Pimpmobiles : la « Corvorado »…

Les journalistes en général (mais pas moi en particulier qui abandonne ces « sévices » à mon ami Marcel Pirotte qui parvient à en faire le tri), sont constamment invités dans tous les plus beaux hôtels, dans tous les lieux les plus branchouilles du monde… et parfois même de plus loin…, non pas qu’ils ont plein d’amis très généreux, ou un oncle d’Amérique, mais parce qu’ils ont des lecteurs, parfois même beaucoup… par le biais des « merdiautomobiles » qui les payent moins que des esclaves textuels au tarif « pigiste de merde »… (niveau d’une femme de ménage « de couleur » ex-migrante), ce qui n’est plus du tout dans l’image du slogan éculé de « Paris-Match » (devenu « le poids des communiqués de presse, le choc des photos des annonceurs »), ni dans la légende des grands reporters sillonnant le monde au péril de leur vie (actuellement ce genre c’est de baiser les participantes de Kho-Lanta, une façon de couvrir l’évènement)…

Alors forcement, que ces « journaleux » crèvent la dalle…, ça intéresse toute une tripotée de marques (même les plus improbables comme des fabricants de pâté pour chats et chiens, de puzzles ou même de chaussettes) qui louent les sévices d’une agence de communication pour inviter ces journaleux qui ne vont bien afin qu’ils aillent mieux en écrivant un « pompage » de communiqués de presse, dans un lieu plus ou moins enchanteur (le style dépaysant) pour boire du champagne, draguer et baiser si affinités (ou grosse envie)…, merci au consumérisme de masse qui dirige le monde…

Peu de journalistes se privent de passer quelques heures dans les soirées open-bar organisés durant ces « réjouissances de nullards »…, d’ailleurs on reconnaît un journaliste qui a de la bouteille à son degré d’exigence dans la qualité des boissons, car certaines marques, sous le prétexte d’économiser quelques menus euros, servent du champagne de seconde zone, voire du mousseux…, qu’ils ne viennent pas se plaindre d’avoir de mauvaises retombées médiatiques ensuite…, la liberté de la presse qui est la liberté d’informer, mérite d’être défendue pendant encore de longues années…, hipsss !

Cette semaine, ce n’est pas dans une de ces réunions de putes que je suis allé, mais « de par moi même, à mes risques et périls et sans que le voyage soit payé aux fins que je publie un communiqué de presse laudatif, dithyrambique et ampoulé »…, que nenni…, je suis parti à l’autre bout du monde, au péril de ma vie (il y a toujours le risque de se prendre une bouteille de champagne sur la tête lors de turbulences pendant le vol, ou parce qu’on a mis la main aux fesses d’une stewardesse) sans parler de la possibilité de se noyer dans la piscine de l’hôtel ou encore de faire une mauvaise érection suite à la nourriture servie dans des 5 étoiles, la liste des dangers est longue, en ce compris de se faire « rincer » par une pute prétendant être une femme d’affaire), afin d’informer le monde (enfin au moins mes lecteurs, c’est-à-dire vous…) de l’existence d’une automobile extraordinaire…, en l’occurence une « Pimpmobile »…, la fameuse « Corvorado », découverte à l’abandon dans un camping-décharge…

« Pimpmobile » est un terme utilisé pour décrire une grande et lourde automobile de luxe américaine (généralement une Lincoln ou une Cadillac des années 1970, n’essayez pas avec une Citroën SM ou une Renault Limousine), qui a été fortement personnalisée dans un style « cétacé », criard et extravagant.

Des caractéristiques « Kustom » telles que des couvre-phares (Superfly Headlights), des systèmes stéréo-cassettes, le toit surbaissé, des chromes à profusion, des couleurs inhabituelles, des intérieurs en tapis « shag » avec des miroirs au plafond…, étaient « la norme » utilisée par les macs, les dealers de drogues dures et les gangsta’s des années ’70/’80, pour annoncer leur richesse prétendue et leur importance majeure.

