Survivre sera bientôt illégal…
Les murs n’ont pas que des oreilles; ils ont aussi des yeux et des bouches.
Les veines sont les rues, les ruelles, les entrées de cours, les parcs…
Le sang est représenté par les graffitis qui sont symbole de vie et d’affirmation de soi.
Le caractère existentiel de ces graffitis, révèle un mal de vivre et témoigne de l’existence précaire de ceux qui n’ont que les murs pour parler.
En écrivant sur les murs, le graffiteur exprime sa révolte, son désir désespéré de se faire entendre.
Il crie « Je suis là« …
Le graffiti a ainsi une valeur thérapeutique : il rend moins lourde l’angoisse causée par la conscience de sa propre finitude.

Parcourant les villes, je suis toujours étonné par l’aspect noir et dépressif des graffitis des jeunes.
En écrivant sur le mur sa détresse, on s’approprie la vie.
Il n’y a pas de graffitis joyeux, les adolescents se demandent pourquoi la vie, ils sont préoccupés par le suicide et leurs mots reflètent un malaise profond.
Des exemples : « Pourquoi en la nuit rechercher l’aurore ? » ; « Notre héritage = du vent » ; « Ils ont le pouvoir, nous avons la nuit« .

À leur âge, leur épanouissement devrait être assez débordant pour que les murs chantent au contact de leurs mains, mais je ne relève que quelques exceptions allant dans ce sens comme : « Vagues incessantes de joie » ou « Les gitans reviennent toujours sur les lieux de leurs amours« .
Les jeunes semblent obsédés par un sentiment d’échec et d’ennui total.
La misère et la révolte reviennent en revanche très souvent et donnent parfois lieu à des trouvailles littéraires comme : « Faim de tout » ; « Unis contre le mal-être social » ; « Pas de riches dans mon quartier/pas de quartier pour les riches« .
Des moralistes sont également à l’oeuvre ; à un graffiti : « Make love » quelqu’un a ajouté « si marié, sinon c’est l’enfer« …
Mais l’aspect le plus étonnant des graffitis est la fréquence des allusions à diverses religions.
C’est surprenant alors que les jeunes se disent athées.
Le Dieu des murs est par contre un Dieu bien ridicule puisque inutile.
Et la gifle est parfois cinglante : « Le ridicule tue. Dieu est mort » ; « Je me suis trompé, signé Dieu » ; « Jésus-Christ, violeur de conscience« .
Même les murs des églises n’y échappent pas, où l’on peut lire : « Ni Dieu ni maître« .
Et comme l’anarchie ne serait que fantaisie si elle n’était pas totale, d’autres y ont ajouté un ingrédient féministe : « Ni dieux ni maîtresses « …
Des graffitis de cette nature et des messages aussi clairs que « Église complice » ou « Jé$u$ ¢ri$t » ne relèvent pas de l’anticléricalisme mais reflètent un état de réflexion chez les jeunes.
Si Dieu est décrit ainsi, c’est sans doute parce qu’on l’a toujours présenté comme ayant une clé pour toutes les serrures et que, trop souvent, cette clé n’ouvre pas les portes.

Graffiti vient de l’italien graffito, qui au départ désignait un stylet à écrire, qui a le même sens qu’en français.
L’usage n’a pas retenu une tentative de francisation en graffite (fin XIXe siècle), ni le singulier graffito qu’utilisait, entre autres, André Malraux : on dit un graffiti, des graffiti, mais le pluriel en ‘s’ (graffitis) se rencontre de plus en plus dans l’usage et le bon sens.
Le mot italien graffiti dérive du latin graphium (éraflure) qui tire son étymologie du grec graphein (??afe??) qui signifie indifféremment écrire, dessiner ou peindre.
En français, les graffitis issus de la tradition new-yorkaise et associés à la culture Hip-hop sont souvent appelées graffs (mais les pochoiristes des années 1980 parlaient aussi de graffs), parfois improprement orthographiés graphes.
Les auteurs de ces graffitis sont appelés graffeurs et graffiti-artists plutôt que graffiteurs.
En québécois, il n’est pas rare de qualifier les graffiti-artists de graffitistes.
Les mots-valise calligraffiti et calligraffitiste, attribués à Bando dans Le Livre du Graffiti (éd. Autrement, cf. bibliographie) n’ont pas été retenus par l’usage.
En anglais, on parle de graffiti-artists, writers ou encore aerosol artists.
Ces graffeurs peignent leur « blaze » ou celui du collectif (Posse, crew, squad) auquel ils appartiennent.

Ainsi il est a priori douteux de qualifier les peintures rupestres de graffitis, car nous ignorons leur statut à l’époque.
On distingue généralement le graffiti de la fresque par le statut illégal ou en tout cas clandestin, de l’inscription.
Les graffitis ont une grande importance en archéologie : ils font partie, avec les textes épigraphiques, des témoignages écrits non littéraires, populaires, souvent très « vivants » et aptes à nous révéler des aspects inédits des sociétés qui les ont produits.
Les graffitis antiques pouvaient être aussi bien des annonces électorales, des messages de supporters à certains athlètes (sportifs ou gladiateurs), des messages à contenu politique, religieux, érotique ou pornographique, personnel, etc.
Quelques exemples : « Cornelia Helena est la maîtresse de Rufus » ; « J’ai baisé ici le 19 et le 13 des calendes de septembre » ; « Pyrrhus salue son confrère Chius. J’ai de la peine d’avoir appris que tu étais mort. Alors adieu » ; « Si tu as compris ce que peut l’amour, si tu as conscience d’être humain, prends pitié de moi, permets-moi de venir, Fleur de Vénus…  » ; « Tu es une charogne, tu es un rien du tout » ; « Mur, je suis surpris que tu ne te sois pas effondré sous le poids des bêtises de tous ceux qui ont écrit sur toi« .
Ces graffitis sont généralement rédigés en latin vulgaire et apportent de nombreuses informations aux linguistes comme le niveau d’alphabétisation des populations (car ces textes comportent des fautes d’orthographe ou de grammaire).
