SVP, faites-moi jouir gratis sans les mains…

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Vendre une Fiat 850 Racer rouge et une Corvette Sting Ray jaune à deux cons dans un bar à putes, qui voudraient les échanger contre une Rolls-Royce Silver Shadow pourave…, c’est glauque…
Osez me suivre dans cette Nième descente dans l’enfer de la connerie inhumaine…, la foire à la ferraille !
On n’arrête pas le temps, c’est le temps qui nous arrête…, c’est pareil pour les arrêtes de poissons…
Je me souviens d’un type qui m’a dit un jour : « Moquettez-vous de moi si vous voulez, mais pas sur ma carpette« …
Je vais vous faire rire en vous racontant ce qui m’est arrivé un après midi.

J’étais inconfortablement installé avec mon Blacky, c’est un bon toutou, un clebs de concours…, il vous a de ces yeux intelligents…, remarquez qu’il peut, avec son pedigree : pur Cocker Spaniel black, croisé Einstein, polyglotte et bien élevé.
Sonnez abois, la queue en faucheuse…, je me suis dégoté là un fameux limier.
Évidemment, un phénomène pareil, ça intimide, voire ça se vouvoie…, mais que d’économies.
Question flair, ça y va…, y a qu’à discutailler avec une rombière et son Jules pour voir…, il grogne et démêle ça ventre à terre et truffe au vent…, avec lui je dors sans crainte, bonnes gens, Blacky veille.

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Donc, je me trouvais dans un show-à-la-con-de vieilles-bagnoles-de-collection, genre Retro mobile pour pas le citer… ma foi en l’homme est inaltérable, si vous voulez rire vous aussi, allez donc vous asseoir dans un stand ou s’exposent des bagnoles de collection… et vous verrez…
Les touristes y pullulent : des Japs blêmes, des Scandinaves trop blonds, des Teutons trop gras, dont les femelles portent des culottes de cheval consécutives aux excès de lard fumé.
Un ramassis de glandus, nantis d’oripeaux hideux et parfois de chapeaux ridicules, coltinant un matériel photo qui achève de les enconner.
La horde habituelle…, on entend presque rissoler leur graisse comme du lard dans une poêle surchauffée.
Moi, ça me prend encore par crises…, j’en ai tellement vécu que parfois j’ai encore besoin de me gaver du spectacle affligeant des ignobles…

Je les regarde déambuler, doctes, graves, contents d’eux, de leurs jupes ou de leurs cravates neuves…, blasés de leur beauté, ivres de leur esprit…, se regardant, se faisant voir ; s’étudiant, s’observant, se proposant, se marchandant avec de l’apothéose dans le calcif et une lumière de vitrail sur la frime.
Vaillants comme des croisés (et même comme des Mau-Mau croisés) ; espèces de conquérants, subjugués par leur personne ; ennoblis par leurs pédantisme !
C’est fou ce qu’on peut toucher comme gonziers impossibles en cours d’existence !
La loi des séries dépareillées…, tronches fumelardes…, z’yeux torves…, bouches verticales en fente de tirelire !
Des êtres que tu te demandes ce qu’ils foutent sur cette planète déjà trop exiguë ; à quoi ils peuvent servir en dehors de faire chier le prochain, d’incommoder par des expressions et des malodorances.

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Au premier regard, tu les situes obscurément dangereux…, prêts à des loucheries sans nom…, ingentils de naissance et sales cons à l’extrême.
Dieu commet des erreurs, et les hasards génétiques perpètrent d’indicibles nuisances.
Ah ! les nombrils ! Que dis-je : les trous ! Car ce sont des cavités en marche ! Des lambeaux de rien ! Les pets du néant !
À leur approche, je me sens organique, merveilleusement précaire et putrescible.
Ça me réconforte de me sentir de les voir discuter de bagnoles à-la-con !
Ça me console de disparaître un jour !
Je me regrette moins en mesurant combien je suis peu de chose…, de grand cœur, je lègue mon azote, mon glucose, mon calcium à mon H2O à l’univers superbe et triomphant, en espérant qu’il les transformera, ne serait-ce qu’en roses pompons, en pâquerettes ou en pois de senteur !

