les ouvriers aient placé la Ferrari, contenant Mme West, dans son dernier lieu de repos…, du ciment transporté par deux camions a été coulé dans le bunker-mausolée, pour décourager les voleurs de voitures de venir la déterrer…, cette histoire qui a fait les manchettes des journaux américains, est devenue partie intégrante de l’histoire de Ferrari…

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Je reviendrais plus en détail sur cette folie en seconde partie de cet article…
Mais ce n’est pas la seule voiture de sport italienne qui a été enterrée à la fin des années’70.

Des enfants qui s’amusaient à creuser dans la boue devant la maison du 1137 West 119Th Street dans la section ouest d’Athènes à Los Angeles , pour y enterrer des chats vivants enfermés dans des boîtes en carton…, ont frappé le toit d’une voiture avec leurs pelles…, le shérif de cette zone qui patrouillait là par hasard, à vu le manège des enfants, est venu voir ce qu’ils faisaient, a fait embarquer les chats par une société protectrice des animaux et s’est ensuite inquiété de savoir pourquoi une voiture avait été enfouie là dans le sol….
Priscilla Painton, journaliste au Los Angeles Times, informée que la police locale était occupée à déterrer une voiture de luxe dans le quartier le plus pauvre de la ville, est accourue pour réaliser un reportage sur cet « événement » de l’histoire locale, car il est rare qu’on exhume une voiture exotique italienne entièrement enveloppée dans du plastique en rouleaux, du jardin d’une maison de banlieue.

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Quand l’histoire a été publiée dans les journaux à travers le pays, elle a rappelé une autre histoire à ses lecteurs, celle de Mme Sandra West, dont le cercueil bizarre était une voiture exotique italienne, mais dans le cas de la voiture du 1137 West 119Th Street dans la section ouest d’Athènes à Los Angeles, le siège conducteur était vide !
Les détectives Joe Sabas et Lenny Carroll ont été chargés d’enquêter sur cette Ferrari Dino 246 GTS (numéro de série 07862), de couleur vert métal, qui avait été entièrement enveloppée dans du plastique en rouleaux, comme pour la préserver en attente de jours meilleurs…

Les enquêteurs-amateurs de Ferrari, fascinés par cette histoire ont fait noter que les Dino n’étaient pas vraiment des Ferrari car Dino était une marque à part entière qu’Enzo avait créé en l’honneur de son fils tragiquement décédé… et que les Dino étaient équipées de jantes Campagnolo et de sièges optionnels Daytona… des détails sans importance qui ne devaient pas faire avancer l’enquête…, sauf que cela a permis de savoir  qu’il n’existait qu’une seule Ferrari GTS verte !
Dans un de ses articles sur cet « évènement », daté du 8 Février 1978, Priscilla Painton a écrit que la voiture semblait être dans un état « étonnamment bon », et a estimé sa valeur à environ US$ 18.000 (soit l’équivalent actuel d’environ US$ 80.000 ), par contre, les enquêteurs ont simplement repris le numéro de la plaque d’immatriculation « 832 LJQ » toujours fixée à l’arrière de la voiture… et ont ainsi été informé qu’elle avait été achetée en octobre 1974 par un nommé Mario Rosendo Cruz, un plombier d’Alhambra, en Californie.

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Le 7 Décembre 1974, Mario Rosendo Cruz avait signalé sa voiture volée… et le rapport de police conservé dans un dossier de la division « Rampart » de la police de Los Angeles…, mais le mystère demeurait, comment cette Dino était-elle arrivée là ?
A l’époque des faits, la maison attenante au jardin ou avait été enterrée la Dino, était occupée par des locataires qui avaient seulement vécu là pendant trois mois…, retrouvés, ils n’ont offert aucune explication, prétendant n’avoir rien vu ni entendu…, quoique c’étaient les seules personnes ayant pu creuser un trou aussi important et y enfouir la Dino 246 GTS enveloppée de plastique en rouleaux comme du jambon à déguster plus tard…, mais personne ne fut inquiété…, d’autant plus qu’aucun des habitants voisins, interrogés, n’ont dit avoir vu : « Quoi que ce soit de bizarre » s’étant passé en 1974 dans le jardin de leurs voisins…, le détective Joe Sabas n’a pu que plaisanter sur cette étrange affaire, écrivant dans son rapport : « Enterrer une Dino n’est pas comme planter des choux » !