Ces baleines étaient particulièrement populaires auprès des proxénètes dans les ghettos des grandes villes des États-Unis dans les années 1970 et 1980, en particulier à New York, Detroit et Los Angeles, afin de symboliser leur pouvoir dans leur communauté…, ensuite, dans les années 1990 à 2000, le terme fut utilisé pour décrire toute voiture qui était trop chic/godi…

Les Pimpmobiles font actuellement partie de la culture populaire américaine, surtout qu’elles ont été les « vedettes » de films débiles : « Superfly », « The Mack », « Austin Powers », « Goldmember » et « Undercover Brother »…, ces engins ridicules étaient (et sont toujours) très populaires auprès des Américains de toutes les races, religions et moyens financiers…

Plusieurs entreprises (George Barris, E&G Classics, Auto Gard Inc et Lee Dunham Coachwork), ont fabriqué des kits pour convertir les Cadillac Eldorado des années ’71 à ’78 et les Corvette C3… dont un exemplaire devenu mythique fut utilisé dans le James Bond : « Live and Let Die ».

Aux illuminé(e)s qui croiraient que ces baleines de tôles pourries et de plastiques pré-fendillés seraient des œuvres d’art, tout comme les peinturlurations débiles de prétendus artistes (et j’y inclus les sculptures), il est utile de vous reproduire ici la lettre que Picasso écrivit en 1952 à son ami Giovanni Papini, qui fut (par ailleurs) un des sujets de discorde (violent) avec mon prof d’histoire de l’art lorsque j’étudiais l’architecture et que je lui demandais pourquoi une toile de VanGogh qui ne valait rien de plus que 500 grammes de bidoche pour « bouffer » et subsister, finissait par se vendre plus de 50 millions d’euros des années ’60 : « Dans l’art, les raffinés, les riches, les oisifs, les distilateurs de quintessence, cherchent le nouveau, l’étrange, l’extravaguant. Et moi-même depuis le cubisme et au-delà, j’ai contenté ces maîtres et ces critiques avec toutes les bizarreries changeantes que je réalisais… et moins ils les comprenaient, plus ils les admiraient. Mais quand je suis seul à seul avec moi-même, je n’ai pas le courage de me considérer comme un artiste dans le sens grand et antique du mot. Ce furent de grands peintres que Giotto, Le Titien, Rembrandt et Goya…, je suis seulement un amuseur public qui a compris son temps et épuisé le mieux qu’il a pu l’imbécilité de ses contemporains. C’est une amère confession que la mienne, plus douloureuse qu’elle ne peut sembler, mais elle a le mérite d’être sincère »…

Comment expliquer l’énorme hiatus entre la très faible qualité de la marchandise vendue et son prix astronomique ? Le nombre des acheteurs opérant sur le marché de l’art s’est prodigieusement accru…, aux Américains et aux Japonais se sont ajoutés les émirs, les Russes, les innombrables milliardaires sécrétés par la croissance…, la plupart n’ont qu’une faible culture et aucun goût…, soucieux avant tout de faire fructifier leur capital, ils demandent conseil aux vendeurs professionnels, qui lancent les réputations et contrôlent les prix comme, en Bourse on fait monter ou descendre un titre…, les gogos étant de plus en plus riches et de plus en plus nombreux, tenir le marché de l’art est donc très lucratif.

De plus, la laideur, la dérision, l’autodestruction, l’attrait du néant sont des caractères de notre époque…, on les rencontre non seulement dans la peinture et la sculpture, mais aussi dans la « grande » musique et la musique populaire, dans la littérature et la philosophie… et également dans le design des automobiles…, les metteurs en scène parviennent à défigurer les classiques au moyen de décors et de costumes anachroniques et misérabilistes…, même s’ils ne les ont pas lus, les « artistes-peintres » d’aujourd’hui sont les fils de Sartre et d’Albert Camus, les prophètes de l’absurde et du néant…, quoiqu’en réalité c’est faire trop d’honneur à ces putes et leurs macs…

J’ai eu une longue conversation avec le nouveau Boss de Duncam Coachwork (le fils de son Pôpâ)… lors de sa « découverte » d’une Pimpmobile abandonnée, retrouvée dans un camping abandonné…, automobile que le dit « Pôpâ » avait construite à la demande d’un « Gangsta » de Harlem… et que son fiston va  restaurer, malgré que je lui ai dit que ce serait plus cool de la laisser telle quelle car étant une sorte de Rat-Pimpmobile assez géniale… (mes amis Alexandre et Eric Danton vont sans doute s’en inspirer)…

– Comment a débuté le mouvement « Pimpmobile » ?

– Avec une annonce d’un studio cinéma de Hollywwod pour un projet majeur. J’avais l’habitude de me laisser emporter par la création de voitures bizarres destinées à des grands films. Un accord a été conclu rapidement pour la création de la Corvorado destinée à un 007.

– Donc c’est devenu une voiture assez importante ?

