Street-Rodder : Tom McMullen…


Les éditeurs de magazines pionniers ont souvent une profonde influence sur la culture populaire…
Quelques noms :
– Robert E. Petersen : « Hot Rod Magazine »…
– Henry Luce : « Time Journal »…
– Jan Wenner : « Rolling Stone »…
– Hugh Hefner : « Playboy »…
– Tom McMullen : « Street-Rodder » et « Street Chopper »… 
En finale, j’ose me placer dans la liste :
– Patrice De Bruyne : « Chromes&Flammes »…
Chacun a changé la perception de leur sujet et popularisé celui-ci (bien que l’on puisse soutenir que le sujet de Playboy était déjà très populaire).

Né à Bay City, dans le Michigan, Tom McMullen a vécu une jeunesse presque ordinaire, normale, sans incident…, sortant de l’adolescence il a rejoint la US-Marine pendant la guerre de Corée, où sa petite taille convenait parfaitement aux missions de sous-marins…, mais là aussi, pas de haut faits d’armes…, ce n’est que quand il a été libéré et a déménagé dans le sud de la Californie que les choses sont devenues intéressantes.
Après avoir obtenu son diplôme au Compton Collège, Tom McMullen a décroché un emploi chez Automotive Electronics Engineering…, ayant toujours eu un intérêt pour les voitures, il a démarré une petite activité secondaire et également acheté un roadster Hi-boy 1932, propulsé par un 283c.i. Chevy V8.

Lecteur assidu de magazines automobiles, Tom McMullen a commencé à soumettre des articles techniques à Tex Smith, rédacteur en chef de « Hot Rod Magazine », et plus tard de « Popular Hot Rodding » et « Cycle Guide »…, son incursion dans le monde des motos a incité Tom McMullen à acheter une Harley Knucklehead de 1947 à Ed Roth… et Tom l’a immédiatement transformée en Chopper… et a rejoint le club Hangmen M/C, ce qui lui a donné la possibilité de réaliser des articles sur la création et la fabrication de différents Choppers.
Puis, en 1967, une rencontre intempestive et trop rapprochée avec une camionnette a envoyé McMullen aux urgences avec des blessures graves…., mais, sans se décourager, il décide de changer de cible et lance un mix catalogue/magazine « AEE Choppers », une entreprise issue de son activité précédente dans le secteur de l’électrotechnique automobile…, pour commercialiser des « bric-à-brac ».

Ce mix catalogue/Magazine « AEE Chopper » s’est avéré un tel succès que McMullen a perçu une ouverture : peu de publications sur les « Choppers » étant proposées, il a lancé le magazine « Street Chopper » avec l’aide de Tex Smith, le premier numéro paraissant en janvier 1969…, ce qui peut démontrer qu’un bon timing est essentiel, mélangé à une forte dose de chance, un an plus tard, le film « Easy Rider » sortait sur les écrans… et l’intérêt pour les Choppers a explosé.
Les dollars coulant à flots, Tom McMullen avait alors plus de moyens qu’il n’en fallait pour acquérir diverses autos puissante, car souffrant d’un cas incurable de besoin de vitesse…, en 1964, McMullen établit le record de vitesse en catégorie A/Street Roadster à El Mirage, puis aux « NHRA Winternationals » (avec son épouse qui conduisait, rien de moins).

Son Hot-Rod va accumuler les victoires, avec un pedigree rarement égalé…., il était reconnaissable grâce à ses « audacieuses » flammes œuvre du duo Roth/McMullen… ce qui va attirer les « chercheurs d’idées et d’opportunités »…, des pochettes d’album 45T et 33T et la « UNE » du magazine « Hot Rod » d’avril 1963, vont marquer ce Roadster’32 qui va devenir le plus célèbre Hot-Rod de tous les temps.
En 1971, une décision interne d’entreprise chez Petersen Publishing (éditeur de « Hot-Rod Magazine ») va remodeler le monde des magazines automobiles aux USA…, en dépit de son succès à revigorer la scène des Hot-Rods, notamment en créant le premier « Street-Rod-Nationals » en 1970, le magazine a reçu un coup-bas de façon déconcertante en cause d’une direction à courte vue.

