Sympathy for the (Panther) deVille…

C’est le titre pastiche repris de Sympathy for the Devil, une chanson des Rolling Stones, écrite et interprétée par Mick Jagger et parue sur l’album Beggars Banquet le 6 décembre 1968.

Au départ appelée Devil is my name, cette chanson est une allusion au diable dont le chanteur revêt directement le costume en mentionnant notamment le Christ, le tsar Nicolas II de Russie, sa fille Anastasia Nikolaïevna de Russie ainsi que la famille Kennedy.
Contrairement à des chansons comme Midnight Rambler…, Monkey Man ou l’album Their Satanic Majesties Request où les allusions au diable sont plus implicites, celles de Sympathy for the Devil sont exprimées plus directement…, la chanson a été inspirée par Le Maître et Marguerite, un roman de l’écrivain soviétique Mikhaïl Boulgakov.

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À l’époque de la sortie de Beggars Banquet, les Rolling Stones avaient déjà fait s’hérisser quelques poils dans les milieux conservateurs pour certaines paroles à caractère sexuel dans les titres Let’s Spend the Night Together et pour avoir prétendument joué avec le satanisme (leur précédent album, bien que ne contenant aucune référence explicite à Satan, s’intitulait Their Satanic Majesties Request)… et ces inquiétudes ont été par la suite renforcées avec Sympathy for the Devil, déclenchant un certain nombre de rumeurs dans les médias et la crainte de certains milieux religieux à propos d’une soi-disant dévotion voire d’un culte de la part des Stones pour le diable… et auraient ainsi une mauvaise influence sur la jeunesse.

Cependant le sujet principal des paroles concerne surtout les atrocités réalisées par les hommes au cours de l’Histoire, incluant notamment les guerres de religion en Europe (I watched with glee while your kings and queens fought for ten decades for the Gods they made ; j’ai vu avec une grande joie vos rois et vos reines se battre durant dix décennies pour la gloire de Dieux façonnés par eux)…, la violence de la Révolution russe de 1917 et le massacre en 1918 de la famille Romanov (I stuck around St. Petersburg when I saw it was a time for a change, killed the Tsar and his ministers, Anastasia screamed in vain ; Je suis resté dans les parages de St Petersbourg quand j’ai vu qu’il était temps que tout cela change, j’ai tué le tsar et ses conseillers, Anastasia cria en vain)… et la Seconde Guerre mondiale (I rode a tank, held a general’s rank when the Blitzkrieg raged and the bodies stank ; Je conduisais un char, arborant le grade de général quand la Blitzkrieg faisait rage et les corps empestaient)…
Les paroles font également référence à l’assassinat de John F. Kennedy et de son frère Robert Kennedy…, les Stones enregistraient le titre lorsque ce dernier fut tué et les paroles de la chanson furent alors modifiées, passant de « Who killed Kennedy? » à « Who killed the Kennedys? ».

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La chanson a sans doute échappée à de plus féroces critiques lorsque le premier titre de l’album, Street Fighting Man sortit, devenant une source de controverses encore plus amères dans le contexte d’alors des émeutes de masse et les ratonnades anti-Noirs, ainsi que celui des révoltes estudiantines de 1968 dans de nombreuses villes des Etats-Unis.
Quoi de mieux qu’un tel titre pour une automobile extraordinairement excentrique destinée à des gens résolument ostentatoires ? Telle est la question qui a fusé lors d’une discussion assez snob, que j’ai eu à subir dernièrement, concernant un acteur sous-estimé qui est probablement mieux connu pour sa consommation d’alcool… et est devenu une légende vivante dans le milieu des occasions manquées !