Quiconque face à une telle histoire, imagine et s’attend à ce que des corps momifiés dans des feuilles de plastique et des serviettes en peluche d’où des vers de terre sortent, vont être retrouvés quelque part, enterrés pas très loin de la voiture…, mais rien de cela ne fut découvert…, c’est le vol de la Ferrari Dino qui a été enterré !
La Farmers Insurance Group a convenu avec la police que la voiture avait bien été volée… et a payé US$ 22.500 au propriétaire légal de la Dino, via sa succursale Hollywoodienne de la Bank of America…, il n’y avait plus rien d’autre à faire…. et la Ferrari Dino a ensuite été envoyée à la compagnie d’assurance, pour y effectuer son « sorting-out process ».

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Beaucoup de blagues ont fait écho à cet article à l’époque, dont une histoire sur Mme Sandra West et son cercueil Ferrari… et une question a émergé : cela pouvait-il être accompli en toute légalité ?
Le photographe Michael Haering du Los Angeles Examiner Herald, à ensuite publié quelques photos de la voiture assorties d’une légende faisant une comparaison avec l’enterrement de Mme Sandra West dans sa Ferrari, ajoutant être intrigué et amusé que le voleur de la Ferrari-Dino avait enterré cette voiture dans un jardin, après l’avoir totalement enveloppée dans du plastique en rouleaux, plutôt que de la vendre à l’étranger ou de la mettre en pièces pour la vendre.

La presse a comparé les deux histoires et les a fait jouer l’une contre l’autre, ce qui a attiré beaucoup d’attention, dont celle de l’écrivain Joe Scalzo qui a décidé de reprendre l’enquête sur cette Ferrari-Dino, en 1986, longtemps après son exhumation…, principalement sur la période pré-enterrement de la vie de la voiture.
Initialement commandée chez Ferrari en Italie par Modern Motors Classic Reno-Nevada, la Ferrari-Dino avait été transportée d’Italie vers les USA, en même temps que 10 modèles similaires, au garage « Motors Griswald » situé dans la baie de San Francisco.

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Elle est restée dans la salle d’exposition sur Market Street à peine deux semaines avant d’être achetée et expédiée par camion, 400 miles au sud de Los Angeles.
L’acheteur était un autre concessionnaire Ferrari américain : « Hollywood Sports Cars », célèbre pour ses ventes de Ferrari à Frank Sinatra, Perry Como, Sammy Davis Jr., Pat Boone, William Holden, Jayne Mansfield, les sœurs Gabor, Sharon Tate et Suzanne Pleshette.

En octobre, Hollywood Sports Cars a vendu la Ferrari Dino pour US$ 22.500 à un plombier local, en tant que cadeau d’anniversaire pour sa femme…, la bienheureuse n’a conduit son cadeau d’anniversaire que 501 miles…, on aurait du interdire de vendre une Ferrari à un plombier, surtout quand il se prénomme « Super-Mario »…
Le 7 décembre, au soir de leur anniversaire de mariage, mari et femme sont allé fêter cet évènement au restaurant Brown Derby sur Wilshire Boulevard…, où le plombier avait pourtant été instantanément mis sur ses gardes par les lueurs d’anticipation dans les yeux de Bill Parkers, le valet-portier chargé de ranger les voitures des clients…, après leur dîner d’anniversaire, le couple a constaté la disparition de la Ferrari-Dino…, puis, quelques années plus tard, la voiture a été retrouvée sous terre !

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L’enquêteur de la compagnie d’assurance, Tom Underwood va s’attarder sur le véritable état de la Dino et découvrir suite à une expertise, qu’elle était recouverte de 21 couches de peinture en sus de 14 couches d’apprêt…, ce qui était curieux pour une Ferrari neuve qui n’avait qu’un peu plus de 500 miles au compteur !
Etait-ce l’œuvre de l’usine Ferrari envers une voiture endommagée après fabrication ?
Etait-ce l’œuvre d’un des concessionnaires suite à un accident de transport ?
Ou était-ce les conséquences de tout cela en suite l’un de l’autre ?

