Dans nos sociétés, le sexe représente bel et bien un second système de différenciation tout à fait indépendant de l’argent… et il se comporte de manière tout aussi impitoyable.
Les effets de ces deux systèmes sont d’ailleurs strictement équivalents.

Certains font l’amour tous les jours, d’autres cinq ou six fois dans leur vie, ou jamais.
Tout comme le libéralisme économique sans frein… et pour des raisons analogues, le libéralisme sexuel produit des phénomènes de paupérisation absolue.
Certains font l’amour avec des dizaines de femmes, d’autres avec aucune.
C’est ce qu’on appelle la « loi du marché ». 
En système économique parfaitement libéral, certains accumulent des fortunes considérables, d’autres croupissent dans le chômage et la misère.
En système sexuel parfaitement libéral, certains ont une vie érotique variée et excitante d’autres sont réduits à la masturbation et à la solitude.
Le libéralisme économique, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société.
Le libéralisme sexuel, c’est exactement pareil !
Certains gagnent sur les deux tableaux, d’autres perdent sur les deux.
Les entreprises se disputent certains jeunes diplômés, les femmes se disputent certains hommes, les hommes se disputent certaines femmes…, le trouble et l’agitation sont considérables.
Une nuit se terminait à Benidorm, les derniers fêtards rentraient au bercail, leurs corps fatigués, leurs visages marqués et sans expression.
Seuls ou par grappes, ils traversaient la ville comme des errants, se dirigeant « on ne sait où » à l’appel du sommeil réparateur.
Qui n’a pas vécu quelques jours à Benidorm ne peut comprendre !
On ne choisit pas cette destination pour le repos mais pour les plaisirs qu’on peut y trouver.
Benidorm est un feu d’artifice pour les sens.
La vue est bien sûr la mieux servie…, de jour comme de nuit, le spectacle vaut le détour.
Les corps sont conjugués à tous les temps du bronzage, fins ou râblés, ils offrent l’échantillonnage complet de l’inhumanité en phase de séduction accélérée.
Chacun/chacune y va de ses atouts : naturel ou sophistiqué, rien n’est mis de côté !
Tatouages et piercings agrémentent oreilles, tétons, muscles saillants.
Cheveux courts, ras, longs, bouclés ou gominés soulignent des visages aux regards foudroyants…
On devine que toutes et tous attendent de tout essayer, se toisant, se matant et comparant.
Le feu couve…
Difficile de rester de marbre, les tétons et clitoris  pointent, les pénis ont du mal à contenir une érection, obligeant prudes et refoulés à rester couchés sur le ventre.
Le premier jour sur la plage m’a fait monter la pression. 
Derrière mes lunettes-miroir, couché sur le ventre (sic !), j’observais, je restais calme.
Lecture, bronzette, baignade, j’étais en feu, excité.
J’avais beau retourner mon livre dans tous les sens, ce n’était écrit nulle part, sinon j’aurais su à quoi m’attendre.
Aucune contre indication sur la notice d’utilisation…, j’aurais dû me méfier.
Édition « J’ai lu », collection Comédie, une écrivaine anglaise qui en est à son coup d’essai, c’est l’histoire d’une jeune merdeuse en plein devenir, une yuppie existentielle…
La barre est mise haut, ça pue le Bridget ou sa resucée…, tentative d’être calife à la place du calife ou pétasse à la place de la pétasse.
J’aurais dû me méfier de Tyne O’Connell qui raconte les déboires d’une jeune avocate pleine de talents et de charmes…, de gros seins et de complexes catholiques, mais pas trop.

Oui…., parce qu’elle fait des descriptions d’une précision chirurgicale où taille, prix et surtout marque ont leur importance.
Belle, brillante, avocate au devenir radieux puisque ayant déjà compris que la finalité de tout est le pognon à dépenser en tailleurs Dolce Gabanna et petites robes rouges Versace.
Les grandes angoisses de l’héroïne sont d’arriver à gagner assez d’argent comme avocate commise d’office pour s’offrir des lunettes Agnes B.
Parfois, aussi, elle angoisse du clitoris et de l’utérus quand elle pense à son ancien mec qui l’a trompée alors que elle : pas… et que du coup ça fait deux ans qu’elle se consacre à sa carrière (elle se branle, j’imagine)… et que tous les mecs sont des salauds qu’il faut châtrer.
Mais ses seins se gonflent et pointent parfois quand elle croise un costume Armani !
Non, ne pleurez pas, la collection des clichés pour pétasses rêveuses cherchant à s’échapper de leurs désillusions, conseillées par les pages cultures de Marie-Machin…, y est complète.
Elle vit une vie pleine et décidée, faite de Kick Boxing (la version « alive and kicking » du « fat burning »), sorte de yoga féminin aux exigences duquel toutes se doivent de se plier…
C’est désolant…
 
