Petit manuel illustré du Néo-Greaser…

Le vrai Greaser d’époque, était américain, adepte de Kustom-Kulture, il aimait les Hot-Rods, la Kustomisation d’engins en tous genres, les Choppers’Harley et les tatouages (avec une prédilection pour la cerise sur l’épaule et la toile d’araignée sur le coude).
De son vrai temps des années ’50/’60, il s’affichait dans des réunions de Greaser’s, les samedis soir sur le parking de divers fast-food’s, bien avant l’existence des McDonald’s… et ça se terminait en courses de Hot-Rod’s, façon dragster’s : les filles en poom-poom short’s et corset en vichy, les garçons en blouson noir et peigne dans la poche.

Cette sous-culture a eu des équivalents dans d’autres pays :
– À la fin des années 1950, début des années 1960, en Grande-Bretagne, il y a le phénomène des rockers, aussi assimilé au terme de Greaser (devenu familier pour les Anglais dans les années 1970, quand deviennent populaires les Hells Angels californiens et la culture hippie).
– En Irlande : les Nadsack.
– En Allemagne, Autriche et Suisse : les Halbstarke.
– Aux Pays-Bas : les Nozem.
– En Suède : les Raggare.
– En Australie et en Nouvelle-Zélande : les Bodgies.
– En Afrique du Sud : les Ducktails.
– En France : les Blousons noirs…

C’est durant l’été 1959 que l’appellation blousons noirs apparaît pour la première fois dans la presse française, avec un article de France-Soir du 27 juillet 1959 relatant un affrontement entre bandes survenu au Square Saint-Lambert, dans le XVième arrondissement de Paris.
Cette désignation s’impose soudain comme synonyme de jeunes voyous…, les journaux se mettent alors à surenchérir en évoquant des bandes caractérisées par leur taille importante (il est question de groupes comptant jusqu’à une centaine de jeunes) et par leur violence.
Les blousons noirs sont décrits comme des asociaux qui se battent à coups de chaînes de vélo (ou de moto), de coups de poing américains voire de couteaux à cran d’arrêt…, qui cherchent la bagarre pour défendre leurs territoires urbains, particulièrement autour des portes de Paris, ou en faisant des descentes dans des bals ou des fêtes.
Peu après, les journalistes forgèrent le terme blousons dorés pour désigner les jeunes fils de la bourgeoisie qui se faisaient remarquer dans les faits divers, par opposition aux blousons noirs qui étaient plutôt issus de milieux populaires.
Cette campagne de presse, qui va tourner à la psychose collective, aura pour principal effet de mettre en vogue le genre blouson noir.

Autour des années 1960, dans tout le pays et dans tous les milieux sociaux, les jeunes gens à la mode aiment à s’habiller de cuir (mais le véritable Perfecto est encore rarissime), portent de grosses chemises à carreaux, se coiffent en arrière avec au sommet du front une large boucle asymétrique souvent brillantinée (la célèbre banane).
À défaut d’une véritable moto, luxe accessible seulement aux plus fortunés, ils roulent sur des cyclomoteurs qui en ont à peu près l’aspect, de préférence une Flandria ou une Paloma, une mobylette à la rigueur.
Mais afin de choquer, les blousons noirs (qui se nomment eux-mêmes loulous), affectent de jouer les durs et de parler des argots empruntés au monde des truands.
La petite délinquance est répandue dans ce milieu, sans être généralisée.
Ce milieu fournit la base sociale qui sera le marché initial du rock français.
Il trouve ses héros en Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et spécialement Vince Taylor, avant que la vague yéyé ne relègue au second plan les blousons noirs, à partir de 1963.

Ouaissss ! Waouwwwwww ! J’avoue, j’ai été blouson noir à cette époque de dingos…
J’avais 16 ans, je m’étais bricolé une FN avec moteur Sach 49cc, look Harley, trompettes, antenne avec queue de renard…
La honte ?
Non, un vrai bonheur !
Pis encore, dans la foulée je me suis arrangé une Supéria avec le même moteur…, personnalisée avec des accessoires tout aussi débiles, la joie !
Quant à mon blouson noir, c’était un ciré noir façon batelier, mais l’illusion y était…
La troisième sera la bonne, une Harley 750cc ex-gendarmerie belge, même pas « choppérisée » pour singer Peter Fonda dans Easy-Rider !
Ensuite je vais verser dans les bagnoles américaines avec une Mustang Boss 302, une Shelby GT350 cabrio… pour finir par me créer « mon Rod-à-moi » : l’Oldsmobile’49 Black Magic qui va m’entrainer à créer et publier les magazines Chromes&Flammes…
Mais cette partie de ma vie se trouve ailleurs, déjà racontée quelque-part dans les plus de 3.000 articles de la section automobile de GatsbyOnline…
Un Hell’s-Angel passe !

Pour avoir l’air mode et Greaser…, certains d’jeun’s ont commencé par balancer leurs albums d’électro-pop-hip-rock, ont pris des cours de danse rockabilly jive et se sont fait appeler Teddy Boy, à la recherche de leur Rizzo (la meneuse des Pink Ladies dans Grease).
Le Greaser actuel est une pâle copie des Greaser’s des années ’50/’60, rien de plus…, même pas mélé à la Kulture C&F…
Le Greaser nouvelle génération est apparu en 2011, suite à la mode…
Out les cheveux longs qui collent au front : les rockabs coiffent leurs cheveux en arrière et portent la chemise dans le pantalon.
Ils ont, ensuite, assumé les creepers, les chemises de bowling et les blousons en cuir avec le nom de leur bande (The T-Birds, The Cry Babies, The Cadillac Bombers) inscrit dessus.
Ils aiment les pin-up qui s’affirment, mais ne disent pas : « Elle est trop bonne c’te meuf, faut que je la pécho »…, mais plutôt : « Cette fille me rend marteau »… Oui, les Greasers sont des poètes.