Je suis allé me perdre dans une discutaille sans fond avec le gars qui m’avait baratiné la veille…, il disait être interessé par la Corvette jaune que j’exposais à coté de ma flamboyante Fiat 850… qu’il disait avoir déjà vue dans un autre show de voitures de collection…, et il voulait que je lui reprenne une Cadillac Eldorado.
J’ai pas voulu…., il m’a retéléphoné et m’a dit avoir vendu sa Cadillac quelques minutes avant de me re-téléphoner, donc qu’il pouvait m’acheter ma Corvette cash…
Il est venu avec un copain, un sosie de Benoit Poelvoorde…, ils ont décortiqué la Corvette, ils ont bavé dessus mais n’ont rien trouvé à redire…
Deux heures de discussion…, en finale ils voulaient acheter la Corvette jaune ET ma Fiat 850 Racer rouge qui se trouvait exposée à ses cotés !
Ils ont commencé par m’offrir 20.000 euros pour les deux alors que le prix des deux était de 47.000 euros…, ça débutait mal…, ils discutaient comme des ploucs désargentés…, on sent lorsque des gens n’ont pas les moyens…, mais bon, je me suis dit « On ne sait jamais, ils ont peut-être réussi un hold-up ou gagné à la loterie » !

On a discuté encore une heure…, comme argument, ils m’ont dit qu’ils avaient vu sur Internet une autre Corvette, un cabriolet 1972 pour 20.000 euros, en Suisse….
La Suisse ne fait pas partie de la Communauté Européenne…, il faut dédouaner au retour, et payer 10% plus la TVA, soit plus d’un tiers de la valeur, plus débuter les formalités d’homologation…, sans compter les frais de transport…; ça sentait le pipeau, la connerie…, je leur ai dit « Allez en Suisse, bonne idée. J’aime bien la Suisse, surtout les Swissesses, je suisse en Swisse assez souvent« …
Ils me barbaient, mais les prix ont évolué de part et d’autre…, il était temps que ça évolue…, en finale on est arrivé à 40.000 euros pour les deux, et, après avoir marqué leur accord, ils ont proposé 40.000 et c’est retombé a 33.500 euros…

Paf, sans raison…, son copain et lui m’ont ensuite invité à finir la discussion dans un claque…, « Chez Lulu » !
Un petit charognard est venu vient ouvrir, rien que ça indiquait qu’il ne fallait pas y mettre un pied.
Au bar il y avait une vieille pute sur le retour qui attendait le pigeon… et dans les fauteuils rouges il y en avait quelques autres qui se sont mises à nous reluquer comme si nous transportions des sac d’or de Fort-Knox !
C’était glauque, c’était un vrai bordel, quelques clients attardés buvaient des cocktails ou du faux champagne tandis qu’au centre du lieu une nanana se tortillait sur une piste de « Dancing-table » en attente que quelques pigeons lui donnent des billets…, pas vraiment le genre d’endroit idéal pour finaliser une affaire de bagnoles !

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Une dame est arrivée me saluer, le genre de personne sur le retour qui s’habille chez Cartier pour essayer de cacher les méfaits de l’âge.
Elle avait trois tours de perlouzes sur le goitre, un clip qui représentait un concours de pêche au saumon, tout en diamants de la bonne année ; deux suspensions avec éclairage indirect aux étiquettes ; des bracelets importés directement du Creusot et une dizaine de bagues qui n’étaient pas en ciment armé véritable et qui la faisaient scintiller comme l’autoroute de l’Ouest au soir d’un lundi de Pâques.
Cette déesse avait une taille comme un rond de serviette ; des flotteurs comme on n’en voit qu’en Cinémascope et un valseur monté sur amortisseurs à bain d’huile à flanquer une crise d’antiquaire !

Laisser un petit lot pareil en circulation était d’une rare témérité pour le business !
Elle avait autant de hanche qu’une jument berrichonne, avec un quintal de roploplos sur le devant, complètement livrés à eux-mêmes.
Elle a essayé de me faire du charme, de me vamper : pour cela, elle veillait à ce que le haut de son corsage bâille comme un crocodile occupé à lire un roman de Mauriac.
Et ce que j’ai découvert alors entre les pans entrouverts de son peignoir aurait fait reculer un bataillon de légionnaires ivres.
Histoire de lui faire comprendre que j’étais réfractaire à ses charmes, je lui ai dit : « Avant toute chose, fermez ce peignoir, chère madame, ou bien vos machicoulis vont s’écrouler sur le parquet »…, sa prothèse buccale sembla alors animée d’une frénésie.

