Le Kustom Russo-Ukrainien est porté par la « pensée diagonale »…

« Bien avant Nietzsche, les Anciens avaient saisi toute la fertilité du fragment »…, c’est en citant cette phrase sans aucun sens, qu’une poignée de barbares mi- Russes, mi- Ukrainiens débarqués des confins du monde connu, mi- prophètes mi- fumistes, sans doute un peu situationnistes avant la lettre, inoculèrent dans l’esprit du Kustom de l’Est de l’Europe le germe des nouvelles cosmologies et de l’Art des concepts utopiques.

Leur pensée n’était guère bavarde, elle ne s’embarrassait pas de lourds systèmes…, elle semait aux quatre vents et se recueillait au travers de quelques lambeaux énigmatiques et désarticulés, qui laissaient au vide et au silence toute leur force de provocation… et surtout, elle était toute entière portée par cette injonction non-dite, implicite mais néanmoins puissamment performative à penser diagonalement.

Mais que serait-il advenu de ce corpus pré-socratique sans l’incessant travail d’exégèse qui lui a succédé… et surtout sans cette prémisse, somme toute tout à fait contingente, qui garantissait aux archéologues du sens la pertinence de leur entreprise… et qu’en resterait-il, sans une volonté plurimillénaire de leur accorder du sens si ce n’est finalement un pari sur l’absurde…, car enfin… et si Héraclite n’avait été qu’un agité du bocal aux velléités pyromanes, Thalès un amoureux du surf inconditionnel des rave-parties d’Eleusis et Parménide un braillard de fin de banquet éructant ses sempiternelles sentences dans l’attente d’une tournée de cratyles…

Mais non, bien sûr, une telle hypothèse n’est pas réaliste… et pourtant, notre empressement à l’écarter n’est sans doute que le fruit de vingt-cinq siècles d’habitude culturelle, puisque pour tous ces vénérables anciens, le Panthéon est tout acquis, la véritable question est ailleurs : serions-nous capable aujourd’hui de reconnaître l’un de ces aventuriers de la Pensée s’il venait à croiser notre route ?

Comme c’est souvent le cas, la question arrive bien trop tard… car c’est déjà chose faite, en Russie et surtout en Ukraine, il est coutume de vénérer tout ce qui vient de l’étranger, en particulier dans le domaine de l’automobile…, pour comprendre que ce n’est qu’une illusion, il suffit de regarder les projets des Kustomizeurs nationaux…, par exemple, cette Volga soviétique passée dans les mains expertes des spécialistes d’EvilGaraGe semble bien plus élégante qu’une voiture ancienne venue de l’ouest.

# 1 – À Sébastopol En Crimée avec la « el Cabrio »…

Voici l’histoire du projet « el Cabrio » racontée par l’un de ses créateurs : Alexeï Koptev…, personnage haut en couleurs…, porte-parole d’un renouveau du Kustom-Mondial qui transcende les frontières…, innocent du village global…, cabotin logorrhéique à la crétinerie abyssale…, les qualificatifs hostiles ne manquent pas pour désigner cette star nationale… et pourtant, tout cela est un peu vite expédié…

A mon tour aujourd’hui de prendre le pari de vous plonger dans les textes, ou plutôt dans les fragments, car c’est peut-être ici que commence l’aventure d’une filiation oubliée qu’il convient d’exhumer contre une doxa résolument anti-logique.

– Mes amis et moi sommes de grands amateurs de la culture et des voitures américaines. Nous avons toujours voulu créer un projet évoquant cette culture. L’idée a définitivement pris forme lorsque nous avons rencontré le cartel El Contrabando et son idéologie. Nous avons choisi comme base une GAZ-24. Nous avons eu beaucoup de mal à trouver le modèle qu’il nous fallait, un exemplaire de première génération avec ses poignées de porte élégantes, le tableau de bord plat et le volant à fine jante. Il nous a même fallu parcourir les petites annonces de voitures mises en vente pour la pièce. Et c’est là que nous avons pu trouver la nôtre. Elle n’était même plus en état de marche…

