Prowlerotica…

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Chaque soir, avant d’aller me coucher, je lis quelques pages de Vladimir Nabokov, Marcel Proust ou Alexandre Vialatte, histoire de donner de la forme et du vocabulaire à mes rêves…

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Quand je vais me coucher seul, cela s’entend, car autrement j’ai le sens du comique de situation et je ne me soucie guère de la qualité du dialogue de mes rêves les fois où je n’ai pour unique désir que de repousser aux trivialités du jour, les limites du sommeil, je relis alors Raymond Devos ou Pierre Desproges…, parfois je me relis…

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Et, bien qu’il me soit arrivé, pendant que la jeune femme qui allait partager ma nuit, blonde gracile et implacable comme la Princesse de Soubise, ou brune frêle et rebelle à protéger tous azimuts, pendant qu’une telle jeune femme accaparait la salle de bains, il m’est arrivé de me ruer en douce (exercice très périlleux, essayez, voulez-vous, de vous ruer en douce, pour voir) sur un volume de la bibliothèque et d’en parcourir avec avidité quelques paragraphes à la faveur du mince entrefilet de lumière sous la porte.

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Or, cette impulsion macabre (dans le cas où je piochais par inadvertance un recueil de Baudelaire) annonçait irrémédiablement les prémices d’une dérive érotique pour la personne que je prendrais un instant plus tard dans mes bras, et présageait déjà, baromètre fiable de mes passions éruptives, de jouissances exacerbées.

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Indélicatesse envers une autre personne, un tiers qui se trouve à mes côtés : paroles trop hautes, petites humiliations et petites vanités, gouttes d’eau qui font déborder mon vase, réactions (érections aussi) spontanées qui mettent instantanément mal à l’aise, pieds dans le plat, désastres sans gène, ragots insidieux, idioties bien portantes… et au moment même de l’indélicatesse je ne rougis même pas de honte, ni ne blêmis d’effroi, non…, je jouis intérieurement en même temps que ma victime souffre de l’imperfection du monde…

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Et, par immédiate reconnaissance, je double la victime dans son sentiment d’atteinte, sachant que si je n’interviens pas pour divertir, éparpiller la conversation… : doubler le sentiment de la victime ne sert à rien, ne donne aucune force contre mon indélicatesse…, parce que pour la victime d’une indélicatesse, l’indélicat s’exprime toujours au nom du monde entier, extérieur, au nom du plus grand nombre.

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J’ai toujours été expert en indélicatesses, je veux dire non pas que j’en commette, inconsciemment ou à dessein, bien au contraire…, mais depuis l’enfance, j’ai en moi cette propension à relever, à deviner, à identifier dans le discours ou l’attitude d’une personne, ce qui est de l’ordre de l’indélicatesse.

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C’est le malheur insoluble des êtres fragiles qu’une indélicatesse sépare du monde, et pour lesquels une compassion excessive, sur l’instant, ne fait que pointer la souffrance sans vraiment la dissuader…, plus on approche de la tombe, plus le cœur écluse des impatiences ; décime ses attentes dans la consommation du plaisir…, il faut se dépêcher cependant, même provenant du crétin le plus solitaire, l’injure se charge d’une valeur collective…, un jour l’amour rend l’âme ou déménage comme un magasin de jouets au coin d’une rue.

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Une fin d’après-midi d’il y a quelques années, je fêtais mon nouvel achat : un magnifique Plymouth Prowler jaune…, j’ai stationné le Prowler devant la passerelle d’accès de la péniche ou j’étais invité à partager mon bonheur…, un vrai safari pour les yeux de se frayer un chemin au milieu d’une douzaine de filles lascives.

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L’une d’entre elles, pourtant époustouflante, grande plante longiligne aux tout petits seins dans un fin déshabillé pâle, magnifique… échappait par on ne sait quel angélisme de tout son corps, au vulgaire.
L’ambiance avait vraiment un côté « This is hardcore ».