Tout comme le premier album des Stray Cats et l’original de That’s All Right Mama (la chanson d’Elvis marque la naissance du mouvement) sont forcément dans son iPod…, le reste n’est qu’apprentissage, bébé.
Reste que pour mériter le look, il faut en connaître les références. Boulevard de la mort, La Fureur de vivre et American Graffiti sont forcément dans la filmothèque de tout prétendant à la communauté.
Depuis que Quentin Tarantino a parié : rockabilly is the next big thing, les creepers chatouillent les placards, la banane du King pousse sur les crânes et les rockeurs gominés éclaboussent la scène underground.
Attention, les blousons noirs reviennent !

Ceux qui avaient brûlé leurs posters de Danny Zuko sur l’autel de la honte et ne songeaient même plus à écouter les Stray Cats…, avaient tort, car si les derniers Greasers rasaient les murs depuis vingt ans, depuis 2011, ils roulent des mécaniques sur le boulevard de la Hype.
Un retour en force du rockabilly, contraction de rock et de hillbilly (péquenaud, en français), qui va de pair avec les prescriptions fashion et la nouvelle scène musicale autoproclamée : yé-yé undergound.
Même si c’est sous une forme influencée par la surf music et le rock garage, le style rockabilly revient au point que le look d’Elvis enchanterait presque Anna Wintour au fond de sa tombe…
Janelle Monae et Rihanna, quant à elles, ne quittent plus leur coupe tremplin, mi-crête mi-banane…, Isabel Marant a ressorti le blouson teddy et Mellow Yellow a recréé les creepers (ces derbys compensés chéris des fans de Gene Vincent).

Dernière preuve que l’on pointe le doigt sur une bombe à retardement : au catalogue de la reine du néo-50s, des chemises à carreaux, des shorts taille haute et des imprimés hawaïens rose et noir.
L’engouement pour les losers en blouson noir et les pin-up en corsaire est fortifié par une explosion de petits groupes accros à la gomina, qui chantent pour leur « bébé » sur fond de contrebasse jouée en slap.
Il y a d’abord eu Mustang, un trio clermontois repéré en 2009 par Les Inrocks (Ils n’avaient pas 20 ans, mais connaissaient déjà comme leur poche, le Tennessee d’antan et le Manhattan de 1967 à 1977) pour leur swing à la Johnny Cash et leur façon culottée de charrier le rock d’aujourd’hui (à réécouter : leur titre Le Pantalon).

En Franchouille, dans quelques-unes des rares concentrations du genre, il est commun de tomber sur des mecs aux cheveux gominés, façon Jerry Lee Lewis à fond, en train d’agiter un drapeau des États confédérés américains à bord de leur vieille bagnole pourrie, ou d’un hot-rod 100% illégal, selon leurs moyens…
Bien que cette subculture soit assimilée aux voitures américaines, au rock‘n’roll et à des types belliqueux affublés de cuir, elle gratouille plutôt le style Johnny Halliday, le blanc-blond-belge argenté aux yeux bleus, dans sa période rocker, yeahhhhhhh !

Les pères des Greasers, nommés blousons noirs ont fait leur apparition en Franchouille, dans les années 1960, inspirés de la musique et des films américains affluant en Europe après la seconde guerre mondiale… alors que l’économie du pays avait repris…, d’un coup, certains jeunes des classes moyennes ont pu s’offrir des voitures, des vinyles Jailhouse Rock d’Elvis Presley et des billets pour La Fureur de vivre.
Les États-Unis sont devenus pour eux synonymes de gloire, de rêve et de modernité.
Pour les Greasers américains, se procurer une voiture américaine était relativement simple…, mais en France, avoir une voiture américaine signifiait être un millionnaire-odieux-propriétaire d’un véritable salon sur roues avec chaîne stéréo, banquette arrière pour ramener les petites louloutes et un coffre rempli de whisky…, un incivique !

Fin des années ’50, début des années ’60, pourtant, la France était un pays encore très conservateur. Les blousons noirs qui se baignaient à poil, s’envoyaient en l’air, se battaient et étaient bourrés à longueur de temps…, sont vite devenus une source infinie d’articles pour la presse.
Rapidement, l’ensemble de cette subculture a été assimilée à la voyoucratie : « vouant un culte à la vie sans foi ni loi des jeunes rebelles américains qu’ils découvrent au cinéma ».

Curieux d’en savoir plus sur les Greasers français qui ont vécu la wild-life du mauvais côté de l’Atlantique, j’ai rencontré les deux seuls membres encore en vie : Albert Tisseron et Gaston Lambert.
Ce dernier, âgé de 74 ans, qui passe le plus clair de son temps à lire GatsbyOnline dans la chambrette de la maison de retraite de Beauvais, ou ses enfants l’ont placé…, a accepté de répondre nu à mes questions, en présence de son ami et de leurs copines…

– Comment êtes vous tombé dans cette merde??

– Avant que je me fasse avoir jusqu’au trognon, il existait une sorte de mouvement précurseur dont je n’ai plus aucun souvenir. De ce mouvement est né un gang de motards du nord. Des types du club et moi-même nous sommes intéressés aux Hot-Rods… et on a créé un gang : les Road Stars de Béthune. Je devais avoir 17 ou 18 ans à l’époque. J’avais une 4cv. Plus tard, d’autres types ont eux aussi voulu créer leur gang, mais ils n’avaient pas de vraies caisses. Ils conduisaient des Peugeot, quelques-uns des Citroën. On les appelait les couches-culottes.

– C’est débile, comme histoire !

