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Dans les grandes largeurs de l’ennui, s’égarer dans les abîmes du rien…
Las Vegas est une ville gigantesque mais profondément vide, une sorte d’immense panneau d’affichage situé au beau milieu d’un désert abandonné de Dieu il y a bien longtemps.
Lorsque vous voyagez là-bas, vous permettez à une industrie de subsister en tirant profit de l’addiction et du désespoir des individus…, pour les gens qui ne jouent pas (c’est à dire les touristes beaufs), Las Vegas est le lieu parfait pour fêter la fin de son célibat ou tout simplement pour décompresser en buvant des vodkas Red Bull à 18 dollars le verre…, de manière générale, personne ne s’y rend seul…, c’est assez logique, car un voyage en solitaire dans la capitale du vice est une expérience particulièrement morose.
Comme vous vous en doutez, je me suis quand même mis en tête de le faire… et j’ai bien failli y laisser ma santé mentale…, j’avais prévu d’assister à un salon érotique couplé à une concentration concentrationnaire de Tuning…, ce qui était un très mauvais choix de ma part…, une fois sur place, j’ai pris la mesure de l’ampleur de ma tâche : j’allais passer trois jours dans cette ville de dingues…, je savais que mes journées allaient être interminables.

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À mon arrivée, une forte odeur de transpiration, d’alcool et de liquide séminal semblait envahir toute la ville…, alors que je me promenais le long de la rue principale, je me retrouvé aux prises avec une foule d’ivrognes que je n’avais absolument pas envie de croiser…, errer dans une ville si faussement festive me rendait triste mais aussi méprisant envers tous ces alcooliques débiles…, j’ai même croisé un couple du Midwest qui se disputait, tous deux portaient des cravates assorties sur lesquelles on pouvait lire « mari » et « femme »…, j’imagine qu’ils allaient divorcer dans quelques heures.
Un groupe de jeunes femmes en robes incroyablement courtes hurlaient dans la rue tout en se déplaçant avec le plus grand mal, perchées sur leurs talons hauts…, plus loin, j’ai croisé des vendeurs à la sauvette qui ne parlaient pas un mot d’anglais et qui arboraient fièrement des t-shirts « Donneur d’orgasmes ».., tous s’employaient agressivement à faire la promotion d’agences d’Escort-girls…, tout autour de moi, des couples s’embrassaient joyeusement…, je me suis alors mis à photographier les illuminations, ce qui était à peu près la seule chose à faire…

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Malgré toute cette débauche, les enfants étaient omniprésents, trimballés dans leur poussette par des parents exemplaires (sic !) qui sirotaient tranquillement des daïquiris à minuit…, je me souviens d’une époque où les parents qui emmenaient leurs enfants à Las Vegas étaient considérés comme irresponsables…, j’ai réalisé qu’elle était révolue en voyant une petite fille de cinq ans boire un frappuccino sur les coups de minuit.
Sans surprise, il y avait plein de machines à sous différentes, ce qui semblait impliquer que certaines avaient plus de potentiel que d’autres…, évidemment, ce n’était absolument pas le cas…, chacune de mes tentatives de décrocher le jackpot s’est soldée d’un échec complet…, les autres visiteurs jouaient constamment sur la même machine, comme si cela ne les intéressait pas de parier sur une chose qu’ils ne connaissaient pas…, de la même manière, ils faisaient toujours leurs courses dans le même magasin, fréquentaient le même club de striptease et s’agglutinaient au McDonald’s tous les jours…

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Après avoir marché une heure sans aucun but, je me suis offert un restaurant, un buffet, plus précisément, j’ai avalé de la nourriture comme un ogre tout en observant un couple de personnes âgées qui se restauraient rapidement pour pouvoir retourner parier…, en moyenne, j’ai prononcé une vingtaine de mots par jour lors de mon séjour à Vegas !
Vous vous êtes peut-être déjà dit un jour que vous étiez complètement seul et que vous étiez déprimé…, c’était difficile à vivre…, mais avez-vous déjà vécu ce moment où vous avez dépensé 30 dollars pour pouvoir vous retrouver tout seul à manger du crabe dans votre chambre, simplement pour éviter les conversations de mecs bourrés dans le restaurant de votre hôtel ?

