RELIANT, c’est une BONAUTO…

L’usine Reliant nait quand T.L.Williams acheta les droits de production d’un véhicule à trois roues produit par Raleight, une fabrique de bicyclettes.
En Angleterre, ce genre de véhicule pouvait être immatriculé comme motocyclette, en payant très peu de taxes.
En 1952 nait la Reliant Régal à 4 roues, puis la Reliant Sabre et ensuite la Reliant Scimitar à carrosserie en fibre de verre (une station-wagon-break à trois portes, style « Schooting Brake).
Dans les années ’70 la crise des voiturettes trois roues poussa la firme Reliant à produire d’horribles Microcars 3 roues qui culbutaient au moindre virage pris trop rapidement.
Puis en 1994 sortit la Reliant Scimitar Sabre, dernière voiture produite avant la disparition de la marque.
De suite, en suite (sic !), voici une brève narration de ce « Flop » avec l’importation de Reliant en Suisse.

En 1994, je vais en Angleterre pour chercher des voitures à revendre en Suisse par le biais de mon garage BONAUTO…., je visite l’usine Reliant ou, il y a quelque temps ils assemblaient la Ford RS 200 de Rallye.
Reliant Motor me fait une proposition pour importer et vendre en Suisse leur novelle Reliant Scimitar Sabre qui vient de sortir : nouvelle carrosserie, moteur Rover série « K » (les mêmes que les MG TF et Lotus Elise), mécanique Ford (Sierra), « components » de Rover : train roulant avant et arrière, avec bras de suspension spécifique.

Je respire un air de crise.
On me propose d’acheter 50 voitures Reliant Sabre à 10.000 euros pièce.
Elles sont en vente en Europe Continentale à 22.500 euros !
Il n’y a pas de garantie « usine », mais il y a une garantie « pièces » via les fournisseurs.
Je double le prix d’achat, ce qui est très intéressant, mais compte tenu de mes moyens « normaux », 50 voitures qui représentent la bagatelle de 500.000 euros, représentent un montant qui dépasse mes possibilités !
De plus, en étudiant le marché Suisse, je pense qu’il sera très difficile de vendre toutes ces voitures.

Je leur propose de louer un stand au Salon de l’auto de Genève…, on avisera et discutera en fonction de la réaction du public et des bons de commande qui vont y tomber…
On organise le tout.
L’usine paye seulement la location de la surface.
Puis on verra !

En 1995, je deviens importateur Reliant Sabre au Salon de l’automobile de Genève !
C’est la gloire, d’autant plus qu’en vérité, je partage la surface avec Lamborghini qui y expose un seul modéle : La Diablo…, Lambo est en crise aussi !
Grand souvenir, ça donne l’impression, mais ce n’est qu’une impression !
Entre les nuitées d’hôtel, les restaurants et boîtes de nuit, je dépense plus d’argent dans cette histoire que le coût de la location du stand !
En plus les gens de Lamborghini étant italiens… et au début d’une sérieuse déconfiture, ils ne paieront pas leur stand et j’aurais toutes les peines du monde à expliquer que je n’ai rien à y voir…
L’affaire commence mal… quoiqu’il y a beaucoup de monde…, mais personne n’achète !

Le samedi matin du dernier week-end du show, au moment ou je désespère, arrive un gros allemand qui me dit : « Che foutrais acheber 10 wagen ! ».
MIRACLE !
On discute durant quelques heures, il dit avoir un grand garage en Allemagne.
Il veut vraiment commercialiser ces voitures.
Essayant de ne pas pleurer de bonheur et d’espoir…, je lui explique que s’il achète 30 voitures et moi les autres 20, on peut obtenir un bon prix…, le marché Allemand est plus grand que celui de Suisse.
Puis arrivent deux clients qui veulent passer commande de chacun 5 voitures pour les revendre dans leurs pays respectifs : un français, un italien…
Je note les adresses en jurant que je vais brûler des cierges à Saint-Espoir (le bordel à coté de l’hôtel)…