Du fait même de la présence de ces fautes, ces textes fournissent aussi des indices sur la manière dont le latin était prononcé par ses locuteurs.
On peut encore lire des graffitis âgés de deux millénaires à Pompeï car c’est l’un des rares sites qui soit suffisamment bien conservé.
En effet, les graffitis sont par essence éphémères et disparaissent, soit parce que leur support a disparu, soit parce qu’ils ont été effacés manuellement ou qu’ils ont été victimes de l’érosion naturelle de leur support.

Ces inscriptions ont parfois une importance historique qui est loin d’être anecdotique, en prouvant par exemple que des mercenaires grecs ont servi en Égypte au VIIe siècle avant l’ère chrétienne.
L’Antiquité et le Moyen Âge ont laissé de nombreux exemples de graffitis : l’Agora d’Athènes, la Vallée des rois en Égypte, les grands caravansérails du monde arabe, etc.
Dans la cité d’Éphèse, on trouvait des graffitis publicitaires pour les prostituées, indiquant de manière graphique à combien de pas et pour combien d’argent on pouvait trouver des professionnelles de l’amour.
On connaît de nombreux autres exemples anciens : graffitis maya à Tikal (Guatemala), graffitis vikings en Irlande ou à Rome, runes varègues en Turquie, etc.
On trouve souvent des graffitis, parfois très anciens, dans des endroits abrités de la lumière, de l’humidité et peu décorés, tels que les cellules de prisons, les cellules monacales, les casernes, les cales des bateaux, les caves, les catacombes (les graffitis des premiers chrétiens, dans les catacombes romaines, sont une importante source de documentation à leur sujet), etc. La Tour de la Lanterne à La Rochelle, en France, est riche de graffiti de prisonniers, ouvriers et marins, qui sont pour nombre d’entre eux des bateaux : frégates, vaisseaux de guerre, etc.
Certains meubles en bois sont souvent gravés d’inscriptions : tables et bancs d’écoles, portes de toilettes publiques.
Vers l’âge de la cinquantaine, Restif de la Bretonne, écrivain libertin du XVIIIe siècle, rapportait les évènements de sa vie sous forme de graffitis qu’il faisait sur les parapets des ponts de l’Île Saint-Louis lors de ses promenades quotidiennes.
Il a abandonné cette activité maniaque (qui a duré de 1780 à 1787) en constatant la disparition trop rapide de ses mots et après s’être rendu compte qu’une main malveillante les effaçait.
Il effectue alors le relevé de ses propres mots qu’il transcrit finalement dans un recueil publié posthumément et intitulé Mes inscriptions.
Le graffiti urbain se développe souvent dans un contexte de tensions politiques : pendant les révolutions, sous l’occupation, (le reichstag à Berlin couvert de graffiti par le troupes russes), pendant la guerre d’Algérie, en mai 1968, sur le Mur de Berlin ou dans les régions où se posent des problèmes d’autonomie (Bretagne des années 1970, Irlande du Nord, etc.).
Vers la fin des années 1960 et dans plusieurs pays des deux côtés de l’Atlantique, du fait notamment de la disponibilité d’aérosols de peintures émaillées (originellement destinées à la peinture d’automobiles), une partie des graffitis a gagné une vocation esthétique.
Le mouvement a été très spectaculaire dans le métro de New York dont les rames se sont subitement couvertes de noms : Taki 183, Tracy 168, Stay High 149, etc.
En quelques années, ces « tags » (marques) se sont sophistiqués et sont devenus des signatures, puis leurs auteurs ont décliné leur message (leur nom) sous forme de lettrages géants.
La simple affirmation d’une identité (je me surnomme Taki, j’habite la 183e rue, mon nom parcourt la ville tous les jours, j’existe) s’est doublé d’ambitions plastiques, qui se sont révélées être un autre moyen de se faire remarquer : ce n’est plus seulement le graffeur le plus actif ou celui qui prend le plus de risques qui obtient une forme de reconnaissance, mais aussi celui qui produit les œuvres les plus belles.
Très rapidement, des styles standardisés (lettrage bulles, lettrage wild style) et des pratiques (top-to-bottom whole car, Whole Car Windows Down, throw-up, etc.) se cristallisent.
Des groupes (appelés « posses« , « crews« , « squads » ou « gangs« ), comme la ville de New York en a toujours connus, se forment et permettent aux graffeurs de s’unir pour exécuter des actions spectaculaires (peindre plusieurs rames d’un train par exemple), pour ajouter un nom collectif à leur nom individuel mais aussi pour s’affronter entre groupes, de manière pacifique ou non.

En 1973, le New York Magazine lance le concours du plus beau graffiti du métro.
Ces groupes sont souvent constitués par origines ethniques et ont pour noms des acronymes en deux ou trois mots : Soul Artists (SA), The Crazy Artists (TCA), etc.
Au milieu des années 1970, la culture du graffiti est plus ou moins figée dans son fonctionnement et dans ses productions.
La culture hip-hop émerge du graffiti mais aussi d’autres formes d’expression nées en même temps : une nouvelle danse plutôt acrobatique (break dance), un genre musical à base de textes parlés (rap), de mixage de disques (dee jaying), (scratch) et de fêtes en plein air (sound systems).
Les deux pionniers les plus célèbres d’une conjonction entre break dance, rap, dee-jaying et graffiti sont Phase 2 et Fab Five Freddy.
À la fin des années 1970, le graffiti a été sévèrement réprimé dans le métro de New York et a commencé à se diffuser sur les murs des boroughs défavorisés de la ville avant d’essaimer dans d’autres grandes villes américaines (Los Angeles, Chicago, Philadelphie, Washington) et dans diverses grandes villes européennes : Paris, Londres, Berlin, Amsterdam et Barcelone surtout.
C’est à cette époque aussi que le milieu de l’art commence à se pencher sérieusement sur le sujet.