– Dites m’en plus…

– Pour nous, le mot tuning rappelle la saleté tenace que nous avons découverte dans les concentrations franchouilles. C’est pourquoi nous avons évité de nombreuses pièces qui, même si elles peuvent paraître très attrayantes, ne reflètent en rien l’esprit de l’époque soviétique lorsque le collectif prévalait sur l’individuel et que tous essayaient de faire la même chose, de gris et ennuyeux. Chaque pièce dans l’el Cabrio a été soigneusement pensée durant plusieurs jours avant son montage. Pour nous, il était important de suivre la Kustom-Kulture. Techniquement parlant, pour transformer la GAZ-24 en cabriolet, il a fallu apporter un grand nombre de changements. Il a fallu renforcer la carrosserie pour augmenter la résistance structurelle, les roues restant d’origine, même si elles ont été élargies pour monter les bons pneus : 8 pouces à l’avant et 10 pouces à l’arrière, dans le plus pur esprit du Hot-Rodding où des pneus arrière plus larges assurent une bonne adhérence. Sous le capot on trouve un bon vieux moteur 24D pouvant digérer de l’essence d’’indice d’octane 80 et 92 sans aucune incidence sur ses performances. La suspension est restée d’origine même si elle a été largement modifiée : Ressorts raccourcis, modification de l’ordre des lames de ressorts et installation d’une cale sous le pont arrière. Tout cela a été fait afin d’avoir une faible garde au sol. Quand nous avons vu le résultat nous avons vite compris que le cabriolet devait paraître plus large. Nous avons réussi à obtenir cela visuellement en installant différemment le pare-brise. Ses dimensions restent globalement les mêmes, mais la silhouette est plus élégante et la voiture perd son caractère soviétique…

– Alexeï, pourquoi estimez-vous que le mot tuning ne convient pas à cette « el Cabrio »…

– La beauté de la voiture vient de quelques pièces soigneusement sélectionnées. Il a fallu se débarrasser de certaines, typiques de la Volga. La calandre par exemple était en très mauvais état. Les feux arrière ont été montés plus profondément. Pour cela, il a fallu modifier la forme des ailes arrière. L’arrière a demandé beaucoup de travail mais désormais, à faible vitesse, des passagers peuvent s’y assoir pour profiter du vent… A l’intérieur aussi, beaucoup de travail a été fait, rien ne devait distraire le conducteur qui doit profiter du voyage, de la liberté et du vent de face. Tous les commutateurs ont été supprimés du tableau de bord, de même que l’autoradio et la boîte à gants. Les portières ont subi le même sort et seules les poignées d’ouverture ont été conservées. Les vieux sièges ont été remplacés par des fauteuils de Toyota Crown à l’avant et une banquette de GAZ-3110 à l’arrière. L’intérieur a été recouvert de cuir rouge. Mais la modification la plus visible est le levier de vitesse… Quand j’ai pensé au levier de vitesse, j’ai eu l’idée d’utiliser le thème des jeux de hasard et de casinos. Puis j’ai pensé au billard. Ma boule préférée est la N°8 et j’ai décidé de m’en servir. J’ai ensuite peint à l’aérographe des pinups. Une blonde côté droit et une brune côté gauche.

– Le style est donc le mot clé du projet « el Cabrio »…. Très cher Alexeï Koptev, ces modifications ont-elles dépassé toutes vos attentes ?

– A peine voient-ils cette el Cabrio sur la route, que les conducteurs freinent, klaxonnent et m’interpellent : « Souriez ! Je vous photographie ! ». Certains veulent même me parler en roulant ce qui provoque parfois des embouteillages. La voiture provoque l’admiration de tous. Mais le plus important pour moi ce n’est pas la reconnaissance des jeunes, mais l’approbation de l’ancienne génération. Pour les gens ayant vécu durant l’époque de l’URSS, cette voiture était un rêve. L’acheter était quasiment impossible et en secret beaucoup caressaient l’espoir d’avoir une Volga dans son garage, pour s’assoir à son volant le soir et en ôter soigneusement la moindre poussière. C’est pourquoi je suis très heureux quand les plus anciens viennent me voir, admiratifs, et me remercient d’avoir pu libérer le potentiel de la voiture et le mettre en pratique !

# 2 – À Kiev en Ukraine avec la « el Podeba »…

À Kiev, j’ai découvert une voiture unique réalisée par Vladimir Pochensko un carrossier talentueux qui rêve que l’Ukraine fasse réellement  partie de la Communauté Européenne :

– De l’arrière elle rappelle la Bugatti Galibier, de l’avant elle s’inspire d’une Cadillac imaginaire…, en fait, ce n’est ni l’une, ni l’autre car elle est basée sur une Toyota Mark II de 2000 , la partie médiane est reconnaissable aux portes antagonistes provenant d’une Mazda RX-8…, les ailes et le couvercle de coffre… ont été entièrement réalisés à la main en métal. L’empattement est beaucoup plus grand que celui de la Toyota…, c’est pourquoi j’ai pu placer deux véritables fauteuils VIP à l’arrière.

– Dans le Kustom Ukrainien, il y a d’abord la forme, c’est bien ça ?

– Penser c’est avant tout Dire. C’est donc sous la dramaturgie du dialogue que ma voiture s’anime et s’articule, dans le déploiement d’un Logos renouant ici avec l’ambivalence de sa définition originelle. Ce Logos opère loin en amont du principe de non-contradiction aristotélicien, rendant le Verbe à toute sa fertilité poétique. Un exemple parmi d’autres, le style que j’ai conçu dans la dichotomie platonicienne s’est vu dépassé dans le spirit, sorte de topos asymptotique où s’abolissent les contraires : le spirit du Kustomizing, c’est : the final conclusion of the spirit is perfection…, c’est quelque chose de concret mais pas concret.