La semaine qui suit, après l’obtention des garanties de solvabilité, etc…, le client allemand s’avère sérieux, on s’accorde donc pour que l’usine lui livre 30 voitures en Allemagne… qu’il paye cash !…
Sans rien investir, je gagne 1.500 euros par voiture, soit 45.000 euros.
J’achète ensuite, avec cette « fortune » un premier lot de 5 voitures, négociées pour exactement ce prix (il n’y a pas de petits profits en automobile) et m’engage pour 5 autres pour dans quelques mois.
Je pense directement vendre ces 5 premières à mon client Français…, mais je suis doublé par le client allemand auprès de qui le Français a déjà acheté entretemps 10 Reliant !

Je cherche en Suisse des petits garages qui savent entretenir des spiders anglais comme les MG et Triumph, pour créer un « réseau ».
Je vends mes 5 voitures et je gagne 12.000 euros.
Je commande immédiatement 5 autres Reliant… et le client Italien du salon de Genève les achète toutes
Elles partent pour l’Italie et je gagne encore 12.000 euros.
J’ai donc récupéré les 45.000 euros de la vente des 30 voitures en Allemagne, et s’y ajoute 2 X 12.000 euros sur le bénéfice de la vente des 10 voitures…
Avec mes 69.000 euros assez facilement gagnés, je commande 10 autres Reliant, et pour régler le solde des 100.000 euros je vais chercher 31.000 euros dans mes économies.

Arrivent les 10 voitures.
J’en garde une comme « démonstration-car » et je cherche à vendre les 9 autres…
Avec les dernières autos fournies par l’usine, on m’envoie une vieille Robin trois roues pour 300 euros…, reste ma voiture de démonstration, bleue et une neuve, rouge.
J’arrive à placer 8 voitures à des clients et gagne 40.000 euros.
Trois années passent durant lesquelles il n’y a plus de client pour les Reliant.
Dans ce temps, je participe à des expositions, à des meetings, etc.
Tout cela coûte beaucoup d’argent, pour rien…
Je ne m’en fait pas trop, parce que jusqu’ici j’ai récupéré mes mises de fonds et gagné de l’argent, ce qui est le but de mon garage et de tous les commerces du monde !

J’arrive à échanger la dernière Scimitar rouge au concessionaire Fiat de Chiasso contre une camionnette Fiat Ducato neuve que je vends à un client.
Aujourd’hui la voiture est encore chez lui, elle n’a jamais été immatriculée, elle est dans un état d’abandon !
La bleue fut volée, payée par l’assurance, retrouvée en France et rachetée pour en faire des pièces de rechange.
Fin de l’histoire !

J’ai gagné en tout : 104.000 euros
A déduire : frais d’homologation, traduction des carnets et manuels en trois langues (obligatoires de par la loi Suisse), voyages, garanties, transports, meetings, entreposage des voitures, douanes, TVA, hôtesses, salons, expositions : 47.000 euros
Solde net : 57.000 en trois ans… soit 1.500 euros par mois.

Ce fut une expérience extraordinaire, totalement inhumaine concernant le stress engendré…, mais malgré tout ce fut positif de pouvoir dialoguer avec l’usine Reliant Scimitar et connaître les différentes exigences industrielles en superposition des exigences commerciales et surtout légales (c’est sur ce point qui a coûté le plus), sans oublier les soucis d’organisation pour participer au Salon de l’auto de Genève comme les grands…, cotoyer et aider les gens de Lamborghini qui voulaient sauver « leur » usine… par mon canal (c’est gag quand j’y repense !)… etc.etc…

Et Reliant qui voulait se sauver d’une agonie commerciale quasi inéluctable…, la firme est morte en 2002.
Est ce que tout ça fut un Flop, finalement ?
Je ne sais pas…, quoique, par pour moi…, j’hésiterai pourtant avant de me relancer dans une telle aventure !
RAF Bonardi