Tex Smith qui  jouait un rôle déterminant dans la résurgence de « Rod & Custom magazine », sous produit de « Hot-Rod Magazine », s’est retrouvé avec un chèque en bois (non couvert) de 750 $ venant de l’éditeur Tom Medley qui co-finançait le premier « Street-Rod-Nats »… et Tex Smith, en tant qu’ami de longue date avec McMullen, va lui proposer de saisir l’opportunité en couvrant ce chèque en tant que « Street Rodder Magazine »…, ce qui va couler « Rod & Custom » en 1972…,le duo devenant co-propriétaires du « Street-Rod-Nationals »…
Avec la montée en puissance de « AEE Choppers« , la nouvelle société « TRM Publications » a été créée par le duo Tom McMullen/Tex Smith et a de suite publié « Street-Rod Magazine », puis d’autres titres à succès : « Truckin », « Sport Compact Car », « Hot Bike », etc.etc…

Un divorce complexe entre McMullen et son épouse, en 1974, a eu pour conséquence que « AEE Choppers » devait être géré par son ex-épouse, alors que ce magazine avait conservé les services de « TRM Publishing »… et plus tard, d’autres changements de direction et de gestion ont encore eu lieu, notamment le vice-président Ken Yee qui est devenu copropriétaire de TRM, changeant ainsi le nom pour « McMullen-Yee-Publishing ».
Cette chronique sur Tom McMullen ne serait pas complète sans un clin d’œil à son style de vie flamboyant…., de son vivant, c’était pareil que « Wolf of Wall Street », mais dans l’édition.

Tom McMullen affichait une personnalité irascible, certains le trouvaient difficile à travailler, d’autres louaient sa loyauté, avec une dévotion pour son comportement luxueux et à la limite de tout…, il possédait et pilotait toutes sortes d’aéronefs….
– Qui d’autre aurait eu à la fois un chasseur à réaction F-86 Sabre et un avion d’entraînement militaire T-33 ?
– Qui d’autre emmènerait ses amis en jet, puis couperait leur oxygène jusqu’à ce qu’ils s’évanouissent ?

Il était fréquent que le personnel de « TRM Publishing », devenu fou, se rende à Las Vegas en Jet privé (celui de Tom), McMullen y était le maître du baccarat, il appréciait également la compagnie de chats exotiques, possédant deux grands cougars nommés Spoke and Spool qui traînaient souvent dans les bureaux de TRM, effrayant tout le monde… et il y a plus… beaucoup plus.
Brian Brennan, actuellement directeur de la rédaction de « Street Rodder », a rejoint McMullen au milieu des années 1970 en tant que journaliste spécialisé dans les petits jouets, travaillant pour SRM et « Street Chopper »…, Brian connaissait bien McMullen et partageait cette folie…, mais sous le côté sauvage de Tom, il affichait un sens des affaires surnaturel : « Ses deux plus grands attributs », a expliqué Brennan, « étaient sa capacité à prévoir les tendances et il prenait des risques sans peur »

C’est en 1980 que j’ai rencontré Tom McMullen et que nous sommes devenus amis…, il habitait un Ranch a quelques kilomètres de Los Angeles, c’était un zoo, avec quantité d’animaux dont deux éléphants et trois girafes…, pour ma part je sillonnais les USA à la recherche de sujets à articles pour alimenter Chromes&Flammes et Tom m’a dit : « Patrice, arrête de courir, on va faire un deal, je te vend tous les contenus de Street Rodder et Street Chopper du moment que c’est 4 mois après leur parution, pour 1 $ la photo, pour les textes, tu les fais traduire. Viens ce soir à mon ranch avec ton épouse »
Le soir en Californie c’est 17/18h…, arrivé sur place Tom bricolait sur un Hot-Rod jaune (qui fera la couverture de Chromes&Flammes) et sans lever la tête a grommelé qu’on aille à l’intérieur se doucher, se relaxer au Jaccuzi et boire un drink avec son épouse Deanna… qui nous a fait « Hellllooooooooo » nue dans le Jacuzzi en nous demandant si on voulait partouzer…, je ne me souviens plus de tout… sauf que le lendemain matin (6 heures c’est tard en Californie) Tom nous a proposé « un trip » en avion jusque Las-Végas ou on est resté quelques jours avant de retourner à L.A. remplir deux valises de diapositives de Hot-Rods et Choppers ainsi que de magazines…

