Mes Ex-calibur’s, ahhhhhhhhhhh !

Fin des années ’60, étant jeune (quoique je le suis toujours, au moins dans ma tête), j’ai flashé grââââââve devant une Excalibur première série…, croisée à Knockout-le-mazout et suivie jusque Zeebruge (Belgique)…
C’était alors beaucoup d’argent (hors taxes et autres frais), la voiture n’était livrée qu’à Monaco et l’importateur se moquait totalement des soucis relatifs à l’homologation et l’immatriculation…

Début des années ’70, toujours jeune, je rêvais d’acheter une Excalibur…, une « séries II » était annoncée 17.000 US$ par Guy Storr, qui était l’importateur Excalibur à Monaco…, en fait « d’importateur », il « sévissait » au départ de son appartement !
Il n’y a jamais eu de garage Excalibur digne de ce nom à Monaco… ni ailleurs en Europe.
On aurait pu le croire à lire et voir Guy Storr baratiner les « amateurs » (souvent des stars et des riches play-boy), sur « ses » extraordinaires Excalibur…, d’ailleurs, personne ne se posait de question…, on était dans les nuages, prêts à gober tout et n’importe quoi…
Guy Storr avait l’allure d’un chef-d’orchestre avec ses cheveux blancs portés longs en arrière, il faisait marcher tout le petit monde des « People » à la baguette, quelle mélodie…, personne ne se souciait des fausses notes ni de la partition…
Et puis, quel panache…, surtout qu’en sus d’importer des automobiles extraordinaires, il s’était lancé dans la fabrication de l’Excalibur 35X !
Inspirée vaguement de la Bugatti type 35, celle-ci était construite chez et par Michelotti à Turin… avec les trains roulants et le moteur 6cylindres de l’Opel Commodore.
Ce n’était pas une construction « à la chaine » comme chez Renault, simplement une commande de 27 exemplaires qu’il avait passé, en vrac, les carcasses étant stockées dans un hangar et ensuite assemblées/terminées « à la demande », en fonction des commandes enregistrées dans le sempiternel appartement de Guy Storr à Monaco (20, rue Princesse Charlotte), puis livrées dans un minuscule garage (l’ancien Daytona Garage situé près de Nice)…

Autre exemple, Morgan, à Bruxelles, dans les mêmes années ’60 et ’70 était représenté par Jacques Elleboudt qui « officiait » au départ d’un château délabré situé rue Elleboudt à 1180-Uccle… (ses parents avaient été riches et célèbres), pas de garage, pas d’infrastructures…
C’était totalement empirique et très amateur…, mais à cette époque (fin des années ’60, début des années ’70), comme les marques « exotiques » étaient toutes logées aux mêmes enseignes (même les Ferrari dans les années ’50 était vendues dans ce type de condition assez précaires), ça faisait partie du folklore…
Le château à disparu, Jacques Elleboudts aussi…, ruiné…, la rue existe toujours !

Dans ces années, j’ai possédé une Morgan, une Panther J72 qui avaient le même style « vintage » décalé, puis je suis passé sur les « muscle-cars », Mustang Boss 302 et Mustang Shelby GT350 cabrio…
Ce n’est que longtemps plus tard, en 1990 que je vais acquérir une Excalibur séries 1 (celle que j’avais pisté de Knockout-le-mazout à Zeebruge fin des années ’60)… et qu’en suite je vais en « collectionner » un assez grand nombre (un exemplaire de chaque type)… pour finir par en posséder une douzaine (ce sont elles qui me possédaient, la masse de « fric » englouti dans cette « collectionnite » dépasse l’entendement et la raison)…

Aux USA, les Excalibur ont été créées par Brook Stevens suite à une demande de la firme Studebacker, presque en faillite, qui cherchait à produire le modèle de la dernière chance…, c’est Raymond Loewy qui va ravir le marché avec l’Avanti…
Avec son projet refusé, Brook Stevens a décidé de l’exposer dans le salon de l’auto national… et là…, miracle, John Wayne, Steve McQueen et d’autres… ont passé commande… (sinon…, au cas ou le projet de Brook Stevens aurait été accepté, c’est la « Mercebacker » qui aurait été commercialisée…, la première évocation d’une carrosserie à l’ancienne, une Mercedes SSK 1927, dont Brook Stevens avait un exemplaire dans sa collection personnelle)…

Donc, tout fut empirique, pas professionnel, un joyeux délire typique de la période hippie…, dans l’urgence, Brook Stevens a monté une « fabrique » pour que ses deux fils aient « un avenir »…, il a acheté 300 châssis Studebacker au rabais (cette firme avait quand même fait faillite)… et à ce moment, second miracle, un garagiste de New-York, Jerry Aleeen, à vrai dire le plus gros dealer General-Motors de la région, va financer l’affaire, pour autant que les Excalibur soient équipées d’un V8 GM…
C’est à ce point de mon récit…, maintenant que j’ai résumé comment elles ont été conçues et comment elles étaient fabriquées…, que je peux (enfin) vous donner la valeur des Excalibur…

Construites de brick et de brock, assemblées par des vendeurs de tapis (gag !)…, ces engins étaient simplement et « basiquement » esthétiques dans le culte des années d’avant-guerre, mais ne comportaient strictement aucune étude d’ingénieur…, la valeur des Excalibur est à l’avenant… ça vaut tout et rien…
Si un doux rêveur (j’en fut un) en veux une, c’est un coup de cœur, le prix est en fonction de ce que l’acheteur sait et peut payer…, l’état du carrosse est donc important, de même que les couleurs…, on est dans la psychologie, pas dans le rationnel…
C’est comme un coup de cœur pour une femme (ou un homme), on craque, on réfléchit beaucoup plus tard, bien après les jouissances…, on ne voit les défauts qu’après un certain temps, de même que les coûts d’entretien !
Tout comme pour les Ferrari, les propriétaires ne disent jamais que ce sont des bricoles, faute de quoi personne ne leur achèterait…

Il y a aussi les comparaisons, pour avoir l’air, même sans les paroles, beaucoup ne peuvent payer qu’aux environs de 10.000 euros, beaucoup moins aux alentours de 50.000… et au delà de 100.000, c’est impayable pour la « masse » des « beaufs »…, donc les gadgets pour bobos aux environs de 50.000 se vendent aux bobos qui ont 50.000 à y dépenser…
De plus, il y a aussi les amours sado-masochistes…, mais ça devient toutefois de plus en plus difficile parce que les temps sont durs…, là aussi, le prix dépend du vendeur, s’il a faim ou non… et de l’acquéreur potentiel…
Généralement, on annonce les Excalibur’s à 60.000 et on laisse venir…, si on tient la ligne, elles se vendent à ce prix, si on est pressé, on laisse filer un euro en dessous de 50.000…
Pour en savoir plus, lisez mes chroniques (souvent assassines car c’est du vécu)…