Nationale 7…

« Route des vacances qui traverse la Bourgogne et la Provence, qui fait d’Paris un p’tit faubourg d’Valence et la banlieue d’Saint-Paul de Vence »..., chantait Trénet, chantre de la joie de vivre et de la Nationale 7.

Car la RN7, à l’époque, c’était précisément cela : la route de la joie de vivre, du soleil et des vacances.

Elle l’est toujours, mais moins : l’autoroute dite « du soleil » et les détournements de villes et villages, ont déserté le parcours historique du départ en vacances.

Cela ne t’a surement pas échappé, mon Popu adoré, vénéré, toi que j’aime parce que tu me lis avec l’enthousiasme d’un nounours léchant un pot de miel…, c’est la miaou…, la mi-aout, c’est la dernière quinzaine de vacances, le soleil darde toujours ses rayons mordorés, les petites brises soulèvent encore les jupes des filles et laisse entrevoir piercings et chattes rasées.

Tu as décidé de donner les quinze derniers jours d’aout à ta conscience écologique et de sillonner les routes de France et de Navarro au volant de tes fidèles 8 chevaux.

Mais attention, il y en a des quantités incroyables qui t’ont précédé, choisissant la première quinzaine d’aout et qui vont donc reviendou énervés alors que toi, mon Popu, tu pars d’ou ils viennent.

Ces voyages idiots sur les routes de France nécessitent une préparation minutieuse pour t’éviter les pièges inéluctables que va te tendre cette chienne de route des vacances, à savoir : le bouchon et le raccourci…, des pièges d’autant plus malins qu’ils se cachent souvent sous des traits familiers pour te prendre dans ses rets retors.

Même avec une préparation des plus sérieuses, même avec la volonté farouche de suivre le plan prévu, tu ne vas jamais être à l’abri de moumoune qui se réveille et te dit : « On devrait essayer de sortir à Fourrequeux-la-longue, la route est plus belle et les paysages plus sympa ».

Tu sens bien, Popu, que l’idée est aussi bonne que des tripes à la morue et pastis…, mais tu veux être agréable, cool, tu penses que les vacances seront enfin le moment ou elle te fera des pipes et des gratouillis de couilles et d’anus… parce que le reste de l’année ce n’est jamais plus le moment…

Du coup, tu décides de tenter l’Aventure avec un grand A… et là, c’est le drame avec un grand D.

A peine 15km de parcourus avec l’image en tête de ta bobonne toute occupée avec tes bijoux de famille… et le GPS perd son latin, tu entres dans Choufflette-sur-l’oignon, à droite, c’est Philotte-les-Grospoils, à gauche, tu files sur Porphyse-sous-Choufflottes via la RD241.

Du coup tu ressors la vieille carte Michelin toute déchirée qui traine depuis 1940 dans la boite à fromages (à gants)…, tu tentes de déchiffrer ce qui reste de la carte maculée de café et de beurre rance…, pas de bol, il ne manque que le secteur dans lequel tu te trouves.

Tu prends à gauche, on y roule comme on vote…, tu te retrouves derrière un camion long comme un jour sans vin qui suit un tracteur aussi rapide qu’un escargot unijambiste.

Tu slalomes, tu dodelines du clignotant, tu insultes le camion, le tracteur et tous les escargots de la terre…, tu arrives dans la riante bourgade de Chiroubles-sur-Larusse, tu interviewes un indigène pour savoir comment rattraper l’autoroute, tu fais semblant de comprendre son patois local… et tu traces tout droit pour quitter ce patelin de dégénérés.

Il te faut 55mn pour faire les 20 bornes qui te séparent de la bande de bitume promise…, plus 15mn pour avaler un sandwich aussi mou qu’une méduse et un soda aussi frais qu’un poisson pané… et tu files vers le sud.

132mn et 15 secondes plus tard, c’est la cata, un bouchon que le bison pas futé n’avait pas prévu.

Le problème avec les automobiles en vacances, c’est comme l’enfer, c’est les autres !

C’est là que le bas de laine blesse, le problème sur les routes, c’est qu’il y a d’autres gens qui conduisent d’autres automobiles… et des fois dans d’autres directions.

C’est aussi là que le bas de résille blesse, parfois grièvement.

Pour te gâcher tes vacances, pour t’énerver, certains utilisent d’habiles subterfuges…, ils sont prêts à rouler à 90 quand c’est limité à 90…, même sur de longues lignes droites, à freiner juste avant le panneau, à rester sur la file de gauche alors que cela fait 20km que tu es couché sur le klaxon avec le doigt d’honneur en évidence, certains sont même prêts à provoquer d’hilarantes collisions frontales pour bloquer complétement ta route.

Putains d’automobilistes !

Bon, tu me diras, Popu adoré, que tu pouvais prendre le train ou l’avion.

Oui, mais ils sont tous les deux en grève…

Putains de grévistes !

Pour illustrer la Nationale 7, j’ai obtenu quelques planches des BD de Thierry Dubois avec qui j’ai papoté…

– Je suis né en 1963, alors pour moi, la route des vacances, c’était long, il faisait chaud et on était pressé d’arriver…, se souvient-il….

Aujourd’hui, saisi par la nostalgie, il parcourt la Nationale 7, notre Route 66 version française, près de dix fois par an, sans se lasser !

Il a rallié la jeune association « Route Nationale 6, 7, 86 Historique », qui s’est donné pour but de valoriser le patrimoine et le tourisme sur les étapes successives des routes mythiques reliant Paris à la Côte d’Azur.

La RN7 fait 996 km, traverse six régions, 15 départements et 170 communes.

L’histoire de France l’emprunte depuis 2 000 ans…

– On n’imagine pas tout ce qui s’est créé autour de cette route, qui a été le symbole des Trente Glorieuses. Le jeu des « Mille Bornes », c’est la Nationale 7 ! Les grandes tables, celles qui « méritaient le détour » ou « valaient le voyage » selon le guide Michelin, de Bocuse à Troisgros, en passant par la Pyramide à Vienne, Pic à Valence et Loiseau à Saulieu…, ont prospéré grâce à la RN7. L’histoire de France l’emprunte depuis 2 000 ans. Tous nos rois sont passés par là et y ont laissé leurs traces, trop peu visibles…, explique Thierry Dubois qui, à chacun de ses trajets, ne peut que constater, la mort dans l’âme, les disparitions de vestiges, d’objets, de reliques, d’affiches, de publicités sur les murs (Dubo, Dubon, Dubonnet !)…, bref, de tout ce qui a fait, malgré elle, l’identité visuelle de la route.

Aujourd’hui en grande partie déclassée en départementale, enlaidie par les magasins fermés et les stations-services en ruine, la Nationale 7 n’est plus ce qu’elle était…, mais la nostalgie est toujours intacte.

– C’est bien connu, on ne parle pas des trains qui arrivent à l’heure, et on ne fait pas non plus de photos de la route qui passe devant chez soi et qu’on emprunte tous les jours. Ma chance d’être dessinateur, c’est de recréer toutes ces choses qui n’existent plus, de faire revivre ces ambiances…

C’est aussi le rêve caressé par l’association, qui veut semer, comme le Petit Poucet, des balises d’information tout le long du parcours historique et mettre en place des itinéraires de « slow tourisme »…

Pourquoi ne pas faire l’intégralité du parcours en une semaine, le nez au vent ?

Mais il faut préparer son trajet…, la RN7, c’est comme l’auberge espagnole, on y trouve ce qu’on y cherche…

« La Nationale 7 en autorama », Éditions Paquet, 15,50 €.