– Oui, c’et vrai. Tout ce qu’on faisait, c’était traîner en bagnole pour cueillir les filles. De nos jours, les gens se rencontrent sur Internet mais à l’époque, il fallait sortir dans les clubs et faire ce que nous faisions : cueillir les filles et les emmener faire un tour en caisse. Ça marchait d’enfer. Elles voulaient toutes monter dans nos voitures. Je n’ai jamais été obsédé par les filles mais elles avaient vraiment l’air de m’apprécier. Tout ce qui m’importait, c’était les Hot Rods et les caisses américaines. J’étais mécanicien dans un garage automobile, et comme je n’avais pas les moyens d’acheter une Yankee, je faisais mon possible pour que ma 4cv ressemble à un Hot-Rod.

– À quoi ressemblait la vie d’un membre du club « Les Road Stars de Béthune » ?

– À rien ! Bon, il y avait bien cette femme qu’on appelait la pisseuse ; elle tenait un café où l’on était constamment fourrés dans l’espoir de la fourrer. Quand elle a été expulsée et qu’elle a dû s’installer dans la banlieue nord de Lille, certains, dont moi, l’ont suivie. Le voisinage n’était pas très enthousiaste à l’idée d’accueillir des racailles, ça a fait beaucoup de bruit. Chez elle, on pouvait commander des cafés à la cannelle et du Coca pour l’équivalent de 10 centimes d’euro, du coup il nous restait assez pour faire la tournée des bars à putes. Personne ne voulait nous servir d’alcool et si quelqu’un remarquait qu’on avait coupé notre Coca, ça lui donnait une couleur plus claire, on nous foutait dehors. Quelques types faisaient eux-mêmes leur whisky mais moi, je ne buvais pas. On passait nos nuits à conduire, sortir avec des filles, baiser dans la voiture. On écoutait la radio aussi, uniquement les stations luxembourgeoises en longues ondes, les seules à ne pas passer de chants religieux à mourir d’ennui. Je rentrais rarement avant 4 heures du matin ; à vrai dire, j’essayais de rentrer le moins souvent possible : mon père était alcoolique et ma mère très démunie. J’alternais plusieurs jobs, histoire d’arrondir les fins de mois. Parfois, quand je rentrais, un minuscule bout de saucisse gisait au fond de l’armoire. J’étais maigre, mais j’étais plutôt beau gosse et j’avais beaucoup de succès auprès des filles.

– D’un point de vue vestimentaire, qu’est-ce que c’était ?

Il fallait toujours être bien habillé. J’ai été l’un des premiers à porter un jean’s. C’était un Wrangler Blue Bells que j’avais chopé chez un mec qui était ouvrier sur les paquebots et qui revenait juste des États-Unis. T’aurais dû voir ça, ils étaient tous jaloux, fascinés ! C’était bien avant que Lee et les autres marques ne s’implantent. J’étais foutrement fier et les filles, elles, étaient folles ! Je portais aussi une varsity jacket réversible. J’avais des bottes en cuir avec des boucles sur le côté, puis une veste de football américain avec le nom d’un club peint dans le dos. Très peu avaient les moyens de s’offrir ce genre de veste en cuir.

– Et le look des bagnoles ?

– On mettait une queue de renard sur l’antenne de nos bagnoles et on brossait nos cheveux en arrière avec de la Brylcreem pour que nos coupes tiennent, malgré notre conduite plutôt sportive. Les cheveux noirs et la coupe en queue de canard étaient très appréciés. Pour le look des bagnoles, on faisait de la récup dans les parkings. J’ai été le premier en France à oser peindre des flammes sur ma 4cv.

– Et qu’en était-il des filles ?

– Pour aller danser, elles portaient des talons aiguilles ; pas facile de réussir à marcher avec ces trucs. Les filles ne mettaient pas autant de maquillage à l’époque, pas comme aujourd’hui où tu vois des filles avec ces sourcils dessinés jusqu’aux tempes. Les filles portaient de l’eye-liner et un peu de poudre sur les lèvres. Elles ressemblaient toutes à des stars du cinéma avec leurs coiffures et leurs jupes. Parfois, elles portaient des queues-de-cheval avec des broches sur le côté. Le hula-hoop était aussi vachement à la mode. D’autres subcultures émergeaient çà et là, les Mods qui passaient de la très bonne soul dans les sous-sols et qui portaient des pantalons moulants avec des chaussures pointues. On avait pas mal de concurrents pour les filles.

– Votre rêve, c’était d’aller aux Etats-Unis ?

– Quelques-uns de mes potes y sont allés et y sont restés, mais d’autres ont été forcés de revenir. Personnellement, les États-Unis ne m’ont jamais attiré plus que ça. J’y suis allé pour la première fois en 1989… et j’y ai parcouru près de 6.500 kilomètres…, j’ai vu du pays. La bouffe est infecte, les gens ne sont pas propres et certains sont aussi gros que leur maison. J’étais bien content de rentrer chez moi. Cela dit, j’ai entendu dire du bien de la Californie. Si l’Amérique a exercé une telle influence sur nous à l’époque, c’est parce que c’est là-bas qu’Elvis Presley et le rock‘n’roll sont nés. Le rock a été une libération pour nous.

– Comment le drapeau des États confédérés du Sud s’est-il retrouvé assimilé à votre club ?

– On n’a jamais utilisé ce drapeau, c’est venu plus tard. Mais je sais que certains le considèrent comme une allégorie du rock‘n’roll et de la rébellion, l’autre face du Sud des États-Unis.

– Quelles ont été les réactions des médias à l’époque ?

