Riva Aquarama 1968 / Ferrucio Lamborghini.

Pour voir un Riva, il faut se rendre à Saint-Tropez, à Monaco, dans les Emirats, à Portofino ou en Lombardie, au bord du lac Iseo, c’est là, juste à l’entrée de la petite ville de Sarnico, dans la province de Bergame, que sont implantés les chantiers Riva.

De l’extérieur, pas de luxe ostentatoire, à l’image des bateaux qui sortent des lieux, les bâtiments n’ont pratiquement pas changé depuis les années 1950, lorsque Carlo Riva, arrière-petit-fils du fondateur, les fit construire par son architecte naval.

Tout semble endormi, erreur : ici, tout est feutré, appliqué, soigné… et le chantier naval est loin de tourner au ralenti, d’ici sortent encore tous les bateaux dont la taille est inférieure à 75 pieds (23 mètres), une cinquantaine sont construit chaque année…, les autres bateaux, jusqu’à 105 pieds (32 mètres) sont, pour d’évidentes raisons de transport, fabriqués dans les chantiers de La Spezia, sur la côte ligure.

Les crises, mêmes mondiales, frappent rarement les produits de luxe…., de Sarnico sont sortis tous les mythiques Riva dont le fameux Aquarama qui ne se résume pas à une coque en acajou verni garnie de chromes, équipée de deux moteurs et d’un volant…, c’est surtout un art de vivre et de naviguer.

Trente ans ont suffi à ce bateau pour entrer définitivement dans la légende, grâce notamment à des vedettes telles que Brigitte Bardot, qui baptisa le sien Nounours…, Sean Connery…, le shah d’Iran…, Richard Burton et Elizabeth Taylor…, Roger Vadim… et Jane Fonda.

De 1962 à 1995, l’Aquarama est resté au catalogue de la firme, jusqu’à ce que Riva décide de fermer ses ateliers bois…, en trente-trois ans, pas moins de 797 exemplaires de ce modèle sortiront de ces ateliers, soit deux par mois dans trois versions différentes : « normal », « super » ou « spécial »…., trois déclinaisons qui se différenciaient par la taille (entre 8 m et 8,78 m) et la puissance des moteurs (des huit cylindres en V Chevrolet qui, au gré des modèles, passeront de 2 × 175 chevaux à 2 × 350 chevaux)…, Riva est maintenant un mythe, une légende qui se paye au prix fort.

Roberto Lamura, un « ancien » de la société Riva, après y avoir travaillé de nombreuses années a quitté l’entreprise lorsque les Aquarama ont cessé d’être construit, pour se mettre à son compte en créant sa propre maison : MarinaRiva…, son but étant de devenir « LE » spécialiste de la pièce détachée pour tous les anciens bateaux Riva…, il est maintenant considéré comme « LE » concessionnaire officiel Riva… et sa réputation est désormais mondiale.

De la pièce la plus emblématique, tel le phare chromé mobile situé à bâbord de l’embarcation, au plus petit article d’accastillage, on trouve chez MarinaRiva à Sarnico, tout ce qu’il faut pour restaurer un Aquarama, ce qui rassure les 3.000 possesseurs de ces bateaux vintage : Roberto Lamura peut pratiquement résoudre tous leurs problèmes.

Il a, depuis longtemps, obtenu l’autorisation de Riva de refaire des pièces avec les moules d’origine quand celles-ci ne se trouvent plus… et ses techniciens sont toujours prêts à parcourir le monde pour effectuer un dépannage…, quant au prix de la légende, il faut être prêt à débourser plus de 500.000 euros pour devenir l’heureux et envié propriétaire d’une telle embarcation.

Un exemplaire, restauré à la perfection, de chacun de ces bateaux de rêve : Aquarama…, Super Ariston…, Super Florida…, Tritone…, a trouvé sa place dans le musée privé de Riva à Sarnico, juste sous l’ancien bureau de Carlo Riva…, un bureau qui ne dépare pas les lieux….., car l’endroit se veut la reproduction d’un poste de pilotage de cargo largement ouvert sur le lac Iseo…, au milieu, trône la barre de ce cargo immobile et, à gauche de l’entrée, une grande table de conseil circulaire, entourée des fameux fauteuils LC7 dessinés par Le Corbusier, Jeanneret et Perriand.