Des graffiteurs légendaires tels que Lee Quinones, Futura 2000 ou Fab Five Freddy peignent sur des toiles et exposent leur travail dans des galeries telles que la Tony Shafrazi Gallery ou la Fun Gallery de Patti Astor, la galerie Fashion Moda ou encore la Galerie Sydney Janis.
Des peintres qui ne sont pas spécialement issus des quartiers défavorisés de New York et qui ont généralement suivi un cursus classique en Arts ou en communication visuelle, intéressés par l’idée d’un art urbain ou d’un art clandestin, s’associent aux graffiteurs (comme Jenny Holzer, qui fera écrire ses « truismes » à la bombe par Lady Pink) ou s’approprient leur pratique (Jean-Michel Basquiat, Keith Haring, Kenny Scharf, Rammellzee).

C’est sans doute la première fois que l’on évoque le graffiti comme un art.
En 1960, Brassaï publie le livre Graffiti, fruit de trente ans de recherches, régulièrement réédité, qui propose le graffiti comme une forme d’Art brut, primitif, éphémère. Picasso y participe.
Dans la foulée de mai 1968, les messages politiques de la rue parisienne gagnent en poésie et en qualité graphique.
Ils sont notamment le fait d’étudiants en philosophie, en littérature, en sciences politiques ou en art et font souvent preuve d’humour absurde ou d’un sens de la formule plutôt étudié : « Cache-toi, objet ! » ; « Une révolution qui demande que l’on se sacrifie pour elle est une révolution à la papa » ; « Le bonheur est une idée neuve » ; « La poésie est dans la rue » ; « La vie est ailleurs » ; « Désobéir d’abord : alors écris sur les murs (Loi du 10 mai 1968.) » ; « J’aime pas écrire sur les murs« , etc..
Ces slogans sont indifféremment écrits au pinceau, au rouleau, à la bombe de peinture (plus rare) ou sur des affiches sérigraphiées.
C’est de cet affichage sauvage et militant que naît une tradition parisienne du graffiti à vocation esthétique. À la fin des années 1970, l’artiste Ernest Pignon-Ernest produira des affiches sérigraphiées, sans slogans, qu’il exposera dans plusieurs grandes villes : « les expulsés« , collés sur les murs de maisons en démolition et représentant à taille réelle des personnes tenant des valises ou un matelas, « Rimbaud« , représentant le poète, jeune, toujours à taille réelle.
Les sérigraphies urbaines d’Ernest Pignon-Ernest interpellent le passant et lui demandent quelle est la place de l’homme ou de la poésie dans la cité moderne.
Quelques années plus tard, les premiers « pochoiristes » comme « Blek le rat » continueront sur le même principe, cependant leurs œuvres ne sont plus des affiches collées mais des peintures exécutées selon la technique du pochoir.

Outre les pochoiristes, de nombreux artistes s’intéressent à l’art urbain et clandestin, comme Gerard Zlotykamien, qui peint des silhouettes évoquant les ombres macabres restées sur les murs d’Hiroshima ; Jérôme Mesnager, auteur d’hommes peints en blanc qui courent sur les quais de la Seine, etc.
Dès 1982, pour annoncer leur « premier supermarché de l’art« , Roma Napoli et JJ Dow Jones du Groupe Dix10 placardent dans le quartier Beaubourg de grandes affiches aux personnages de Comic’s ; vingt ans plus tard, toujours actifs, on les retrouve dans le mouvement Une nuit.
C’est aussi l’époque de la Figuration Libre, une époque de créativité joyeuse et humoristique, née du Pop-Art, de Bazooka, du vidéo clip, du graffiti, souvent présente dans la rue, avec Robert Combas, Les Frères Ripoulin (qui peignaient sur des affiches posées clandestinement), Claude Costa (qui se fait enfermer la nuit dans le métro pour pouvoir en détourner les affiches), Hervé Di Rosa, Speedy Graffito, Paëlla Chimicos, VLP (Vive La Peinture), etc.
Outre la rue, les catacombes de Paris seront aussi à l’époque un lieu important du graffiti.
Le graffiti « New-yorkais » apparaît en France dès 1982-1983, avec des artistes comme Bando, Blitz, Lokiss, Scipion, Skki ou encore Saho.
Les premiers articles de presse consacrés à ce phénomène ne datent pourtant que de 1986.
Vers 1986-87, le graffiti « New-yorkais » et sa culture hip-hop prennent définitivement le pas à Paris sur les formes plus proches du monde de l’art contemporain, lequel retourne, sauf exception, à ses galeries.
À Paris, le graffiti « New-yorkais » se trouve des lieux privilégiés comme les quais de la Seine, les palissades du Louvre ou du centre Georges-Pompidou, le terrain vague de Stalingrad/La Chapelle, puis s’étend progressivement aux cités des banlieues où la culture hip-hop trouve son second souffle en devenant plus populaire et moins bourgeoise.
Paris attire de nombreux graffiteurs européens (Shoe, Mode 2) mais aussi américains (Jonone, Futura 2000, T-Kid, A-One).
En 1961, le Mur de Berlin est construit. Il sépare symboliquement et physiquement l’Europe socialiste dite « de l’Est » de l’Europe atlantiste dite « de l’Ouest« .
Tandis que les Allemands de l’Est n’ont pas le droit d’approcher le mur, ceux de l’Ouest viennent de leur côté écrire des slogans, bénéficiant d’une totale bienveillance des autorités de l’Allemagne fédérale qui fait de Berlin à l’époque la capitale allemande de la liberté, de l’art et de la contre-culture : on y a le droit de consommer du hashish, de nombreux squats y prospèrent et c’est un des hauts lieux du Punk, avec Londres et New York.
De nombreux artistes viennent alors du monde entier pour peindre sur le mur qui est à peu près intégralement maculé au moment de sa destruction, en 1989.
En Espagne, la culture hip-hop a percé plus tardivement que dans le reste de l’Europe.
