Quésako Gonzo ?

En presse « papier », des fameux Chromes&Flammes qui ont bercé l’univers des amateurs d’automobiles déjantées dans les années ’80, je me suis volontairement exilé durant 35 ans, loin des hurlements des « ceusses » qui chutent dans le puits sans fond de la bêtise humaine… et je me suis installé dans le monde glauque des automobiles dites « de collection ».., y acquérant une expérience unique : plus d’un millier d’automobiles passant dans mes mains, achetées, essayées, vendues…, à l’infini…, puis j’ai commencé à relater mes aventures dans un site-web ultra-perso : www.GatsbyOnline.com, le site-web satirique le plus sulfureux, déjanté, caustique, classe, snob et politiquement incorrect de toute la francophonie mondiale…, m’amusant à écrire dans un style « Gonzo » !
Quésako Gonzo ?
Le journalisme gonzo est ultra-subjectif, un concept défini par Hunter S. Thompson (cherchez sur Google) pour éclairer immédiatement ce qui est volontairement mis dans l’ombre, le style variant selon l’humeur, la désespérance ou la jouissance…, osant déformer pour recomposer la réalité…, car le journalisme est un flingue…, avec une seule balle, si on vise bien, c’est suffisant, on peut faire sauter un genou du monde…, tous les travers des « politiquement-corrects » sont dénoncés de manière cynique, sarcastique, trash, cinglante…, j’explore ainsi les sujets qui dérangent et commente mes expériences vécues au milieu des stars éphémères du show-biz, des fils a papa, des veuves de milliardaires, ainsi qu’eux-mêmes…, mais, a fréquenter la jet-set, on risque de perdre plus que son âme… jugez donc par ce qui suit et qui sert d’éditorial sous forme d’une histoire…

C’était une grande poupée, égarée et dolente, telle une somnambule, sans doute l’une de ces innombrables aspirantes ayant profité des faiblesses humaines pour enjamber de ses pattes faméliques les vestiges d’un autre monde…, le regard dans le lointain elle ne marchait pas, elle survolait…, un pas d’idole descendue parmi la plèbe, elle s’affichait pleine de répugnances et de craintes ingrates, soucieuse de passer inaperçue… et dans le même temps susceptible de se chiffonner dès-lors qu’elle n’était pas reconnue, abordée, flattée…
Elle avait bien tort de s’en faire…, de toutes les ombres indifférentes et silencieuses glissant sur les marbres d’un sol scintillant des gemmes qu’y projetait, sur un rythme paisible de carrousel, un magnifique lustre de Murano…, elle était bien la seule à se souvenir de son vrai nom.
Privée de galipettes depuis un siècle, revenue de tous les plaisirs et de toutes les impostures, elle sentait poindre sous les pampres et les mousses de ses atours, des envies de voyages au long court, des extases Vénitiennes, des raffinements Japonais, des sévices Britanniques…
Après avoir connu la gloire passagère d’un rôle vedette au théâtre puis au cinéma, elle avait lentement sombré dans l’humiliation des soupes télévisuelles…, ces interminables séries mélo-raclette dont l’Italie, ce tremplin à secondes carrières pour les comédiennes, qui en France n’en ont pas eu de première, est friande.

Elle me frôla, tourna, un instant, vers moi, un visage ennuyé d’altesse bousculée, son absence de réaction laissait clairement entendre que mon sourire n’avivait aucune étincelle dans son esprit…, je n’étais qu’un anonyme à ses yeux fanés…
Vigoureuses et sombres, les vapeurs d’une sexualité avide nimbaient toutefois cette trentenaire, d’une lumière sans indulgence, voire même cruelle, par laquelle je me laissais hypnotiser immédiatement, songeant que si mes appétits croissants n’avaient eut pour l’instant d’autre défouloirs qu’imaginer quelques innocents tripotages ou suçotages extasiés, ces appétits d’indécences, trouveraient de quoi me repaitre dans toute la barbarie qu’ils appelaient.
Je trouvais cette situation semblable à un labyrinthe intellectuel follement romanesque, une course haletante contre le temps qui se moquait bien des risques encourus…, elle a alors élevé vers moi un visage tendu de conspiratrice, le feu brasillant d’une lampe tempête dans ses yeux soudain redevenus vivants.
Au plus profond d’un recoin, tel un gouffre, presqu’à demi dissimulée derrière les rideaux d’un décor Florentin, une vielle banquette, rouge, pelucheuse, poussiéreuse, achevait de moisir…, c’est sur ce siège douteux ou j’imaginais que tant de culs illustres avaient étalés leurs rondeurs satisfaites, que nous avons été aiguillonnés par la hâte et la crainte, retenant nos cris, nos gémissements, nos fous rires…

