2010 Marussia B2...
2010 Marussia B2...
Après mes commentaires sur la Marussia B1, j’aurais pu vivre en toute quiétude, veiller à mon équilibre spirituel et à ma sérénité intérieure ; j’aurais pu vivre (et vivre vraiment) le beau jour qui s’éveille, baiser dans les fourrés sur de larges étendues champêtres... et contempler avec fascination l’éther tourmenté quand arrive l’orage : seulement voilà, je me suis lié d'amitié avec Sergeï Lipstovich, un des milliardaires ayant acquit une des deux Marussia... et comme vous le devinez, il a insisté pour que j'essaie sa voiture...
Mon existence est un intolérable fardeau.



Je ne dispute mes souffrances à personne ; il en est des douleurs comme des patries, chacun a la sienne.
Mais Sergueï Lipstovich est un connard... et ses souffrances à lui (celles qui lui sont personnelles), patries ou pas, j’en n’ai rien à branler....
En vertu de ce motif d’une bonne foi tant immanente que lumineuse, je me suis résolu à refaire un essai d'exactement la même Marussia, sauf que celle-ci n'était pas orange et anthracite, mais blanche et bleue-layette..., le vrai bonheur coûte peu ; s’il est cher, il n’est pas d’une bonne espèce, quoique...
Je m’apprête donc, ici même, en tapotant sur le clavier de mon ordinateur, à effectuer un bond spatio-temporel en Russie, pour, selon mes approximations, me retrouver exactement, au millimètre près, à l'exact même endroit d'un bout du monde pourri, ou j'avais réalisé mon grand reportage exclusif sur la Marussia B1..., un noble moment pour périr !
Pas une de mes lectures au sujet du mouvement temporel en bonne et due forme (qui s’élèvent au nombre de deux)..., quoique... (bon, allez, une et demi), ne m’ayant apporté de notice satisfaisante, j’ai décidé de faire celà à la bonne franquette...



Je crois que la pire tare pour un passionné de voitures est d’être influençable.
Dynamiques de groupe épouvantables, exemples déplorables, tentations multiples, finissent par vous pousser à faire des choses peu raisonnables, de moins en moins raisonnables, de plus en plus souvent.
Or, au niveau de la dynamique de groupe, ma situation au sein de GatsbyOnline.com est on ne peu plus festive... et les couillonnades se conçoivent à flux tendu pour générer quantités de texticules foireux emplis de mauvaises influences..., les évènements ne manquant pas pour semer dans les esprits malades qui tentent de comprendre ou je veux en venir..., la petite graine qui finira, après maturation plus ou moins longue, par donner naissance à une connerie de gabarit industriel.
En l’occurrence il s’agit pour moi de refaire un essai d'une voiture identique, mais d'une autre couleur en essayant malgré tout de capter l'attention..., votre attention !
Bref, une gageure quasi impossible.
La chance m'a sourit dés le début du trajet : je suis au volant de la Marussia blanche et bleue-layette, intérieur blanc-frigo..., à l’affut de tout et rien, quand, au détour d'une rue inconnue, avant même que j'ai ébauché une idée géniale pour me sortir du pétrin dans lequel je me suis mis..., une antique Trabant arrive en crabe, plein gaz, gerbes énormes d’étincelles sous l’avant droit, car le demi train à moitié arraché (et ce qui reste de la jante) sont repliés sous l’auto.
Il essaie de rejoindre un garage pour réparer, il loupe une courbe... et je ne dois la vie qu’à ma capacité à freiner...



La Trabant stoppe dans une énorme gerbe d'étincelles... et son conducteur, furieux que je lui ai coupé la route, vient me clamer (en Russe, mais grâce à mon ami Google, je traduis pour vous)... qu’il veut se guérir de la Vodka... et qu’il en a assez de sa Trabant qui fait fuir les gonzesses…
Bref il veut se racheter une conduite…
Je lui suggère d'acheter une Marussia... et je l'invite à bord !
Il est longtemps resté prostré à l’intérieur de la Marussia, probablement écrasé par l’ampleur de la décision à prendre : pour un gars comme ça, acheter une voiture de 100.000 dollars, ça n’a rien d’anodin...
Je lui ai fait remarquer, après une heure, avec mon habituelle finesse, que c’était contre nature... : les filles adorent cette voiture, plus pratique et conviviale qu’une Trabant...
Et puis tout a capoté : j'ai cru bien faire en l'emmenant terminer l'essai avec moi... et il s’est énervé...
Je tapote la suite, vous n'avez qu'à lire...
Les pneus hurlent, l’auto valdingue de tous les cotés, il est gaga, j’ai peur qu'il vomisse sur les sièges blancs…et je finis par m’arrêter en travers dans un nuage malodorant de Pirelli Pzéro quasi usés...
Là, les yeux injectés de sang, il me dit, me hurle plutôt : J’en peux plus de ma poubelle, je veux une voiture comme celle-ci !!!