La ville de Barcelone accueille pourtant une quantité extraordinaire de graffitis atypiques et créatifs qui mixent revendications sociales et politiques, graphisme underground et, dans une certaine mesure, culture hip-hop.

Le graffiti « New-yorkais » se caractérise par des formes relativement définies où la créativité individuelle s’exprime dans un cadre codé et impliquant l’adhésion à toute une culture (vocabulaire, lieux, préoccupations, goûts musicaux, etc.).
Il existe de nombreuses techniques de graffiti ou d’art de rue assimilables, telles que : la peinture aérosol (avec ou sans pochoir), la peinture à l’aérographe, la gravure (sur des vitres, sur des murs, sur des plaques métalliques, sur l’écorce des arbres, etc.), le marqueur et le stylo, la craie, la peinture au rouleau ou au pinceau, l’acide (pour vitre ou pour métal) auxquels on peut adjoindre, dans une définition élargie du graffiti, l’affiche, les autocollants, les moulages (en résine ou en plâtre collés sur les murs) et la mosaïque.
On y distingue généralement trois niveaux de production :
– Le « Tag » (marque, signature) est le simple dessin du nom de l’artiste, le geste est généralement très travaillé, à la manière des calligraphies chinoises et japonaises, c’est un logo plus qu’une écriture, et souvent, seuls les habitués parviennent à déchiffrer le nom qui est écrit, es techniques utilisées sont généralement l’aérosol, le marqueur et l’autocollant « sticker« .
– Le « Graff‘ », ou « Fresque« , ou « burning » (et en français « brûlure« ), ou « Piece » voire « Masterpiece » (chef d’œuvre) est le nom souvent donné aux graffitis sophistiqués et exécutés en plusieurs couleurs.
– Le « Throw-Up« , ou « Flop« , est une forme intermédiaire entre le Tag et la fresque : il s’agit de grands dessins de lettres, et non de signatures, pourvus d’un « volume » et de contours mais qui sont exécutés rapidement et sans soin particulier (pas d’effort de couleur par ex.), ils servent à promouvoir le nom de l’artiste d’une manière qui soit visible de loin, certains font aussi la démonstration du talent typographique de l’artiste.
Il existe un grand nombre de styles pouvant s’appliquer aux fresques et parfois aux « flops », par exemple le style bulle « Bubble« , le « Chrome » (couleur argentée), le « Block Letter » (lettres carrées et compactes) et le « Wildstyle » dans lequel les lettres sont illisibles, abstractisées, enchevêtrées et décoratives, lisibles uniquement par les initiés.
C’est, selon beaucoup, la discipline « reine » du graffiti « New-yorkais » tandis que pour d’autres ce sont les lettrages les plus simples et les plus purs typographiquement parlant qui méritent le plus de considération.
Certains graffiti-artists peignent peu de lettres et se spécialisent dans le dessin de décors figuratifs ou abstraits, ou bien de personnages.
Le graffiti « New-yorkais » s’inspire de plusieurs arts dits « mineurs », tels que la bande dessinée, le tatouage et l’affiche.
De nombreuses raisons expliquent l’existence de graffitis.
Certains graffitis relèvent de la communication pure et servent donc à diffuser un message, par exemple un message politique, souvent (mais pas uniquement) un message politique clandestin : nationalismes régionaux en Irlande du nord, en Bretagne ou en Corse, « V » de la victoire et de la liberté sous l’occupation nazie, etc.
Certains graffitis contiennent des informations secrètes ou publiques se rapportant au lieu qui leur sert de support.
C’est le cas par exemple des graffitis discrets et codés laissés par les cambrioleurs sur des habitations pour indiquer à leurs collègues si le lieu est intéressant, dangereux, mal gardé, etc.
C’est le cas aussi des étoiles de David ou des mentions « juden » peintes ostensiblement sur les boutiques de commerçants juifs par les nazis en Allemagne dans les années 1930, inscriptions qui étaient souvent des appels à vandaliser les lieux, à molester leurs locataires et à boycotter les commerces.
Dans le même registre, certains graffitis sont des messages diffamatoires ou des dénonciations anonymes émanant de « corbeaux » divers.
Certains graffitis servent à baliser un territoire, comme le font les gangs criminels tels que les Crips et les Bloods à Los Angeles.
Parfois les graffitis peuvent être décrits comme des réactions à d’autres messages diffusés dans l’espace urbain, telles que les publicités détournées (Le Pen se voit ajouter is ou dre) ou commentées (non à la malbouffe !, halte au porno !) et les panneaux de signalisation, mais aussi des réponses à d’autres graffitis (nique Sharon — pour Ariel Sharon — qui se voit ajouter Stone — pour Sharon Stone) ou des détournements d’autres graffitis (vive le roi, qui devient vive le rôti dans les années 1930 en France). Le collectif des déboulonneurs, créé en 2005, s’est par exemple spécialisé dans le graffiti sur des affiches publicitaires, dans un but militant de préservation du paysage.
De nombreux graffiteurs-artistes affirment justement créer leurs images en réaction à la saturation publicitaire : à des images aux buts vénaux, ils opposent des images gratuites ; à des messages faisant la promotion de produits standardisés, ils opposent une publicité pour eux-mêmes.
Il s’agit d’ailleurs parfois de publicité au sens propre : publicité pour un disque diffusé de manière confidentielle, pour un groupe de rock, pour un artiste, pour un parti politique, etc.
Certains graffitis sont la simple expression, anonyme ou non, de sentiments : cris du cœur divers, joie (il fait beau et je suis content), déclaration d’amour (Mélissa je t’aime) ou de haine.
On recense depuis l’antiquité de nombreux exemples d’hommages à des défunts, sur leurs sépultures (voir par exemples les tombes de certains artistes ou poètes au cimetière du Père-Lachaise à Paris) ou dans d’autres lieux : le mur de la maison de Serge Gainsbourg, rue des Saints-Pères à Paris, était couvert de graffitis-hommages après le décès du chanteur.
