Steve McQueen : LE MANS… Les dessous du tournage !

« Toutes les années de gloires cinématographiques ont fait de Steve un cocaïnomane paranoïaque avec lequel j’ai eu le tort de m’engager. Robert Wise et moi l’avions sorti de la boue au moment où il vivait sans un dollar en poche et voilà que gloire et fortune acquises, auxquelles se rajoutaient la drogue et l’alcool, il se prenait pour le maître du monde ».
John Sturges

Sans ce prestigieux réalisateur/metteur en scène, il n’est pas certain que Steve McQueen serait devenu l’incarnation du cinéma américain des années 1960…
De vingt ans plus vieux que l’acteur, il fut pendant une décennie son ami, son mentor et même son père de substitution…, ils avaient tout pour se comprendre : la passion des femmes, l’amour des bolides et les blessures laissées par des enfances sans père…

John Sturges guida McQueen et lui apprit à donner le meilleur de lui-même…, plus tard il accepta de l’accompagner dans son projet désespéré de réaliser un film-reportage sur sa passion, la course automobile : « Le Mans »…,
Mais Sturges, travailleur méticuleux chez qui l’intelligence primait sur l’émotion, n’avait mesuré ni la fragilité ni le pouvoir d’autodestruction de McQueen…, son émerveillement devant le charisme de l’acteur se transforme alors assez rapidement en détestation pour les frasques de la star, usée par les excès et les drogues en tous genres…

Milieu des années ’60, Steve McQueen, alors acteur au faîte de la gloire cinématographique et par ailleurs grand amateur de motos, de voitures de sport et de courses automobiles, travaille depuis plusieurs années à un projet de film sur la Formule 1, avec son ami John Sturges (le réalisateur, entre autres, de West Side Story, des Sept mercenaires et de La Grande Evasion), qui doit s’appeler « Day of the champion ».
Mais entre-temps, en 1966 John Frankenheimer sort « Grand Prix », avec James Garner, Eva Marie Saint et Yves Montand.

Du coup, son associé d’alors au sein de « Solar Productions », la société qu’il a créée, enrichie grâce au succès de « Bullit », déclare qu’il n’a pas l’intention de produire un second film de suite sur le sport automobile.
Qu’à cela ne tienne : après avoir déjà dépensé 4 millions de dollars d’argent personnel (irrémédiablement perdus)…, dans ce projet initial, Steve McQueen repart de zéro et se tourne vers l’endurance et les 24 Heures du Mans…

Steve McQueen, en toute simplicité, s’achète alors (via sa boîte « Solar Productions »), une Porsche 908/2, version découverte de la 908 3 litres d’usine de l’année précédente, prend des cours de pilotage auprès de son pote Richie Ginther, dispute (un pied dans le plâtre) les 12 Heures de Sebring en mars 1970 en compagnie du pilote de F1 Peter Revson, course qu’ils manquent de peu de remporter, battus d’une minute à peine par un Mario Andretti au sommet de son art !
Ce jour là, bien que non professionnel et handicapé de surcroît, il est admis parmi la caste des « pilotes », avec le respect de ses pairs…

Dans la foulée, l’acteur a bien l’intention de prendre part aux 24 Heures du Mans qui suivent en juin, sur la Porsche 917 qu’il a achetée pour l’occasion, avec Jackie Stewart comme coéquipier, champion du monde de F1 en titre, rien de moins…, en même temps que les équipes de tournage filmeront la course pour les besoins du film.
Mais les assureurs ne l’entendent pas de cette oreille et le lui interdisent…, trop chère, la vedette…, mais il se murmure qu’il va quand même effectuer clandestinement un relais ou deux.

McQueen reste donc « officiellement » dans les stands pour superviser, en tant que coproducteur, les prises d’images avec les 19 caméras installées tout au long du circuit.
Pendant ce temps-là, c’est lui qui pilote la Porsche 908 (la même qu’à Sebring, mais repeinte en bleu foncé à parements blancs) régulièrement engagée dans la course (une grande première mondiale), co-pilotée par Jonathan Williams et Herbert Linge, équipée de trois grosses et lourdes caméras Arriflex 35 mm qu’ils déclenchent à leur gré…, une dans le capot avant, les deux autres à l’arrière, au dessus de la boîte de vitesses.