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Las Vegas est-elle vraiment la ville du vice ?
Avez-vous déjà mis 5 dollars dans une machine à sous « Sex and the City » pour faire une blague dont vous seriez le seul témoin ?
Vous êtes vous déjà admiré dans un miroir alors que vous étiez bourré dans une ville étrangère pour finalement regarder la télé et manger des chips aux crevettes ?
Si la réponse est non, vous ne connaissez encore rien à Las Vegas…

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J’ai fait une halte dans le musée du sexe de la sin-city…, entre les mannequins façon musée Grévin décatis et l’accumulation d’objets absurdes…
Las Vegas…, huit lettres en néons qui font rêver…, c’est bidon…, pas du tout branchée comme New York, plus popu que Los Angeles, beaucoup moins intello que San Francisco, la ville est pourrie de partout, mais reste un symbole que Hollywood a mythifié, avec « Casino », « Ocean’s Eleven », « Las Vegas Parano », « Leaving Las Vegas », « Very Bad Trip », sans oublier le mythique « Showgirls », de Paul Verhoeven (un de mes nanards chouchous)…

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Quand on arrive à l’aéroport, sous le fameux « Welcome to Las Vegas », les mots « Sin-city » (ville du pêché) clignotent…, mais si l’avarice (à travers le jeu), l’envie (de gagner), la gourmandise (welcome les odeurs de friture dans tous les casinos)… et la paresse (on en reparlera…) sont bien présents dans la ville, qu’en est-il de la luxure, du sexe, de l’érotisme, de la chose ?
Sous 37°2 degrés (le matin bien sûr)…, Las Vegas n’est pas là pour cultiver les gens, mais bien pour les divertir…, de tout, sauf des machines à sous.

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Le Venetian et le Bellagio, deux beaux hôtels-casinos, abritent de superbes galeries d’art, mais ce n’est pas vers ces musées que mes premiers pas se dirigent, mais bien vers l’Erotic Heritage Museum, à quelques blocs du Strip, sur Industrial Road…
Cette avenue est un cliché américain à elle toute seule : on y trouve des clubs de « gentlemen » : le Can-Can, le Crazy Horse II, etc… des chaînes de burgers, et une grande armurerie, où des familles entières débarquent pour tester les nouvelles mitraillettes et s’acheter des t-shirts « Guns don’t kill people, moms with daughters do ! »…, compris ?

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Situé dans un immense hangar, l’Erotic Heritage Museum expose, à l’extérieur, des affiches pornos seventies…, ma passion…, jusqu’ici, tout va bien…, sauf que comme déjà dit, des parents y viennent avec leurs enfants…, en poussettes…, je râle ouvertement, mais tout le monde s’en f…
Une fois passée la caisse, je rentre dans une grande pièce, et sursaute…, sur le seuil, deux mannequins, façon musée Grévin mais décrépis, représentant des vieux messieurs exhibitionnistes qui ouvrent leurs imperméables, montrent leurs sexes en plastique et font : « Welcome to the erotic heritage museum »… avec des voix de robots…, creepy…, je repasse plusieurs fois devant eux, juste pour actionner les mécanismes des impers, qui font « couic-couic »..., le problème si s’en est un, c’est que les gosses font la même chose…, c’est si drôle !

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Les mots « liberté d’expression » et « premier amendement » sont présents partout dans le musée, tandisque tout un mur, le « Wall of Shame », se moque des hommes politiques ou représentants de l’Église, impliqués dans des affaires sexuelles :
« J’ai remarqué que ceux qui passaient leur temps à censurer ou à réprimer la sexualité des autres, souffraient presque toujours d’un comportement sexuellement déviant »…,
déclame  une sorte de guide en introduction de ce mur de la honte…

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Cette première grande pièce est moins crado que ses hôtes…, ses murs sont couverts de vieilles enseignes, très belles, de Vegas et d’ailleurs, en néons : « Live nude girls », « Topless girls »…, un grand néon, parmi d’autres, me fait sourire : « Jesus loves you »…, il n’est pas là par hasard…, le musée souhaite clairement faire passer des messages politiques…, dans la pièce suivante, on peut lire la biographie d’Harry Mohney, co-fondateur du musée, qui a d’abord été distributeur de films pornos dans les années soixante… et à ce titre plusieurs fois arrêté par le FBI…, puis créateur des clubs de strip « Déjà Vu » .
Au rez-de-chaussée, de grandes pancartes mettent en avant d’autres figures de la liberté d’expression sexuelle : Larry Flint, sa chaise roulante dorée est même exposée…, Hugh Hefner, Ted Mc Ivenna, etc…