– On faisait peur. C’était une autre époque. Bien sûr, il y avait quelques bagarres et quelques petits délits, des types volaient de l’essence, conduisaient sans permis, mais ce n’était rien à côté de ce que les gosses font aujourd’hui. Pourtant, aux yeux des médias et de la police, on était des bandits. Il suffisait de traîner près de la gare dans le quartier des putes, pour que les flics brandissent leur matraque et défoncent le toit de nos voitures. J’ai été interviewé par deux journaux : La Voix du Nord… et Nord Eclair… et à cette suite, certains parents menaçaient leurs enfants en leur disant « sois sage, ou l’affreux Monsieur qui conduit une 4cv peinturlurée avec des flammes, va venir te chercher ! »… Lorsque des filles tombaient enceintes, ça faisait un scandale. Les préservatifs étaient plus ou moins interdits dans les années 1950 et la pilule n’existait pas ; du coup, les filles se méfiaient de nous. Mais c’est facile de céder quand on est jeune et amoureuse… J’ai rencontré ma femme Monica à cette époque. Elle avait 16 ans et ça a pris des mois avant que je puisse lui enlever sa petite culotte.

– Que pensez-vous des gosses d’aujourd’hui qui reprennent le look Greaser ?

– Pour moi, cette culture est morte quand nos gangs se sont dispersés dans les années 1970 et qu’on s’est tous mis à fonder une famille. Bien sûr, il y a toujours des gens qui se croient sortis de la cuisse de Jupiter et qui retapent des voitures américaines, mais ce sont des amateurs. Un vrai Greaser traîne dans les rues sans relâche pour cueillir les filles. Tout ça, c’est fini ! De nos jours, les filles ne peuvent plus faire de stop sans risquer de se faire violer ou tuer. La violence est partout. Quand on a commencé, les filles arpentaient les rues juste pour faire un tour en caisse, on les embarquait, on allait en soirée et on écoutait du Elvis Presley. Ça n’existe plus aujourd’hui.

– Vous fréquentez toujours vos compères ?

– J’ai 74 ans et j’ai travaillé toute ma vie sans jamais tomber malade. Malheureusement, tous mes amis de l’époque sont morts, sauf Albert. J’avais un prof qui me disait : « On n’a jamais rien sans rien »…, parce que mes notes étaient trop faibles pour que je puisse dégoter un job dans une compagnie de téléphone ou l’un de ces trucs nuls pour lesquels les gens travaillaient. Finalement, les choses ont bien tourné pour moi mais j’ai travaillé extrêmement dur pour être là où j’en suis aujourd’hui. Et c’est aussi grâce à ma femme : c’est une véritable businesswoman du sexe.

– On dirait que vous avez vécu le rêve américain, mais en Franchouille !

– Il y a toute une culture du nul. J’ai rencontré des gens qui se sont fait tatouer mon nom sur le bras. Quand je suis parti en Chine pour participer à un concours, la moitié du pays me connaissait ! J’ai mon propre fan-club, et Chromes&Flammes s’est même pointé chez moi il y a quelques années avec tout un tas de célébrités.

– C’est moi, Chromes&Flammes…

– Ah ! T’es certain ?

– Oui…

– C’est pas plutôt GatsbyOnline ?

– Oui, aussi, c’est la suite…

– Ben voilà, c’est ce que je disais, c’est ça…

– Quoi, ça ?

– C’est ça, pas autre chose…, voilà, faut que j’aille pisser…

En fait je voulais retrouver Maurice Combalbert dont j’avais réalisé un reportage dans un de mes mag’s Chromes&Flammes…
Dans ma quète, j’ai retrouvé Michel Lamourane, un des premiers authentique félé d’Harley et de grosses américaines, un sale caractère envers ceusses (comme moi) qui osent critiquer la Country Musik (je confirme que c’est à chier)…

– Toujours aussi mauvais caractère, Michel ? On te surnomme DocCharger, non ?

– Va au diable, t’as sali la mémoire de Jerry Lee lewis !

– Raconte ta chienne de vie, putain, au lieu de baver…

– Michel Lamouranne, né à Paris 9iéme, le même jour, même année, même endroit, que Françoise Hardy rigolo non ?

– Bof !

– J’suis un mec de Barbes, c’est bien pour çà que je suis surnommé Michel de Barbes !

– Super !

– Première mob a douze ans, puis une Gnome Rhône à quatorze ans et enfin une 750 Harley Davidson à quinze ans, le permis moto a seize, un pilier de la Havane et de la place Clichy fidèle lieutenant de Maurice Combalbert une légende des Harley Davidson, puis service militaire, l’Algérie, le Sahara et retour en France. Voila les films qui ont motivé mon goût pour l’Harley dans les années ’50/’60 : L’équipée Sauvage…, Les Anges Sauvages…

– Je suppose que c’est celui de 1966, le plus récent est un navet !

– Ouais, cool… je continue : Les Anges de l’enfer…, le Crédo de la Violence…, Electra Glide in Blue…, Scorpion Riting…

– Que des chefs-d’œuvre !

– Gaffe à tes couilles… En 1958 j’ai acheté ma première 750, on en trouvait en région parisienne chez un casseur qui vendait des surplus militaire a Sarcelles, dans la campagne ou presque, chez Claude Moine si je me souviens bien.

– Et Maurice Combalbert ?

– La bande a Maurice Combalbert regroupait toute les Harley’s de la région parisienne dans les années ’59/’63. Nous étions une quinzaine avec Maurice, Michel le singe, Roger Périard, Riton, Jojo la pute, Jo la vapeur, Pierrot l’anguille, Vladi, le grand Michel, Claude de Pigale, Michel de Barbes (c’est moi )… et d’autres qui venaient occasionnellement le samedi, tels Roger de Saint-Maur et René Dindin (qui vient de décéder), au bar La Pama, très connu dans tout Paris que l’on écumait dans tout les sens et en participant à pleins d’évènements merdiatiques avec Brigitte Bardot, Franck Alamo, Johnny Halliday… Notre quartier général était un café de la place clichy : Le Havane…, qui existe toujours, quatre ou cinq Harley’s minimum stationnaient devant tout les soirs.

– Cool, bons souvenirs. Et après ?