Lestée d’une bonne centaine de kilos supplémentaires et contrainte de revenir aux stands tous les quarts d’heure pour mettre des bobines neuves (l’autonomie dépasse à peine les 4 minutes 30), elle terminera quand même à la 9ième place mais sera déclassée pour distance insuffisante (il lui aura manqué à peine plus de 110 kilomètres)…
Elle aura malgré tout enregistré, avec ses 3 caméras, 13 heures d’images embarquées, à quoi s’ajoutent les 13 heures d’images prises du bord de piste… et les 5 heures 30 de rushes engrangées lors de l’édition de l’année précédente…, le pilote de la 908 au départ, Herbert Linge, sera même parvenu à filmer en totalité le tout premier tour de la course, de l’avant et de l’arrière, avant de s’arrêter au tour suivant pour recharger de la pellicule neuve !

Sitôt l’épreuve terminée, courue en grande partie sous une pluie battante, et remportée par une Porsche 917 (Hermann/Attwood, devant une autre 917, celle de Larrousse/Kauhsen, la 908 de Lins/Marko et deux Ferrari 512 S privées, les officielles ayant toutes abandonné, tout comme les trois Porsche Gulf bleue et orange)…, la production investit le château Lomay, du côté de Loué, ainsi que le circuit de la Sarthe pour réaliser la seconde partie du tournage qui doit durer trois mois.
Steve McQueen loue puis achète une douzaine de voitures de course (3 Porsche 917, 4 Ferrari 512S fournies par les écuries Francorchamps, Nart et Filipinetti, 3 Lola T70, 1 Chevron, 1 Corvette), à quoi s’ajoutent des voitures prêtées par Matra, Alfa Romeo et quelques autres…, soit environ 25 véhicules…, parmi lesquelles une Ford GT40 rachetée à John Wyer et transformée en spyder, qui fera office de voiture-travelling, équipée d’une caméra installée dans une tourelle derrière le pilote, manipulée par un opérateur assis à côté de lui, et d’une autre amarrée sur le côté gauche du cockpit…, le tout à 250 km/h parce que toutes les images seront tournées à vitesse réelle, sans trucage ni accélération artificielle…

Fort d’un budget confortable alloués par « Hollywood » : 6 millions de dollars, soit 5,5 milliards de francs français de l’époque…, Steve McQueen voit grand… et en plus d’un régiment de putes, il s’adjoint les services de quelques gros calibres de la compétition, la crème de la crème de l’époque…
Excusez du peu : Jean-Pierre Beltoise, Henri Pescarolo, Masten Gregory, Rob Slotemaker, Herbert Linge, Mike Parkes, Dieter Spoerry, Vic Elford, Herbert Muller, Jürgen Barth, Kurt Ahrens…, rien de moins !


Mike Parkes, Dieter Spoerry (avec ses lunettes noires), Jean-Pierre Jabouille, Gérard Larrousse, David Piper, Jonathan Williams, Steve McQueen, Derek Bell, Masten Gregory, Hughes de Fierlant, Herbert Linge et Lee Katzin, le réalisateur du film (avec le bob blanc)…


John Sturges (le réalisateur démissionnaire), Derek Bell, Steve McQueen et Richard Attwood (le vainqueur des 24 Heures quelques semaines plus tôt)…


Derek Bell (conseiller technique en chef), Brian Redman et Steve McQueen…


Richard Attwood (le vainqueur des 24 Heures quelques semaines plus tôt), Steve McQueen et Derek Bell


Joseph Siffert, ici derrière McQueen (lequel, en louant des autos au prix fort, se fera un joli petit bénéfice de 100.000 $ de l’époque, l’équivalent de 600.000 € d’aujourd’hui, lui qui devait se contenter de sandwiches et logeait à la cloche de bois pour courir en Formule1 !)…


L’Anglais David Piper en aura bien profité lui aussi en louant très cher, à Steve McQueen, sa 917 et ses deux Lola, mais il le payera bien cher par la suite (il va perdre une jambe dans un accident sur le tournage)…

