L’atmosphère marécageuse des esprits torturés est unique à Monaco…, la majesté moite des lieux…, leur histoire tarabiscotée empreinte de pitreries diverses…, le climat parfois humide…, les Grands Prix de conneries incessantes, parfois incestueuses, souvent pathétiques, toujours hors du commun, qui s’y déroulent régulièrement…, la promiscuité avec un public très coloré, même bigarré, généralement infréquentable…, le mélange des genres et des transgenres…, les massacres psychosomatiques et les déprimes déjantées de certains et certaines icones en dérive…, participent à l’excitation générale, sexuellement palpable et souvent turgescente dès les premières foulées dans un port paré de ses plus beaux atours.
Que dire, qu’écrire, que penser, de plus… ou de moins…, en notre époque de tous les dangers, ou plutôt de toutes les questions liées au devenir qui n’a pas pu s’établir clairement au fil du temps qui passe ?
Rien !
C’est pourtant une question pas si farfelue que ça, quand on se rend compte qu’elle n’aboutira qu’à des réponses faisandées…
Un premier élément de réponse tombe généralement à l’occasion d’une des nombreuses traditions de Monaco : le Grand-Prix… une épreuve dans tous les sens du terme…, ou les cadors de la F1 montent en piste.
« Ce supplice a souvent été invoqué quand il tombait en concordance avec le marché du vendredi, empéchant les vrais Monégasques de sortir facilement de chez eux en ce dernier jour de la semaine », m’évoque un vieux briscard monégasque.
Mais, à vrai dire, il n’y a qu’une seule vérité derrière tout cela qui rend le GP de Monaco encore un peu plus unique, c’est l’argent qu’on peut faire à cette occasion…
Que ce soient les hôteliers ou les restaurateurs locaux, les putes et les maqueraux d’envergure, les escrocs et assassins planétaires, les hommes et femmes d’affaires, princes et princesses, reines, rois, empereurs et même impératrices de tous les vices…., mais aussi les écuries et les sponsors qui ne se privent pas de solliciter pilotes, putes et poireaux en de nombreuses opérations de relations publiques.
Car cela aussi, fait partie de la magie de Monaco, un lieu à l’univers chamarré qui propose sans cesse le visionnage, commenté ou non, d’œuvres étranges, pan d’une catégorie de faiseurs (et faiseuses) d’histoires souvent libidineuses, qu’une poignée de cinglés et de délurées aux goûts particulièrement excentriques, s’emploient à déterrer contre vents et marées.

C’est ce que je cherche à vous expliquer, figeant pour l’éternité des centaines d’évènements hétéroclites, insolites et bizarres…, dont quelques portraits de gens n’ayant percé que dans de minuscules sous-genres…
Pourquoi ?
En quète de savoir (et de sexe), après avoir traversé le hall le l’Hôtel de Paris, je me suis retrouvé dans une salle au milieu d’une petite vingtaine de personnes qui étaient déjà là, assises sur des macaliens pliants, en face d’un écran blanc.
Oui car à Monaco, le luxe est de ne pas employer les techniques modernes, mais un vieux format qui porte le nom kitsch de BR, pour Betamax-Ray.
L’androïde chargée de l’accueil et des commentaires a alors pris la parole :
– Bonjour à tous, chers fidèles…, dans cette nouvelle séance excentrique des moeurs monégasques, le film que nous allons vous projeter maintenant, se nomme « L’Univers Perdu des milliardaires »…
– Ah oui, je le connais ! C’est ce film, là, avec cet homme au chapeau et au fouet…, a rétorqué un gros homme à côté de moi.
– Non, non…, vous parlez des « Aventuriers de l’Arche Perdue », c’est différent. Il s’agit effectivement d’un film d’aventures, mais pas de cet acabit. Trêves de digressions, place à la projection !
