L’évolution des « Camping-Cars », des « Van’s » et des « Custom-Campers » me rend perplexe, certains sont extraordinaires et tendent vers un renouveau du genre, d’autres perpétuent voire amplifient un style désuet que divers illuminés considèrent comme des œuvres d’art roulantes, qui ne sont objectivement que des « choses » délirantes, souvent vulgaires…

99,99% des gens, exceptés les beaufs ahuris, les gnous débiles et les imbéciles obtus dont le pourcentage est variable selon les saisons et leurs états d’âme, ne comprennent quoi que ce soit à ces horreurs, ni même à l’art d’aujourd’hui, sauf qu’il s’agit juste d’une espèce de club privé dont on peut devenir membre uniquement si on possède plus d’argent que de choses intéressantes à partager avec le reste de l’espèce humaine.
Personne n’a d’assez grosses couilles pour dire aux créateurs de ces bizarreries, qu’ils ont leur braguette intellectuelle ouverte à tous les mauvais vents, tout comme personne n’a les couilles d’aller leur dire : « Bordel. Qu’est-ce que vous pouvez bien foutre avec ça ? »

Je regrette de ne pas disposer de la concentration nécessaire pour pouvoir absorber des quantités infinies de conneries sans nom de ce genre-là…, le pire, c’est que ces « créateurs », du moins ceux qui peuvent parler en tentant (c’est héroïque) de justifier leurs œuvres alors que le public n’arrive pas à se retenir de vomir…, disent, en réponse : « Mon Dieu, dire qu’il existe encore des gens qui ne comprennent pas le génie de ma création transcendantale dont l’essence m’est venue en achetant quelques bibelots dans une brocante »…
Imaginez que vous deviez expliquer l’existence de ces engins à un extraterrestre ou à un voyageur temporel venant du Moyen Âge, qu’est-ce que vous lui diriez ? Que l’espèce humaine est devenue incapable d’avoir la moindre bonne idée ? Que ce n’est pas votre faute, mais que l’espèce humaine vous semble avoir tout épuisé ? Est-ce que vous préciseriez aussi qu’on est devenus de gros salopards fainéants qui se goinfrent de sexe en cristaux liquides et de poissons panés carrés format années 1980 ?
Il faut prendre du temps pour comprendre…, mais personnellement, je pense m’en tenir à mon appréciation de départ qui ressemble plus ou moins à : Dans l’ensemble, quels gros tas de merdes !
Notez que dans cet ensemble de stupidités, certains ont le génie de faire passer des vessies pour des lanternes, car si en général les camping-cars ne valent pas grand chose sitôt sur le marché des « occaz’s », le plus cher du monde, qui a toutefois le mérite d’avoir un design avant-gardiste signé Luigi Colani, est désormais en vente à Dubaï pour 3,1 millions de dollars. http://www.lesautomobilesextraordinaires.com/main.aspx?page=text&id=1178&cat=auto
L’eleMMent Palazzo (c’est son nom), colosse de 12 mètres de long commercialisé par la marque autrichienne Marchi Mobile, est recouvert d’une couche d’or (sic !) et inclut de nombreuses options luxueuses telles qu’un écran plat 40 pouces, un salon de cocktail escamotable, une cheminée (gag !), une grande chambre double et un système de chauffage au sol…
Cet hôtel particulier sur roues est un grand succès auprès des cheikhs arabes et magnats du pétrole : cette maison roulante ne s’auto-nettoie toutefois pas après une journée passée à traverser le désert du Moyen-Orient…, mais ce camping-car de luxe pourrait très bien satisfaire les besoins de n’importe quel grand voyageur multimillionnaire ou superstar mondiale en tournée !
Les années 2000 ont été jusqu’ici une grande époque d’hédonisme mais il me semble qu’elles puisent encore un peu trop dans les années ’80 et ’90…, en effet, ces décennies ont été profondément marquées par la drogue et la musique, altérant maintenant les noughties qui ne sont qu’un grand melting pot permettant à chacun d’imposer son propre hédonisme biaisé…, ainsi, les « late noughties » ressemblent à une nouvelle « Chute de Rome ».
L’hédonisme et la décadence sont arrivés à leur inévitable conclusion…, désormais, les gens ne boivent plus pour encourager un mode de vie romantique à la Oscar Wilde ou Jim Morrison (celui-ci est devenu de plus en plus masturbatoire)…, les gens s’amusent dans le cadre de leur propre petit groupe…, mais peut-être que je suis un peu cynique dans ma façon de vous narrer tout cela…, car lorsque j’écoute les explications que les « créateurs » me donnent de leurs « Custom-Camper » et autres « Van’s », ce sont beaucoup de mots vides de sens.
Par exemple, un loustic m’a expliqué que son œuvre s’arrêtait « à un cheveu de l’abstraction »… Qu’est-ce que cela veut dire, puisque parler d’abstraction est un abus de langage… et ce qu’il faut faire avec ce genre de travail, c’est ne pas le décrire, le limiter ?
Ce sont simplement une série de folies, peu importe la manière dont ces prétendus artistes m’expliquent comment je dois les voir…, ça restera toujours des putains de conneries…., je ne sais même plus par où commencer pour expliquer à quel point ces trucs sucent la cervelle…