Oliver Reed, c’est de lui dont il s’agit, s’est également distingué pour divers feuilletons TV en début des années ’90 sur Channel 4, dont l’inimitable After Dark…, ou, dans un épisode ciblant la libération des femmes, l’acteur respecté jusque-là comme un féministe-académique assez branché en « Sexual Politics », a basculé Kate Millett dans un canapé en hurlant : « Laisse-moi embrasser tes gros seins »…
L’automobile extraordinairement excentrique pour des gens résolument ostentatoires, me visait en premier lieu, car j’ai vu défiler une demi-douzaine de Panther deVille : 4 Sedans (4 portes), 1 Coupé et 1 Cabriolet (2 portes)…, mais visait également Oliver Reed, Johnny Halliday, Trévor Howard, le Roi Faycall d’Arabie Saoudite, le dictateur Idi Amin Dada… et divers autres déjantés ne disposant pas tous, en sus d’un solide compte en banque…, d’un esprit subtil et d’une capacité à rire d’eux-mêmes et des autres…
J’ai été témoin que les pop stars et les potentats du monde entier, en ce compris les Tycoons d’affaires assez louches, se bousculaient pour acheter la Panther deVille dès son lancement en ’74, jusqu’à sa fin sans gloire mi 1985…, Robert Jankel en réalisant deux par mois : soixante-deux ont été construites, y compris sept Cabriolets à deux portes et un coupé (équipé curieusement d’un 6 cylindres en ligne 4L2 Jaguar)…

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Cette néo-classique, véritable non-sens esthétique, paradigme du Bling-bling durant les trois dernières décenies du siècle dernier (particulièrement les années ’80), coûtait £ 58.250 en version « standard » : Sedan (4 portes), équipée d’un moteur Jaguar V12 de 5L3 allié pour le meilleur et le pire à une boîte automatique…, c’était £ 22.000 de plus qu’une Rolls Royce Shadow II, qui revendiquait (à tort), à cette époque, le titre de « la plus chère voiture du monde »
Depuis, beaucoup d’eau à coulé sous les ponts, fussent-ils d’or…, l’inflation (et l’esprit assez vénal de ces constructeurs) ayant poussé le prix de ce type d’automobiles à quadrupler en 10 ans !

Toutefois, après un peu plus de 35 ans, les Panther deVille d’occasion ne valent pas plus qu’à leur création en 1974…, tandis que les Rolls Royce Shadow II Sedan ne valent plus que £ 10.000 (£ 25.000 en version Cabriolet)…, alors que les Rolls Phantom actuelles en version 2 portes Cabriolet, même en s’affichant à 465.000 €uros, sont, depuis quelques années, battues par des Ferrari, Pagani Zonda et autres Bugatti Veyron qui, pour cette dernière, se prostitue lourdement à plus d’1.800.000 €uros plus taxes, divers et options…, tandis que Lamborghini avec une Aventador décapitée qui n’a pas coûté très cher à fabriquer (pas plus de 80.000 €uros tout compris), vient de s’aventurer pour pire à un pneu plus de 2.250.000 €uros !
A ce genre d’argent vite gagné en prenant les gens pour des cons (le mot est faible)…, dans cette gamme d’autosatisfaction assez écœurante…, à ces niveaux de mépris de la condition humaine…, vous pensez qu’un certain niveau d’ébriété est souhaitable pour maîtriser ses pulsions…, mais vous faites fausse route…

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Quoiqu’il en soit, tout comme la quasi totalité des marques de prestige de par le monde, la marque Panther a finalement terminé sa course dans le décor d’une faillite, puis a été récupérée « à-la-casse » par un milliardaire des bords du Pacifique, spécialisé dans l’aluminium, qui a inondé le monde d’ersatz nommés Panther Kallista, engins simplistes réalisés au format des Morgan…
Robert Jankell, grand créateur de la marque, maître d’œuvre des Panther J72 et deVille, mais aussi d’une quantité ahurissante de bizarreries étranges et invraisemblables (Panther Six, Panther Solo, Panther-Ferrari), après s’être reconverti dans la modification de Rolls-Royce, est décédé… ce qui est, par-ailleurs, le sort qui nous attend toutes et tous…

Toutes les automobiles extraordinaires de cette période, façon « néo-classiques », ont disparu mi des années ’80, sitôt la période Rock’N’Roll et Punk se terminant…, ce qui est apparu comme un moment de soulagement fascinant, particulièrement à cause de la crise qui engendrait la semaine de trois jours en Grande-Bretagne…