Si tel était le cas, quel scandale…, pouvait-on imaginer que c’est pour cacher cela, que la voiture avait été rapidement subtilisée après vente ?
Mais alors pourquoi l’enterrer dans du plastique en rouleaux dans le jardin d’une maison de la banlieue de Los Angeles, qui plus est, un des plus pauvres des quartiers de la ville ?…
De plus l’enquête a démontré que le voiturier-valet du restaurant quoique habitant à coté de l’endroit ou avait été enterrée la Dino…, n’était pas impliqué dans ce vol alors qu’il était en première ligne des suspects possibles…!

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Toujours est-il que la rouille avait créé des trous cancéreux dans le corps la carrosserie Pininfarina de la Dino, qui se sont propagés partout.
L’érosion avait attaqué également tout ce qui était en aluminium, les roues et différentes parties du moteur, les échappements doubles étaient totalement obturés avec la boue qui s’était solidifiée avec le temps…, la Dino avait également été malmenée lors de sa sortie de terre…, horrible aussi, parce que le capot du compartiment moteur avait été partiellement écrasé.

Il y avait également des rayures et griffures terribles sur toute la voiture… et le pare-brise avait été fracassé…, tout était si tristement triste…, si désespérément désespérant… et si épouvantablement épouvantable, que Tom Underwood fut en mesure de conclure son enquête en un temps record.
Toute idée que quelqu’un, en ce compris l’usine Ferrari elle-même, pourrait restaurer la Dino vers quelque chose d’approchant son état original, paraissait ridicule.

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Tom Underwood a alors eu une idée : exposer la Dino dans son état, dans un garage-entrepôt de Pasadena, et inviter les amateurs de l’épave à déposer des offres, des soumissions dûment cachetées…, mais le plan s’est retourné contre lui, car en mentionnant que la voiture avait été retrouvée dans un « étonnamment bon état », l’article du Los Angeles Times, par inadvertance, va déclencher une frénésie auprès de centaines d’acheteurs potentiels…, à cette époque, la compagnie d’assurance a reçu tant d’appels au sujet de la voiture, que les employés chargés de cette affaire, ont craint une crise de relations publiques.

Mais, après deux semaines de sordides piaffements, peu d’offres légitimes avaient été réellement déposées… et donc, Underwood a réinvité les enchérisseurs de représenter des soumissions.
Peu l’ont fait, mais il fallait seulement une offre pour vendre…, l’enchère la plus élevée, soit US$ 5.000… a fait de la Dino, la propriété d’un jeune mécanicien qui venait d’ouvrir son propre garage sur le boulevard Burbank dans la vallée de San Fernando.

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Après avoir placé un nouvel alternateur et un distributeur, rempli le moteur d’huile, nettoyé le réservoir et fait un plein d’essence, il a miraculeusement, après 6 heures d’efforts, réussi à mettre le moteur en marche…, mais quelques minutes plus tard, il a explosé…
Normalement le jeune mécanicien aurait du mettre un bouchon sur l’histoire…, pas du tout…, il a placé un moteur de Ford Pinto 4 cylindres dans l’épave de la Dino.. et a réussi quinze jours plus tard à sortir la voiture sur le boulevard Burbank !

On l’a vu démarrer comme un fou, la voiture est directement partie en glissade après avoir perdu la roue avant gauche…, puis la Dino s’est brisée en deux parties, terminant sa course folle dans un fossé, comme si c’était sa vocation d’être enterrée…, le mécanicien l’a laissée là et a disparu quelques jours plus tard sans laisser d’adresse !
Le propriétaire de la maison devant laquelle se trouvait le fossé, à décrété que la voiture étant sur son terrain, il en devenait le propriétaire…, ce qui a entrainé une guerre de gangs locaux qui a fait une dizaine de morts…, un survivant qui  avait emporté la voiture en menaçant d’un révolver les badauds et le propriétaire de la maison attenante au fossé, à tenté une N-ième restauration, y a réussi basiquement…, mais le bureau des immatriculations a décrété que la restauration était du bricolage et illégale, la voiture étant déclarée destinée à la casse.