Les hommages de ce type sont courants aussi dans le graffiti « New-yorkais« .
L’attaque terroriste du 11 septembre 2001 a généré une grande quantité de graffitis mémoriels, rendant notamment hommage aux services (police, pompiers) de la ville.
Il est fréquent aujourd’hui que lorsqu’un tagueur décède, ceux qui taguaient avec lui lui rendent hommage en continuant à poser son blaze, suivi de la mention R.I.P (Rest In Peace) ou R.E.P en français (Repose En Paix).
La mémoire est d’ailleurs un aspect important du graffiti : en gravant sur un arbre ses amours, en dessinant sur ses bancs d’école ou en inscrivant sur un mur le témoignage de son passage (comme les pionniers de la piste de l’Oregon, en 1864, ou comme « Kilroy » en 1944), l’auteur de graffiti transforme son support en un véritable pan de mémoire : mémoire collective, mémoire des événements, mémoire individuelle…
Cette motivation prend un tour exemplaire avec Restif de la Bretonne qui tenait le journal de ses souvenirs sur les parapets des ponts de Paris.
Le graffiti relève parfois de l’art visuel, de la littérature ou encore de l’humour.
Il constitue alors une manifestation de l’esprit humain, poétique de par son aspect éphémère et altruiste de par son mode de diffusion.
Enfin, certains graffitis relèvent du simple vandalisme, de l’incivilité, actions qui pour certains sociologues sont une manière d’affirmer son existence (je casse donc je suis).
Certains jeunes peuvent en effet trouver à travers le graffiti, un désir de revanche sur la vie et d’affirmation de soi, ou encore un moyen d’oublier la morosité et la tristesse de leur vie.

Il se donne souvent des ambitions esthétiques mais constitue dans le même temps une forme de langage secret, destiné à n’être compris que par une population limitée, ce qui ne va pas sans irriter le public qui perçoit bien qu’on lui impose la vue d’images qui ne lui sont pas destinées.
Le graffiti « hip-hop« , ou « tag« , qui représente 90 % des graffitis aux États-Unis et sans doute autant dans la plupart des pays, est un cas complexe.
C’est le paradoxe du tag : ses auteurs recherchent les meilleurs emplacement et en posent un maximum mais les rendent le plus illisible possible.

Chaque tagueur a un pseudonyme et une signature ( blaze) qu’il utilise pour revendiquer des œuvres ambitieuses mais aussi (plus couramment, car c’est plus facile), pour signaler sa présence dans un lieu et se faire connaître, transformant la ville en une sorte de jeu de piste et de stratégie géant.
Le « tag » a effectivement sa culture propre.
Un tagueur peut avoir plusieurs talents : une capacité à peindre dans des endroits difficilement accessibles, l’énergie et le culot suffisants pour écrire son nom partout (le vocabulaire consacré est explicite : « exploser« , « détruire« , « cartonner« …) ou encore un talent artistique véritable.
Le but final du « tag » est apparemment difficile à expliquer : adrénaline ? célébrité locale ?…
C’est la forme de graffiti qui déclenche le plus de controverses, notamment du fait de l’ampleur du phénomène mais aussi, sans doute, du fait qu’il est l’expression d’une culture bien définie.
La Ville de New York et la Metropolitan Transportation Authority ont pris vers la fin des années 1970 la décision d’éradiquer le graffiti du métro.
L’accès aux rames est devenu plus difficile et bien gardé, les métros peints n’étaient plus sortis et étaient nettoyés le plus rapidement possible.
De 1984 à 1989, mille employés du métro new-yorkais s’acharnent à nettoyer leurs 6245 wagons et 465 stations, pour un coût annuel de 52 millions de dollars.
Ces efforts pousseront les graffiteurs à abandonner le métro pour peindre sur des murs et sur des toiles.
Certains devront, au passage, changer de nom.
Le mandat du maire Rudolph Giuliani, à partir de 1994, qui prône une « tolérance zéro » à la délinquance, fera du graffiti urbain non autorisé une de ses cibles prioritaires, considérant qu’un délit impuni, qu’une cabine téléphonique endommagée, qu’un tag ou qu’un simple carreau cassé sont le début de la paupérisation de tout un quartier.
En France, c’est surtout le graffiti politique qui est pourchassé avec sévérité et le graffiti à vocation visuelle est d’abord considéré comme une curiosité ; mais dès le milieu des années 1980, la ville de Paris s’équipe de machines à pression pour effacer les graffitis sur les murs et commence, tout comme la RATP, à déposer des plaintes.
L’époque est aussi celle d’une débauche d’affichage sauvage à caractère publicitaire (politique, services minitels) et les machines anti-graffiti servent aussi à retirer les affiches.
Vers 1987, les métros parisiens sont même couverts de tags et la population se lasse nettement, ce qui conduira à un durcissement judiciaire (y compris dans les lieux qui traditionnellement ne posaient pas de problèmes comme les entrepôts désaffectés).
Vers 1990, la RATP était parvenue à marginaliser le tag dans le métro, sinon à l’éradiquer complètement, le rendant au passage plus propre qu’il avait jamais été.
Une évolution comparable a pu être observée dans d’autres capitales d’Europe touchées par le phénomène.
Aujourd’hui, de nombreuses villes françaises d’importance moyenne ont investi dans des machines anti-graffiti, ce qui représente un coût non négligeable.
Les sociétés de transport, particulièrement visées, y consacrent aussi une partie de leur budget.
La SNCF chiffre par exemple le coût du nettoyage des graffitis de ses trains à 5 millions d’euros par an.
Certains lieux comme les abords des gares, le long des voies, sont couverts de graffitis que la SNCF n’efface que rarement, car ils ne constituent pas un problème esthétique (le lieu choisi étant plus beau avec les graffitis), mais qui posent en revanche des problèmes importants de sécurité.
Il n’est pas rare que le trafic ferroviaire soit interrompu du fait du passage de rôdeurs à proximité des voies.
