Porsche Hot-Rod by Danton…

J’ai toujours été atterré de constater l’écart, que dis-je, la faille, le rift, la Fosse des Mariannes, entre l’image que les gens se font d’eux et leur image réelle, celle renvoyée aux autres, ce petit décalage douloureux, cette minuscule mais si amère déception devant un miroir, une vitrine, ou même une flaque d’eau qui renvoie une image tout à fait différente…, pire encore lorsqu’il s’agit de créations personnelles que les gens s’imaginent être de l’art alors que ce ne sont que d’infames pitreries aux yeux des autres…
Pour t’aider dans ce qui va être une réflexion filousophique, mon Popu que j’aime parce que tu me lis…, je vais te faire grâce des petites batailles perdues lorsqu’au bord de la piscine un après-midi, tu te dis que tu dois avoir l’air vaguement sexy et mystérieux avec les cheveux mouillés en bataille, les cernes et le regard noir dus à la soirée de la veille… et en allant chercher un verre, tu passe devant une porte vitrée et ce que tu y vois relève hélas plus de l’épagneul ventripotent et insomniaque sortant d’une machine à laver que d’un sombre et ravageur Corto Maltese.

Car là inévitablement tes épaules s’affaissent (encore plus), et tu te dis : « Bof, ben tant pis »…, idem que pour les soirées/congrès/dîners entre potes où tu brilles, le verbe fier et l’humour conquérant, alors qu’une fois rentré en fredonnant d’aise et en irradiant de confiance en toi, ton ego baudruche se dégonfle lamentablement en constatant devant le miroir que :
a) tu as un morceau de salade/peau de tomate/grain de maïs de la taille de la Corse collé sur une de tes incisives,
b) un magnifique bouton illumine comme un phare le bout de ton nez,
c) ta braguette bée et ton caleçon à motifs nains de jardin se voit à des kilomètres,
d) a+b+c.

Pourquoi faut-il toujours que la photo où tu penses être le mieux te balance à la tronche un double menton ignominieux alors que tout le monde autour est parfaitement détendu et mono-mentonné où pire, te révèle avec les yeux mi-clos, la bouche entrouverte et un air de bovin d’origine douteuse, qu’en finale tu as l’air d’un abruti.
Pourquoi, mon Popu, n’est-ce jamais toi le personnage hyper-photogénique au milieu d’un groupe de nains bossus au strabisme déconcertant ?

Non mais c’est vrai quoi… (pour ceux qui n’ont aucune idée de ce à quoi je fais allusion, dégagez, vous n’êtes pas les bienvenus ici !!!)…, c’est un phénomène similaire pour les créations personnelles… et tu auras deviné, mon Popu, que tout ce qui précède était le « chapeau » destiné à t’amener voir la Porsche de cet article avec un œil (torve) différent que celui qui te renvoyait l’image d’une œuvre d’art…
Personnellement, ayant vécu la même chose, cela me fait de nouveau transpirer d’épouvante (non, non, je n’exagère jamais).

Alors loin de moi l’idée de lancer un pseudo débat de psychosociologie de comptoir sur le génie supposé qui se trouve derrière les pires abominations, dont celle-ci…, sur le « Kulte » de cette « chose » amenant à discourir sur la « Porscherie » façon Hot-Rod qui illustre cet article…
En bref : Pourquoi essayer d’être et de faire au lieu d’admettre qu’on est ce qu’on est et que cette « chose » n’est qu’une fantasmagorie spectrale en forme de Porsche 911 aspirant par un miracle devenir une œuvre d’art, etc…, rien de plus profond où superficiel.

Je trouve ça finalement positif et assez drôle avec du recul, d’abord ça me donne un bon prétexte pour écrire une chronique (de plus), ce qui n’est pas négligeable en ces temps de paresse intellectuelle… et puis au fond, recevoir le choc de son image est comme une petite claque d’un rappel à l’humilité journalistique, c’estune manière de subir un traitement chronique anti-pédantisme…, car au final, mon Popu…, il y a vraiment plus grave sur cette Terre…
Surprise énorme donc de voir en plein centre de Miami ou se déroulait une réunion de Porscheries, exposée la création des frères Danton… et miracle, j’avais une place (au hublot) au premier rang de la foule, entre un vieux gangster tout buriné et une ENORME matrone noire… et quand je dis énorme, je pèse mes mots, elle était aussi grande que large, son mari derrière elle étant encore plus imposant.