Dans « Le Mans », il n’y a pratiquement aucun scénario, juste des pilotes qui se toisent et des voitures qui se dépassent : rien qu’à participer à ce « tournage » et visionner les voitures tourner en rond, on sent que ce « machin » sera d’un ennui mortel pour le grand public et même pour les intellectuels de tous bords…, mais relativement jouissif pour les masturbateurs déviants fanatiques de « Sport-Auto » qui s’amusent à reconnaître chaque voiture, chaque célébrité, et chaque variante d’un même modèle en ce compris le repositionnement d’un rétroviseur ou d’une ouïe d’aération du circuit de freinage…, mais dépenser tant d’argent pour un documentaire lénifiant, la production ne peut l’admettre !
De surcroit, il était prévisible qu’un géant d’Hollywood tel John Sturges ne pouvait mener à bien un film aussi basique, relativement crétin, dépourvu de scénario, d’histoire, de sens et d’intérêt…, lui qui aimait tant les intrigues bien ficelées…, comme l’a dit Neile Adams : « John Sturges voulait une histoire clairement établie, quand Steve poussait l’idée d’un film documentaire sur la course automobile d’au moins deux heures, sans aucun commentaire, avec comme musique les seuls bruits cacophoniques des moteurs »…

Le film est mal engagé…, pour Steve McQueen, pour qui cette affaire, est sa grande œuvre pour l’éternité… et pour John Sturges, le réalisateur en titre, qui se retrouve empêtré dans les délires de son ami devenu mégalomane…, ils se disputent sur le scénario, sur la manière de filmer, sur le manque de dialogues et sur le degré zéro archi nul de l’ensemble…, Sturges veut faire commencer le déroulement du film quelques jours avant la course et l’émailler d’une histoire glamourous made in Hollywood…, Steve, lui, veut faire débuter le film juste un quart d’heure avant le baisser du drapeau et privilégier l’aspect « report live ».
Plus personne n’est payé…, ni les pilotes, ni les figurants, ni les commerçants locaux…, révolte…, de plus, à l’époque où il tourne « Le Mans », McQueen est de plus en plus assoiffé de sexe, les groupies se succèdent dans son lit à un rythme effrayant et après deux semaines c’est partouzes sur partouzes, avec drogues à profusion…

Juste après le tournage de Bullitt, un livre underground a mis McQueen sur une liste des personnalités homosexuelles d’Hollywood…, cette rumeur l’a rendu furieux et aiguise son besoin de se montrer sexuellement puissant avec les femmes…, il est de plus en plus partouzeur ET colérique…, sa femme Neil le juge même « paranoïaque »…, sur le circuit, il feint désormais d’ignorer John Sturges, clamant à la face de celui qui fut presque un père pour lui : « Je suis un acteur, un pilote et un film maker »…
McQueen, à force de « baiser » tout ce qui bouge et est « pénétrable »…, se retrouve à bout de force…, il va jusqu’à provoquer un drame de plus.., il a emmené Louise Edlind, une de ses « amies sexuelles » flirter en roulant « à tombeau-ouvert » sur le circuit…, alors qu’il est sous l’emprise de la drogue…, il exige une fellation, n’arrive pas à ses fins, et se met à la « doigter » entre ses cuisses… et c’est l’accident…, la pôvre est maculée de sang, Steve la croit morte, mais elle n’est que choquée et ils se retrouvent à errer nuitamment « à poil » dans la campagne mancelle…

Il est de plus en plus confronté à ses problèmes de cocaïne et… de couple, sa femme Neil y allant gaiement également de son coté…, les deux « zoziaux » décident alors de laisser choir tout le monde et partent en vacances au Maroc pour se ressourcer et se retrouver (Steve McQueen, son épouse Neile Adams et leurs deux fils)…, tandis que John Sturges, lassé, rend son tablier…, tout comme son chef monteur…, quant aux scénaristes, ils sont priés de revoir leur copie pour mettre un peu de vie et d’humanité à ce documentaire rébarbatif… et l’actrice allemande Elga Andersen est recrutée d’autorité afin d’y contribuer…
De plus, pour débloquer la situation, les agents de « Cinema Center Films » réquisitionnent Lee Katzin, un modeste réalisateur de télévision, très éloigné de l’univers de la course…, mais aussi, sans doute, plus malléable…, McQueen, revenu aux affaires, lui dit : « T’as pas baisé avec le metteur en scène, t’as pas baisé avec le producteur, et t’as pas baisé avec moi. Alors comment as-tu bien pu avoir le rôle ? »…, ambiance…