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Quelques secondes plus tard, j’ai bénéficié d’une diversion : vla-t’y pas que mon client revient en hurlant qu’il ne voulait plus payer que 25.000 euros, puis il est parti faire du gringue à une pute blondasse harnachée de cuir qui jouait avec un fouet sur un vieux sofa rouge…
Son copain, tout mêlé avec une pute aux cheveux noirs corbeaux, me baratinait pour faire diversion, mais est re-monté à 33.500 euros, ce qui ne m’intéressait pas.
J’ai dit OK pour 40.000 euros, ou rien, je perds mon temps…, lui, le sexe à l’air libre était occupé à sucer les chaussures de la pute blondasse harnachée en Maîtresse sado-masochiste…
Pitingggg !
Finalement, il s’est levé, a planté la pute sur le sofa rouge, est revenu de son flirt, et on a tapé dans la main comme des chevilleurs pour 40.000 euros !

Sur ce, mon client est reparti avec la pute et ils sont descendus ensemble aux toilettes en se tenant les fesses…, ça devenait scato, les histoires caca et pipi c’est grââââve…
J’en avais ras-le-bol…, j’ai demandé à son copain de finaliser par un acompte… et… rien, nada, du vent…; ils n’avaient qu’un billet de 50 euros…, même pas assez pour payer les consommations !
Ils espéraient me voir payer les putes, les extras et les boissons…
Mon client s’est alors enfoncé en ronronnant dans les pans du peignoir de la dame jument berrichonne dont l’énorme cul a glissé de son fauteuil.
Sa nouvelle posture était celle d’un pont transbordeur, elle râlochait en postillonnant de la bouche et du castor…, yeux révulsés comme ceux des femmes qu’on exorcise dans les films d’épouvante…, une scène puissante et tellement inattendue…, cette femme blaouffant pis qu’un évier débouché à l’acide chlorhydrique…, de quoi prendre peur !

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Je me suis levé, je leur ai dit de m’oublier, d’oublier la Corvette et la Fiat et d’aller au diable…, puis je suis parti en claquant la porte.
Comme je longeais le couloir, j’ai croisé un monsieur et une dame qui venaient de gravir quelques marches de l’escalier accédant au septième ciel.
Lui, énorme, sanguin, gêné, soufflant déjà à l’escadrin !
Elle, assez élégante avec des snow-boots, un manteau de fourrure en lapin véritable et un diadème en Celluloïd dans les cheveux; le bon genre, quoi… du maintien dans le soutien-gorge…, des bonnes manières dans l’intimité…, du bleu au-dessus des yeux, du mauve au-dessous du nez…, un sac de perles…, un cache-nez de deux mètres sur le dos et un trottoir de quinze mètres en bas de la rue…

Alors après cela, je suis rentré vers 20 heures, j’étais parti à 14 heures…, 6 heures de conneries !
Ce qu’il y a de tartignole dans l’existence, voyez-vous, bande-de-ce-que-je-me-pense, c’est son côté inexorable…, elle est jalonnée d’échéances maussades qui ne vous effraient pas trop lorsqu’on écrit « accepté » sur la traite, mais qui arrivent à expiration à une vitesse résultant d’un carburant solide.
Qu’il s’agisse des effets concernant votre machine à souder les macaronis ou d’une crémaillère chez des voisins éloignés, une date prévue vous fonce toujours dessus et les matins M des jours J sont là, sardoniques, qui se paient votre fiole.

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Deux semaines plus tard un des deux loustic est reviendou me voir…avec une Rolls Silver Shadow pourave de partouze, une série spéciale sûrement, et il prétendait qu’elle était vraiment comme neuve : « une petite merveille »…
Il m’a proposé d’échanger ma Fiat 850 Racer rouge contre cette Chose…
Elle n’était pas laubée, sa tire…, le gonze qui l’avait moulée ne devait pas avoir emporté de regrets car on pouvait estimer qu’elle avait terminé sa brillante carrière, la Rolls-Royce !
Durant ses années d’existence, elle en avait becqueté de la distance, la pauvrette.
Quinze fois on avait dû lui changer son train de chaussons… et les soupapes avaient dû être tellement rodées qu’il n’en restait plus !
Pourtant, quand j’ai eu actionné douze fois le démarreur, elle a toussé comme un pouilleux quand son catarrhe le travaille.