Peu avant, le milliardaire Coréen, incapable de réaliser des Panther deVille et J72 avec le même niveau de finition que celles sorties de l’atelier de Byfleet propriété de Bob Jankell, a jeté le gant et la Kallista (qui signifie « La plus belle », en Grec), a été suprimée en 1992 de la chaine de fabrication, au seul profit de la Ssangyong Korando…

Les très riches, étaient rassasiés des voitures de luxe « classiques » qui avaient défini les années ’50 et…, début des années ’60, se sont extasiés devant l’Excalibur SI Roadster de Brook Stevens, présentée en première mondiale au show automobile de New-York…, cet engin assez rustique (c’est un euphémisme) est ensuite devenu comme un étalon à la mode qu’il fallait posséder…
La folie était telle qu’en 1966, Johnny Halliday a carrément échangé sa Lamborghini Miura contre une Excalibur SI Roadster…, la même année, James Coburn (très connu pour sa machoire à la dentition étincelante), a donné un léger frisson de machisme en utilisant l’Excalibur SI Roadster dans l’un de ses films « Derek Flint, espion frauduleux ».

En sus de cette notoriété Hollywoodiène (Steve McQueen a également possédé une Excalibur SI Roadster), le prix élevé de ces engins hors normes, d’une certaine manière, faisait partie de l’attraction !
C’est d’abord Zagato qui a copié l’idée en recréant en 1967 la fameuse Alfa-Romeo 1750 des années ’30…, puis c’est Robert Jankel qui s’est lançé dans l’aventure en créant la Panther J72, inspirée jusqu’à la dérision caricaturale de la Jaguar SS100 des années ’30…

La Panther deVille est sortie deux ans plus tard, en 1974, elle puisait ses formes dans l’intérêt croissant d’un certain public vers les flamboyances d’avant-guerre, les phares de proportions massives et les calandres de radiateur si typiques.
Aux USA, c’est Alain Clénet qui va faire évoluer le style « néo-classique » mais il va être submergé, après sa Clénet Roadster 1, par une quantité astronomique d’engins aléatoires, carrément « pompés » sur son idée assez basique d’utiliser une cellule d’habitacle de MG-Midget, affublée d’un long capot ou tronait la calandre d’une Lincoln Town-Car qui « offrait » son châssis allongé et sa mécanique V8…

Dans cet univers de gredins et d’opportunistes en quète d’argent facile, il est difficile d’argumenter que la Panther deVille n’était pas bien construite…
Toutes les « répliques » néo-classiques étaient en polyester, avec le capot en tôle ou en alu, alors que les Panther étaient entièrement réalisées en aluminium, martelé et façonné par les meilleurs ouvriers tôliers débauchés chez Aston-Martin…, tout était construit à la main à l’usine Panther à Byfleet, sur base de composants mécaniques Jaguar.

Pour la Panther J72, tout comme pour la Panther deVille, c’était un moteur Jaguar (soit 6cyl en ligne 4L2, soit V12 5L3) avec sa boîte (automatique ou manuelle), qui étaient montés dans un châssis spécifique à chaque modèle, réalisé par un fabriquant de Hot-Rod (Geoff Jaego…, qui est l’artisan-constructeur de mon Hot-Rod C’Cab Novel’T).
Les premières J72 étaient équipées d’un train avant rigide et d’une suspension de Jaguar MKII, les suivantes étaient équipées des trains roulants de la Jaguar XJ6…

Pour la Panther de Ville, rien que du Jaguar XJ12, moteur, boîte, trains roulants…(quelques exemplaires seront toutefois équipés de mécaniques 6cyl en ligne).
La cellule centrale était extrapolée de la BMC Austin-Morris 1800 Maxi…, mais les portes étaient copiées en aluminium, parce que les premières deVille avaient une découpe bi-ton inspirée de la Bugatti Royale Napoléon… formée dans l’aluminium même…

Les toutes dernières Sedan 4 portes, ont perdu ce détail de finition, en réutilisant (pour diminuer le coût de fabrication), la ligne de caisse horizontale des BMC Austin-Morris 1800 Maxi, tandis que les Cabriolets et le Coupé utilisaient la cellule arrière et les portes du Coupé XJ-C.
La plupart des Panther deVille étaient équipées de jantes à rayons chromés, mais les premières devaient se contenter des jantes Jaguar XJ-12 sur lesquelles étaient fixées des enjoliveurs « pleins »…, les vitres électriques et l’air conditionné étaient standard, bien sûr.