– En ’63 je suis parti au service et lorsque je suis rentré en ’65 le groupe de : La Havane avait disparu pour se reformer boulevard Voltaire, au bistrot : Le Dumas, puis au : Chez Nous, des nouvelles têtes sont apparues, comme Gros Jannot, Jacques Doisnau et son frère Michel. C’est Jacques qui organisait chaque année un repas qui nous regroupait près de Montargis, en même temps qu’un rassemblement d’Harley’s, c’était à La Grotte au Foux, il y avait en finale une bouffe de dingos. Jacques est resté depuis cette époque dans le domaine du militaire, il a arrêté l’Harley après un très gros accident ou sa copine a trouvé la mort et lui s’est retrouvé avec une jambe en moins. Malgré tout il a eu de la chance, d’autres ne sont plus là aujourd’hui après de simples sorties de route.

– J’ai vécu aussi un accident en Harley, dans le fond, c’est dingue !

– Dans les ’60 il n’y avait qu’un seul magasin pour les pièces détachées Harley : Pierre Borie qui était dans un tout petit atelier dans le 12ième, rue de Picpus. Il y avait aussi une casse tres folklorique située dans un wagon, que des pièces d’origine pour les 750 venant de l’armée, c’était à Sarcelle, chez Moine, qui vendait des HD750 pour 150 Francs Français de l’époque. Il vendait aussi des Jeep’s. A la Pama, Maurice fabriquait aussi des pièces pour transformer les Harley’s strictement militaires en motos civiles. Il flasquait les gardes-boue, chromait toutes sortes de pièces sur les fourches ! Maurice avait récupéré des moteurs neufs, militaires… et les refaisait à Chatelleraux, il les vendait tout neuf en caisse pour 150 Francs Français.

– Quelle époque !

– L’Harley-Davidson qui figure dans le clip vidéo de Brigitte Bardot. Et bien c’était lui. Présenté souvent comme le précurseur du chop’ en France, Maurice Combalbert est en tout cas celui qui a su le premier le médiatiser dans les années ’60. Personnage fort en gueule, extrémiste dans ses propos, il n’avait pas que des amis, mais tous les anciens parlent encore de lui avec respect.

– J’avais publié un article sur Maurice Combalbert, c’était un super mec, c’était au début de mes magazines Chromes&Flammes en 1980.

– Je me souviens. Mais, l’est mort Maurice !

– Je suis triste de ne pas l’avoir revu. En plus de ça, en 2003, j’ai raté l’achat de l’Harley « Bardot » : « J’ne reconnais plus personne en Harley Davisdon… Tsam, Tsam »…

– Cette Harley date de 1967, Maurice l’avait fabriquée pour tourner dans le clip très sensuel de la chanson de Gainsbourg.

– C’était l’une des vedettes de la vente de 45 Harley-Davidson organisée à Fontainebleau (Seine-et-Marne) en 2003. Maurice Combalbert, spécialiste de la customisation et préparateur d’Harley’s servant notamment aux shows de Joe Dassin et Johnny Hallyday, avait préparé quatre motos identiques pour le tournage du clip de la chanson de Serge Gainsbourg, l’amoureux de BB à l’époque. Deux motos ont totalement disparu. La troisième a été retrouvée à l’état d’épave dans le canal de l’Ourcq. La dernière, dénichée en 1989 dans une cave de Paris, puis restaurée, était mise en vente par Jean-Pierre Osenat, commissaire-priseur. Peinture noire et chromes, elle avait des allures gothiques avec son guidon aux courbes voluptueuses et ses faux pots d’échappement en forme de tuyaux d’orgue. Estimée à plus de 20.000 euros, elle a été vendue 5 minutes avant que je n’arrive au lieu de vente, pour seulement 9.500 euros !

– Pourquoi ?

– J’avais été coincé dans les encombrements. Je ne m’en suis jamais remis ! Bon, on continue ton histoire…

– En 1970 après un raid au Maroc en Harley, au retour le moteur rendra l’âme et je vais passer à la voiture américaine. Ma première une Buick Spécial 1956 achetée à Paris au Garage de Normandie pour 120.000 anciens francs français, puis toute une série de voiture américaine des années ’70/’80, je sais plus trop combien exactement.

– C’est la vieillesse qui pointe quand on sait plus se souvenir de tout…

– T’es vraiment chiant, toi !

– Allez, continue ton histoire, tu vas passer à la postérité dans GatsbyOnline… Encore un effort !

– En 1964 j’ai rencontré Caroline et je me suis marié avec elle un ans plus tard…

– Et le héros et sa douce traverseront ensuite toutes les aventures ensembles. C’est mélo, non ?

– En 1976 j’ai commencé une série de voyage au USA au départ de Daytona en Floride : l’Illinois, le Missouri, l’Oklahoma, le Texas, New mexico, l’Arizona, la Californie, l’Oregon, le Connecticut, le Maine, l’Iowa, le Dakota du sud, le Wyoming, le Nevada, le nouveau Mexique, la Louisiane, le Missippi, l’Alabama, la Georgie, la Floride, la Caroline du sud et du nord, la Virginie, le Maryland, le Tennessee…, tout cela en voiture de location et sans aucune réservation, en m’arrêtant au jour le jour dans différents motels…

– Tant qu’à faire agence de voyage, vas-y, la pub c’est gratis !

– Mes préférés les Motels 6 et un max de fast food.

– La bouffe amerloque c’est merdique, c’est comme la Country, c’est à chier !

– Je vais te casser la gueule si tu continues à salir la Country.

– Vas-y, vas-y… Mais termine ton blablabla…

– 16.500 km en cinq semaines pour mon tour des USA.

– Pourquoi faire ?