Le noir s’est installé dans la lumière…, les premières images se sont mises à défiler…
Des demi-escrocs tentent de fourguer à des collectionneurs douteux, toute une série de voitures de collection dont les numéros de châssis se retrouvent (parfois) sur d’autres similaires en divers endroits du monde…, une bande de potes s’offrent une bringue de quelques jours pour jouer au casino et en sortent ruinés… ; un milliardaire russe à l’air cynique, frappe sa femme muette clouée dans une chaise roulante… ; un couple princier en crise et leurs enfants camés… ; des journaleux dont les rubriques font et défont les réputations…
Rien d’innocent, tout se superpose constamment dans une déglingue progressive située au cœur même d’un processus hilarant dont le thème est le chaos raisonné, propre à l’univers monégasque : L’argent qui rend fou !
On ne le perçoit pas immédiatement, les premières minutes du spectacle ressemblant à un vaudeville juste un peu déjanté.
Mais plus le temps passe, plus la folie s’empare des esprits.
Le sujet central, l’argent, est décliné de multiples manières (comment répartir une cagnotte entre milliardaires…, comment résister à un détournement d’argent facile…, comment escroquer des gogos…, comment marchander une interview exclusive…), mais ce sont les interactions entre les personnages, les histoires, les différents niveaux de langage, qui rendent l’ensemble de plus en plus irrésistible et font totalement oublier que la paupérisation fait rage alentours.
Pour parvenir à tel résultat, il faut évidemment une équipe de salopards hors pair.
Restant en coulisses, me chargeant de la dramaturgie et de la régie avec mon aisance coutumière, quoique débordé par mon génie qui me rend parfois un brin ahuri…, éblouissant et hilarant, en journaliste énervant, en vacancier angoissé…, je me suis dit que se passer de Monaco serait un péché..
Cela allait-il pouvoir finir ?
Il restait pas mal de questions en suspens, de fils à dénouer, d’intrigues à expliquer et très peu de temps au compteur.
Je suis donc sorti en quète d’un devenir incertain…, j’ai traversé la placette et me suis affalé dans un fauteuil relativement inconfortable…
Dans ce bar branché (et hors de prix) où j’attendais que le temps suspende son vol…, j’ai soudain été frappé par la morne régularité avec laquelle les consommateurs vidaient leurs Mojitos…
Tous les quarts d’heure, ils en tombaient un…, et j’ai eu l’impression qu’ils n’attendaient que la mort…
Je me suis donc mis dans la peau de Quelqu’un d’autre dont le seul but serait d’en finir avec la connerie ambiante, à coups répétés de Mojitos.
Pourquoi cette boisson en particulier ?
Curieusement, il y a des cas authentiques où le Mojito a été à l’origine de suicides, tandis que je n’ai jamais entendu parler de suicides au Vichy-menthe…
Condamné par le politiquement-correct, j’ai alors décidé de m’échouer dans ce village méridonial réservé aux milliardaires perdus… et d’y noyer mes dernières forces, après un rapide calcul du temps avec lequel mes économies me permettraient de tenir.
La déchéance prévisible était au rendez-vous, avec sa collection pathétique de signes extérieurs qui ferment progressivement toutes les portes.
On n’allait plus vouloir me voir, mes articles puants sortant définitivement du cercle dans lequel j’avais pris mes habitudes… et ma fin s’annonçait enfin, inexorable, comme celle d’un ours devenu solitaire.
Une lueur vite éteinte !  

Vivre à Monaco est donc douloureux…, les seuls moments de presque bonheur que j’y vis correspondent toujours au troisième Mojito de la journée…, le meilleur.
Mon drame est que je suis plutôt joyeux, mais que j’aime les sujets sombres…, je crois de plus à la lueur qu’ils représentent…, mais la lueur va s’éteindre, puisqu’il me faut aller jusqu’au bout du chemin, si escarpé qu’il soit.
Cela correspond bien à ce que je pense de la littérature, faite pour choquer, pour poser des questions.
C’est d’ailleurs ce genre de littérature que je publie dans GatsbyOnline…, ou une bande de déjanté(e)s farfelu(e)s viennent lire mes textes et aphorismes qui provoquent, volontairement…
Tout se tient dans un parcours…, sur lequel j’aurais certainement à revenir…
A votre santé !
Hipsss !
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