Engoncée sur son siège pliable comme un pamplemousse sur un dé à coudre, elle se tortillait furieusement pour trouver une position confortable en me propulsant son coude régulièrement dans les côtes sans s’excuser le moins du monde…, le seul moyen que j’ai alors trouvé  pour échapper à ses gesticulations sismiques très irritantes a consisté à m’écraser contre le vieux gangster tout buriné… et à contempler bouche-bée la Porsche des frères Danton.
Ma grosse voisine a commencé à faire des siennes et a sifflé une canette de bière chaude d’une traite et en a redemandé une autre à son mari…, qui subit le même sort sous mes yeux hébétés… a

Après s’être enfilé l’équivalent d’un pack en moins de temps qu’il n’en faut à Marion Jones pour courir un 200m, elle a sombré (enfin) dans un coma éveillé entrecoupé de rots bruyants…, une très glamour allégorie du charme féminin.
Hélas, elle est réveillée par la mise en marche du V8 Bentley qui motorise la Porschette, et s’est redressée d’un coup, livide… et là, en un éclair j’ai compris ce qui allait se passer… elle s’est mise à haleter, pâlissant encore plus, puis elle a saisit frénétiquement son chapeau et l’a remplit d’une seule traite, sauf qu’elle n’avait pas fini…

Les joues gonflées de bière à peine digérée, elle s’est mise à rouler des yeux fous et a cherché une solution qui ne venait pas…, c’est donc en dernier recours… et taraudée par un spasme irrépressible, qu’elle s’est laissée aller sur la Porschette avec un sprotch  mouillé… et qu’elle a ensuite entrepris de vider consciencieusement le contenu de son estomac sur le siège passager…
Tout s’est déroulé en moins de 10 secondes, mon Popu, j’étais pétrifié…, mais alors que cette championne récupèrait après sa véhémente performance, j’ai remarqué que son mari, qui n’avait rien perdu de la scène, était blême…., il a défait sa cravate en transpirant à grosses gouttes et commencé à respirer de plus en plus bruyamment en louchant sur les régurgitations de son épouse, qui dégoulinaient par terre…

Aaaaah nooooon !!!! Aaaaah siiiiiiiiiiiiiiii !!!! Il s’est mis lui aussi à vomir, mais, plus vicieux, l’a fait sur le moteur tout chaud, ce qui a dégagé illico une odeur pestilentielle…, tandis que les gens formant « la foule des gens » qui n’avaient décidément pas perdu leur journée, poussait des glapissements d’indignation.
A ce stade, mon Popu, j’avais deux options :
1) me joindre à cet élan émétique fraternel et dégueuler partout pour leur montrer que moi aussi je n’étais pas « fan » de cette Porscherie et que j’avais également un diaphragme puissant…,
2) m’écraser contre le gangster buriné en pensant à une prairie fleurie, à la théorie de la relativité, à mes vacances à Palavas-les-Flots, n’importe quoi, mais rien en rapport avec de la bière, de la bouffe, ou cette Porsche… et j’ai opté pour la seconde option.

Fini de rigoler et de passer mon temps les yeux dans le vague avec un léger sourire, à regarder cette concentration de pitreries, emmitouflé dans ma nostalgie des vrais Hot-Rods « Vintage »…, alors, ben, restait la mélancolie…, rien de bien grave, hein mon Popu…, pas la peine de sortir les violons, mais les souvenirs remontaient…
En fait, pour moi, jusqu’à la semaine dernière tout allait plutôt bien, il était presque impossible d’imaginer que les frères Danton allaient être invités au restaurant « Miami Room » pour y exposer cette Porschette et leur fumeuse Lamborghini Espada Hot-Rod, entre deux barbecues au bord de la piscine de leur hôtel ou ils pouvaient étaler de la crème solaire sur le corps de leurs copines (indice 75).

Personne (dont moi) ne se doutait du traquenard marketing qui s’ourdissait dans l’ombre, du piège gluant qui se déployait… et alors que je me promenais dans Miami…, le choc fut brutal, j’étais piégé dans une forêt de Porsche dont certaines d’un vert-macht ignoble, équipées de jantes Fush dorées (!!!) habilement customisées par des guirlandes violacées touffues et chatoyantes placées sous leur châssis…, ne manquaient que, sur leur tableau de bord, se trouvent des petites loupiotes fluorescentes à 10000 watts aux couleurs à peine agressives, capables de vous aveugler un condor à 15 miles.
Suprême horreur : Elvis en fond sonore vomissant un « machin-beuglard » par des haut-parleurs sub-claquants…, il eût fallu être un moine Shaolin surentraîné pour résister à un tel niveau de torture mentale, aussi vicieuse que subite.