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Où sont les femmes…, les Annie Sprinkle, Wendy Mc Ellroy, Betty Dodson, ou Candida Royalle, féministes pro-sexe qui ont largement fait avancer le débat, dès le début des années 80 ?
Absentes au bataillon…, dommage…, l’intérêt sociologique du musée s’arrête là : les centaines de mètres carrés suivants accumulent absurdement images, objets et films sans queue ni tête, si j’ose dire : un vieux schéma façon cours de biologie du système de reproduction masculin, une vitrine poussiéreuse accumulant des anciennes figurines érotiques chinoises accompagnées de cartels jaunis par le temps, et, trônant, fière, au milieu de la pièce, une énorme bite faite en pièces de monnaie…, l’œuvre s’appelle « Penny Penis »…
Sur une étagère, des moulages de pénis en érection de porn stars…, celui de Ron Jeremy, de Rocco Siffredi, et… celui de James Dean a été volé !
Une admiratrice ? Un admirateur ? Un couple ? Mystère…

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Je commence à fatiguer devant le méli-mélo de nimp, mais un autre étage m’attend…, une vitrine vante les mérites du Chicken Ranch Brothel…, un bordel fameux du Nevada, à Parhump, qui propose un menu sexuel très frenchie : « hot french oil massage », « frappe french », « body french »…, mais rien sur les conditions juridiques et sociales des prostituées de ces bordels…, de la pure publicité, de la réclame, même : « Allez-y, vous pourrez dire que vous êtes allé dans le meilleur petit bordel de l’Ouest »…, bon, ça a marché, j’y suis allé.
À côté, une autre pub, cette fois-ci pour les clubs de strip « Déjà vu », avec ce drôle de slogan, qui me laisse perplexe : « Come see… 1000’s of beautiful girls, and 3 ugly ones »…, toujours à l’étage, le musée des horreurs continue, avec des anciennes cabines de peep shows et d’autres mannequins affreux…, je reste scotché devant un mannequin en particulier…, il a son sexe dans un glory hole, mais alors qu’il est blanc, son sexe, lui est noir.

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Question de budget ?
J’imagine la scène.
– Les gars, on nous a chouré la bite à James Dean ET la bite à Roger.
– Roger ?
– Oui, le mannequin du glory-hole.
– Ah ben on n’a plus de godes blancs en stock. On n’a qu’à en mettre un noir. C’est sombre, on n’y verra que du feu…

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Dans une section gay (uniquement masculine, rien concernant les lesbiennes), ils diffusent une vidéo dégueu d’un mec qui s’est fait gonfler (je ne sais pas comment) les testicules…, les pauvres coucougnettes font la taille de deux gros melons nourris aux OGM…, je commence à avoir la nausée…, il est temps d’y aller : « L’endroit est aussi privatisable pour les mariages », me dit la jeune femme à l’accueil, merci, j’ai d’autres plans.
A côté du musée, se trouve évidemment le love shop « Déjà vu »…, c’est, comme les clubs de strip, une chaîne, liée à Hustler…, la boutique de Vegas, la plus grande des Etats-Unis, est située dans un immense hangar, avec tous les objets présents dans les love shops occidentaux…, à quelques nuances près : il y a un grand rayon de DVD’s, alors qu’en Europe, ceux-ci ont pratiquement disparus des boutiques… et deux grands rayons pour bachelorettes et bachelors : oreilles de lapines roses pour les filles, slips bleus avec bites en peluche qui dépassent pour les garçons (les DVD’s discount sont des films au kilo, vendus par pack de 5 heures de pratiques exotiques ultra vulgaires, que vous espérez vraiment avoir bien caché quand viennent à dîner vos amis du Rotary club…, parce que c’est du 100 % sodos au ras des couilles et des pipes juteuses, c’est la traduction de la poésie du résumé proposé par une des jaquettes)…