On observe cependant depuis 2006 que sur les lignes du RER parisien gérées par la SNCF, les graffitis sont « vandalisés » par la SNCF : ils sont badigeonnés de peinture blanche dans le but de décourager les graffeurs d’opérer sur ses voies dans le cœur de Paris.
Depuis les débuts du « tag » à New York (début des années 1970), la controverse « Art ou vandalisme ? » divise.

Si l’on se fie à la théorie de la vitre cassée développée aux États-Unis, le graffiti est un facteur d’insécurité, car il laisse aux populations le sentiment que leur quartier est délaissé par les pouvoirs publics et que les incivilités sont impunies.
On peut prendre pour exemple un éditorial du New York Sun qui compare le graffiti à des métastases et s’en prend violemment au New York Times qui n’évoque que les questions artistiques, concluant par cette phrase : « le Times fournit le discours idéal pour une génération qui refuse de grandir »…
D’autres points de vue, pas forcément contraires, peuvent être avancés : avec les graffitis, les jeunes s’occupent de manière créative (et donc positive), s’approprient l’espace public et lui apportent même une gaité chromatique parfois bienvenue.
Des moyens techniques ont été mis au point pour décourager les graffiteurs, comme l’utilisation de vernis, de films plastique et de peintures anti-tags (qui empêchent la peinture de sécher correctement ou facilitent les opérations de nettoyage) ou encore la décoration des surfaces par des motifs qui rendent les tags illisibles (testé par la RATP au cours des années 1980, sans grand succès).
Aujourd’hui les vitres des métros de la plupart des lignes parisiennes sont par exemple recouverts de films plastiques changés régulièrement, ce qui décourage leur gravage par les tagueurs.
La régulation de la vente des produits servant à faire des graffitis est un moyen classique de lutte en amont contre le « tag« .
Elle est mise en application dans de nombreux villes et comtés des États-Unis. Elle a été proposée (mais non retenue) par la mairie de Paris en 1992.
Cette régulation peut prendre plusieurs formes différentes : interdiction à ceux qui en vendent d’exposer des bombes de peintures au public ; interdiction de vente de bombes de peinture aux mineurs ; interdiction de vente de marqueurs indélébiles d’une certaine épaisseur.
La mise à disposition de murs dédiés au graffiti (comme à Venice Pit en Californie/USA, comme au Palais de Tokyo à Paris/France et plus modestement comme à Renaix/Ronse en Flandre/Belgique ou les photos illustrant cet article ont été prises avec l’assistance et l’amabilité de : Mataone Urban Art, damataoneandonly@hotmail.com  www.fotolog.com/mataone Tél : 00 32 (0) 485 368166), est une pratique couramment mise en œuvre par des municipalités ou autres institutions et dont le but avoué est de canaliser de manière localisée l’énergie créative des auteurs de graffitis.
Les commandes de décorations à des graffiteurs, l’organisation de festivals de graffiti (Kosmopolite à Bagnolet, depuis 2002 ; Jam graffiti à Chalon-sur-Saône, etc.) ont le même but.
Le site nograffiti.com observe que les expositions consacrées aux graffitis et autres murs d’expression libres n’envoient pas forcément un message clair car leur périmètre est immanquablement vandalisé : au lieu de circonscrire les graffitis à une zone autorisée, ces pratiques constitueraient donc un encouragement au vandalisme.
Pour le métro de New York, la MTA et la mairie, sous l’administration du maire Koch, ont empêché l’accès aux rames de métro en entourant les dépôts de trains de deux rangées de hauts grillages barbelés et en lâchant des chiens dans le couloir formé par ces clôtures.
Aux États-Unis, en avril 1982, une campagne anti-graffiti a été lancée par la ville de New York, portée par des célébrités new-yorkaises telles que les boxeurs Héctor Camacho et Alex Ramos, les acteurs de Fame Irene Cara et Gene Ray ou encore le champion de base-ball Dave Winfield.
Ces personnalités étaient réunies sous le slogan : Make your mark in society, not on society (laissez votre empreinte dans la société, pas sur la société)…
En France, la RATP a lancé une campagne d’affichage au début des années 1990 présentant le tag de Megaton et avertissant que les graffitis seront désormais effacés immédiatement : « Bien que nos galeries soient les plus fréquentées, certains modes d’expression n’y auront plus leur place« .
Huit ans plus tôt, la régie des transports parisiens avait réalisé avec Futura 2000 une campagne publicitaire pour ses services !!!
En 2003, toujours en France, la SNCF a attaqué les magazines Graff’it, Graff Bombz et Mix Gril, accusés d’encourager le graffiti sur les trains en en publiant des photographies.
L’indemnité réclamée, de 150.000 euros pour chaque journal, suffirait à faire disparaître ces journaux.
Déboutée en première instance, la SNCF a fait appel.
Les trois journaux ont reçu le soutien de toute la presse et de la Ligue des Droits de l’Homme, qui considèrent qu’une victoire de la SNCF constituerait une inquiétante remise en question du libre droit d’informer.
La cour d’appel de Paris confirma la décision du 1er degré (15 octobre 2004) le 27 septembre 2006.
Elle se basa sur le fait que des wagons furent peints bien avant la création de ces magazines qui n’ont d’ailleurs que pour objet « d’être les témoins de l’art dans la rue et de reproduire les nouvelles créations en ce domaine » (dixit la cour d’appel).
La cour a également reconnu le caractère artistique du graffiti et réfuté l’accusation d’incitation à la dégradation (le nombre de wagons peints étant en diminution).
Aux États-Unis, les comtés et les villes apportent des réponses diverses au problème du graffiti.
Certains lieux comme le comté de Los Angeles par exemple se contentent de réglementer la vente de produits pouvant servir à graffiter tandis que la ville de Los Angeles dispose elle d’un arsenal de décrets bien plus sévère qui s’étend jusqu’à la rémunération de la délation.
