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Quelques années après un catastrophiste clafoutis naval, James Lister s’est installé à Las-Végas dans le but de révolutionner l’industrie automobile en créant ce qu’il estime être une Corvette révolutionnaire, quoique basée sur un ancien modèle, depuis longtemps retiré de la chaine de production…, quoiqu’il en soit, cette horreur a immédiatement été célébrée par une presse locale trépignante la qualifiant de titanesque.
Cet épithète était d’une originalité misérable… et c’est bien la caricature d’une misère intellectuelle crasse qui représentait le mieux cette Corvette torchée comme on s’essuie après un coït trop rapide.
Je vous le dit de suite, cette Lister Corvette dispendieuse et vulgaire, n’était le devenir d’aucun demain, mais n’en représentait pas moins le parfait reflet de l’hypocrisie et du cynisme d’un certain milieu automobile américain !
La prophétie était en marche… et aujourd’hui cet engin est resté un bide monumental et monstrueux.
Face aux hordes hallucinées qui bouchonnent le web, la bave aux lèvres et le collyre en poche, le corvettiste déçu se sent dubitatif, il s’interroge, quelque peu soupçonneux.

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Le créateur de cette chose n’était-il qu’un paraplégique du cerveau n’ayant pas su fouler le chemin de la félicité suprême et comment pouvait-il être sourd aux suppliques humanistes des fans du tuning qui voyaient en cet engin, le Saint-Graal de la customisation ?
Mais qui diantre suis-je, homme de peu de foi, pour oser critiquer de la sorte ?
Suis-je aveugle, borgne (ou daltonien) que je ne suis pas transporté de bonheur ?
Infidèle à « la cause américaine », n’ai-je donc point de cœur ?
Suis-je à ce point bouché que j’aurais perdu mon âme d’enfant dans les tréfonds d’un cœur trop aride que les sédiments de l’âge enfouissent un peu plus chaque année ?
Vous savez, cette grâce qui vous permet de voir dans les rues des villes à la Noël une féérie magique attisée par mille lucioles bariolées dansant dans une insouciante légèreté délicatement ponctuée par la chute aléatoire de quel qu’aimables flocons blancs…
Las (sans Végas), abandonné par cet infantile hébètement hallucinatoire, je n’y vois plus qu’une horreur jaune…
Ne lui manque que des guirlandes clignotantes accrochées par des ouvriers fatigués dans une avenue trop bruyante dégueulant une sombre bouillasse infâme de neige acide alourdie par les gaz d’échappement…
Suivez moi, et vous verrez la Lumière…

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La Lumière est là bas au bout du chemin…, la révélation est au fond d’une grange…
Bon, avant d’aller plus loin, je note quand même que la Lumière s’est éteinte, peut être un détail pour les « Purs » qui pensaient effectuer un pèlerinage à Las-Végas…, vers le Lieu Saint ou a été fabriqué cette chose en plastique.
C’est comme un récit de science fiction au service d’une expérience visuelle soi-disant époustouflante qui est censée décupler vos sentiments et votre empathie.
Le Tuning total est arrivé via la médiocrité crasse d’une Corvette dénaturée à la finalité écœurante et à la roublardise malsaine et désespérante.
C’est la forme qui culbute le fond dans un accouplement improbable qui ne pourrait être récupéré que par un producteur de films pornos gonzos.
Le pauvre type tout gris du début deviendra à son volant un héros plein de couleur.
Il était paralysé, la Lister Corvette lui redonne des jambes.
« Lève-toi et roule »…, lui a dit James Lister.
Le temps de la Corvette à papa est fini, balayé, consumé par ce nouveau démiurge.
Voila où, grossièrement caricaturé, la prose des marchands du temple automobile, ces vulgaires vendeurs de papiers-journaleux… se battant entre-eux comme des chiffonniers à coups de scoops frelatés et de slogans panégyriques…, voudrait bien vous voir.
Un véritable catéchisme inique déblatéré en une logorrhée de chiffres en dollars galvanisant les fans dans leur foi de Templiers-automobilistiques…, nauséeux… et absurde comme l’engouement moutonnier d’une foule toujours prompte à aller acheter là où on lui dit d’aller acheter.