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L’argent arrangeant quasi-tout, quelques années plus tard, dûment enregistrée et nouvellement autorisée à la circulation en 2009 avec une plaque de vanité « DUGUP », par le Département Californien des véhicules automobiles…, la Dino a miraculeusement refait surface, jouant à faire peur aux paisibles usagers en roulant à grande vitesse sur les boulevards de Los Angeles plus de 30 ans après qu’elle avait été trouvée en terre.
L’immatriculation de cette Dino a finalement été annulée et réputée « non inscrite » sur les registres officiels en ce qui concerne ses antécédents…, beaucoup pensaient que cette re-immatriculation miraculeuse avait été rendue possible car le numéro de châssis déposé à l’enregistrement venait d’une autre Dino ainsi re-matérialisée, afin de pouvoir continuer d’hanter les banlieues de Los Angeles…

– La Dino 246 GTS « Verde Medio Nijinsky », trouvée enterrée devant la maison du 1137 West 119Th Street dans la section ouest d’Athènes à Los Angeles, portait le Numéro de châssis #07862…
– Elle avait été « sur-peinte » de 21 couches de peinture en sus de 14 couches d’apprêt, soit 8 fois plus qu’à l’usine Ferrari en finale de sa fabrication…
– Sa couleur « Verde Medio Nijinsky » était la même pour toutes les couches de peinture…
– Il n’y a eu que 3 Dino peintes d’usine dans cette couleur verte… et une seule était une GTS…,
– L’histoire « officielle » Ferrari indique que la seule Dino GTS « Verde Medio Nijinsky » sur les 3 Dino « Verde Medio Nijinsky », porte le numéro de châssis #08454…
– Sothebys a précisé (très curieusement) dans son catalogue de la vente aux enchères 2016, que la Dino GTS numéro de châssis #08454, revendiquait une provenance inhabituelle mais disposait de certifications d’usine…, ce qui lui donnerait l’aura d’un des exemples les plus uniques et les plus intéressants de Dino 246 GTS….
– Ferrari Market Letter via un « papier » signé du « Maître-es-Ferrari » Gerald Roush, qui a été réalisé et publié pour soutenir les « propos » du catalogue Sothebys…, a affirmé que cette Dino 246 GTS châssis #08454 « Verde Medio Nijinsky » avait été spécifiée spécialement pour l’importation aux Etats-Unis après avoir été achevée en mai 1974 et qu’elle était considérée « officiellement » (par Ferrari) comme l’une des 25 derniers exemplaires du type 246 GTS construit… et LA SEULE en couleur verte !
– L’histoire « officielle » de cette Dino 246 GTS « Verde Medio Nijinsky » châssis #08454 ne cache pas (n’ose pas cacher ?) que cette Dino 246 GTS a été repeinte plusieurs fois dans des couleurs différentes…
– Elle n’a retrouvé sa couleur « Verde Medio Nijinsky » qu’après que la Dino 246 GTS châssis #07862 a été déclarée volée…
– Aucune explication sérieuse n’a été produite par Sothebys et Ferrari concernant l’impossibilité qu’existent DEUX Dino 246 GTS peintes d’usine en « Verde Medio Nijinsky »
– La Dino 246 GTS châssis #08454 a été acquise par Sandra West qui s’est fait enterrer dans sa Ferrari 330 GT bleue…, si l’autre Ferrari Dino 246 GTS châssis #07862 n’avait pas été découverte alors qu’elle avait été enterrée, personne n’aurait fait un lien entre les deux Dino 246 GT et personne ne s’interrogerait sur l’improbable et miraculeuse réalité irréelle…, rien de moins que ne pouvaient exister deux Dino 246 GTS de la même couleur « Verde Medio Nijinsky »
– Le logo de « type-modèle » est « Dino GT » et pas « Dino GTS »
– La plaque d’identification de la Dino 246 GTS châssis #08454 (photo ci-après) est « trop neuve pour être honnête »… et les chiffres « gravés » (MAY 1974) sont différents des chiffres gravés du numéro de châssis (08454), cela se remarque avec le chiffre « 4 »… tout cela n’est manifestement pas un travail « d’usine »…, de même que la frappe « faite main » (chiffre après chiffre de manière irrégulière) au marteau…