Les décrets locaux concernant le graffiti aux États-Unis peuvent contenir les rubriques suivantes :
– Déclaration du caractère nuisible du graffiti (s’étendant parfois à des considérations esthétiques),
– Réglementation de la vente de matériel pouvant servir à faire des graffitis (bombes, marqueurs indélébiles, etc) : vente aux adultes uniquement, inaccessibilité du matériel, etc.,
– Réglementation, sur la voie publique, de la détention de matériel pouvant servir à faire des graffitis,
-Définition de peines encourues pour les graffitis exécutés sans l’accord explicite du propriétaire du support : amendes, travaux pour la communauté, etc.,
– Responsabilisation des parents d’auteurs de graffitis,
– Appels à dénoncer les graffiteurs.
Lorsqu’ils ne sont pas faits sur des supports autorisés, les graffitis constituent, pour le droit pénal français, une « destruction, une dégradation ou une détérioration volontaire d’un bien appartenant à autrui« , qui est punie :
– D’une contravention de 5e classe (1.500 euros ou plus) s’il n’en résulte qu’un dommage léger (Article R.635-1 du Code Pénal).
– D’une amende pouvant atteindre 30.000 euros et d’une punition pouvant atteindre 2 ans d’emprisonnement dans les autres cas (Article 322-1 du Code Pénal).L’article 322-1 du Code Pénal prévoit aussi que : « Le fait de tracer des inscriptions, des signes ou des dessins, sans autorisation préalable, sur les façades, les véhicules, les voies publiques ou le mobilier urbain est puni de 3.750 euros d’amende et d’une peine de travail d’intérêt général lorsqu’il n’en est résulté qu’un dommage léger« .
Il est complété par l’article 322-2 qui prévoit que la sanction est relevée à 7.500 euros d’amende et d’une peine de travail d’intérêt général, lorsque, entre autres : « Le bien détruit, dégradé ou détérioré est destiné à l’utilité ou à la décoration publiques et appartient à une personne publique ou chargée d’une mission de service public« .
Par ailleurs, la teneur des inscriptions (menaces de mort, incitation à la haine raciale, diffamation, etc.) peut constituer un délit en soi.
Début 2003, en France, une vaste enquête regroupant des agents de la Police nationale, de la SNCF et de la RATP, a abouti au démantèlement d’un réseau de 150 graffiteurs qui auraient causé plusieurs dizaines de millions d’euros de dégâts depuis 1999.
Jusqu’ici, les tagueurs n’étaient poursuivis que pour les dégradations dont on avait prouvé en flagrant délit qu’ils étaient les auteurs.
Les graffiteurs n’étaient souvent condamnés qu’à des travaux d’intérêts généraux consistant notamment à réaliser des fresques pour le compte de la SNCF.
Cependant les sociétés de transports publics et l’état se sont retrouvés confrontés à une pratique du graffiti de plus en plus mal vécue par les usagers comme par le personnel d’entretien, de plus en plus coûteuse et de plus en plus agressive.
En 1999, la SNCF se dota d’une mission Propreté qui commença par prendre des contacts sérieux avec la Police nationale et se dota de ses propres agents enquêteurs, munis d’appareils photos numériques afin de photographier le maximum de graffitis dans tout l’hexagone.
Quelques magistrats prirent conscience de l’ampleur du phénomène et à partir de 2001 demandèrent aux policiers de remonter jusqu’aux auteurs des revues et des sites Internet consacrées aux graffitis, de répertorier les tags afin de différencier les bandes, afin de les traduire devant la Justice.
Désormais, la Justice souhaitait poursuivre un tagueur pris, non plus seulement sur un fait de flagrant délit mais sur l’ensemble des tags qui présentent une même signature et des mêmes caractéristiques.
À partir de juin 2001 l’organisation de la lutte anti-tagueurs commença à monter en puissance :
– Toutes les photos de tags prises par les agents de la SNCF sur toute la France et de la RATP sur la région parisienne furent centralisées, répertoriées et analysées par des spécialistes, afin d’attribuer chaque graffiti à la bande responsable ;
– Les policiers, peu à peu, remontèrent les filières des sites et des journaux, grâce aux agendas et aux papiers saisis, et de plus en plus de membres de bandes furent arrêtés. Lors des perquisitions, les policiers ramenèrent divers éléments de preuve : revues, carnets d’adresses, agendas, sites Internet, contenus des messageries et adresses IP des correspondants, numéros de téléphones portables, informations permettant de pénétrer de nuit dans les bâtiments et garages de la SNCF et de la RATP, avec parfois le double des clés ;
– Certains graffeurs prirent peur ; et un collectif d’avocat commença à donner dans les revues des conseils aux tagueurs en cas d’arrestation.Le premier procès a eu lieu en 2003 à Versailles.
Il n’était plus question d’amendes légères contre les 150 personnes poursuivies dont le fameux kofy clm : la SNCF et la RATP avaient demandé d’importantes sommes en dommages et intérêts.
Pour la seule SNCF, le montant s’élève à 1,3 million d’euros.
Il s’est avéré à la lumière du procès que certains des tagueurs avaient des métiers lucratifs dans la publicité ou le graphisme.
Assez tôt dans l’histoire du graffiti « New-yorkais« , de jeunes artistes ont été rémunérés pour décorer des boîtes de nuit et des devantures ou des rideaux de fer de boutiques.
Certains vivent véritablement de cette activité, notamment les artistes « légendaires » dont d’autres graffiteurs débutants n’oseront pas saccager le travail : avoir un rideau de fer peint par un graffeur respecté est l’assurance que celui-ci ne sera plus vandalisé par des tagueurs.
Certains graffeurs vendent leur travail sous forme de toiles peintes, ou le déclinent sous forme de Tee-shirts et autres décorations vestimentaires, de prestations graphiques ( La « Carte-Jeunes » de la fin des années 1980 qui était dessinée par le peintre Megaton), d’illustrations pour des pochettes de disques, de bijoux, de planches de skateboard, etc.
