La Ferrari 488GTB est une merde comme les autres !

C’est un grand classique chez les hommes, généralement, du moins chez ceux qui veulent plaquer la femme avec qui ils sont…
Comme l’idée d’avoir à endurer une crise de larmes ne leur plait pas démesurément, ils se demandent souvent comment faire pour que la nouvelle passe mieux…, un peu comme on ferait passer une pilule au bout amer en la mélangeant avec un truc sucré… et c’est donc une question qu’on se pose souvent : « Comment annoncer une mauvaise nouvelle de la meilleure manière qui soit ? »…

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Il n’y a pas de bonne manière d’annoncer une mauvaise nouvelle…, quel que soit le ton employé, doux, affable, sec ou dur, de toute manière vous serez l’oiseau de mauvais augure même si vous n’êtes pas responsable…
Dans ces cas là, on confond le messager et le message.
On voit cela dans tous les polars américains quand un flic annonce à une famille qu’un des membres vient de se faire assassiner sauvagement, selon l’humeur des scénaristes, on a soit le flic empathique qui annonce doucereusement « Soyez courageux » ou encore « Hélas j’ai une très mauvaise nouvelle »… typique du flic bourrin qui ne prend aucun gant pour annoncer les choses…, dans tous les cas, la réaction émotionnelle est intense.

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Quand je dois annoncer une mauvaise nouvelle, il n’y a pas de bonne manière de le faire : il faut juste le faire…, je dis les choses et adorerait pouvoir me mettre les mains sur les oreilles pour ne pas entendre les hurlements…, je sais qu’en annonçant la mauvaise nouvelle à une personne déterminée (ou non, mais là c’est du vice de l’inventer), c’est comme si je lui mettais un coup de batte de base-ball dans la face…, alors qu’elle soit verte ou rose, la batte, on s’en fout un peu !
S’agissant d’une rupture c’est un peu la même chose, il faut s’attendre à une crise qui, selon les femmes, ira soit de la pure colère avec claques et jet d’objets dans votre face, soit à une cataracte de larmes impossible à endiguer entrecoupée de l’annonce d’un suicide imminent…, c’est le prix à payer.
Bon, quand c’est l’inverse, elles ne prennent pas de gant…, vous êtes éjecté manu militari et invité à récupérer vos affaires, parce que c’est vrai qu’un homme c’est solide et que ça ne pleure pas… et puis une de perdue et dix de retrouvées parait-il…

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Tout ceci écrit en guise d’introduction textuelle, j’en viens à la mauvaise nouvelle que je me dois de vous annoncer : La Ferrari 488 est une merde comme les autres !

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Notez que c’est à la fois une mauvaise ET une bonne nouvelle, il y a là quelque chose de rassurant, en effet, à lire les commentaires dithyrambiques des journaleux de sévices, on croirait que Ferrai construit au fil des ans des voitures meilleures…, que nenni…, elles sont simplement de plus en plus chères à acquérir et à entretenir, raisons pour lesquelles leurs propriétaires n’en pipent mots afin de ne pas risquer de devoir les conserver dans leur garage climatisé !
Il y a quelques jours, j’étais aux obsèques d’un faux-cul d’ami fou dingue amoureux des Ferrari, il s’était mis à les collectionner… et, arrivé à la sixième, à l’aube de ses cinquante-quatre ans, il a payé le complément de prix de ceux qui « Ferraillerient » et ne se préoccupent pas de leur santé (physique ET mentale).
Je lui avait fait observer qu’il avait une petite mine…, en sus de ses palpitations, étourdissements et de sa fatigue persistante que le sommeil ne parvenait plus à vaincre : « Qu’à cela ne tienne, dans une semaine ce sont les vacances, j’aurais le temps de me reposer en profitant de ma Ferrari 488″… qu’il m’avait dit !

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Il a décidé de s’amuser avec sa Ferrari 488GTB et malgré que je l’avais prévenu…, après un essai, que c’était « Une merde comme les autres »…, sans m’écouter il est parti « à donf » et ça s’est terminé après un bref moment…, un infarctus massif…
Les pompiers dépêchés sur place ne sont pas parvenus à relancer son palpitant et même le défibrillateur qui fait tant de miracles dans les séries américaines s’est avéré inopérant…, il est mort… et c’est totalement idiot de mourir si jeune pour si peu de chose !
Ses obsèques ont été obséquieuses (trop), entre la famille venue nombreuse (pour savoir avant l’avis du notaire, qui hériterait d’une ou des Ferrailleries) et ses amis venus encore plus nombreux pour faire des propositions financièrement indécentes aux héritiers…

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L’église était pleine à craquer et il y avait un tel monde que même le parvis était envahi.
Une ambiance de mâles, un milieu d’escrocs… et finalement, un endroit où les femmes se sentaient à l’aise parce que quoiqu’on en dise même si les plaisanteries n’étaient pas toujours d’une grande finesse, le respect était de mise…
Durant la messe, en aparté lors de la cérémonie de l’offrande, j’ai sussuré très religieusement à la veuve, mes condoléances éternelles… et proposé un montant ridicule, expliquant comme un sermon funèbre doublé d’une sainte-homélie…, que c’était une offre inespérée et… « ite Missa Est », la messe dite, j’ai tracé un chèque en contrepartie des clés, des papiers et de la bricole rouge… dans le but de partir directement à Monaco la revendre pluche cher à mon ami JJ…