Dring, dring, dring...
Mon téléphone sonne, j'arrète de tapoter mon clavier pour répondre, sachant que cela va me faire perdre la vente de la Marussia à ce plouc en Trabant...
C'est mon pote Patrick qui m'invite... pour que je l'invite... à manger une Pizza..., je répond : ceci est un répondeur, je ne suis pas là... et je raccroche !
Je rêvasse..., que je tripote conte un peu fleurette à LO..., son sourire, ses attributs..., qui lui permettront de ne jamais se noyer…
Envisageant aussi les excès auxquels on se livrera demain... 
Tout est calme…
Sonnerie du téléphone : zut, quel emmerdeur brise ma tranquillité ?
Je ne réponds pas...
Il est déjà prés de 17 heures…, je retapote mon clavier...
J’abandonne mon bureau (et la belle LO) pour faire le chemin du retour avec la Marussia, j’ai encore une fois pris l’avantage au départ arrété... et je tente de dégager la file de gauche à coup de plein phares.
Je suis à fond, à mi montée déjà un bon 180 sans doute, mais mon adversaire a semble-t-il oublié de jouer selon les règles du marquis de Queensburry, pour adopter celles du quartier Saint Roch : sa Mosckovitch noire de 1964 n’est plus dans le rétro, mais sur la file la plus à droite en train de prendre l’avantage dans un hurlement hallucinant !
Mais maintenant il y a le tunnel, dont l’entrée est en courbe, sur 2 voies seulement : pour négocier ça il faut de la subtilité : je vise, je soude...



Banco, la Mosckovitch noire de 1964 est restée bloquée par un trainard en Lada Break, je ne la vois plus !
A cet endroit là l’autoroute reliant Moscou à Vladivostok est une succession de tunnels et de viaducs suspendus, le tout affreusement tortueux : j’ai ma chance si les lignes droites ne sont pas trop longues, d’autant qu’avec mes meilleures reprises j’ai l’avantage pour doubler les attardés, les autres usagers !
Les dix minutes suivantes je zigzague entre les autos, inoubliables passages de tunnels, les décibels raisonnent, ponctués de flambées d’échappement et secoué par des détonations typiques : BANG ! BANG !
Et RE BANG !
Souvenirs que j’aurais du mal à oublier…
Des arrêts sur images sont ancrés dans mon esprit : le cul de la Lada qui me double par la droite, le bruit invraisemblable de la Carpathia (une moto d'avant-guerre), qui me gratte par la gauche... et le tracteur aussi..., la fumée de son échappement…
C’est fait, je l’a fait, j'ai ressenti ces sensations, vécu ce moment, ces souvenirs qui vont me rester sont un capital précieux…



Enfin c’est l’heure de manger, je suis chez moi, sans souci puisque le téléphone ne sonne plus.
Je me prends à envisager une soirée tranquille, devant une bouteille (ou plusieurs), au bar du coin de ma rue, peut être d’ailleurs y aura-t-il mes pom-pom-girls habituelles, des copines court vêtues qui ont pour habitude de danser nues debout sur ma table, une fois effectué le plein de champagne vodka...
L’interphone me sort soudain de ma torpeur : C’est moi, descends, j’ai un truc incroyable à te montrer, on ira boire un coup et mater les filles ensuite...
Et meeeeerde….ça recommence ! 
Patrick est là en double file, moteur tournant, ronronnement sourd, j’embarque à contrecœur, mesdames et messsieurs, le commandant Patrick Henderickx vous informe que ce vol est non fumeur…et bref on décolle.
4 priorités brulées et une dizaine de retours de flammes d’échappement à rôtir un piéton plus tard, je comprends qu’il a succombé à ses démons : 1.4 bar en l’occurrence, et ça avoine copieux, faut reconnaitre. Nous prenons donc le virage du bout de ma rue au frein à main et à contresens, avec trois refus de priorité + quatre chatoyants retours de flamme plus tard, nous sommes face au bar...
Bien sûr, les filles nous attendent, bien sûr on n’a pas le temps...