J’ai vérifié le réservoir de tisane, il ne restait presque plus d’essence…, depuis que ce char d’assaut se trouvait en congé de maladie, la sauce qui pouvait y subsister s’était évaporée.
J’étais, selon lui, le seul humain habilité à examiner sa bagnole antédiluvienne… et je la trouvais fossilisée d’autant que sa carrosserie ressemblait à un sous-marin qu’on venait de sortir de la merde du nord après 50 ans dans la vase…
Le regard du loustic était de la même eau, semblable à deux aigues-marines, ses lèvres à la cicatrice d’appendicite d’un fakir… et ses oreilles à des feuilles de pivoine tombées de la tige maternelle.
Il paraissait tellement triste de trainailler sa ferraille qu’on avait envie de le secourir.

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Il faisait un temps à ne pas mettre un huissier dehors.
De la flotte, de la flotte et toujours de la flotte, avec des rafales de vent qui vous plaquaient sur la bouille des feuilles mortes toutes visqueuses…
Je commençais (enfin) à regretter la Côte d’Azur d’où je revenais, pas que je sois farouchement porté sur le mimosa, mais je trouvais vraiment que c’était infumable.
Le gars qui s’occupait des grandes eaux, là-haut, faisait les choses comme il faut…, mon imper me collait au lard, et je commençais à éternuer, ce qui était mauvais signe.
J’ai eu bon cœur, je l’ai invité à partager un repas dans un bistro local…

On nous a servi un pâté maison façon briquette d’aggloméré, puis un civet de lapin, et j’ai compris, en examinant les os de la bestiole, que la pauvre bête avait mangé plus de souris que de foin dans sa vie.
Mais, vous l’avez deviné, j’ai un estomac d’autruche… et je peux vous avouer qu’un jour, à Cuba, j’ai dû manger des épluchures d’oranges pour me sustenter.
Il n’empêche que je déteste me taper des résidus de poubelles.
J’ai noté l’adresse de la gargote en me promettant de la refiler à divers collectionneurs de tutures-poubelles-de-collection.
La seule chose possible dans cet établissement à la flan, ce fut le café filtre.
Je m’en suis expédié deux, coup sur coup, dans l’œsophage, car je sentais que j’allais en avoir rudement besoin dans un proche avenir.

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Il m’a raconté sa vie…, il était maqué avec une dame très bien : marchande de journaux de son état, s’il vous plaît…, un métier qui lui avait fait grosse impression, bien que salissant, because il n’y a rien de plus dégueulasse qu’un canard !
Il a continué son roman de vie en m’avouant qu’il avait connu une dame qui portait sa fortune dans son appareil à désosser les côtelettes, sous la forme d’un râtelier complet, en 18 carats véritable…, lorsqu’elle avait du mal à finir le mois, elle engageait son damier chez sa tante.
C’est ce que j’appelle un cercle terriblement vicelard…, parce que j’ai su de sa bouche empâtée qu’enfin cette honorable marchande de calamités mettait ses dents au Mont-de-piété pour pouvoir bouffer ; ce qui est un comble.., quand elle avait ses ratiches bidon, elle n’avait pas d’artiche pour grailler… et quand l’engagement de ses croqueuses lui permettait d’acheter du bœuf gros sel, elle ne pouvait plus avaler que du yaourt et de la purée mousseline !

La vie, quoi !
C’est pour ça qu’il faut en rire, les gars ! Ce serait tellement balluche d’en pleurer !
Le cul, c’est comme un rêve, parfois…, on a le cul fortuit des rencontres, mais on a également l’autre, celui qu’on convoite et dont on se souvient : le cul de nostalgie, paré de tous les charmes, de toutes les grâces…, le cul qui t’accompagne jusqu’aux limites du sommeil et qui t’attend à ton réveil pour t’apporter, dès l’aube, des sortilèges d’alcôve.
Le cul obsédant : le cul violoncelle qui te joue sa merveilleuse musique dans l’âme, à bout portant !
Il a ajouté que quand elle dormait elle lui faisait penser à un énorme veau marin affalé dans la lumière, pour qui soulever une paupière constituait un exercice exténuant…

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Je me suis surpris à bâiller.
Après quoi, j’ai prétexté devoir me rendre aux toilettes pour me défiler avec mon Blacky… et c’est le loustic qui a du régler la note… sûrement à contrecœur.
Je ne l’ai plus jamais vu… il parait qu’il est mort d’indigestion une heure plus tard…
Je pourrais vous raconter des aventures comme cela sans cesse, des histoires de cons dans les foires de vieilles bagnoles, pitinggggggg !