J’imagine qu’il y a eu une époque de l’histoire humaine pendant laquelle il aurait été acceptable pour quelqu’un de présenter ça sous l’angle de : Hey, est-ce que ceci est de l’art ?!?!?
Mais maintenant, en 2014 ? Essayez juste d’imaginer le nombre de gens qui ont déjà réalisé des horreurs semblables pour cette même raison… et sentez ce souffle morbide de l’idée de merde parcourir votre nuque.

L’art que le profane apprécie est vulgarisé…, dans un monde où la culture visuelle est vulgarisée, où l’on tombe sur des panneaux publicitaires à chaque coin de rue, où l’esthétique est souvent grossière, tape-à-l’œil…, les subtilités de quelque chose qui relève de l’abstrait…, sont assez difficiles à transmettre.
C’est un goût qui, sans doute, s’acquiert…, l’homme a la chance de pouvoir faire des distinctions là où les distinctions méritent d’être faites… et les distinctions devraient être faites selon la tendance traditionnelle qu’ont les gens de se considérer eux-mêmes…, quoique…, je n’ai toujours aucune idée de ce que ça peut bien vouloir dire…, j’ai un putain de mal de tête…
Idéalement, je pense qu’on devrait s’arrêter de parler d’art-automobile ou plutôt : je devrais arrêter d’écrire sur ce genre d’engins…, si vous voulez aller voir ces trucs, allez-y vous-mêmes, seuls…, si vous pensez que ce style est visuellement inspiré des films Fast and Furious, très bien, mais merci…, inutile de me tenir au courant…
Ces véhicules sont longtemps apparu comme un l’équivalent d’un sport américain ésotérique dont on ne connaissait ni les règles, ni les athlètes, ni les matchs référence…, on voyait, du temps ou les Van’s fleurissaient à tous les coins de rue, parfois dans divers mag’s autos spécialisés en conneries (et j’avoue que mes magazines Chromes&Flammes ne furent pas en reste), de nouveaux records ­établis par certaines stars, qui, selon la formule consacrée, atteignaient des sommets dans le domaine.

Les prix faramineux attribués à certaines œuvres étaient aussi abstraits que les graphiques édifiants qui exprimaient le salaire des joueurs de foot en années de SMIC ou les bénéfices de certaines multinationales en PIB de pays émergents…
Ces prix étaient l’aboutissement d’une période d’euphorie du marché qui a culminé en 1985…, ensuite, les médias ont évolué et tourné le dos à ce qui n’était qu’un aveuglement collectif de gens littéralement possédés par la fièvre du custom, s’exprimant avec une fausse naïveté destinée à déstabiliser tout interlocuteur !
Divers garages profitaient de cette folie et poussaient à une sur-consommation de conneries diverses, les pires commercialisant d’antiques camionnettes de livraison, usées et pourries, hativement transformées en « Van’s » à peinturlurer ou en « Custom-Campers » en kit, à bricoler les soirs et week-ends…