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Malgré les pratiques douteuses de « Ferrari Classic » (de plus en plus) concernant la « restauration/construction-neuve au départ d’un numéro de châssis…, de telles bévues amateuristes ne pourraient y être tolérées, de crainte que tout la Ferraria grotesque du cirque finisse par s’effondrer avec fracas…, c’est donc vraisemblablement l’œuvre d’une bande de crapules telles celles qui peuplent le panier de crabes des « zotos de collection » qui a œuvré… et la Dino 246 GTS (châssis #08454), semble bien moins authentique que l’autre (châssis #07862)… qui a refait surface dans un vert plus foncé, ce qui est également absurde…
Brad Howard, le propriétaire actuel de la #07862, vit (curieusement) à coté de l’endroit ou avait été enterré cette Dino…, qui, après tout ce qu’elle a vécu, existe toujours et semble comme neuve…, elle a toujours la barre chromée au dessus de la calandre…, elle a les mêmes jantes que la Dino 246 enterrée puis déterrée…, Brad Howard qui pose fièrement devant « sa chose », affirme l’avoir acquise auprès de Ara Manoogian, un entrepreneur immobilier…, puis avoir embauché le carrossier considéré comme le gourou Ferrari de la côte ouest : l’Italien Giuseppe Cappalonga qui a complètement reconditionné la Dino !

A dépiauter ces cadavres pourris et puants, on s’aperçoit qu’à moins que les deux Dino aient été la même auto, on a affaire à un phénomène extraordinaire et unique de clone quasi béatifié par le fantôme de Saint-Enzo en personne…, les deux Dino (n’étant vraisemblablement qu’une seule)…étant de rarissimes GTS, comptant parmi les 25 dernières fabriquées… et peintes l’une et l’autre du même « Verde Medio Nijinsky », une nuance spéciale de vert métallisé…, les deux étant équipées de série de la même climatisation d’usine, des mêmes vitres électriques et des mêmes sièges Daytona avec inserts Nero, positionnés dans le même habitacle beige… et… Sothebys de préciser que la Dino GTS était considérée comme l’une des trois seuls exemples peintes de cette couleur d’usine inhabituelle…, spécifiant que c’était également la seule GTS peinte en vert…

La présentation de la voiture était toute aussi fantasmagorique, car, fait incroyable, la Dino aurait été achetée neuve par la fameuse Sandra West qui avait hérité d’un vaste patrimoine pétrolier texan par l’entremise de son mari décédé et est ainsi devenue une figure incontournable de la scène des célébrités hollywoodiennes au milieu des années 1970, se livrant à une vie d’excès… 

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Elle était la propriétaire de plusieurs Ferrari, dont une 330 America dans laquelle elle sera enterrée… et sa Dino 246 GTS verte qui ne faisait alors que 1.700 milles, a été achetée par son avocat, John Valentine, lors d’une vente immobilière…

Ensuite elle a été vendue en 1979 à Roy Farris, de Portland, en Oregon qui l’a peinte jaune vif, puis l’a vendue à Grand Touring Imports à Reno, au Nevada… qui l’a vendue en 1984 à William Bennett, légendaire directeur des casinos Sahara Tahoe…,  Mint et Circus Circus…, qui l’a vendue en 1988 à Checkered Flag International à Los Angeles qui l’a vendue peinte en rouge au producteur de films Camille Taylor, qui a vendu la voiture deux ans plus tard à JR Mosier de Shady Shores, au Texas…

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En 2014, la Dino 246 GTS a été restaurée dans « sa couleur d’origine », le fameux et rare « Verde Medio Nijinsky » et la Dino a été acquise par un collectionneur anonyme de Maranello vivant à Los Angeles (sic !)… qui l’a « mécaniquement rafraîchie » avec une reconstruction complète du moteur…, présentant environ 8.700 miles, qui sont censés être d’origine (sic !), et la Dino est accompagnée de livres et d’outils (re-sic !), cette Dino 246 GTS magnifiquement restaurée et historiquement fascinante (c’est le moins qu’on puisse en dire et en écrire) a été présentée comme étant un exemple sensationnellement préservé (re-sic !)  « qui devrait ravir les sens de tout amoureux de Dino 246 GTS verte »

Une de plus dans le panier de crabes…, tout est faux, rien n’est authentique…, ce « LOT 214 » présenté dans la vente Sothebys Arizona 2016, a été vendue 396.000 US$…

Une autre Ferrari et un déshabillé ont donné à la mondaine Sandra Ilène West, une aussi étrange et triste notoriété que l’histoire de la Ferrari 246 GTS « Verde Medio Nijinsky »