Pour résumer, l’auteur de ce projet m’a affirmé que la voiture pouvait être utilisée tous les jours…, de plus, il propose dans des publicités, de la louer pour les week-ends…, mais à part tout cela issu d’un bref dialogue en russe avec Vladimir Pochensko, je ne dispose d’aucune information concrète à ajouter, mais il m’a promis, qu’avant Noël, il organiserait, pour moi seul, un essai de cet impressionnant engin.

On voit clairement comment la pensée chemine en biais face aux pièges de la négation, qu’elle déjoue sans même livrer bataille…, une fois admise la validité endoconsistante du discours de Vladimir Pochensko et reconnu que sa « el Podeba » était comme un projet philosophique, on ne peut que s’émerveiller devant la richesse de l’arsenal dramatique ayant amené au design quasi-conceptuel de ce véhicule étrange !

– Toute la tradition philosophique du Kustom-Ukrainien se trouve revisitée par moi à coups de marteau, c’est être à l’attention de savoir que l’on existe… L’enjeu est clair : le public admirant ma voiture va toucher à un nœud philosophique qui n’a jamais cessé de hanter la Pensée depuis qu’elle s’est donné pour objet son propre déploiement.

– On pense bien sûr aux philosophies orientales, et à la place primordiale que ces dernières accordent à l’Eveil ou au Satori, mais cette interprétation perd en profondeur ce qu’elle gagne en exotisme… même si ce que vous affirmez fait directement écho à des fragments bien connus de la Bhagavad-Gita.

– Plus proche de notre tradition Kustom-philosophique, le parallélisme est évident avec l’epoch stoïcienne, voire avec le qaumazein principiel. A partir de ce point d’achoppement, les références contrapuntiques à l’histoire philosophique du Kustom de l’Est sont légions; réactualisation du cycle du Cosmos dans la vie, c’est une grande roue faite de feelings, réfutation du sensualisme, mise en perspective de la forme a priori du Temps. Les pistes d’investigations par contre ne manquent pas pour un aspirant philosophe désireux de défricher de nouveaux horizons…

– C’est là très certainement une autre façon d’interpréter l’odyssée du Kustom Ukrainien, peut-être suis-je le témoin du spectacle d’un homme dont l’intellect se heurte à ses propres limites, tandis qu’une sourde intuition l’enjoint à en explorer la face extérieure ?

– Et cette ignorance passe par le réceptacle du réel Savoir dont je suis le dépositaire, ce qui  n’entache en rien la valeur messianique du message que je délivre. Car, comme l’écrivait Farid Ud-Din Urid dans le « Colloque des Moineaux » : « C’est souvent d’une douce ignorance que se nourrit l’appétit du Prophète »…

Interférence…, la « el Podeba » toute entière se retrouve selon-moi en abyme dans mon regard incrédule quand, soudainement extrait de l’indifférenciation primordiale, elle gagne l’accès à ma subjectivité pensante et à l’individuation générale, un réceptacle bien trop étroit pour le ‘Savoir’ qui s’y déverse de force…, me voilà contraint de penser l’impensable : ce que je subis, est bien plus qu’une information débilitante, c’est un viol…

 

# 3 – À Odessa en Ukraine avec la « Gaz-M-20″…

Un habitant d’Odessa a mis en vente sur un site d’annonce internet une bien étrange automobile GAZ-M-20 Kustom blanc perle, basée sur une Mercedes…, une ironie de l’histoire puisque si la GAZ-M-20 célèbre la victoire de l’Union Soviétique sur le régime nazi…, elle est affichée à un prix proche de celui du neuf d’une berline allemande de segment supérieur : 75.000 dollars.

– Elle a été construite en près de deux ans, mais au départ je ne prévoyais pas de la vendre…, m’a indiqué Alexandre Popov, son propriétaire…, elle a été assemblée à la main, l’intérieur est tendu de cuir, le moteur et la boîte de vitesse proviennent d’une Mercedes. En fait, je la vend parce qu’à cause de la guerre entre l’Ukraine et la Russie, j’ai besoin d’argent, mais il n’est pas exclu que je fasse un nouveau chef-d’œuvre automobile…

– Vous êtes un Ukrainien d’Odessa qui voulez l’intégration à la Russie, pas à l’Union Européenne, pouvez-vous dire aux internautes qui viennent lire GatsbyOnline.com ce en quoi votre voiture est une pièce maîtresse de la Pensée diagonale ?