Et, de coups de gueule en portes claquées (la star capricieuse s’enferme fréquemment dans sa caravane Airstream tout aluminium), McQueen accepte finalement le compromis, cahin-caha, avec l’introduction d’une histoire d’amour « Qui va bien »…
Robert Relyea, producteur associé, se souvient : « Jour après jour, semaines après semaines, nous filmions la voiture numéro 22 qui doublait la numéro 23, ou la numéro 24 qui faisait un tête-à-queue. Je fulminais sur ma chaise. Même exaspération chez les cadres de Cinema Center, de plus en plus inquiets que leurs dollars servent à financer une orgie de moteurs plutôt que le tournage d’un véritable film »…

Le tournage des scènes d’action se passe de plus en plus mal…, il y a d’abord l’incendie inopiné de la Ferrari 512S pilotée par Derek Bell, blessé aux mains et au visage, heureusement sans trop de gravité…, ensuite Steve lui-même échappe de peu à un crash à grande vitesse contre un camion venu livrer du matériel…, puis pour faire le malin, il se crashe une nuit contre un arbre en compagnie d’une journaliste, pareil que la semaine précédente avec Louise Edlind…, la journaliste dira plus tard qu’il la tripotait également entre les jambes en roulant « à fond la caisse », une habitude libidineuse…
Ensuite il se fait traiter de dingue en tenant une caméra, couché sur le bitume, en pleine trajectoire des pilotes qui arrivent à pleine vitesse…, mais il participe aussi très activement aux prises de vues au volant, notamment pris en sandwich entre Bell et Siffert qui l’obligent à prendre le virage de Maison Blanche à 250 à l’heure… (à la fin de la séquence, arrivé à la chicane Ford, McQueen descendit de voiture en tremblant, mais avec un large sourire…et a pointé Bell du doigt en disant : « Je vais m’occuper de vous tous »…)

Steve se vengera de Derek Bell en lui faisant faire un tour de manège en motocross, et en l’expédiant la tête la première dans les broussailles…, mais, peu après, il y aura le grave accident de David Piper, qui, reprenant les commandes de la Porsche 917 après déjeuner, est victime d’une crevaison lente de son pneu arrière gauche, non décelée le matin…, il ira s’exploser dans un rail, à pleine vitesse.
La 917 est totalement détruite et le pilote, éjecté, s’en sort miraculeusement…, expédié d’urgence à Londres, il y perdra quand même l’usage de sa jambe droite, amputée au dessus de la cheville, à cause d’un chirurgien en congé…, ce qui ne l’empêchera pourtant jamais de continuer à rouler obstinément au volant de ses Porsche et ses Ferrari personnelles en courses historiques…

Malgré tous ces aléas, le film est enfin bouclé, mi novembre ’70, avec deux mois de retard…, le budget initial de 6 millions, portés à 7,5 millions de dollars de l’époque a été largement dépassé, atteignant 56 millions de US$…, le montage définitif (1 heure 48) n’aura retenu qu’une infime partie de ce qui a été mis en boîte… et tout ce qu’aura réalisé initialement John Sturges pour ses scènes de course prises sur le vif lors de l’édition 1970 des 24 Heures du Mans, sera passé à la trappe, aux poubelles de l’histoire…
Le film s’est terminé dans une ambiance délétère : il n’y aura même pas de pot d’adieux pour l’équipe…, le montage est réalisé en l’absence de McQueen…, l’échec critique et financier de ce film dans lequel le visage de l’acteur est caché la plupart du temps par son masque de pilote est retentissant.