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Sandra Ilene West, (née Hara en 1940), a fréquenté la Beverly Hills High School de Los Angeles…, son père, Ezra et sa mère, Susan, possédaient et exploitaient un magasin de vêtements pour enfants sur Beverly Drive…, le nom de la boutique était « Buttons and Bows ».
Sandra vivait avec ses parents dans une maison située derrière le Beverly Hills Hotel, sur Carolyn Way à Beverly Hills…, Sandra était une enfant précoce et a maintenu son esprit vif et son esprit dans son âge adulte et jusqu’à sa mort
Sandra était d’une beauté saisissante et attirait des hommes aussi divers que Frank Sinatra, Elvis Presley et Nicky Hilton…, elle préféra toutefois Sol West puis son frère, Ike West, qu’elle épousa plus tard. 
Ike West Jr. était le rejeton de l’une des premières familles du Texas surnommée « Les Frères de l’Ouest » (George, Ike Sr. et Sol) ont sculpté leurs fortunes dans les grandes campagnes avec du bétail au 19ème siècle…, puis ont augmenté leur richesse en investissant dans le pétrole dans les années 1920 et 1930.
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Comme beaucoup de millionnaires du Texas, Ike et Sandra ont « trempé dans le pétrole », mais ils ont déménagé en Californie du Sud en 1963 ou Ike a développé un patrimoine mobilier tandis que Sandra brillait dans la scène sociale de Beverly Hills…. et ensuite sont venues les apparences dans les excès des années 1960, un manoir à Beverly Hills, des vêtements de grands couturiers et des voitures hyper chères.
Sandra est alors devenue propriétaire de la voiture qui allait la rendre célèbre : une Ferrari 330 America châssis #5055 de 1964 qui avait été importée par Chinetti Motors.
Ike West consommait des drogues et avait de graves problèmes de santé…, il est mort dans des circonstances mystérieuses à l’hôtel Flamingo de Las Vegas en 1968.
Avec sa disparition, sa veuve est devenue connue sous le nom de « Sandra West, Beverly Hills Socialite and Heiress »…, une description qui suscite des images de peoples telle Paris Hilton dont Sandra a commencé à avoir les mêmes comportements bizarres que nous voyons avec ahurissement de son équivalent moderne.
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Elle a fréquenté une flopée d’artistes, dont le chanteur Engelbert Humperdinck… et a vécu la « grande vie »…, pendant les années 1960, elle était connue pour  son goût pour le paraître, pas pour sa subtilité intellectuelle, elle s’exhibait avec des grandes quantités de bijoux et se faisait remarquer avec son habituel manteau de vison « Texas Rodeo Queen » avec des strass et un chapeau délirant.
Elle organisait des « événements » réservés à la « haute société » et s’affichait dans une flotte de voitures qui comprenait une Stutz Blackhawk et trois Ferrari : la 330 America qui scellera sa gloire posthume…, une 1969 365 GT 2 + 2… et la fameuse et fumeuse Dino 246 GTS verte… 
Un soir, elle se rendit chez Chasen, le restaurant emblématique de Beverly Hills, fréquenté par Johnny Carson et les Reagan, où elle fit une grande entrée, puis elle commanda un hamburger et s’enfuit…
Bien que le comportement de Mme West était celui d’une extravertie, ses « associés » (malheureusement, la plupart du temps des médecins, des infirmières et des avocats) la décrivaient comme une personne solitaire avec peu de vrais amis.
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Elle était connue pour donner des cadeaux extravagants à ceux qui lui fournissaient un petit service…, peu de temps avant sa mort, elle a remis une croix de platine et de diamants de 250.000 $ à une infirmière à temps partiel.
La plupart de ses cadeaux étaient inconditionnels, mais elle a sauvé son cadeau le plus considérable, un cadeau valant des millions, pour celui qui lui rendrait service, à elle et à sa Ferrari préférée…
Peut-être était-ce la disparition prématurée de son mari ou son goût pour l’étude de l’égyptologie qui a influencé sa décision en 1972 d’écrire que son désir était d’être enterrée « au Texas, d’où l’argent venait »…, cela en soi n’était pas unique, mais ce qui suivait l’était : elle a cité Sol West III (son beau-frère) comme son unique héritière, mais seulement s’il finalisait sa dernière demande : « Je veux être enterrée à côté de mon mari, dans une chemise de nuit en dentelle, assise derrière le volant de ma Ferrari avec le siège confortablement incliné ».