Je m’éveille dans l’obscurité et mon vomi...
La seule différence avec mes autres matins, c’est que les autres matins, j’ai le petit gourdin du matin..., et aucun vortex de type trou noir supermassif à la place.
Deux pas sur la gauche, un mur ; trois sur la droite, un mur ; je me penche par-dessus mon ordinateur spatio-temporel et tends les mains en avant : un mur.
Je stagne bien cinq minutes de plus dans le pâté des couloirs du temps, avant de réaliser que je suis emmuré par des conneries...
Je tape doucement chacun des quatre murs... et celui derrière moi sonne creux.
J’essaie de passer de l’autre côté pour pouvoir frapper avec plus d’élan, mais impossible : debout, je suis coincé entre lui et la cloison.
Je vais devoir démolir le pan de mur au-dessus de ma tête, à l’aveugle.
Bon.
Je prends deux bonnes lampées de Mojito pour me donner du courage.
Il faut savoir être un homme dans la vie.



Je me mets à frapper avec entrain, en gueulant de trouille dès que j’élève mon marteau dans les airs.
Je manque de me manger la tête à chaque coup... et des bouts de mortier me tombent sur la tronche, mais je continue.
Je tape, je tape... et le mur finit par tomber vers l’arrière (je me prends quelques bonnes pierres sur la gueule au passage)... et moi avec.
J’atterris au milieu des débris au milieu de mon écran, en plein dans une assemblée de Ferraristes endimanchés brandissant des mini-portraits d'Enzo, tout en hurlant à mon attention : EXPIE DÉMON !
Je me relève difficilement, masse en main... et je fonce en grognant sur ces connards qui m’arrosent d’eau bénite.
Je m’affale ensuite au sol, les jambes emmêlées.
Oh putain !.
Pendant que je me délivre tant bien que mal, les autres continuent à me lancer des anathèmes et à sautiller sur place en poussant des petits cris de porcelets à la moindre de mes contorsions.
Je rouvre les yeux, le mur est intact..., mais pas la bouteille...
Trop de Mojito, va falloir y penser !



Je touche au but.
Bientôt, je délivrerai l’histoire de l’existence de toute une série de voitures stupides qui rendent les humains esclaves.
Et après ça, fini le gothisme, les cheveux gras, les bracelets à pointes et les poèmes larmoyants !
Et tant pis si les suicides collectifs doivent disparaître !
Exalté, plein de l’ardeur des surhommes, j’entreprends de terminer mon texte...
Mais le monstre est absent de ma tête...
En fouillant un peu dans mon cerveau, je trouve un poème de génie précoce : Dans les fonds brumeux et sourds, sur les territoires sous-marins des abysses, entre les ruines décalées et bleuâtres, la pieuvre Amork et Negana l’ourson blanc chassaient ensemble...
Oh putain mais c’est de la merde !
Après trois heures passées..., rien... 
Faut que j’arrête, je suis trop sensible.
J’entame un petit pas de gigue, mais j’arrête vite fait.
Au fond, peu importe la gloire : Que le passé d'un homme est étroit et court, à côté du vaste présent des peuples et de leur avenir immense !
Je ne peux plus me retenir, il faut que j’éclate de joie.
Je grimpe sur la rambarde du balcon, en plein cœur de la tempête qui vient d'éclater... et je pousse un cri de circonstance, dans la gamme Comanche.
C’est à ce moment précis, je crois, que je suis frappé par la foudre et que je m’enflamme en basculant dans le vide...
 Fin du second acte...
Je vous prévient tout net, il n'y aura pas de troisième épisode, j'ai passé une soirée à vous aider à passer le temps (qui n'en peut plus), pas plus..., quoique... qui sait, juste un dernier alors ?


2010 Marussia B2... from Patrice De Bruyne on Vimeo.


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