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La Ferrari 488 GTB, est une bagnole d’égoïste, elle flatte (surtout à son bord), le conducteur intrépide qui doit glisser dans le siège pour se retrouver coincé de partout…, la première pensée réaliste que j’ai eu, fut : « Mon Dieu, comment sortir de ce machin sans avoir l’air crétin ? »…
Ensuite, il m’a fallu m’aider du manuel d’utilisation pour comprendre le pourquoi du comment : Instrumentations, fonctionnalités (sic !), réglages, volant, palettes…, le tableau de bord stimulant l’angoisse car tout l’environnement intérieur puise son inspiration dans l’univers de la Formule 1, l’ADN du Cheval Cabré…, avant de mettre le moteur en marche, je me suis demandé à quoi tout cela pouvait servir dans les embouteillages…
Une main sur le volant, l’autre effleurant des doigts le bouton rouge « Start », je m(attendais à entendre un bruit fantastique…, mais rien…, j’ai continué à m’instruire en examinant le volant, trop fourni en réglages techniques…

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Accroupi sur le dos, jambes écartées et les jambes en équerre vers la droite, dans une position basse et allongée totalement inconfortable dans des sièges en cuir très fermes, sans aucun véritable confort, avec la fausse « planche » d’instruments, génératrice d’émotions angoissées, je vivais Ferrari, je respiras respirez Ferrari… et j’en avais la nausée !
J’ai alors découvert la fameuse « manettino », une molette positionnée à la droite du volant intégrant les différents paramétrages de la voiture : du mode « Sport » (qui signifie chez Ferrari, le mode normal) au mode « Race », qui n’est qu’un réglage de fermeté des suspension, j’ai découvert différentes fonctionnalités d’activation ou de désactivation des anti-patinages et autre anti-dérapages ESC/Off…

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Je suis parti en boulet de canon, crispé…, anxieux de la sur-sportivité exacerbée qui m’a laissé, dès les premiers rapports engagés, sans voix, ce qui tombait bien puisqu’il me fallait rapidement m’habituer à écouter le vacarme mécanique, grave et rauque, du V8 suralimenté, un son écorché, épouvantablement omniprésent dans l’habitacle…, effectuer un Paris-Monaco dans un tel bazar allait être apocalyptique, et il s’est avéré l’être pire…, il m’a fallu des boules « Quiets », une dose d’irresponsabilité et un sens aigu du « je m’en foutisme » pour y arriver…, sans en revenir !
J’ai regretté, tant qu’à faire, que le compte-tour central soit analogique et non digital…, tout comme j’ai râlé que les clignotants soient encore situés sur le volant, confusion garantie… et excellent prétexte tout italien de ne pas les utiliser…

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La 488 GTB produit les effets escomptés en retour du montant payé, un plaisir indicible de dompter l’inutile pour n’aller nulle part sans être certain d’en revenir…, c’est jouissif…, l’italienne passe la puissance instantanément grâce à un couple phénoménal, disponible à tous les régimes, la transmission commandant la pression de suralimentation générant une certaine progressivité des turbos…, Ferrari a ainsi réussi artificiellement à reproduire un souffle puissant, énergique, explosif même, que l’on connaissait bien sur les très anciens modèles qui eux étaient sans artifices consuméristes (du moins pas les mêmes)…

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La boîte F1, revue et corrigée pour faire passer le couple, réagissait sans temps mort, ni à-coups, en 30 millisecondes…, une rapidité fulgurante, accrue de 30% à la montée des rapports, de 40% au rétrogradage, comparativement à celle de la 458.
En mode « Race », à chaque accélération, je me suis retrouvé propulsé au 7e ciel, à 8000 tr/min, avec une réactivité telle qu’il m’a fallu me concentrer pour ne pas aller systématiquement au rupteur moteur…, jouer davantage avec les palettes devenait alors nécessaire….
Je me suis retrouvé en travers quand-même… et j’ai trouvé que c’était dangereux…, car la Ferrari 488 GTB abat le 0 à 100 km/h en seulement 3 secondes, accroche les 200 km/h en 8,3 secondes et atteint 330 km/h en vitesse maxi…

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Et puis, il y avait les systèmes électroniques…, Ferrari avait prétendu à mon ami (mort) avoir optimisé son dispositif de contrôle de la dérive : le SSC2, combiné au différentiel actif E-Diff et à l’antipatinage F1-Track, qui gomme en appui tout risque de sous-virage important, efface le roulis, contrôle l’assiette, autorise des passages en courbe plus vifs avec une étonnante docilité…
Quelques jours plus tard, après avoir effectué quelques embardées, mon ami a eu tellement peur qu’il s’est farci un AVC… et on l’a retrouvé prostré au volant…, triste fin…, quoique grandiose pour un Ferrarinophage…

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J’ai amené le bolide à bon port à Monaco, chez JJ, qui a voulu minimiser le montant astronomique que je lui demandais avec un sourire angélique…, pour y parvenir il m’a expliqué que la masse halucinante de défauts…, s’en était trop pour circuler dans le trafic actuel…, que de plus, les porte-à-faux empêchaient un usage quotidien, de même que la voiture en elle-même, dont beaucoup d’exemplaires vont trainasser dans les ruelles de Monaco et St-Barth et se trainer à 55 miles sur les highways US et à 15 miles dans les grandes villes américaines…, un vrai gâchis !
J’ai compatis à sa douleur et lui à la mienne… il m’a finalement payé et déposé à l’Héliport pour que j’arrive à temps à l’aéroport de Nice afin de repartir à Paris chercher la Bentley abandonnée (temporairement dans la propriété de mon ex-ami défunt…

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