Des graffitis sont parfois exécutés, contre rémunération, en présence du public pendant certains évènements tels que des concerts ou des matchs de sports populaires.
Le graffiti a engendré un phénomène éditorial qui n’a rien de négligeable depuis la parution du livre Subway Art qui sera suivi d’un grand nombre d’autres ouvrages et deviendra une section à part entière dans les rayons « Arts graphiques » des librairies.
Une presse se développe aussi avec des journaux tels que le International Graffiti Times’ (1984) aux États-Unis, Graf Bombz, Mix Grill, Graff’it ou 1 Tox en France, Sicopats en Espagne, Stress aux États-Unis, Bomber megazine aux Pays-Bas, etc.
Les journaux généralistes consacrés au hip-hop ouvrent souvent largement leurs colonnes aux graffitis.
Des boutiques consacrées à l’achat de matériel pour les graffeurs existent dans plusieurs grandes villes d’Europe ou d’Amérique du Nord.
On y trouve notamment des peintures aux couleurs rares et aux propriétés couvrantes adaptées, des « caps » (le bouchon diffuseur de l’aérosol) servant à faire des traits aux formes précises, très fins ou très épais, par exemple, des marqueurs très larges, des masques, des lunettes ou des combinaisons de protection, etc.
Plusieurs marques de peintures aérosol plébiscitées par les graffeurs ont profité de cette célébrité : Krylon, Red Devil, Altona, Alac, SIM2, Dupli-color, Marabout-Buntlack.
La plupart ont essayé de dissocier leur image de marque du graffiti, comme Krylon qui a lancé un programme de sensibilisation nommé Graffiti Hurts (le graffiti fait mal).
Inversement, quelques marques telles que Hotflam, Red Alert, Pro Line, Montana et colorone visent nettement la clientèle des graffiteurs.
En dehors des fictions consacrées à la culture hip-hop, de nombreux récits contiennent des graffitis qui ont une importance sur la trame.
– Dans la Bible (Exode), Dieu commande à Moïse de marquer les maisons des hébreux avec du sang de petit bétail, afin qu’il extermine les premiers-nés égyptiens, dans les maisons qui ne sont pas marquées. Il est à noter que cette méthode ne relève pas que de la fiction et a aussi été utilisée plusieurs fois dans l’histoire du monde, au début du génocide arménien par exemple.
– Dans Ali Baba et les quarante voleurs, un voleur venu en ville pour trouver Ali Baba marque la maison de ce dernier d’une croix, afin que ses compagnons reviennent, de nuit, tuer l’aventurier. Mais sa servante remarque la croix et en trace sur toutes les maisons de la ville.
– Dans M le maudit, un membre de la pègre, chargé d’identifier l’assassin des petites filles, lui marque un « M » sur le dos, à la craie.
– Dans de nombreuses fictions, des criminels signent leurs méfaits d’un graffiti : La Marque jaune d’Edgar P. Jacobs par exemple.
– Dans Les Cigares du pharaon, Tintin suit le mystérieux sigle d’une société secrète…
– Dans la série télévisée Benny Hill show, une séquence redondante présente un mur sur lequel se trouvent des graffitis qui se juxtaposent et se répondent.
– Dans V pour Vendetta, par Alan Moore et David Lloyd, le graffiti est un acte de résistance, il s’agit d’une référence directe au « V » de la victoire et de la liberté de Victor de Laveleye.
– Dans L’Armée des douze singes, James Cole, venu du futur, enquête sur un groupe écologiste radical, les 12 singes, dont la piste est parsemée de graffitis.
– Dans Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, Amélie écrit sur les murs de son quartier des phrases tirées de la prose d’Hipolito, son ami l’écrivain raté.
– Dans le roman policier Pars vite et reviens tard, de Fred Vargas, un chiffre 4 inversé latéralement et dont la branche basse est munie de deux barres verticales à son extrémité, est peint sur de nombreuses portes d’appartements et sème le trouble parmi la population.

– Brassaï, Graffiti, 1960
Bibliographie :
– Jean Baudrillard, Kool Killer ou l’insurrection par les signes in L’échange symbolique et la mort, Gallimard, 1976
– Henry Chalfant, Martha Cooper, Subway Art, éd. Thames and Hudson, 1984
– Denys Riout, Dominique Gurdjian, Jean-Pierre Leroux, Le Livre du graffiti, éd. Alternatives 1985
– Henry Chalfant, James Prigoff, Spraycan Art, 1987
– Stéphane Lemoine, Julien Terral, In situ, un panorama de l’art urbain de 1975 à nos jours, éd. Alternatives 2005
– ColorsZoo, Welcome to Colors Zoo, éd. ColorsZoo 2004
– L. Halfen, From Spray 2 Screen, éd. ColorsZoo 2005
– A. Giverne, Hors du temps, éd. ColorsZoo 2005
– Vulbeau A., Du tag au tag » », Desclée de Brouwer, 1992.
– Federico Calo, Le Monde du Graff, Paris, L’Harmattan, 2003.
– Félonneau M.-L., Busquets S., Tags et grafs : les jeunes à la conquête de la ville, L’Harmattan, Psychologiques, 2001.
– S. Huet, L. Le Floc’h, V. Veyret, After Eight8, Still Rollin, éd. ColorsZoo 2006
– Alain Milon, L’étranger dans la ville. Du rap au graff mural, Paris, PUF, col. Sociologie d’aujourd’hui, 1999.
– A. Milon, « La Ville et son lieu à travers la vision de surligneurs de la Ville : L’Atlas, Faucheur, Mazout, Tomtom » in C’est ma ville (dir. N. Hossard et M. Jarvin), Paris, L’Harmattan, 2005.
– Collectif, AnART, Graffitis, Graffs et Tags, Paris, Les éditeurs libres, 2006.
– Claudia Walde: Sticker City. L’art du graffiti papier. Editions Pyramid, 2007.
www.ChromesFlammes.com
www.LesAutomobilesExtraordinaires.com     
www.GatsbyOnline.com