C’est assurément le meilleur endroit pour voir évoluer les bateaux sortant aujourd’hui des chantiers de Sarnico…, mais, il vous faut savoir qu’ils ne sont plus construits en bois, mais en aluminium…, le Riva 63 Virtus, par exemple, est un « 20 mètres » qui nécessite 120 jours de fabrication…, un véritable objet d’art vendu 2,1 millions d’euros, hors taxes.

Si vous êtes moins fortuné ou plus pressé, vous pourrez toujours vous rabattre sur un Aquariva dont la fabrication ne nécessite « que » 50 jours…, ce digne successeur de l’Aquarama, existe en trois versions : le « super » en basique à 505.000 euros hors taxes, ou la même version revisitée par le designer australien Marc Newson (à 870.000 euros hors taxes), ou griffé Gucci, pour ceux et celles qui veulent jouer à fond la carte du luxe transalpin (1.605.000 euros hors taxes)…

A ce prix, le pont est toujours en acajou et érable et les vingt-quatre couches de vernis sont toujours appliquées à la main…, en « bonus », au niveau de la ligne de flottaison, Gucci fait apposer son emblématique bande verte et rouge…, histoire de justifier un prix multiplié par 3…

En 2012, Riva/Ferretti Group, est passé dans le giron de SHIG-Weichai, un groupe chinois… et, après avoir fêté les bientôt 180 ans de Riva et les 56 ans de l’Aquarama, le groupe à lançé le Riva 122’Mythos, le plus grand yacht en aluminium jamais réalisé par le célèbre chantier…, le nom indique la clientèle visée…, soit c’est de l’humour assez limite compte tenu de l’image « classieuse » des Riva’s, soit c’est un chinois qui confond Mythe et Mytho…, toujours est-il que tout ce toutim se situe à un niveau sous la ceinture de flottaison…

Pour « ceusses » qui continuent de rêver et de croire que Riva est toujours « hyper-classe », il existe un Riva hors-norme et encore plus Mytho-mythique que tous les autres, un Riva Aquarama acheté neuf en mai 1968 par Ferrucio Lamborghini.

Lors de son achat, Ferruccio Lamborghini, a exigé que son Riva soit propulsé par ses propres moteurs V12 de 4,0 litres de 350 chevaux chacun au lieu des moteurs V8 fournis par Chevrolet qui dans les ultimes versions affichaient la même puissance pour moins de soucis, raison pour laquelle, en bonne intelligence et pragmatisme, Carlo Riva n’a pas trop aimé devoir se plier à ce caprice…, mais, malgré sa résistance (considérable) il a finalement accepté, l’argent venant souvent à bout des plus grandes réticences.

D’un poids à vide de 2.650 kg, ce « chef-d’oeuvre à la gloire de Ferrucio » mesure 8.25 m de long et 2.60 m de large…, chaque hélice est à 3 pales…, le bateau possède 2 réservoirs de 200 litres d’essence…, les moteurs V12 adaptés « marine » (le refroidissement à l’eau de mer étant corrosif, tout doit être adapté) ont chacun 6 carburateurs double corps provenant de la Lamborghini 350 GT.

Ferruccio a régulièrement apprécié son Aquarama unique en naviguant sur la mer Adriatique et sur le Lago Trasimeno (Lac Trasimène)…, il a également utilisé son Aquarama pour des records de ski nautique sur la mer Adriatique, entre Cervia en Italie et Pula en Yougoslavie.

Après l’avoir gardé 20 ans, Ferruccio Lamborghini a vendu le bateau en 1988 à Angelo Merli, un ami très proche, fanatique de ses créations automobiles qui s’engageait à perpétuer la mémoire de Ferrucio Lamborghini…

En 2010, le bateau, va être remisé dans un hangar… et va être acheté quelques mois plus tard par le propriétaire actuel (un homme d’affaires Hollandais propriétaire de la concession Riva de Uithoorn, aux Pays-Bas) qui va affirmer vouloir redonner ses lettres de noblesses à ce bateau d’exception en le restaurant selon les spécifications d’origine, incluant les deux moteurs V12 Lamborghini.