Le Daily Mirror a rapporté qu’Oliver Reed, lors de la Journée du Nouvel An 1980…, vêtu de son plus beau costume d’Al Capone et affichant une gueule de bois monumentale derrière ses lunettes noires, a dit à un journaliste de ce tabloïd : « Je me promets toujours de ne pas boire trop quand je la conduis ma Panther deVille. Mais pour en avoir le courage, je dois boire quelques verres d’alcool »…

Curieusement, il n’a jamais été arrêté pour abus d’alcool au volant dans toute sa vie… et n’a jamais accidenté sa Panther deVille.
La voiture d’Oliver Reed a été achevée en couleur or sur brun et disposait de quelques accessoires particuliers : un pistolet en dessous de la banquette arrière, une glacière dans le coffre et…, Reed avait fait graver son numéro de Commission de l’Armée lors de son service national dans les années ’50…, sur le faux bouchon de radiateur.
Oliver Reed a été l’une des rares stars internationales britanniques à ne pas avoir quitté le Royaume-Uni pour des raisons fiscales mi des années ’70…, quand un ami vint un jour à Broome Hall, dans son manoir décrépit du Surrey, dans une nouvelle Panther deVille bleue (celle qui illustre cet article), Oliver Reed, furieux de ne plus être seul à posséder une Panther deVille, a essayé d’uriner sur la calandre.

Oliver Reed était un homme très intelligent lorsqu’il était à jeun, mais il devenait une sorte d’écolier adulte, spécialisé dans le déploiement de tactiques de choc et de fonctions corporelles extrêmes lorsqu’il était saoul…, il a donc, après avoir uriné sur la Calandre de la Panther deVille bleue, vomi sur les chaussures de Steve McQueen qui en était le passager…, Reed s’est ensuite fatigué de sa deVille après un couple d’années et l’a vendu, avec environ 7.000 miles au compteur, à Ian Grange un vendeur de voitures qui sévissait à Manchester. « Oliver Reed vivait dans une grande maison de maître qui était prête à s’effondrer », se souvient Ian Grange, « mais c’était un gars gentil, il a été facile de traiter avec lui et il n’a pas été pisser ou quoi que ce soit devant moi. Des années plus tard je suis tombé sur lui dans un magasin de poissons à Blackpool et il se souvenait de moi. Il m’a renseigné sur la Panther deVille bleue du comte de Gloucester avec qui était venu Steve McQueen pour un projet de film. La voiture avait eu un seul propriétaire depuis lors : Hogan John »…, c’est dans ces conditions que j’ai acquis la Panther deVille bleue en juillet 1999…

Je me souviens qu’à mon retour à son volant, sur la route je ne passais pas inaperçu…, tout le monde se retournait et les réactions étaient positives, même si je suppose que certains vivaient encore l’impact de la crise d’alors…, par la suite, la prolifération des terribles voitures en kit de style années’30 (des noms dont je ne veux pas souiller mon texte avec elles)…, ont abimé durablement l’image des Panther et des Excalibur…
La valeur des Panther deVille a remonté peu à peu grâce à Glenn Close qui pilotait une Sedan modifiée en Coupé dans le film « Les 101 Dalmatiens »..., Robin Asquith a, de son coté, montré ses fesses sur le siège arrière d’une Panther deVille dans un de ses films « Graveleuses confessions »…

Qu’on l’aime ou qu’on la déteste, la Panther deVille saisit parfaitement l’excès d’un certain type de fromage pré-thatchérien des années ’70…, une période de l’automobile que la plupart d’entre nous ne pouvait qu’entrevoir en feuilletant des magazines automobiles ou dans des publications glamour voire sexe…, ou s’affichaient les stars à paillettes, comme Penthouse et Mayfair !
Quoi de mieux qu’une Panther deVille comme accessoire pour mettre en valeur une beauté nue ?

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