– Des concentres de toutes sortes, les Street-Rods-nat’, la Nascar, le lac salé de Bonneville, quelques Swap’Meet’s, des réunions de Street-Machines, des magasins de pièces détachées, Summit à Akron dans l’Ohio, Paw à Los Angeles (deux jours complet pour les achats ), Eege Machine à Los Angeles et D’Hiers à Chicago pour acheter le Blower de ma caisse et…

– Stop, c’est trop là, putain, tu vas causer des fermes d’alligators, de ta visite du Bayou en Air-Boat… et des Red-Necks…

– Ouais, et le grand Canyon, la vallée de la mort, les parcs de Zions, Yosemite, Sequoia, Pétrified forest , Painted désert, la falaise des présidents au mont Rushmore, Méteor Cratère un immense trou créé par une météorite il y a des siècles, plus gros que le trou de la sécu, c’est pas peu dire !

– Je vais vomir !

– J’ai oublié la visite de Paysons en Arizona pour trois jours de Rodéo au milieu des vrais cowboy sur des chevaux sauvages et les impressionants taureaux, des montagnes de muscles… et pendant que j’y étais, j’ai visité le musée du désert, au milieu des serpents des alligators et autre bestioles sympas en liberté.

– Sans oublier le pélérinage de Nashville, je suppose ?

– Ouiiiii, quand on pouvait encore rentrer à pieds dans Grace-Land et se balader en ville pour écouter de la Country…

– C’est « déguelassement » jouissif, je bande !

– Et pendant l’année du retour en France, création en 1982 du Dixie Drivers Association qui eu droit a des tas d’articles, sauf dans Chromes&Flammes !

– On s’est connu à la première course de dragsters sur le circuit du Mans en 1980, là j’avais publié une photo de ta Charger !

– Ma premiere réplique de Dodge Charger Genéral Lee, j’ai possedé cinq charger ’68/’69 ! Puis j’ai vécu l’oubli, une période de sommeil de huit ans pour raison professionnelle, après quoi j’ai ouvert un garage de GPL à Vaudherland dans le 95 : j’y ai fait des montages GPL de 200 américaines de toutes années.

– Ensuite la retraite…

– La retraite arrivant, déménagement dans le centre, à Sancoins…

– Et cela nous amène a aujourd’hui…

– Voilà, va chier…

– Faut rester cool, Michel ! T’as pas d’autres histoires à raconter ?

– Pas moi, mais Luis surnommé « Old Biker », vas le voir de la part de DocCharger, c’est mon pseudo, il te racontera sa vie…

Et me voilà parti quelque-part entre Toulouse et ailleurs à la recherche de ce Luis…
J’ai fini par le trouver en un lieu que j’ai promis de ne pas révéler !

– C’est DocCharger qui m’envoie, je cherche pas des histoires, mais une histoire de Greaser…

– Ouais, pas de blèmes, mec, j’ai ce qu’il te faut et c’est de la bonne…

– OK…

– J’ai commencé par fréquenter des bikers à Paris en ’65 ; quand je les voyais passer sur les boulevards avec leurs Harley’s, avec leur casquette à visière blanche, j’étais comme un fou, j’avais les yeux qui partaient derrière eux ! Là je me suis dit : ya pas à chier tu vas t’en payer une. Je suis allé voir mon pote Roger de St Maur qui m’a monté un 750. Putain je crois que j’ai éjaculé dans mon calbard ce jour là. J’ai direct compris que j’étais fait pour l’Harley. On se retrouvait Boulevard Voltaire à Paris, ça y était je faisais partie du groupe d’élite que je voyais passer avant, j’étais adopté ! Mes modèles, c étaient : Riton, qui avait des bras comme mes cuisses…, Mammouth, 120 kilos été comme hiver…, puis il y avait les mecs plus fortunés que nous : Dindin (qui vient de mourir)…, Thierry… et quelques autres qui venaient nous voir au rade le vendredi soir…, Maurice Combalbert (qui est mort l’année dernière)…, Bob… et quelques autres qui venaient de la place Clichy et qui ont disparu depuis. On allait au ciné sur les boulevards, nos bécanes pétaient quand on coupait les gaz, le délire quoi, c était chouette !

– La suite a du être plus dure, non ?

– Oui et non. Ensuite il y a eu la période Easy Rider qui a bien marqué ma vie, je me suis monté un chopper 750, je le conduisais la nuit et les weekend dans un box rue de Crimée à Paris, je bossais comme un dingue pour me payer des pièces, pour les chromes etc… Ma moto terminée , je n’avais plus un radis donc pas d’assurance, pas de carte grise non plus ! Mon pote Roger m’avait passé une carte grise de 1200 laté et je roulais comme ça et là j ai commencé ma vie d’errance à travers toute la France, je trouvais des petits boulots qui me permettaient de rouler et de manger mais pas tous les jours. Quand il y a eu la première du film Easy Rider, nous étions tous là avec Peter Fonda ! Putain on était les rois du pétrole, ensuite je me suis sauvé dans les bois parce que je devais de l’argent à l’Etat français et là j’ai bien cru mourir de froid, mais faut croire que c était pas mon tour !

– Expliquez-moi ça ! C’est assez dingue en fait…

– J’avais planté ma tente dans l’Oise, dans un bois à Rantigny en plein hiver, j’avais une seule couverture et le lendemain de mon arrivée dans les bois : chute de neige, c’était très dur, les gens du bled me regardaient d’un drole d’œil : « Qui c’est celui là qui campe dans le bois et qui se lave dans le cimetière ? »…, jusqu’au jour ou il a fallu que je parte, les bleus m’ont cherché et là ça a été aussi galère, je vous passe les détails ! J’ai repris mon errance avec mon chopper sur les petites routes de campagne, je l’avoue là j’ai chialé sur ma bécane (rigide, bien sur), j’avais les reins en bouillie et il fallait que je continue à rouler. Je me suis retrouvé sur la côte à Cannes chez un pote qui m’a dit : « Reste chez moi le temps que tu veux, ici t’es peinard »…, c’était un mec que j’avais connu à Paris, qui connaissait ma situation et qui ne me connaissait pas plus que ça, ce mec là, je ne l’oublierai jamais. J’ai vendu mon chopper pour ne pas vivre à ses crochets et j’ai vécu quelques mois à Cannes en décapant des bateaux, en bossant au black !