Fin de l’année, Tom a débarqué chez nous avec deux autres valises de diapositives (je précise qu’en 1980 il n’y avait pas d’ordinateur ni de photos numériques, on « shootait à l’argentique et à la diapositive »)… et a insisté pour qu’on aille « faire » la « tournée des grands-Ducs » à Paris… et nous sommes allés au GeorgesV… où, le soir (à l’américaine) on a réveillonné à 19h…, contournant l’obligation de « mettre une cravate » en nouant celle-ci chacun sur notre bras gauche… quant au vin… c’était assez déstabilisant de voir Tom mélanger un Pétrus avec du Coca-Cola…, affirmant : « Les deux sont bons, ensemble c’est encore meilleur« … et de partir avec l’argenterie en disant : « Souvenirs, souvenirs of Paris »
Quelques mois plus tard, Tom revenait me chercher pour visiter le show d’Essen en Allemagne ou il voulait acheter une Ferrari BB Boxer kitée et comme nous y sommes allés dans ma Lamborghini, il l’a achetée en plus…

Malheureusement, les folies de milliardaire et les prises de risque sans peur de Tom McMullen ont été sa perte, en 1995, lui et sa femme Deanna ont été tués lorsque leur avion surnommé « Commandant Rockwell » s’est écrasé dans un champ dans le sud de l’Oklahoma…., il avait 59 ans.
L’influence de Tom McMullen est difficile à surestimer…, il a joué un rôle déterminant dans la promotion des Choppers et Street-rods, créant un empire de l’édition en cours de route…, il avait de l’argent, beaucoup d’argent, énormément d’argent…, il s’amusait encore plus chaque jour…, il serait difficile de trouver une légende du Hot-Rodding plus colorée et plus importante que lui.

Dans les années 1960, le Hot-Rod Roadster’32 de Tom McMullen était partout…, il est apparu sur des couvertures de magazines, sur des albums de disques… et dans diverses publicités à la télévision et au cinéma…., de plus, ce roadster courait avec enthousiasme sur des pistes autorisées et non autorisées, dans les rues, dans diverses épreuves officielles de la NHRA à Pomona et à Indy et établissait des records de vitesse sur le lac salé « El Mirage » ainsi que près des marais salants de Bonneville.
Tom McMullen était un rebelle coloré et talentueux qui avait jadis écrit des articles pour le magazine « Hot Rod » avant de lancer sa société d’électricité auto, puis créé une entreprise de catalogues de motopompes pour finalement fonder un empire de l’édition comprenant « Street Rodder » et « Street Chopper », acquérant admiration et respect !

McMullen est décédé tragiquement le 12 février 1995, dans une tempête de neige, en compagnie de son épouse Deanna, alors qu’il pilotait son avion…, l’histoire de McMullen est la quintessence de la saga « Live Fast, Die Young ».
Le roadster qui illustre cette chronique était sa signature, et il remplissait à la fois une fonction de voiture ordinaire (sic !) et une voiture de course pour McMullen…., sans jamais reculer devant un défi, McMullen a même couru illégalement dans les rues, ainsi que lors d’événements interdits aux voitures « de cinglés »… depuis El Mirage Dry Lake et Bonneville jusqu’à la rivière Rivers…, il n’aimait pas perdre, McMullen était un vrai et pur Hot-Rodder Hot Rodder…, au fil des ans, de nombreux amis ont déclaré : « Il n’y a jamais eu personne dans le monde des Hot-Rods comme Tom McMullen. Audacieux, parfois profane, imprévisible et toujours novateur, il n’a jamais été satisfait du quotidien »…, comme chaque grand Hot-Rodder, McMullen a toujours voulu aller plus vite. Et il a vécu comme ça jusqu’à la fin.