C’était une demande digne des pharaons égyptiens qu’elle aimait tant étudier…, le roi Toutankhamon avait été enterré 3.300 ans plus tôt avec le meilleur moyen de transport de son époque, deux chars d’or…. et Sandra West avait l’intention de voyager vers l’au-delà dans un style tout aussi suprême…
Malheureusement, ce voyage n’était pas très éloigné dans son avenir…, sa solitude s’est approfondie et son désir d’être vu a diminué…, loin d’être la mondaine de la ville, elle va se retirer chez elle, consacrant une grande partie de son temps à l’étude de l’Égypte ancienne et à sa vaste collection de timbres.

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Son médecin a déclaré plus tard qu’il croyait que le changement dans le comportement de Mme West était le résultat d’une psychose et de l’abus de drogues…, et, loin d’être «saine d’esprit et de corps», Mme West a rédigé un deuxième testament en 1976.
Fait intéressant, le testament a désigné l’avocat de la famille, Fred Semaan, comme héritier principal et n’a fait aucune mention des Ferrari’s…. et, peu de temps après que ce testament fut achevé en novembre 1976, Mme West a été grièvement blessée dans un accident de la route alors qu’elle conduisait sa Ferrari préférée…, elle abusait des médicaments…, Mme West semblait se rétablir, mais le 10 mars 1977, elle s’est plainte à son infirmière de douleurs à l’estomac…, elle s’est retirée au lit et est morte pendant la nuit.
On croyait à l’origine qu’elle était décédée des complications de l’accident de la circulation, mais le rapport du coroner indiquait qu’elle avait pris une surdose de barbituriques et de codéine.

Les deux testaments ont ensuite été trouvés parmi ses papiers…, le testament de 1976 était tracé en rouge.
Avec des millions en jeu, une bataille juridique entre Sol West et Fred Semaan s’ensuivit…, jusqu’à ce qu’un tribunal d’homologation de Californie statue.., le corps de Mme West a alors été renvoyé à San Antonio…, la décision a été rendue par un tribunal de Los Angeles le 11 avril 1977, stipulant que les volontés de 1972 de Mme West devaient être suivies à la lettre…, le tribunal a ordonné que la Ferrari endommagée ne soit pas réparée avant les funérailles et qu’elle soit placée dans une grande caisse en bois pour « préserver la dignité de Mme West ».
Un budget détaillé pour des funérailles fort élaborées a été inclus dans l’ordonnance du tribunal avec un coût estimé à 15 000 $.

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Le 19 mai 1977, Sandra Ilene West a finalement reçu les funérailles qu’elle souhaitait à la lumière des projecteurs de la télévision et devant plus de 150 spectateurs.
La boîte contenant Mme West (habillée selon ses instructions et le siège ajusté en conséquence) et sa bien-aimée Ferrari 330 America ont été descendues dans la longue fosse, puis recouvertes de ciment…, le directeur des funérailles indiquant que le ciment avait été ajouté parce que le cimetière se trouvait dans une zone de criminalité élevée et qu’il craignait que la voiture ne soit de retour dans la rue en un jour !

La succession de Sandra West, composée de plus de 3 millions de dollars en espèces, du domaine de Beverly Hills, des droits miniers, de la collection de timbres et des bijoux, a été transmise à son beau-frère Sol West III comme stipulé dans son testament de 1972.
Les deux autres Ferrari ont été vendues aux enchères publiques à Los Angeles…, la Ferrari bleue 1964 330 America s/n 5055 et sa propriétaire reposent ensemble sous une simple pierre au cimetière maçonnique de San Antonio, vraisemblablement le plus bizarre, sinon le plus célèbre des monuments funéraires Ferrari.
Quant à la Dino 246 GTS verte, elle a disparue pour ressurgir de nulle part affublée d’une histoire rocambolesque…

Il est à noter, qu’aucune preuve n’existe et n’a été fournie, attestant que la Ferrari 330 se trouve dans la boîte qui a été enterrée…, quelques rumeurs indiquent que tout ce barnum n’était qu’une mise en scène…