– Magnifique mais pathétique aventure ! C’est une fabuleuse trame pour un roman, style Kérouac : Sur la route…

– A Cannes, mon pote Jean-Paul Bertola, mon hôte, mon sauveur, m’avait planqué chez lui sans rien me demander, pas un centime. Chez lui il avait une Harley Hydra-Glide, c’était celle de Johnny Halliday, il m’a dit : « tu la prends quand tu veux pour te balader »…, chose que je n ai jamais faite…, il m’a dit aussi : « tiens j’ai de quoi faire une bécane »…, en effet il avait tout, moteur 750, cadre, roues, mais pas de fourche ! J’ai dégoté une fourche, je crois que c’était celle d’une Sumbeam et me voilà de nouveau sur un Chopper spécial. Je passais directement les vitesses sur la boite avec une toute petite manette, quel panard…. Puis un jour il m’a dit : « je dois aller aux Antilles pour de la langouste »… Je savais qu’il n’était pas question de langouste, mais c’était clair, il y avait du louche, il m’a dit : « il y a un risque, mais si tu veux venir, tu feras le voyage dans la cale du bateau »… Je dois vous dire que J.P. avait un remorqueur. Il est parti vers une destination inconnue et moi vers Paris de nouveau !

– Putain, c’est génial comme histoire…

– Hélas mon pote est revenu très malade, je l’ai su bien plus tard, il a choppé un cancer et il n’a pas voulu que ses potes viennent le voir diminué… et il est mort ! Encore une fois ou j’ai chialé. C’était vraiment un mec bien. Ensuite j’ai eu ma période rallyes… Tous mes potes allaient en Hollande et en Belgique… et moi sans papiers je ne pouvais aller nulle part (normalement) ! Quand je suis allé la première fois en Hollande c’était en ’73 à un rallye a Doetinchem. Mon Chopper spécial avait un réservoir de mobylette (5 litres) peint aux couleurs du drapeau américain, je me suis mis au milieu des potes et j’ai pu passer comme ça, putain si j’étais joisse et après j’ai fait beaucoup de concentres en Hollande et en Belgique, il y avait toujours des moments de relachement chez les douaniers, on en profitait avec les potes pour passer… et toujours au milieu de la bande de bikers, les potes chahutaient avec les douaniers pour les distraire un peu et hop…, je dois avouer qu’on était tous joisses…

– Vous avez des anecdotes ?

– J’ai une anecdote dont je ne suis pas fier, elle ne colle pas à ma façon de voir l’Harley. Un jour j’étais à Paris au rade, avec les potes et mon ami Thierry vient nous voir : « Hé les mecs, on a rendez vous avec Johnny Halliday , il nous attend à St Germain des prés »… Nous voilà tous sur nos bécanes, direction St Germain ; je ne me souviens plus quelle boite c’était, je n’aimais pas Halliday mais bon, j’étais là, avec mes potes. On est arrivé devant cette boite, en effet il y avait Johnny Halliday en Rolls blanche…, il a dit à son chauffeur : « conduis-moi à la maison »… et nous voilà tous en train d’escorter Johnny ! Peu de temps après, voilà Johnny qui descend avec sa tenue frime, il va chercher sa moto, une Electra blanche préparée par Maurice Combalbert. Il dit à la nana qui était avec lui de monter sur sa moto, c’était pas Sylvie Vartan, je précise, elle n’était pas là… et nous voilà partis faire Paris by-night, à 2 ou 3 heures du mat’, descendre les Champs Elysées toutes sirènes hurlantes et à fond la caisse ! Je me suis dit à ce moment là : »il y a 2 types d’Harleyistes »… et aujourd’hui je continue à le dire… et j’ai choisi mon camp !

– Quoi d’autre ?

– Ha ! Ma période Hydra-Glide… Me voici sur l’engin de toutes mes convoitises, une 1200 Duo-Glide magnifique, enfin un Panhead comme mes potes, mes modèles. Mon pote Riton qui m’avait à la bonne, m’a vendu sa moto. Ah ! Putain, ma moto, celle de mon pote Riton. J’avais la tête qui enflait, j’avais franchi un cap ! j’ai connu une fille à cette période qui m’a fait obtenir des papiers, j’étais en règle avec la loi. A partir de cette période j’ai sillonné toute l’Europe en Harley. Que du bonheur vraiment. Avec mes potes, certains de vrais bikers, nous avions créé un club : « Les Coyotes ». Là c’était très dur pour les tièdes, on devait faire le maximum de sorties à l’étranger, tous les rallyes possible devaient être faits ! On a becqueté du km croyez-moi et par tous les temps. Celui qui ne venait pas devait avoir un bon motif, sinon il était viré du groupe. Je vous le redit, c’était dur, mais chouette, on pouvait compter sur n’importe lequel d’entre nous en cas de besoin financier ou autre ! C’est une époque que je regrette beaucoup, il n’y avait pas de tarlouzes dans le groupe et gare à celui qui nous traitait de « Mickey » ou considérait nos motos « d’engins agricoles »…

