En général, les « bioutifoules pipoles » qui sortent de leur voiture de luxe sur la place du Casino à Monaco, pour aller flamber sous les ors du temple de la roulette, ont tout des stars défilant sur le tapis rouge d’un quelconque évènement glamour.

Bref c’est l’une des attractions incontournables de tout bon visiteur de la Principauté en période estivale.
Sortie du bolide en prenant soin de prendre la pause…, démarche assurée sans être totalement naturelle…, crépitement des flashes…, regard dans le vague à la limite de l’indifférence jusqu’à la montée des marches qui s’apparente presque à celle de la Croisette…
Mais cette fois-ci, le rituel a subi un sérieux bug.

Toute occupée à frimer en regardant de coté pour voir si on l’admirait, telle un diamant dans son écrin sur roues, elle en a oublié que son écrin n’était qu’une automobile qui continuait d’avancer…
En pleine journée, une jeune femme, blonde (faut-il le préciser, mais oui il le faut préciser pour la beauté du gag), qui avait tout pour être la star éphémère des touristes en goguette, s’est totalement plantée au volant de sa Bentley, au point de devenir la risée de la place, puis de la Principauté… et ensuite du monde entier !
Splendide raté, manœuvre débile, la belle a réussi à défoncer, avec sa Bentley Azure (360.000 €uros options comprises), une Ferrari F430 Scuderia (230.000 €uros options comprises), une Aston Martin Rapide (255.000 €uros options comprises), une Mercedes-Benz Classe S 600 (180.000 €uros options comprises) et une Porsche 911 Carrera S (115.000 €uros options comprises).

La performance devrait rester dans les annales de la mythique place !
Chapeau bas !
Il n’en fallait pas plus pour enflammer le web, nourri par les photos des très nombreux visiteurs sur place au moment des faits.
Certains malins se sont même amusés à cumuler la valeur de chaque voiture accidentée… et l’addition est salée : un million cent quarante mille d’euros (1.140.000) !
On objectera que les rutilantes autos ne sont pas bonnes pour la casse, mais tout de même, le chiffrage des assurances devrait être conséquent !

Pour la beauté du geste, on regrette presque…, on aurait pu afficher : Un accident de 1.600.000 €uros)…
En observant de plus près l’une des photos du carambolage de luxe, on se dit qu’avec un peu plus d’enthousiasme, la chauffarde aurait pu enfoncer un peu plus la Ferrari ce qui lui aurait donné l’occasion d’atteindre la portière d’une rutilante et flambant neuve Rolls Royce Phantom Drophead Cabriolet (460.000 €uros options comprises) …
Nul blessé n’est à déplorer, si ce n’est celui de l’orgueil de la jeune femme, icône le temps d’un après midi de la parfaite blonde écervelée !

Splendide aboutissement…, dérangeant…, effrayant…, bouleversant aussi…, il est question ici, de la progression d’une sorte de maladie sociale s’extrapolant du « je m’en foutisme » général, mâtiné d’une solide dose d’égoïsme et de « ôte-toi de là que je m’y mette »…, une mutation dégénérative soudaine, dont la blonde responsable ainsi que les passagères de la Bentley Cabriolet ont auto-créé les effets, jusqu’à l’extrême limite.

Elles sont jeunes (quoique !), belles (bof !) et riches (qui peut vraiment connaître leurs dessous ?), mais affichent des mimiques insatisfaites, on y perçoit un manque, un vide, qu’elles tentent sans nul doute de combler en multipliant des expériences (érotiques ?), en espérant que « quelque chose d’autre » se produise, qui les réunisse…, en fait : vivre, à travers un accident de voiture spectaculaire, sur la place la plus médiatisée du monde, l’expérience ultime du plaisir ! 

Poésie du dérèglement, de tous les dérèglements (organiques, psychologiques), cet acte pose une question : jusqu’où peut-on aller dans la folie ?
L’attente de la collision provoquée, serait pour elles, une puissante stimulation érotique, l’aboutissement d’une fantasmagorie tellement originale dans l’étrange, qu’elle ne serait comparable à aucune autre.
Le dérèglement des personnages est sans nul doute interne, lisse, c’est un cauchemar éveillé, une séquence érotique, le passage du Styx !

Tels des somnambules ­à la fois envoûtés et effrayés par l’obscur objet de leur désir, les spectateurs se laissent aspirer par une sexualité tous azimuts… et filment les conséquences de cette tentative désespérée de trouver le plaisir comme une irréversible course à l’abîme.
Appareil photo en main, certains errent parmi les spectateurs, comme des drogués en manque aussi fébriles que le Nosferatu de Murnau, quand, devant le doigt blessé de son invité, il murmure : Votre sang, votre précieux sang !…
Mais avec un calme et, presque, une douceur infinie, n’est-ce en réalité, la tentative de vouloir mourir de jouissance dans un monde inhumain ? 
Si cela crée un malaise profond, c’est qu’il débusque des peurs enfouies en chacun de nous… et montre, sans faux-semblants, les gouffres où peut mener le désir.