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James Lister n’a jamais été très doué pour créer de belles formes automobiles…, ni même navales, au vu de son naufrage en ce domaine !
On va aller vite sur le joli bras d’honneur que représente cet engin…
On dit même qu’il avait une propension maladive à chouraver les idées ou les concepts des autres…
Voici donc la chronique d’une arnaque méticuleuse.
On m’avait promis une Corvette inédite créée de toutes pièces et l’invitation à venir l’admirer à Las-Végas devait me servir de passeport pour une virée exotique sans précédent !
Pensez donc, la Corvette originale a été développée par les plus grands ingénieurs de la General Motors (je me marre en écrivant ça !), leur vision a été couchée sur le papier par les plus grands artistes de la firme et ce sont les plus grands magiciens d’aujourd’hui qui ont fait vivre tout cela.
Des rapports ont même été publiés sur leur travail annoncé alors comme remarquable…
Tout ça, ces notes d’intentions ainsi que les discours formatés de la production, ce n’était rien de plus que du baratin aussi crédible que des promesses étalées sur un flyer de marabout…
Mais, c’est remarquable à coté de la dégénérescence esthétique de cette Lister-Corvette !

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Dans sa chambre, je n’en doute pas.
Dans la banlieue de Las-Végas, on vantait inlassablement James Lister comme un homme de design, érudit et passionné.
Mais dans son garage, force est de constater que les aspects design avaient été dégagés en moins de dix minutes…, ce fait est acquis, on devrait passer à autre chose…
Un petit peu comme on oublie la bonne dizaine d’autres horreurs roulantes que divers fous s’ingéniaient à construire, alors que leurs prédécesseurs ont fini par faire faillite !
Vivre tout cela fut une bien étrange affaire.
Tout ce qui pouvait créer une ligne agréable a été soigneusement, méticuleusement et systématiquement contourné, d’autant que l’idée fixe de James Lister était de faire revivre les gimmicks esthétiques des bords d’ailes au dessus des passages de roues de la fameuse Mercedes 300SL « Gullwing »…, excusez du peu…
C’est raté…
Eut-il fallu les réaliser plus bas dans le prolongement de la ceinture de caisse, ce qui aurait sérieusement compliqué la vie de James Lister…
Reste le seul élément réussi, le nez, qui toutefois ne s’accorde absolument pas avec le design général…
Ce design totalement loupé en est devenu celui d’un hamburger multi-couches de gras… : indigeste !

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Choisir le camp des abominables revenait à condamner notre planète à l’extinction, voila un sacré dilemme !
Laisser mourir le monde qui est co-responsable de cette anti-création, pour en choisir un autre, pour lequel il allait devoir se battre pour être accepté…, devait être la seule solution.
L’épopée d’une revanche personnelle contre toute l’humanité, voila qui aurait eu du panache.
Hélas, il n’était important que pour des actionnaires.
Formulant un aveu étonnant, James Lister m’a dévoilé que ce qui l’intéressait n’allait pas au-delà de la simple caricature, c’était simplement de se faire un max de dollars !
Là où il promettait des sautés, fumés, croquants et fondants…, on s’est retrouvé avec un truc surgelé mal dégelé, tiède, plein de flotte.
C’est le résumé de la malhonnêteté du discours de James Lister !

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Un trou béant de beignet avec une tranche d’ananas… que toute la mauvaise foi sucrée que je ne pourrai jamais réunir, ne saurait combler.
La Lister-Corvette était donc une Corvette Tunée en plastique, dont l’exotisme extra terrestre s’incarnait essentiellement dans la hardiesse d’une tentative de nous faire rêver d’un Baba au rhum…, c’était bien, mais c’était juste dommage que l’image soit si peu originale.
Alors merde quoi !
C’est pas décent de trouver ça beau, c’est dramatique…
C’est pas parce qu’on est consterné par une telle inventivité lexicale d’analphabète qu’on ne peut pour autant détourner les yeux du ridicule achevé de l’ensemble.
Cette quête était aussi pathétique qu’un toxico bavant de convoitise à l’idée de revivre son premier shoot, prêt à remplacer son propre dealer pour se promettre lui-même l’extase.