On n’a peur de rien lorsqu’on sexe, que ce soit enjoué ou sévère, brusque ou caressant, dépravé ou benoit, mais débarrassé des scories sentimentales avec lesquelles ni l’un, ni l’autre n’ont l’intention de se compliquer l’existence…
De sa vie, je ne savais rien et je ne cherchais pas à savoir…, seuls importaient les plaisirs dans l’obscurité chancie…, quoique pour une comédienne, une artiste…, un rôle récurant dans une sitcom tournée sous le soleil de Babelwed-les-pins, une publicité à la gloire d’un lave-linge, une poignée de panouilles dans un feuilleton Tévé, ne justifient pas l’emploi d’un terme aussi solennel que « carrière ».
De plus, je n’ignorais pas que toutes les reines d’un moment, sont aussi cancanières, clabaudeuses, papotières, qu’une escouade de concierges… et que, succombant à mes sens, je pouvais me précipiter au devant d’une de ces bouffonneries ridicules que la vie semble prendre un vilain plaisir à destiner aux humains, à moins qu’ils n’eussent inconsciemment la malice de les provoquer eux-mêmes…, en ce cas, assourdie, étouffée, moqueuse, la rumeur d’une relation… ou pis encore, d’une liaison… monte des tréfonds jusqu’aux feux de la rampe… et tout explose !
J’ai alors pensé qu’elle dissimulait peut-être à la perfection une âme étroite derrière des manières délicates, des airs de poupée avec un sourire amène, figé dans le sucre, le miel, le sirop de groseilles… et qu’elle affichait en permanence… comme si réservant à la scène l’éloquence de sentiment plus nuancés, elle eut été incapable d’exprimer autre chose qu’une courtoisie de circonstance…, la comédienne incarnant l’infante ne redoute personne lorsqu’il est question de créer l’apocalypse…

Faire l’amour dans un lit ou on aurait pu coucher Ali Baba et quarante voleuses sans qu’il et elles ne s’y trouvent à l’étroit, me fut une expérience nouvelle que je goutais avec volupté, même s’il m’arrivait parfois de regretter… car rapidement notre liaison a pris des allures mollement bourgeoises dès que diverses fanfares vandales dont elle retentissait se sont mises à virer au riant pizzicato des Mandolines dans les splendeurs Impériales d’une sorte de Palais, posé comme un jouet scintillant…
Le plus étrange, au sein de ce sirop de mélasse, résidait dans le parfait manque de personnalité d’un lieu auquel l’abondance de Corot, de Matisse, de Modigliani, de xylographies d´Albrecht Durer, de bronzes signés Pierre-Jules Mène ou Van der Cruse Delacroix, Chapirus ou Cartier, d’argenterie Puiforcat et Boin Taburete, d’un mobilier griffé Duval, Majorelle, Boule…, conférait une atmosphère austère, un peu inquiétante de musée fantôme.

Un Vendredi de la fin d’Aout, alors que, déjà, la ville sentait le chagrin des écoles, une ancienne gloire du boulevard, reconvertie dans la production d’œuvres théâtrales classiques depuis qu’elle avait épousé les millions et les bonnes manières d’un vigneron de Province plus titré qu’un grand d’Espagne…, débarqua dans notre intimité relative.., étourdissante d’élégance dans une simple robe de crêpe noir au décolleté de laquelle sanglotaient les limpidités vermeilles d’un cœur en rubis certainement plus charitable que celui battant sous les baudruches d’une poitrine longtemps osseuse.
« La Comtesse Sophie », « Soso » pour les intimes (autrement dit la poignée de happy fews en vogue)… était accompagnée d’un Belphégor bellâtre, le chef de sa garde rapprochée de tapettes dont les silhouettes sèches de flamants pastelisés dansaient dans son sillage, pattes étirées, formant un étrange ballet cancanant à mi chemin entre la parade nuptiale et la démonstration d’intentions belliqueuses…
« La Comtesse Sophie » que l’on disait cruelle parce qu’elle réussissait en affaires… et dépravée parce qu’elle aimait « les vieux machins à portefeuilles », donnait le sentiment inconfortable de s’être trompée de monde…
Les rêves commencèrent alors à s’achever dans une ambiance de pétaudière prophétique de la débâcle à venir.., on sentait monter comme une transe, l’ambiance devenait aussi froide et calme qu’un presbytère…
– « Ma pauvre petite, ne me dis pas que tu t’es laissée abuser par ce personnage, par cet éditeur maudit » ! Se désola t-elle tout en froissant entre ses longs doigts nerveux le vaste carré de Baptiste Parfumé à la violette dont elle rafraichissait régulièrement son cou hautain de périscope.
– « Mais enfin, redescend sur terre ! Tu sais comment sont ces bourgeois de Province, aussi nantis soient-ils, âpres au gain, mais frileux en matière de mœurs »…