McMullen n’a pas été le seul propriétaire de ce ’32 Deuce, souvent imité, mais avec ses modifications personnelles, il en a fait une icône…, il l’a acheté à Hudson Downey, en Californie, le Rod était motorisé par un V8 small-bloc Chevy 283 CI…, mais McMullen a tout de suite jeté cette « moulinette » pour la remplacer par un V-8 CI Chevy 352 doté de six carburateurs…. et plus tard, il a ajouté un puissant compresseur GMC 4:71 avec deux carbus 4 corps…. et a ensuite établi un record à El Mirage, à 167 mi/h et 118 mi/h au quart de mille, puis plus de 138 mi/h à un demi-mille à Riverside.
On pourrait dire que le roadster de McMullen comporte tous les clichés de style et de performance « Hot-Rod », y compris de nombreuses astuces de son invention…, à son sujet Pat Ganahl, a écrit : « Quand il a reconfiguré son Hot-Rod pour lui donner la forme qui faisait briller nos yeux sur la couverture du Hot-Rod-magazine d’avril 1963, nous n’avions encore jamais rien vu de tel »

Brian Brennan, rédacteur en chef du magazine « Street Rodder », a déclaré que le « McMullen’32 » était le Hot-Rod le plus identifiable de tous les temps…, ce roadster est apparu sur les couvertures des magazines « Hot Rod », « Street Rodder » et « Popular Hot-Rodding », sur plusieurs pochettes d’albums et dans d’innombrables magazines…., McMullen l’a vendu parce qu’il savait qu’il lui faudrait repartir à zéro pour créer un roadster encore plus rapide et contemporain…
Il a proposé son emblématique « 32 » pour seulement 5000 dollars dans le numéro de janvier 1970 de « Hot Rod », un montant ridicule qui le semble encore plus aujourd’hui…, il est probable que McMullen n’a pas réfléchi à l’importance de la vente (bien qu’il l’ait ensuite qualifié : « C’est une de mes plus grosses erreurs »

La voiture est ensuite passée entre plusieurs mains, notamment Richard Lovesee, Albert Baca, puis Don Orosco et enfin Jorge Zaragoza qui a demandé à Roy Brizio (qui a produit de nombreux Hot Rods primés), de refaire complètement le Hot-Rod « classique » de McMullen’32…., qui, ayant ainsi passé de mains en mains était devenu un « Rat-Rod » avant l’heure…
Brizio et Saragosse ont donc décidé de restaurer la voiture de la même manière que sur la couverture du magazine Hot-Rod d’avril 1963 : « La tôle était pratiquement complète », a déclaré Brizio, « et nous avions toujours la suspension avant d’origine, avec le tableau de bord et les instruments, même les plaques noires californiennes, mais le châssis était endommagé, nous avons donc dû trouver un châssis original de Ford ’32 avec les trains roulants…, tout le reste a été copié à partir de photographies d’époque…, les flammes initialement appliquées par Ed ‘Big Daddy’ Roth étaient en fait différentes d’un côté à l’autre, nous avons donc numérisé les motifs, puis les avons copiés. Puis, nous avons minutieusement étudié tout ce qui concernait la voiture. Cela a été fait exactement comme il était « sur la couverture de Hot Rod. Darrell Hollenbeck a parfaitement peint la peinture noire. Darrell et Art Himsl ont planifié les flammes et ‘Rory’ a fait le striping. Nous avons eu quelques travaux d’Ed Roth sur le tableau de bord original, nous avons donc numérisé le tout pour que la restauration se déroule exactement de la même manière »

Alors que la restauration touchait à sa fin, en 2007 la Ford Motor Company a commandité la recherche des plus emblématiques Ford 32 de tous les temps pour célébrer le 75e anniversaire de la naissance de la Ford 1932.
Plus de 450 nominés importants ont été ramenés à 75 finalistes par un jury d’experts…, les lauréats ont participé à un grand spectacle au Grand National Roadster Show à Pomona, en Californie, en janvier 2007…, lors de la « semaine Deuce » du Petersen Automotive Museum en février 2007…, au Los Angeles Roadster Show en juin 2007… et au Concours d’élégance de Pebble Beach cet été-là…. et, comme il se doit, le Tom McMullen Roadster a été nommé l’un des 75 plus extraordinaire Ford’32 de tous les temps… ensuite il a remporté la troisième place au Concours d’Elégance 2007, à Pebble Beach…. ou les totalisations de points se sont soldées par une quasi-égalité de 100 points entre les voitures « Tom McMullen », « Walker Morrison » et « Lloyd Bakan ».

Estimation pour la vente aux enchères « Mecum Auction » qui s’est déroulée du 3 au 13 janvier 2019 : 1 million de dollars… Les enchères n’ont pas dépassé 700.000 US$…
https://www.mecum.com/auctions/kissimmee-2019/lots/featured/
https://www.mecum.com/auctions/kissimmee-2019/live/