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À la sortie du magasin, il y a encore un mannequin dégueu de papy exhib…, mais j’ai beau passer plein de fois devant lui, celui-ci ne bouge pas…, déçu, je m’en vais, laissant derrière moi les néons, pour le désert de la Death Valley…, au programme de mon road trip : un motel poussiéreux mais charmant, un bordel, et un club de strip : Sailor et Lula, en moins violent.
Un conseil pour ceux qui, aussi tarés que moi, veulent passer une semaine à Vegas : échappez-vous, deux jours, hors de la ville…, c’est essentiel, pour ne pas devenir fous au milieu du bruit des machines à sous, de l’air conditionné des casinos, et des hordes de familles en shorts…, des hélicoptères proposent de vous emmener au Grand Canyon, mais vous pouvez aussi tout simplement louer une voiture et aller dans la Death Valley, à 2h30 de Las Vegas…, une route quasi déserte, un parc naturel aride et splendide, aux couleurs chatoyantes et changeantes…, un road trip à faire avec en fond sonore : de l’opéra…, c’est d’ailleurs dans un motel accolé à un petit opéra, où je m’arrête pour la nuit : l’Amargosa Opera House, balayé par la poussière, victime de récents torrents de boues, il est abîmé, vieux, mais aussi fantomatique et magique…, l’escapade me donne envie de faire des burn-out sur le sol craquelé du désert avec ma bagnole : « In the Death Valley we’re alive », comme aurait pu chanter Iggy…

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Une pause « pu-pute » s’impose…, je suis aux States : liberté d’expression, premier amendement, je vous le rappelle…, direction donc le Chicken Ranch, un bordel à une heure de route…, à Las Vegas, plus grande ville hôtelière du monde (120.000 chambres), les flyers et magazines de petites annonces d’escorts, qui proposent de venir « directement dans votre chambre d’hôtel », fleurissent sur le Strip, mais la prostitution est officiellement et hypocritement illégale…, cependant, le Nevada est le seul état des Etats-Unis où la prostitution est autorisée (hormis à Las Vegas, donc, et dans trois autres comtés).
L’État accueille une vingtaine de bordels, où les filles sont déclarées auprès du shérif, où il y a des visites médicales mensuelles… et où les gérants reversent des taxes aux comtés…, le modèle est très critiqué par les sex-workers américains qui se battent pour la dépénalisation de la prostitution…, comme l’explique l’enquête détaillée de la revue « Sociological Perspective » (un vieil article datant de 2001), les prostituées gagnent en légalité, mais perdent en liberté…, elles dépendent totalement du gérant du bordel, et ont aussi souvent un mac, à l’extérieur.

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Par ailleurs le fait de « s’enregistrer » légalement favorise des mesures discriminatoires…, ainsi, dans certains comtés, les femmes n’ont pas le droit de quitter le bordel après 17h, ou encore n’ont pas le droit de posséder de voiture !…, d’autres juridictions leur ordonnent de quitter le comté lorsqu’elles arrêtent de travailler…, on est très loin du paradis décriminalisé…, la clientèle est bien sûr quasiment exclusivement masculine.
En novembre 2005, Heidi Fleiss, la « Madame Claude d’Hollywood », a bien annoncé qu’elle allait créer un bordel avec uniquement des prostitués hommes, dédié aux clientes…, mais elle a abandonné ses plans en 2009… et elle est partie en rehab.

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De l’extérieur, c’est la petite maison dans la prairie : couleurs pastels, peintures de cowboys, de cowgirls, et de filles de cabaret période western, petits animaux en bois, c’est choupinou à souhait…, mais je n’en verrai pas plus : à l’entrée je me fais remballer par la mère maquerelle, une soixantenaire très peu avenante, qui refuse d’accueillir un journaliste en l’absence du boss…, c’est assez logique.
Le Chicken Ranch, le bordel dont le musée de Vegas faisait la pub, est sur une route quasi déserte…, un immense panneau indique : « Voted #1 Nevada brothel of the year »…, on se demande bien qui a voté, et sur quel site ?
Un TripAdvisor spécial bordels ?