N’ayant hélas que fait du Taï-Chi (et encore, seulement deux fois), ma préparation psychique laissait à désirer, et ma réaction fut violente : après une étape d’ébahissement tétanique, l’horreur et l’incompréhension laissèrent place à l’instinct de survie…, je me suis précipité au loin pour retourner à mon transat (Non customisé, le transat).
[post-scriptum : un unanime merci du fond du cœur à tous mes am(e)is, qui dans un souci de sauvetage moral, m’ont écrit pour me dire à quel point cette Porchette c’était has been, pas tendance, voire nul à chier (sic), et que le « Miami Rooms » c’était tout aussi crétin, qu’on y mangeait trop, qu’on s’y emmerdait ferme même à regarder les neuneus consanguins familiaux qui y pullulent, et que le Tôlier n’était finalement qu’un gros beauf aux goûts vestimentaires über-douteux]… (je récite tout ça sous forme de mantra tous les matins) !

Miami, c’est merveilleux, MAIS, car il y a un MAIS mon Popu…, un gros, ce sont les expatriés Français, ou, comme on dit ici, les expats.
Je te vois venir, avec tes gros sabots : « Ralalalala ce De Bruyne est décidément bien snob, il va encore nous la jouer moralisateur, critiquer tout le monde et se croire au dessus du lot, gnagnagna »…, ben oui, parce que quand même, ce n’est pas très dur de se trouver au dessus de ce lot là…, je dirais même que le quart-mondiste moyen fan de tuning et de Kustom-Nitromaniaque qui passe son temps à laver sa Fuego kitée le dimanche midi en short de bain et tongs dans la cour de son HLM… est à des années lumières au dessus de ce panier de crabes désabusés : le bienheureux.

De prime abord, les gens sains (ceusses qui lisent Chromes&Flammes et sont abonnés à www.GatsbyOnline.com) se disent que pour s’expatrier quelques années, voire une vie entière aux USA et particulièrement en Floride, plus précisément à Miami, il faut avoir une ouverture d’esprit hors normes, un intérêt ethnologique de baroudeur et une curiosité boulimique.
C’est donc tout guilleret, abordant un sourire benoît qu’il faut aller à la rencontre de ses pairs une fois installé à l’étranger, avide de leur poser des questions sur les sites à visiter, les coutumes locales et les mœurs des autochtones… et c’est là qu’on se trouve face à un mur d’aigreur, de frustration et de racisme…, des réflexions blasées et affligeantes dont la vacuité n’a d’égale que celle de la boîte crânienne de leurs émetteurs.

Je dirais que de manière générale les expatriés deviennent rapidement inaptes à la vie en société Franchouillesque lorsqu’ils y retournent et se retrouvent alors coincés sur leur continent d’adoption pour une vie entière…, mais il faut se mettre à leur place : qui pourrait se passer de cinq domestiques Mexicains non déclarés (et sans papiers) payés moins de trente euro par mois, d’une propriété qui ferait pâlir d’envie la famille royale Monégasque dont le montant du loyer ne suffirait même pas à louer un garage au mois à Dunkerque ?
Les premiers temps sont fastes : du jour au lendemain Monsieur joue au golf le dimanche avec Brad Pitt, Madame supervise en cuisine les barbecues de cinquante invités dont Angelina Jolie…, mais rapidement on fait le tour des options sociales…, petit à petit l’ennui s’insinue et finit par s’installer pour de bon, avec sa cohorte de petites frustrations, de mesquineries quotidiennes, l’alcool est si facile et si peu cher, et diantre, que ces Américains sont crétins.

Et voilà qu’avant même de l’avoir vu venir le franchouillard se transforme en pochetron facho de base, sans avenir autre que le lever du drapeau ricain chaque matin à l’aube…, quand à Bobonne, elle sacrifierait tout ce qu’elle a pour avoir un peu de luxe à la Française et inviterait bien toutes ses amies pour déguster cent misérables grammes de foie gras importés à grand frais du Gers afin de briller un peu…
Bien terne tableau…, sans compter la paranoïa galopante typique de Miami et les hautes barricades hideuses hérissées de fils barbelés derrière lesquelles les blancs cachent leurs maigres richesses, et qui attirent plus qu’elles n’arrêtent les voleurs…