« L’UE devient songeur et les États-Unis sont en plein désarroi ».., c’est en ces termes que les experts décrivent la réaction de l’Occident au contrat gazier signé entre la Russie et la Chine. Les succès stratégiques en matière énergétique (le gaz) enregistrés par Moscou, inquiètent Bruxelles (l’Europe) et Washington (les USA), surtout que les grands fonds d’investissement soulignent que l’accord russo-chinois est une véritable percée dans l’économie énergétique.

– Les « manifestations du lundi », (die Montagsdemos), débutées à cause de la montée des violences sur la place Maïdan, avaient lieu chaque semaine en Allemagne, remplissant et occupant l’espace public…, mais nos médias européens n’en disaient rien… et maintenant que cette « révolution » créée et financée par les USA a fait son œuvre destructrice, qu’en est-il ici en Ukraine ?

– La Russie a indiscutablement opéré une percée dans le développement de son économie nationale. Le contrat gazier avec la Chine va être une sorte de catalyseur pour la métallurgie, l’industrie du charbon, le secteur de l’énergie et toutes les branches connexes de ces secteurs. Les experts estiment qu’un vaste champ de développement s’ouvre ainsi devant la Sibérie et l’Extrême-Orient. De surcroît, le modèle traditionnel des livraisons d’hydrocarbures Est-Ouest va changer de direction….

– Oui, mais, ma question était : Pouvez-vous dire aux internautes qui viennent lire GatsbyOnline.com ce en quoi votre voiture est une pièce maîtresse de la Pensée diagonale ?

– En perspective, lorsque la direction orientale des exportations d’hydrocarbures sera mise en place, la Russie aura la possibilité de discuter du projet Altaï, le gazoduc reliant les gisements en Sibérie Occidentale au Xinjiang chinois. La Russie disposera ainsi de deux gazoducs allant vers l’Est et l’Ouest qui permettront de mieux gérer ses hydrocarbures et envoyer en Asie, notamment en Chine, le gaz depuis des gisements qui approvisionnent actuellement l’Europe…

– Cela a-t-il un rapport direct avec le Kustomizing Ukrainien ?

– Oui, c’est très important. Selon les analystes, cela signifie pour les États-Unis une perte de rentabilité des projets d’exportation du gaz naturel liquéfié (GNL)… et comme les Américains attendent beaucoup des exportations du GNL, ils devront revoir le cas échant tous leurs tarifs sur les hydrocarbures… L’Europe, sera obligée de rectifier sa position concernant le gaz russe, elle ne pourra plus utiliser les menaces et les sanctions comme des armes économiques de pression à ses seuls intérêts et désidératas…. L’Europe devra désormais prendre en compte les réalités commerciales et non pas politiques auxquelles elle s’est habituée ces derniers temps. Elle devra aussi penser à sa propre sécurité énergétique et faciliter les projets russes de gazoducs ou lieu de s’y opposer. Ce sera le cas notamment du gazoduc South Stream et de la réglementation sur le Troisième paquet énergétique. Les tentatives de l’UE de réduire sa dépendance du gaz russe aux frais de la Russie paraissent ridicules après la signature du contrat gazier russo-chinois. Le contrat passé avec la RPC contrebalance les pressions que l’UE peut exercer sur la Russie dans les litiges gaziers…

– L’Europe aimerait certes choisir d’autres fournisseurs, mais lorsque les fonctionnaires commencent à analyser la situation, ils se rendent compte que tous leurs projets nécessitent du temps et il est tout simplement impossible de trouver une aubaine énergétique ou gazière qui permettrait d’assurer aux pays européens des livraisons à des prix très intéressants et en quantités illimitées.

– Ils voient également que la Russie peut jouer le jeu d’après leurs règles pour renforcer ses positions… La Russie est obligée de le faire. Après tout, elle ne peut pas transporter le gaz ou le pétrole vers l’Europe depuis l’Extrême-Orient. Ce serait inefficace et pas du tout rentable d’autant plus que le marché européen est en stagnation, contrairement à celui d’Asie et de la région Pacifique, en plein essor. La Russie cherche naturellement à renforcer ses positions sur un marché en pleine expansion…

– Les États-Unis et l’UE sont maintenant obligés de se rendre à l’évidence que la Russie n’est plus condamnée sans appel à livrer son gaz uniquement en Europe et qu’après la signature du contrat avec Pékin, Moscou peut le livrer les hydrocarbure en Asie. Moscou a donc une plus grande marge de manœuvre pour défendre ses intérêts stratégiques.

– En revanche, l’alliance énergétique entre la Russie et la Chine devrait interpeller les États-Unis. Trop habitués à leur rôle de leader dans tous les domaines, les Américains voient leurs positions faiblir lentement mais sûrement…

– Le rapport ne me semble pas évident !