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Deuxième tentative : juste à côté, le Sheri’s ranch…, il est moins neuf que le Chicken Ranch, moins clinquant, mais cette fois-ci une femme du même âge m’accueille avec le sourire : « Je vais demander à une fille de vous faire la visite guidée« …, me dit-elle…, c’est Pretty, une jolie fille dans la vingtaine, mini-short, mini-t-shirt, mini-fesses, et gros seins refaits, qui fait la guide…, au pas de charge…, elle parle hyper vite, avec son accent de l’Ohio et sa voix enrouée…
Dans le lobby, elle me montre les photos des différentes « chambres » des filles…, plusieurs fantasmes à la carte : teacher, nurse, pom-pom girl…, il y a aussi un menu sexuel plus détaillé, le même que celui du bordel voisin…, je lui demande s’il n’y a que des hommes et des couples qui viennent, ou si des femmes seules viennent également : « Ça arrive »…, répond-elle…, « mais c’est rare »…, ensuite, lors de la visite, elle n’arrêtera pas de me lancer des clins d’œil, mais des clins d’œil bizarres…, sa paupière gauche descend puis remonte, mais elle ne cligne pas vraiment de l’œil…, comme une poupée que l’on allonge, mais à moitié cassée.

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Elle me fait rentrer dans la salle de bains avec grande baignoire, où des bulles sortent du plafond… et dans la salle des « bad boys », une salle BDSM avec chaînes, cages, fauteuils d’arçon, etc., où trône une barre de pole dance…, je lui demande si elle sait faire de la pole : « Pas vraiment, je ne suis là que depuis un mois »…
Elle a surement cherché sur Google « best brothel in Nevada » et est tombée sur celui-ci…, quand elle dit avec un grand sourire « I love it here ! »…, j’essaie de sonder son regard…, mais c’est difficile : elle a l’air légèrement défoncée.

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La visite terminée, nous allons au bar, plongé dans la pénombre et les effluves de tabac…, quatre filles, assises autour d’une table haute, jouent avec leur smartphone en attendant qu’on les appelle dans leurs « chambres »…, une vieille serveuse pas aimable me sert à boire…
Accoudé, un client, dans la cinquantaine, entouré de deux filles qui m’envoient des baisers et me lancent des regards désespérés…, quelques secondes plus tard, la gentille mère maquerelle vient me voir : elle est nouvelle, elle vient d’avoir son boss au téléphone… et normalement elle n’a pas du tout le droit de faire visiter le lieu à la presse, sans l’autorisation de sa direction…, elle me demande de consommer une fille en plus de la boisson…, ou de partir…, j’ai, dans la bouche, un goût amer… et ce n’est pas seulement à cause de la Budweiser.

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De retour à Vegas, après deux jours à écumer les antiquaires de Downtown, à boire des cocktails merveilleux au Frankie’s Tiki Room, et à me baigner dans la grande piscine de l’hôtel, je reprends l’enquête, direction un club de « gentlemen », mais ne vous attendez pas à voir un défilé d’hommes chics en costumes et nœuds paps…, c’est plus « shorts et tongs »…, la tenue non correcte exigée…, je choisis d’aller au Spearmint Rhino, car un couple franco-américain, croisé dans l’avion, me l’a recommandé.
À l’entrée, petite douche froide…, c’est 44 dollars…, homme ou femme…, journaliste ou pas…, je leur fais mon plus beau sourire et leur dis, faux-cul, qu’ils vont avoir un super article dans un super web-site français…, un videur me répond : « On ne veut pas d’article. Vous savez, on n’est pas en Europe ou au Japon. Ici, le sexe n’est pas socialement accepté. Il doit rester caché »…, ou traité façon « lol », ai-je envie de rajouter, repensant au musée et au love shop visités il y a quelques jours…, mais ce n’est pas l’endroit pour entamer un débat sociologique…, finalement, après avoir sorti les billets verts, je rentre, l’ambiance est tendue (double-sens)…, ils regardent mon carnet de note comme si j’avais une arme à la main…, or un panneau indique clairement : « Weapons not allowed ».