– Joli surnom…

– Certains mecs qui roulaient Harley voulaient faire partie des « Coyotes », on se réunissait et on en discutait, on jaugeait le mec pour savoir si oui ou non…, la sélection était comme nous : très rude. Ensuite j’arrive à ma période Hydra que je me suis empressé d’atteler en side d’origine. J’avais acheté un side en Hollande et une boite 3 vitesses et marche arrière. Ah ! Putain, érection permanente, tous les prétextes étaient bons pour faire des crénaux devant les piétons et motards en japouille médusés, je jubilais. Un jour, je m’était blessé au pied droit, donc pas de botte, une pantoufle au pied et une santiag pour l’autre et me voilà parti en Pologne. Là aussi j’ai eu peur, je ne sais pas si vous avez eu peur un jour vous, mais moi je sais ce que c’est. Me voilà à la frontière d’Allemagne de l’Est… et à l’époque ça rigolait pas à cet endroit là. Je suis arrivé à cette putain de frontière la nuit et sous une pluie battante, je ne voyais pas à 10 mètres, un orage terrible, mais bon, j’étais là et fallait passer ! Partout des panneaux annonçant qu’on allait passer à l’Est, qu’il y avait danger ! Cette zone n’était pas éclairée, ma moto équipée en 6 volts n’éclairait pas des masses, plus la pluie d’orage qui me tapait sur le casque, je n’entendais rien, je me disais : « putains les « Vopos » vont me dire « HALTE » et je ne vais pas les entendre, je vais me faire canarder comme au stand à la fête foraine »… Puis non , rien de tout ça , je suis arrivé au ralenti dans une zone éclairée avec beaucoup de chicanes. Bien sur plusieurs contrôles et des questions auquelles je répondais poliment et me voilà en Allemagne de l’Est…

– Waouwww ! Et tout ça pour quoi en finale ?

Laissez-moi finir ! Me voici donc en Allemagne de l’Est, je roule un peu et il devait être 1 ou 2 h du matin, je commençais à avoir sommeil, j’arrive sur une place de village, je crois que ce village s’appelait Varta , j’ai arreté mon side sur la place et je me suis mis dans le panier pour dormir. Des braves gens qui passaient pour aller bosser m’ont réveillé et m’ont demandé si je voulais aller dormir chez eux, bref des gens accueillants. Je leur ai dit que j’allais reprendre la route bientot, ensuite un autre est venu me voir, il réparait des postes de radio…, il m’a fait rentrer dans sa boutique, m’a offert du café puis il est allé a la boulangerie m’acheter des gateaux ! Putain, visiblement ce gars ne roulait pas sur l’or et il m’a acheté des gateaux pour dejeuner ! J’avais la gorge nouée par l’émotion. Il m’a présenté un français qui habitait à coté qui m’a invité a manger… Quel accueil, quelle leçon d’humanité, bordel ! J’ai repris ma route et j ai traversé l’Allemagne de l’Est sans encombre jusqu’en Pologne…

– Quel voyage ! Et tout ça pour quoi ?

– Par plaisir, par pur plaisir de Biker…. Pays fabuleux, la Pologne, j’ai vu des bisons là bas, c’était génial. Me voilà donc sur les routes défoncées polonaises, des trous, des nids de poule, des tranchées… à croire qu il y avait eu un bombardement, ça secouait tant et si bien que la patte qui tenait mon filtre a huile s’est brisée net. Le filtre pendait et toute mon huile a foutu le camp. J’ai bricolé ça avec des fils de fer, j’ai acheté de l’huile et me voilà de nouveau parti direction Wroclaw. En arrivant à mon lieu de rendez-vous, j’ai rencontré des polonais en Harley qui m’ont drivé jusqu’à un camping. Putain, leur façon de rouler là bas, impressionnant ! Je ne sais pas si c’était pour m’épater ou quoi, mais les interdictions, les feux, les lignes blanche , ils s’en battaient les couilles et j’étais obligé de suivre. Là bas les potes m’attendaient, ils étaient déja ronds comme des queues de pelle, les polonais leur avaient tendu un guet-apens à la bière polonaise, mais à mon avis il y avait autre chose que de la bibine, enfin c’était un accueil grandiose. Voyant l’ennui mécanique que j’avais eu, ils se sont occupés de tout, ils ont réparé la patte cassée, soudure et hop, bon pour le service !

René – Michel – Gégé – Jackie – Luis (old biker)

– Donc tout ce périple aller/retour, rien que pour le plaisir de voir les mêmes potes, dans leurs mêmes tentes de camping, en Pologne… C’est dingue…

– Ouais ! Visite de la Pologne, puis retour en France. Le travail, ma femme, mon fils, mais toujours mon Harley…

– Une façon de vivre…

Ma femme, hyper intelligente, ne m’a jamais demandé de choisir, comme certaines l’ont fait a des potes : « ta moto ou moi, tu choisis »… Avant de me marier j’avais prévenu ma femme et lui avais dit : « tu sais, je t’aime beaucoup, mais j’ai connu l’Harley avant de te connaitre, alors ne me demande jamais de choisir ». Depuis j’ai eu 15 Harley’s. J’ai bientot le million de km, ma femme a son Sporster 1200 et moi mon Electra-Glide. Ma vie est plus sereine, je roule de temps en temps avec ma femme , tour de Corse etc… C’est une autre vie et l’âge étant là, faut être plus raisonnable et ne pas péter plus haut qu’on a son cul, sinon on finit par avoir mauvaise haleine…, donc mes sorties en Harley sont plus limitées, surtout depuis mon accident : fracture du bassin, vertèbres lombaires brisées, poignet gauche cassé…, donc plus de force au poignet gauche, aussi j’ai scotché une clé plate à ma manette d’embrayage pour la rallonger, ce qui me donne plus de force pour débrayer, donc je peux encore rouler. Voilà un peu de ma vie Harley et si j’ai été un peu barbant, j’en suis désolé.

– Non, pas de soucis, c’était pas barbant du tout, vachement plus fluide que l’ami DocCharger…

– Un honneur que vous me faites, là !

– C’est sincère…

Voilà, les Greaser’s c’est fini, je passe à autre chose, je ne sais pas encore quoi…, mais ça vient…

docteur_h