Moins étourdi par l’alcool que par les « révélations » de « La Comtesse Sophie », j’avalais d’un trait et sans me donner la peine de respirer, ce qu’il restait du grand verre de Mojito que je m’étais préparé.., la caresse du breuvage le long de ma moelle épinière m’apportant un apaisement immédiat…, toutefois, il me fallut encore quelques minutes avant que je ne réalise que, doté d’à peu près autant de morale qu’un chiot à la tétine, j’accordais en fait peu d’importance aux dires de cette folle, comme à la découverte de ses turpitudes.
D’autre part, je pouvais décemment, à présent que je me trouvais averti de ses penchants…, éprouver un intense soulagement de savoir que cette richissime célébrité froidement déterminée à jouer de ses charmes encore verts et de ses candeurs plus ou moins affectées pour ferrer vigoureusement un poisson dont elle entendait limoner jusqu’à l’arrête les écailles d’or et d’argent…, loin de m’affliger, me laissait augurer des jours de bombance puisque j’étais parfaitement décidé à assouvir seul quelques caprices ruineux !
Lorsque « La Comtesse Sophie » eut terminé son discours, bu un grand verre d’eau fraiche, essuyé délicatement ses lèvres à une serviette monogrammée et remis du rouge, elle me fit remarquer avec un calme olympien qu’aussi immorale que soit mon aventure (sic !), il n’existait en ce bas monde rien de plus banal que l’immoralité, qu’en conséquence elle ne voyait pas du tout pourquoi elle se prenait la tête et la mienne par ricochet.
Je répliquais que le nœud du problème ne résidait pas dans l’affirmation rebattue qu’au sein de notre société, l’immoralité est banale, mais dans la constatation cruciale que rien ne prévient automatiquement les décisions rationnelles contre l’immoralité…

La race des Saigneurs, une fois descendue/rescapée des échafauds de la terreur a mis de la rage à remonter son prestige au prix de factions politiques douteuses, de volte-face, de trahisons et pire encore d’alliances boutiquières…, néanmoins il reste aux derniers encore suffisamment de sève, de finesse, de distinction supérieure pour imposer sans efforts notoires une prééminence qui les rangent à part du commun des mortels, tout en les figeant dans une pose qui, bien qu’elle sent un peu la poussière et le renfermé, ne manque ni d’allure ni de panache.
Comme on ne prête qu’aux riches, on pardonne volontiers aux aristos de hausser un peu loin leurs cols à guillotine maintenant que les Altesses font la pige aux vedettes de Cinéma, maintenant que les enfants des tricoteuses et des accusateurs publics canonisent des dindes couronnées dont les brushings de premières vendeuses, les élégances tartignoles, les grâces trébuchantes et les éternelles conjonctivites, accompagnent à ravir leurs destinées sentimentales de feuilletons télévisés.

J’assume l’aventure GatsbyOnline dans le déni le plus achevé, l’idée fondatrice étant de raconter de légers (parfois lourds), de croustillants, petits et grands contes défaits, d’amusantes historiettes sur la vie d’une certaine frange du monde…, bref, dans les détonations de champagne, dans le cliquetis argentin des paillettes, je m’amuse de narrer diverses aventures…, mêlant sur un air assez badin : vacheries, sexe, révélations, histoires diverses (souvent vécues) et Show Bizz !
Or, ce verbiage, parfois fardé, poudré, camphré, se résume à la caricature d’un monde dont le mérite s’avère inversement proportionnel à la bouffissure qui le tend à se rompre.., du reste, ma vie s’énonce agréable…, de problèmes je ne me connais que ceux que je prend malice à me créer…, pas de grand crime à confesser, plus aucun point de vue sur la marche du monde, je ne possède en somme qu’un grand cœur écharpé mais en voie de guérison…
On me dit qu’il faut-être gravement perturbé pour confier à de parfaits inconnu(e)s ce que l’on dit si mal à ses meilleur(e)s ami(e)s… et qu’il me faudrait plutôt m’occuper de vivre, d’aimer, de revenir aux sources…, qu’il faudrait que l’écriture me devienne accessoire… ou mieux qu’elle finisse par m’encombrer…
Or elle se veut exigeante, la garce, elle me taloche, elle me talonne, elle aime que je lui consacre des heures… et moi aussi…, de plus, l’existence impudique que je mène sur mon web-site et sur Facebook m’amuse…, c’est trop bon d’écrire…, me restait à ressortir Chromes&Flammes dans un style « Gonzo », un magazine unique et atypique, réservé à des gens induplicables, intelligents, déjantés, caustiques, amers, désabusés, humoristes, épicuriens, baroudeurs, satyres et satiriques…, aimant la vie, les automobiles, les bateaux et les avions extraordinaires…
Bienvenue…