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Au bar, pour me détendre, je commande un verre de mauvais alcool…, mais une fille du club, vient près de moi, ouvre ma braguette avec une dextérité stupéfiante, sort mes bijoux de famille et se met à me gratter les coucougnettes avec ses faux ongles…, je la regarde d’un ait nonchalant, comme si tout cela était naturel…, elle croise mon regard de tueuse, et me dit « waouww » lorsque j’érectionne…
Quand on s’assied sur/dans les fauteuils, une seconde jolie fille vient tout de suite s’asseoir sur un accoudoir, caressant d’une main mon dos, de l’autre me masturbe…, je profite tant que c’est gratuit…, tout est une question de rapidité…, pro elle le sent et je me retrouve tout con avec le braquemard comme la tour Eiffel de Las Vegas… et quand elle comprend que je ne vais pas payer une bouteille 500 dollars, ni un lap dance…, elle s’en va…

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Une autre tentera sa chance, puis elles doivent se passer le mot, car ensuite elles vont me regarder débander en souriant…, ce n’est pas le cas des clients autour de moi…, il y a pratiquement une fille par client…, c’est la baston pour aller les voir quand ils s’attablent…, toutes jeunes, minces, et siliconées, c’est un défilé de clones en strings…, des Américains, des Français, des Asiatiques discutent, avachis…, payent des verres, ou des lap dances…, certains se branlent…
Contrairement aux lap dances vus en France, ici les hommes ont le droit de toucher… et ils ne s’en privent pas…, j’ai devant moi une démonstration de sexe paresseux…, les hommes n’ont pas besoin de se saper, ils n’ont pas besoin d’avoir de la conversation, ils n’ont même pas besoin de se lever de leur fauteuil pour aller séduire une femme au bar…, comme au drive-in, tout vient à eux sans qu’ils aient besoin de bouger de leur siège : alcool, nichons, fesses, branlettes payantes et rires forcés.

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Je me tourne vers la grande scène, au centre du club à la lumière tamisée…, heureusement, un superbe show de pole dance, à la fois acrobatique et sexy, d’une fille musclée et fière, vient sauver la soirée… et à une heure du matin, à la sortie je meurs de faim… et comment faire quand on est affamé à cette heure-ci à Vegas ?
Aller au sein d’une pyramide égyptienne grandeur nature, manger une part de pizza, bien sûr…, ça paraît évident…, au cœur du Luxor, le complexe égyptien, donc, je dévore un junk food en admirant les statues de Toutankhamon en stuc… et une grande affiche de spectacle qui représente des soixantenaires hilares…, c’est le « best show of Vegas », apparemment…, ça s’appelle : « Menopause, the musical »…, il est temps, je crois, d’aller me coucher…

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Le lendemain, c’est le temps du show tuning…, quelle merde…, des fois je pense que je pourrais tout lâcher comme ça, tout balancer… et puis me barrer au loin et vivre quelque chose d’autre que les bagnoles tunées et customisées…, faut voir ce que ça devient…, j’ai fait quelques photos, ça devient quelque chose de fou, l’extraordinaire disparaît…
Partir pour me (re)trouver enfin…, un voyage pour conjurer les démons, braver les peurs et redonner un sens à la vie…, une sorte de renaissance, une catharsis sauvage à coups de paysages grandioses où il faut s’affronter soi-même, pouvoir se dépasser pour se reconstruire en fuyant l’indigence des beaufs, la dislocation du temps, internet, les écrans et caméras, moyens de substitution au monde…

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Faut dire que j’ai comme un dégoût, là, suite aux manipulations et à la récupération de « la » grande affaire qui a fait défiler une partie du monde…, putain, pourquoi republier des caricatures entourées de textes crétins, vulgaires, débiles…
Ne serait-ce mieux de s’intéresser aux chats errants, aux chiens écrasés, abandonnés, au massacre des bébés phoques, à celui des baleines, aux braconniers chasseurs d’ivoire… et aux pauvres, démunis, aux gens, aux humains, les laissés pour compte…, il y en a qui finissent pas se révolter, si, si…

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Le monde se traîne sans aucune prise de conscience de son propre dénuement et de ses propres scories (jusqu’à une grotesque conclusion finale à venir), laissant de plus en plus d’humains indifférents aux vrais drames, rétifs à toutes choses, jamais éprouvés, jamais bouleversés, en attente de quoi ?
Et tout cela dans les grandes largeurs de l’ennui, s’égarant dans les abîmes du rien…