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Les épluchures de navet ne trompant pas les porcs, il faut croire que les animaux auraient eu plus de sens critique que n’importe quel adorateur fantasmant devant cet engin qu’on lui jettait en pâture.
Tout cela n’a servi, essentiellement, qu’à vendre des magazines automobiles de tuning remplis de conneries inutiles et de photos moches dont le premier degré apparaîssait comme surréaliste à la vue des énormités d’une histoire torchée aussi prestement qu’un pet foireux malencontreusement lâché lors d’un diner en ville.
Il y avait un tel désir d’entourlouper le chaland avec un discours de bonimenteur de foire que j’ai honte des années plus tars des considérations aigries des enculeurs de mouches…, préférant revenir à l’essentiel.
Le choix de la couleur reposait également sur une logique imparable : le jaune était alors la couleur du siècle ! Voulant créer une Corvette originale, James Lister avait créé un fantasme bobo de merde, rendant d’un coup presque subtil le design d’une Trabant…, subtil comme une pub pour un 4X4 diesel.
Et ce fut sans surprise qu’on constata une fois de plus que ce qui pouvait rendre cette création crédible, donc attachante, avait été évacué comme une punkette bourrée hors d’une soirée parisienne.

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Et au bout du compte il a balancé en pleine face un bon gros délire mystique bien suranné.
Pour éviter que le client-lambda-type ne s’intéresse à ce qui pouvait lui mettre la puce à l’oreille, James Lister l’occupait avec des attrapes-couillons, des gadgets, des hochets en relief, comme le fumeux faux repose tête…
Plus c’est gros, plus ça passe, c’est immuable…
Plus c’est grossier, plus les clients potentiels du monde entier se sentent flattés d’être face à une auto de merde !
Plus c’est con, plus les légions de fans retroussent leurs manches pour se l’astiquer.
La seule et unique caractérisation des gens, c’est leur foi dans la nature humaine, s’incarnant dans des ballets new-âge au son d’une musique tribale cheapos, pour oublier les réalités du monde.
Et tout gravite autour…, la morale est si limpide qu’elle en est gênante.
A tel point que les plus éclairés des zélotes préférent regarder ailleurs !
C’est le panthéisme extra-terrestre face à la cupidité humaine, mais c’est surtout la puissance du dollar face à l’Homme.
En même temps que les humains perdent le contact avec la nature humaine, ils perdent la foi et le sens du sacré et donc deviennent inhumains…
Pas tout à fait sûr qu’un affrontement théorique entre ces deux valeurs soit assez clair.
Oui, la planète a une conscience… et oui, chaque être vivant dépend de cette dernière.
Vous aviez la foi, nous vous apportons la preuve de la connerie humaine.

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Je pense que personne n’a rien contre le rabâchage d’une histoire universelle, si tant est que l’on ait quelque chose à en dire…, mais, je le répète, ici le design de cette chose se bornait à un canevas éculé.
Sa codification extrême devait pourtant, par sa simplicité, dynamiser la Corvette de base…, il n’en a rien été !
Deux minutes pour tout ficeler…, difficile de faire plus expéditif.
Et pitoyablement, tout était à l’avenant.
Les bouseux qui trouvent cette « punch line » pré-mâchée…, admirable…, ne méritent pas d’avoir des yeux, qu’ils se laissent pousser des nattes car ils sont juste bons à se rouler dans les pissenlits !
Et il n’y a pas que son design semblable à une motte de beurre, le reste ne présente aucune aspérité, aucune ambiguïté.
Comment diable James Lister a-t-il fait pour forcer l’empathie ?
Et bien c’est tout simple, en ayant recours au kitsch le plus exubérant !
Ultime os à ronger pour m’assurer une pérennité universitaire, ce bouzin aussi excitant qu’un grand verre de coca tiède quand on rêve de whisky, n’était qu’une réplique d’elle-même calibrée pour le culte de l’inutile qui faisait bander les exégètes zélés…
Tous les ans une auto « révolutionnaire » révolutionne (sic !) le monde de l’automobile… et à chaque fois on a le droit au même air de pipeau joué par les mass-médias à la botte des commerciaux.
C’est devenu un marronnier.
Lassant…, surtout qu’au final la conclusion est toujours la même !
Un cynisme odieux et désespérant.
Un spectacle pitoyable !
Pauvre de nous…

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Et vous qui vous extasiez, priez, pleurez, vous qui vous agenouillez devant elle, vous portez une lourde responsabilité devant l’Histoire…, vous êtes les victimes volontaires du gavage de l’industrie du tuning, vous pensiez vous attabler aux côtés des plus grands alors que vous n’êtes que la dinde qu’on leur sert…, à votre image, sans tripes, mais fourrée de conneries !
Alors je vous emmerde, vous, les dévots illuminés qui voient en cette Corvette tunée un quelconque futur, car votre foi conditionne votre châtiment.