– Depuis qu’existent les voitures, les gens les ont personnalisées, transformant le banal en témoignages personnels.

– Souvent, cela signifie faire ce que quelqu’un d’autre a fait en premier.

– Mais, évidemment, il y a eu des pionniers. De George Barris à Xzibit, chaque décennie a vu un visionnaire commencer une nouvelle mode… et aucune manie de personnalisation ne résume mieux les années 1970 que les Pimpmobiles. Le garage Dunham de mon père, situé dans le New Jersey a commencé à customiser des voitures à la fin des années 50. Tout comme Georges Barris, Dunham était connus sur la scène de personnalisation de la côte Est comme un franc-tireur travaillant à la fois sur les voitures et les motos. Il a créé une voiture dans l’esprit « Barris-esque » assez célèbre appelée The Scorpion qui avait un design asymétrique unique. Une chose qui distinguait mon père : il était l’un des rares customizers blancs qui construisaient des voitures pour les clients noirs.

– Il y avait une division raciale certaine dans les années ’50 aux USA…

– Oui, et aussi dans la communauté automobile qui n’avait jamais vraiment été si diversifiée au départ. Eh bien, tout a changé un jour fatidique en 1971 quand un gentleman de l’emploi douteux nommé « Snake » a conduit sa Fleetwood ’69 dans la boutique de mon père. Il avait vu un bouchon de radiateur chromé sur une autre voiture, l’une des premières pièces d’automobile disponibles. Il a demandé de transformer la calandre en quelque chose approchant la grandeur d’une calandre de Rolls-royce. Il a donné à mon père un grand rouleau de billets et papa est devenu fou, il a mis des pièces chromées partout.

– Et, alors ?

– Mr Snake a eu ainsi la première Pimpmobile du monde. Bientôt, la boutique a été remplie de Cadillac devant recevoir le même traitement. Mr Snake a alors demandé d’ajouter des gros phares Rolls en laiton avec des ajouts en chrome…, le surnom de cette excenticité était « Fly Lights »…

– Je devine que toutes les péniches de débarquement urbain arboraient des « Fly Lights » ?.

– Evidement. Et l’argent coulait à flots ininterrompus.

– Les choses ont explosé…

– Quand Gordon Parks, le producteur/metteur en scène du film « Superfly », a repéré la voiture de Mr Snake garée à New York… il a proposé de l’acheter cash pour qu’elle apparaisse dans le film…, mais Mr Snake venait de la vendre à un proxénète nommé KC qui a accepté de louer la voiture pour le film en échange de beaucoup d’argent et de 4 putes camée pour toute la durée du tournage. La voiture était autant une star que le personnage de Ron O’Neal. Les propriétaires de Cadillac’s personnalisées façon « Pimpmobile » ont alors été socialement reconnus comme des sortes de héros, comme les symboles d’un nouveau statut pour les Noirs très riches, mais malheureusement, dans le climat social de cette époque, ces « Rich-Blacks » qui s’habillaient de vestes en fourrure sont devenus des parias aux yeux des blancs conservateurs, dégoûtés par leur opulence trop « brillante ».

– La suite ?

– Quelques années plus tard, toutes ces énormes voitures ont commencé à tomber en disgrâce. De plus, les Cadillac Eldorado et Cadillac Deville chargées de chromes n’étaient plus dans l’air du temps.

– Donc, c’était foutu ?

– Non, j’ai eu l’idée de commercialiser un kit plastique adaptable sur les Corvette C3, la Corvorado est ainsi née plus durablement…

– Curieuse seconde naissance !

– Il y a de ça, oui. Une Corvorado gardait un poids raisonnable, évidemment beaucoup plus lourde qu’une Corvette C3, mais elle était encore assez capable de tous les comptes et décomptes sur routes. Elle avait toute l’extravagance des autres voitures de mon père…

– Les Cadillac ?

– Oui…, mais la Corvorado n’était pas de la taille d’un super-pétrolier. Curieusement ce sont les italiens de New-York qui en ont achété beaucoup… Mais, la Corvorado coûtait près de 50 000 $ de l’époque… Aujourd’hui, en 2018 elles sont, comme les Pimpmobiles originales, des automobiles extraordinaires de collection très prisées, et j’en reviens à customiser les Caddy’s comme elles l’étaient il y a 45 ans.

– Et qui achète ?

– Cette fois, c’est bien sûr, ce sont des yuppies branchés blancs qui les achètent.