Dans ce grotesque emboutissement, cette blonde vient de réussir une mystification techno-trash-mais-chic chez des frappadingues du macadam…, une métaphore supérieure de l’horrible condition infligée aux humains par notre civilisation vouée sans rémission au culte mortifère de la bagnole.
Une chose est sûre, dans cette affaire, les cicatrices sont intérieures, inguérissables !
Horrible, mais, dans certaines configurations, excitante tout de même, la condition humaine… : faut-il admettre, qu’une blonde en pleine déconfiture sexuelle, se jette ­ au sens figuré puis, rapidement, au sens propre, dans une telle aventure ? 

Même en pleine panne des sens, elle va s’adonner sans réticence, mais sans le moindre plaisir apparent non plus, à ce jeu aussi imbécile que mortel.
Son pied, elle risque maintenant le prendre exclusivement en provoquant des accidents…, en se remémorant, tout en s’envoyant en l’air dans des voitures de plus en plus chères.
Et puis, des signes intriguent : la vacuité de son regard, sa démarche somnambulique, son intangible indifférence au monde hallucinant où elle a plongé.
Bref, en fait d’humanité, elle s’incruste dans l’histoire des humanoïdes décérébrés qui forniquent la tête ailleurs.

Que veulent-ils ?
D’où viennent-ils ?
Qu’éprouvent- ils ?
Qu’est-ce qui pourrait les arracher à leur morne torpeur ?
Mystère. 
L’expérience est tout simplement ébouriffante, folle, foisonnante, fiévreuse ; plein de dérapages dans une dimension inconnue où il ne reste plus que les mots pour traduire des sensations indicibles…, une apocalypse terrible et excitante, où l’on sent la cyprine et le sang, où l’enchevêtrement des tôles fait mal.
Où, enfin, les personnages se posent des questions, hésitent, reculent et, finalement, vivent cette aventure extrême avec leurs tripes. 

Ce serait plus simple si elle faisait « ça », sur la banquette arrière…
La blonde rêve peut-être de jouir avec un appareillage de contention tout chrome et cuir du plus grand chic SM, qui l’obligerai à marcher les jambes raides.
La mystification est là, tout entière, résumée, c’est-à-dire là où la réflexion sur la jouissance et la mort n’est pas qu’un prétexte à orgasmes multiples, mais un morne simulacre, où la douleur se résume à un rêve de cicatrices atroces et de plaies sanguinolentes, d’accidents grotesquement répétitifs dans des ambiances mécaniquement macabres.
Ni dérangeant ni choquant, hélas, cette blonde est une coquille vide.
Tellement vide que, pour la combler, il n’y aura pas trop de toutes les exégèses attendues sur le génie supposé inentamé de quelqu’un d’exceptionnel…, s’envoyant dans le décor en beauté…

  
La presse locale s’est simplifié la vie (et celle de ses lecteurs/lectrices) en ne perdant pas son temps (comme moi) à décortiquer cette scène surréaliste, elle a simplement écrit qu’il y a des accidents qui sont tragiques, d’autres légers, mais il y a en aussi qui sont carrément inusité : « La dernière sur cette longue liste d’événements automobiles loufoques s’est produite cette semaine dans la petite Principauté de Monaco sur la côte méditerranéenne. À la sortie du Casino de Monte-Carlo, deux femmes dans une rutilante Bentley Azure (environ 360.000 €uros) ont percuté une Mercedes-Benz Classe S 600 (180.000 €uros). Pas plus alerte trois autres conducteurs se sont joints à la fête en continuant le luxueux carambolage. L’Azure a donc complété sa lente course sur l’aile avant d’une Ferrari F430 Scuderia (230.000 €uros). Toujours en continuation avec une certaine stupidité des conducteurs, une Aston Martin Rapide (255.000 €uros) pensait être capable d’éviter l’accident en passant à droite de la Bentley…, surprise une Porsche 911 (115.000 €uros) se trouvait au même endroit au même moment ! Finalement pour compléter le tableau le premier voyeur de la scène ne roulait qu’en Rolls-Royce Phantom Drophead (460.000 €uros). Au compte, 1.600.000 €uros réunis dans un espace beaucoup trop petit et comme résultat environ 80.000 €uros de dommages ! »
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