Faire l’inventaire de toutes ces pratiques malhonnêtes, petits arrangements et combines qui manipulaient les prix et faisaient flamber artificiellement les valeurs, serait un travail titanesque, heureusement inutile car les 9/10ièmes ont disparu corps et biens, je me suis toutefois demandé si cette description était fidèle à la réalité et tenait la route… et j’ai questionné divers anciens spécialistes de ce marché, leur demandant ce qu’il en était…
La majorité de ses « héros » d’une époque révolue (gag !), qui se sont rangés des voitures, ont tenu à souligner la dignité capitaliste de ce qu’ils avaient fait durant presque dix ans (sic !), en m’assurant que leur activité n’était pas moins crapuleuse, opaque et corrompue que les autres marchés automobiles, surtout celui des « voitures de collection »…, m’expliquant surtout que les acteurs de ce marché, garages, carrosseries, vendeurs d’accessoires… et même les artistes en peinturlurations, savaient se montrer très créatifs dès qu’il s’agissait de défendre leurs intérêts :

« C’était un marché mondial qui drainait beaucoup d’argent, pareil que celui des hot-rods et kit-cars. Seuls les custom-campers ont survécu sous le nom de camping-cars. Un grand nombre des réalisations des années passées sont devenu des automobiles de collection. Être collectionneur aujourd’hui est devenu un lifestyle, avec des gens qu’on balade de foire en foire. Acheter et évoluer dans ce monde-là est une manière d’exposer sa propre réussite sociale et sa richesse. Ce ­marché est directement lié à l’économie. Il est descendu peu à peu dès 1985, mais il remonte depuis 2000, mais il y a eu une baisse de prix assez importante »…
Dès qu’on observe une période d’euphorie dans le monde des automobiles de collection, comme dans les années 1980, ça correspond toujours à une économie qui se porte bien…, quand les élites gagnent beaucoup d’argent, le marché se porte bien.

Il y a un moment où l’économie est devenue globale, où le capitalisme financier s’est approprié une grande partie des richesses, beaucoup d’argent a été créé, donc le marché de l’art, le marché des automobiles de collection et toutes les automobiles bizarres dans son aspiration (comprenez que c’est comme une fellation et pas comme de la philosophie)…, beaucoup de monde s’est mis à la fois à recevoir de l’argent et à acheter des conneries.
Il n’y a aucune régulation pour vérifier que les prix se forment correctement… et le marché des « choses » inutiles qui font envie qu’on les possède, reflète une forme de libéralisme absolu…