Après avoir produit un documentaire sur les courses de moto, McQueen va tenter de se ressourcer dans le cinéma, avec des performances d’acteur remarquables, que ce soit dans ses deux films avec Sam Peckinpah, dans « Papillon » de Franklin Schafner ou dans « Tom Horn », l’histoire d’un glorieux héros du Far-West dont la fin fut particulièrement sinistre.
Son mariage avec Ali McGraw, rencontrée sur le tournage de Guet-apens, ne lui rendra que brièvement un semblant d’équilibre, tant il est rongé par ses démons et leurs conséquences sur sa santé…., il tournera au total sept films après « Le Mans », avant de mourir à 50 ans d’un cancer du poumon accéléré par les excès en tous genres…., depuis, sa légende n’a cessé de grandir.

Mais « Le Mans » restera, malgré tous ces aléas, comme un morceau de bravoure à la gloire du sport automobile, jusqu’ici insurpassé :
– Pour ses scènes de crashes (des Lola, l’une déguisée en Ferrari s’envolant dans les arbres plantés dans des pots pour se coucher plus facilement…, l’autre en Porsche, celle du héros du film, qui s’explose dans les rails dans une séquence absolument hallucinante).
– Pour la magnifique musique de Michel Legrand qui la scande avec talent et sensibilité.
– Pour cette longue introduction en crescendo, sans le moindre dialogue (carrément le premier quart du film !) jusqu’à l’explosion du départ, le cœur à 180 pulsions/minute.
– Pour les clins d’œil à l’attention des amateurs, avec ces figures aussi qu’il s’est amusé à caricaturer, celles par exemple des team-managers des deux écuries rivales : Mauro Forghieri pour Ferrari, John Wyer côté Porsche Gulf…

De ce film, on a dit beaucoup de choses, principalement que ce fut un échec commercial et public…, en Europe et aux USA, oui, pour partie…, mais le public japonais l’a adoré et plébiscité.
Ce gigantesque documentaire, ce navet mythique a finalement coûté 56 millions de dollars, l’exploitation à généré miraculeusement 22 millions…, la perte a donc atteint 34 millions de US$…, sans compter les 4 millions perdus personnellement par McQueen en pré-tournage…, et un gros trois millions dépensés perso pour ses autos, ses frasques, les putes et les partouzes…, un désastre Hollywoodien !

Alors certes, Michael Delaney, le héros du film, n’a jamais remporté la course de sa vie, comme il était prévu dans le scénario…, mais Steve McQueen oui, sans aucun doute, malgré son amertume :
– D’avoir dû subir et faire subir les aléas d’un tournage impossible, à cause de sa personnalité au bord de l’enfer.
– D’avoir dû aussi accepter une baisse substantielle de son salaire et de ses droits de diffusion, ce qui l’incita à refuser d’être présent à la présentation du film à Indianapolis en juin 1971, préférant s’éclater avec sa femme Neile Adams dans leur Excalibur Séries1, dans des trips hallucinants en Californie : « C’est beaucoup plus dingue qu’une Porsche 917K »…

L’homme, épuisé par une vie chaotique et déjantée, s’est éteint en 1980 à la suite d’un long cancer, peu avant son cinquantième anniversaire…, ce jour-là, il put sans doute dire : « Je l’ai fait, malgré tout »…
Sturges parla jusqu’à la fin de sa vie avec amertume de l’enfant prodigue qu’il avait adoré mais dont il n’avait pas assez redouté le penchant pour le désordre…, Sturges avait fait de McQueen une star, mais les frasques de McQueen avaient porté un coup à la carrière de Sturges au moment où celui-ci espérait un renvoi d’ascenseur…, elle était bien loin l’époque où, évoquant Steve McQueen et Neile Adams, il célébrait leurs « deux esprits libres, aussi libres que le vent ».

Sturges vécut jusqu’à 82 ans, mais ne réalisa que quatre films après le désastre du Mans…, souffrant d’emphysème, il eut une fin de vie plutôt triste…, après sa mort en 1992, ses cendres furent dispersées au large d’Avila Beach, plage californienne proche de sa dernière résidence…, les nécrologies des journaux furent glaciales…, bien que certains de ses films soient devenus d’immenses classiques, John Sturges n’a toujours pas trouvé sa juste place au Panthéon des auteurs.
Par contre, le responsable de cette brisure…, parce que ce fut, plus que tout autre, le film de sa vie (sic !), Steve McQueen restera à jamais, plus qu’une star : un mythe… et bien plus encore : un homme, tout simplement…