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Fidèle à mon image déjantée, j’ai dis à une rousse qui se trémoussait devant moi : « Le sexe c’est nul, la preuve c’est que tout le monde peut le faire »… et d’autres trucs décalés de la sorte, pas forcément vrais d’ailleurs, par exemple cette histoire du Lord anglais qui dit à sa femme : « Chérie, j’espère que vous avez joui parce que je ne répéterai pas deux fois de plus ces mouvements ridicules »

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Le sexe, bien plus que la couleur préférée des gens rêvant de posséder un Prowler, est une grande préoccupation sociétale, parce que, même si en temps normal ça reste délicieux, juste au dessus de : boire un thé brûlant quand on a très soif…, découvrir pour la première fois en vrai une peinture qu’on a adoré en reproduction…, lire tout un livre de Marguerite Duras… ou une seule phrase de Vladimir Nabokov… là, toute ma libido est sens dessus-dessous….

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Dans cette faune crépusculaire et feutrée, je suis tombé sous le charme d’une fille qui, non loin de moi, regardait mon Prowler avec attention ; elle était accompagnée par un type qui ne ressemblait à rien…
Elle m’a pris à part et m’a dit que son amant était génial, mais que le seul problème c’est qu’il avait un rire idiot : « Ne vous en faites pas », lui ai-je-dit en guise de consolation, « avec vous il ne va pas rire souvent ».

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Deux types plantés comme des piquets devant la porte des toilettes semblaient plongés dans une discussion de spécialistes :
– D’ordinaire, lorsqu’une marque va mal, tout nouveau modèle est chargé de redresser les ventes, la mission du Prowler était plus complexe : Chrysler ne comptait évidemment pas en vendre des millions ; il s’agissait en revanche de redorer le blason de Plymouth, afin de vendre plus de voitures.
– C’était subtil…
– Arrivé à la tête d’une Chrysler moribonde au début des années 80, Lee Iacocca eu une fausse-bonne idée: vendre la même voiture sous les trois marques du groupe (Chrysler, Dodge et Plymouth), sans changer un seul panneau de carrosserie. En plus, comme à l’époque, elles partageaient toutes les trois le pentastar, leur logo était commun ! Du coup, l’acheteur ne comprenait plus quelle marque faisait…

– Au salon de Detroit, Chrysler a présenté un prototype baptisé Prowler. C’était une intrepretation moderne des hot-rod des années 40-50 qui étaient alors basés sur des Ford : un cabriolet deux places, sans fioriture, propulsé par le V6 3,5l de la Concorde rentré au chausse-pied et poussé à 280 chevaux, les roues avants à peine couvertes et une boite de vitesse à l’arrière du véhicule…, l’accueil du public fut enthousiaste. Alors, Chrysler, qui n’avait rien à perdre avec Plymouth, décida de le commercialiser quasiment en l’état et uniquement en violet…
– Il n’y a que durant les premières années de fabrication que les Prowler étaient violets-mauves, après Plymouth et puis Chrysler les ont commercialisés dans d’autres couleurs, dont le jaune !
– Toutefois, en 1997, les acheteurs potentiels furent déçus, la ligne était toujours spectaculaire, mais sous le capot, on trouvait un V6 normal de 215 chevaux associé à une boite automatique 4 rapports, les performances étaient décevantes…
– L’addition montait à 50.000 $, ce qui le placait juste en-dessous d’une Corvette…
– Pourtant un hot-rod est censé offrir des accélérations de folies…
– Ca fait cher le cruising ! Non ?…
– Sur cet hot-rod moderne, le ramage n’était pas la hauteur de son plumage exubérant, en 1998, Plymouth en est réduit à écouler les invendus…
– Triste affaire…

– Ce n’est donc qu’en 1999 qu’un moteur de 253 chevaux est installé dans le bestiau et qu’existe le choix entre plusieurs teintes…
– C’est ce que je me demandais, je m’y perd !…
– Pas grave…, les ventes ont décollé en 1999, mais avec un pic à 2.625 unités, on étaitt loin des 5.000 exemplaires annuels espérés…
– Tu m’en diras tant…
– En 1999, Daimler et Chrysler fusionnent. Le nouvel état-major décide de liquider Plymouth l’année suivante, tant pis pour d’autres prototypes destinés à la production comme le Howler qui reprend le châssis du Prowler, mais dans une carrosserie de coupé et avec un V8…, le Prowler survit en devenant un Chrysler, mais l’époque n’est plus à la rigolade, alors à la fin du millésime 2002, il quitte le catalogue sur la pointe des pieds…
– Quelle histoire, sur que c’est une voiture de collection, là…

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Je me suis éclipsé en douce… il n’y aura donc pas de suite à vous narrer…