Le juste prix est ainsi naturellement déterminé par le marché ; moins on intervient, moins on régule, mieux c’est…, or les prix sont manipulés par quantités d’acteurs…, on fait croire qu’un véhicule bizarre vaut une fortune… et les gens croient que si telle ou telle vedette ont acheté un véhicule étrange à un prix stratosphérique, tous les engins du même genre vont valoir pareil…, il y a beaucoup d’argent en jeu, ce n’est donc pas étonnant.
Par exemple, en 2008, quand Boydd Coddington, un carrossier-designer en hot-rods, custom-cars et van’s exceptionnels (décédé il y a une dizaine d’année), a acheté lui-même quelques-unes de ses créations, c’était parce qu’il voulait orchestrer une vente record peu après…, il a fini par prétendre avoir vendu ses engins apocalyptiques à une ­fondation mystérieuse qui souhaitait rester anonyme…, puis on a découvert qu’il avait ­acheté les voitures lui-même, par le biais d’une holding (qu’il contrôlait) pour s’éviter une humiliation publique et maintenir la cote de ses créations…, c’est un exemple, assez grossier de manipulation des valeurs…, je pense que sur un autre marché, celui de l’art, il aurait eu des problèmes.
Il y a beaucoup de spéculation aujourd’hui…, il y a par exemple des personnes qui misent dans les ventes aux enchères pour soutenir une cote, des collectionneurs et des garages qui manipulent les acheteurs possibles, des intermédiaires ou consultants qui vendent leurs bagnoles dites « de collection » aux enchères après avoir excité la convoitise de deux clients qui se battront ensuite pour l’acquérir.
Certains vont acheter des automobiles parce qu’ils savent que la cote de tel modèle va décoller puisqu’il va être exposé dans tel musée et qu’un article dithyrambique sera publié dans divers merdias complaisants…, les différents acteurs du marché ne se battent pas avec les mêmes informations, ni les mêmes moyens, dans le haut du marché, on ne ­trouve plus que quelques collectionneurs et garages très puissants qui influencent les prix.
Tout le monde est un peu responsable de ce qui se passe, les maisons de ventes, les garages, les collectionneurs, mais ce qui est nouveau c’est le poids des stars…, la nouveauté c’est ça, ces stars avec des relais dans les merdias, qui pèsent désormais plus lourd que certains experts…
Par exemple, du temps de leur splendeur en France, avant leurs déboires fiscaux, Florent Pagny et Johnny Halliday avaient des hot-rods, des kit-cars, des automobiles de collection et des van’s et 4X4 de luxe…, ils s’amusaient avec les valeurs, achetant, vendant, entrainant quantités de gens à vendre et acheter pour faire comme eux et aux mêmes valeurs…, quand le fisc a mis fin à ce jeu de dupes, les valeurs se sont écroulées, un van ne valait plus rien, un Hummer de 100.000 euros n’en valait plus que 15.000… et encore !.
Dans cette mouvance, le marché des accessoires custom et tuning de toutes sortes qui ne fonctionnait qu’en les multipliant et en créant des objets dérivés, s’est totalement assèché…, on parle de burnout pour ceux qui s’abrutissent en travaillant trop et qui finissent par craquer…, si on créait une courbe présentant le rapport entre intelligence et ­quantité de travail on se rendrait compte que quand on travaille trop on devient plus bête.
Je pense que pour certains créatifs, ça peut aussi arriver, quand on leur met trop de pression pour produire, on les tue…, il y en a avec qui ça marche, ils produisent des trucs et des bazars qui sont en parfaite adéquation avec un marché… et ça peut fonctionner…, il y en a d’autres qu’on tue parce qu’ils ne sont pas adaptés au marché d’aujourd’hui…, là on se pose la question de la valeur artistique, un multiple a moins de valeur qu’une pièce unique !
Le fisc a été doté de moyens techniques permettant de vérifier, via des caméras embarquées ou fixes, en scannant automatiquement les plaques d’immatriculation…, si les véhicules sont en ordre avec les règlementations de plus en plus tatillones et complexes, s’ils sont assurés, s’ils correspondent avec ce qu’ils doivent être (un hot-rod avec des « papiers » d’une vieille automobile achetée à la casse par exemple, ou une voiture hyper-transformée façon tuning)…
Les douanes sont devenues plus tatillonnes, il est plus difficile aujourd’hui d’acheter ou de stocker des automobiles de collection, le contrôle est beaucoup plus strict, on cherche a établir le réel patrimoine…, les États commencent à être plus regardants sur la circulation des voitures de collection, il y a un début de régulation et l’on veille à ce que ces règles soient appliquées.

Cela écrit, les automobiles de collection sont toujours exclues de la base de calcul de l’ISF, tout comme les oeuvres-d’art… et il ­existe un marché qui ne s’en plaint pas…, au moment des crises financières, certains acquéreurs se sont dit que quitte à perdre de l’argent, autant se faire plaisir, acheter une œuvre d’art et/ou une automobile de collection… et payer moins d’ISF.
Toujours est-il que les « Van’s » et « Custom-Campers » ne sont pas des œuvres-d’art ni des automobiles de collection, quoique…, les horribles « Van’s » japonais (en photos ci-dessus), sont tellement fous, qu’on pourrait presque en faire des œuvres-d’art…
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