En effet, selon lui, le meilleur ami de Ferrucio Lamborghini, Angelo Merli qui était de surcroit fanatique de tout ce qui était Lamborghini…, se serait, après que Ferrucio Lamborghini lui eut confié son Riva unique au monde, rapidement rendu compte de l’entretien excessif et onéreux des deux moteurs Lamborghini…, et les aurait donc fait enlever et remplacer par deux moteurs V8 Chevrolet développant 220 chevaux chacun…, le bateau a été ensuite amené en Hollande où une « restauration » minutieuse de 3 ans va être effectuée.

Le travail du bois et de l’ingénierie, a été confiée à Riva-World à Uithoorn (en fait c’est l’entreprise de l’acquéreur)… et avec l’aide (très payante) de Fabio Lamborghini (l’héritier de Carlo Riva) et du musée de la famille Lamborghini à Funo/Italie, les deux moteurs V8 Chevrolet ont été « remplacés » par deux moteurs Lamborghini V12 provenant de deux Lamborghini Espada accidentées.

Les deux moteurs V12 Espada auraient été intégralement reconstruits par Riva World grâce aux conseils avisés de Lino Morosini, ancien responsable du département motorisation de Riva et ex-co-designer du Riva Aquarama Lamborghini… et de Bob Wallace, un ancien pilote d’essai de Lamborghini-automobili, pour lui permettre de retrouver la mer…, les travaux se sont également étendus à tous les travaux de la coque en bois qui a été refaite, poncée et vernie, ameublement et chrome compris.

Au cours de son premier essai en mer après sa restauration, l’ex Riva Aquarama de Ferruccio Lamborghini aurait atteint des vitesses supérieures à 48 noeuds (90 km/h), ce qui a été présenté comme une preuve magistrale confirmant son unicité mais aussi qu’il était le plus rapide Aquarama au monde.

Il est proposé au prix de 2.500.000 d’€uros depuis 2013… et n’a toujours pas trouvé acquéreur…., il doit donc se trouver d’autres septiques que moi, car je ne crois pas à cette histoire qui ne tient pas plus la route que la mer…

La complexité de remplacer les 2 moteurs Lamborghini aurait de très loin couté à Angelo Merli, bien plus que les frais de consommation d’essence…, d’autant que ce n’était pas l’attitude logique du meilleur ami de Ferrucio Lamborghini qui, de surcroit était fanatique de la marque et avait été missionné par Ferrucio pour préserver ce « chef-d’œuvre »…, de plus, « on » (c’est à dire Angelo Merli) aurait gardé la trace de ces deux moteurs préparés « Marine » qui étaient en parfait état !

Soit le Riva originalement équipé des deux moteurs Lamborghini a disparu… et c’est un Riva Aquarama « normal » équipé d’origine de deux V8 Chevrolet de 220 chevaux chacun, soit la version basique…, qui a été transformé pour devenir l’ex-Riva Lamborghini… et permettre de quadrupler sa valeur…, qui sait si dans ce subterfuge les « papiers » d’origine et la plaquette d’identification n’ont pas migré d’une épave irréparable à une épave réparable ?…

Soit il FAUT croire que c’est le « réel » Riva Lamborghini qui aurait été modifié et remodifié…, sans qu’on s’inquiète de retrouver les deux blocs V12 Lamborghini originaux spécialement réalisés « Marine » selon les désidératas de Ferrucio Lamborghini…, le fait que tout ce barnum est réalisé par le nouveau (et dernier) propriétaire qui est le concessionnaire Riva-Hollande, laisse imaginer que les méthodes « Ferraresques » de fausses restaurations et vraies construction de fausses vieilles auraient été ici, de même, appliquées…

Dans les deux cas, surgit plus qu’un doute saupoudré de soupçons d’une fraude qui sera « bouclée » lors de la revente… qui tarde à se concrétiser !

Comme tous les protagonistes de la construction du vrai Riva Aquarama sont décédés…, y compris l’ami de Ferrucio qui aurait changé les moteurs (sic !)…, personne ne pourra attester que c’est vrai ou faux… et le fait de « promener » les pontes actuels de Riva (qui ne connaissent rien de l’affaire) à bord de ce « machin » ne serait qu’une mascarade pour créer une sorte d’authentification…

Ce point de vue trouve un indice important dans le fait que ce Riva n’a pas été restauré chez Riva et/ou chez Roberto Lamura qui auraient immédiatement décelé toute tromperie…

Affaire à suivre…