Toutes avec des truc plus moulants qu’une capote trop tendue sur une tige comme une boite de Vim !
Dans un bruit tonitruant étouffant la moindre velléité de tentative de communication ou de développement neuronal, elles sautillent sur des « et 1… et 2… et 3… et 4″…, à faire plonger Véronique et Davina, il y a des années de cela, dans une baignoire d’acide sulfurique !,
Donc…, la jeune avocate héroïne du roman que je lisais d’ennui sur la plage de Bénidorm…, rêve de succès nuls et tellement télévisuels malgré ses angoisses de fin de mois dépensées en fringues inutiles mais tellement cruciales pour son bien-être, qu’elle vit sa vie de façon pleine en collectionnant les endroits yuppies ou sortir… et les copines lesbiennes à la recherche de sperme…
Merde, je crois que même dans « Les feux de l’amour » on est capable de plus d’inventivité.
La seule originalité du roman se situe dans le style étonnant de Tyne O’Connell, qui arrive à placer toutes les marques des fringues existantes… : « Camilla, dans son tailleur Christian Lacroix, disait que blabla »… « Elle se demandait si son Tailleur Dolce Gabanna irait bien pour le tribunal »… « C’est du Paul Smith, dit-il, reconnaissant un goût sûr »…
Le pire, c’est que je n’invente rien ! 

« Ayant fini de s’essuyer avec du Scottex triple épaisseur, Karina prit la bouteille D’airWick lavande et en vaporisa au-dessus des toilettes Villeroy et Boch. Après s’être lavée les mains avec un Pousse-Mousse pomme-canelle, elle s’aspergea de Channel nr 5 et rentra son chemisier Scapa dans sa jupe Xandres »…
Plus à son aise dans les pages modes d’un magazine de merdeuses en devenir, jetant la solution d’une vie terne à une flopée d’ovaires déprimés par leur manque de ressemblance avec leurs héroïnes de magazines, Tyne O’Connell a réalisé son rêve : faire un roman ne reprenant que des marques ! 
Paul Smith, Lancome, Agnes B., Versace, Gucci…, j’en passe…, j’avoue que j’ai oublié une grande partie des boutiques chics de Bond Street, passe temps passionnant de personnes ayant enfin réussi à donner un sens vrai à leur vie.
La fin se termine en apothéose de glucose, avec une incompréhension du quiproquo, une collecte de sperme pour les copines en manque d’enfants et ses fiançailles après un dénouement encore plus sirupeux qu’un Walt Disney.

Un livre, ça s’adresse à un public… et il y a sûrement un public qui apprécie ce genre de choses.
J’avoue que j’ai trouvé le livre sexuellement intéressant, d’autant qu’il peut servir de dictionnaire des marques…
J’imagine qu’il y a même des gens qui ont dû trouver ce livre drôle, pertinent, intéressant.
D’imaginer que les rêves de certains ou certaines rejoignent des préoccupations d’une telle platitude, que des gens arrivent à s’identifier à tant de matérialisme à la petite semaine…, je ne suis pas certain qu’Aragon eut écrit que la femme est l’avenir de l’homme (je n’ai jamais compris ce qu’il voulait dire par là), s’il était tombé sur Tyne O’Connell.
Je pensais aussi que Helen Fielding était le summum de l’humour pétasse merdeuse…, j’avais tort. 
Après ce livre, je n’avais plus qu’une envie : jouir…
Avec une tenue ad’hoc (Tee-shirt blanc sur bermuda idem… et rien au-dessous)…, je me suis installé en terrasse d’un bar sympa pour trouver mon bonheur…, sirotant un Mojito bien glacé.
Quelques beaux spécimens de l’humanité s’y toisaient, timidement. 

Je ne vous dis pas si ça me branchait !
Vingt minutes de « tâtes » et « pelotages » dans ma tête, j’ai soudain manqué défaillir tandis que je sentais mon sexe devenir turgescent…
Bien foutu, le mec était viril et tout et tout… et son engin était extraordinaire…, je bandais dur…, des choses très cochonnes emplissaient mon esprit…, le résultat était là, ça m’excitait !
Et me voilà à genoux devant son engin royal.
Hors norme et bien proportionné.
Eh bien, oui, là, à genoux devant cet engin, j’en crevais d’envie…
Je savais que cette histoire allait finir par une enculade, mais je ne rêvais que d’une chose : la prendre en main.
Les engins virils, moi, ça me branche…, ça me fait faire des folies…
Je me suis relevé, ébloui… et je ne sais pourquoi j’ai dit au mec : « Pas besoin de mettre la capote, il fait trop chaud ! »… 
C’était léger, mais efficace.

Il était tout excité par l’arrivée du voyeur car il a démarré au quart de tour.
Un type s’est approché…, le mec, en pleine exhibition lui a dit : « Regarde mais ne touche pas »…
C’était parti…, en rythme !
Le type a avancé sa main et…
Je n’allais tout de même pas me refuser ça !
Il a compris que j’étais sensible.
Il s’est laissé aller d’un coup sec…, m’arrachant des râles qui ont ameuté tout alentours.
Nous étions cernés par les voyeurs, obligés de subir durant près de trente minutes intenses.
Autour, ça branlait, ça jouissait et ça se tripotait !
Dès qu’il a vu une ouverture, il n’a pu s’empêcher de balancer toute la purée !
Je ne pouvais résister plus longtemps !
C’était trop bon…
Je lui ai dit qu’en rouge elle était superbe, que j’avais la même en gris anthracite….

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