Tout ce qui est miteux devient tôt ou tard mythique...
Tout ce qui est miteux devient tôt ou tard mythique...
Le grand philosophe Hegel a dit un jour : “Tout ce qui est miteux devient tôt ou tard mythique“...
Je prétend que le contraire est tout aussi vrai : "Tout ce qui est mythique devient tôt ou tard miteux"...
Mais qu'en finale, les deux s'enchainent...
 


Parler du monde actuel comme d'un cadavre en décomposition n'est pas simple facilité rhétorique.
C'est une image, mais de celles qui servent à imaginer juste : l'ayant à l'esprit, on distingue mieux ce qu'on a sous les yeux... et toutes sortes de phénomènes, sinon passablement déroutants, deviennent intelligibles.
A commencer justement par ce sentiment universel qu'il est désormais inutile de chercher à connaître de façon plus scientifique et détaillée : le fonctionnement de la société mondiale.
En dehors de ceux qui sont rétribués pour fournir des simulations théoriques, cela n'intéresse personne de savoir comment elle marche exactement ; et d'abord parce qu'elle ne marche plus.
L’immersion précoce dans le monde fictif qu’organisent les nouvelles technologies du virtuel, constitue assurément une éducation, mais à quoi ?

On peut le déduire avec plausibilité de ses principales caractéristiques.
C’est un monde de sensations rapides et violentes, où l’on est seul, et où l’on éprouve un sentiment de toute-puissance : par là, et par l’accoutumance qu’il crée, il se rattache à la drogue.
L’espace et le temps de la vie ordinaire y sont comme suspendus, remplacés par l’instantanéité de la transmission sur écran et de son réseau mondial : il appartient par là à la sphère du jeu, à ceci près qu’il ne s’oppose pas à la vie courante comme une liberté supérieure, même temporaire et limite, mais plutôt comme un asservissement plus complet, une épreuve visant à tester la capacité d’adaptation à l’environnement purement artificiel et technicisé qui sera bientôt le nôtre (cet aspect est d’ailleurs présent dès l’origine, militaire, de cette réalité virtuelle : simulateurs de vol, etc.).
Par d’autres côtés, il rappelle le monde du rêve, mais ce sont les désirs de la soumission qu’on y trouve à déchiffrer.
Surtout, c’est un monde où le temps est réversible et le passé toujours effaçable, où donc règne l’indifférence à la vérité et au mensonge, au réel et au fictif, comme à toute notion du bien et du mal : c’est sans doute en cela qu’il est encore le plus formateur.

Tiens, il est une heure, je lis un fil de dépêches.
Trop tard, le piège de la machine à abrutir, comme tous les jours, vient de se refermer sur moi.
Ca en fait du monde.
Du monde éduqué, qui a entendu qu’il fallait lire, puis qu’il fallait se tenir au courant de l’actualité.
Ainsi, on restait un honnête homme.
Beau programme.
Mais qu’est-ce que l’actualité ?
Rien d’autre qu’une machine à abrutir, une machine polymorphe.
Il y a l’abrutissement simple, l’engourdissement sous un flot ininterrompu de faits sans rapport les uns avec les autres.
Il y a l’abrutissement social, celui de la dépêche rédigée pour qu’on s’en indigne.
Un jour, une critique : "Vous vous rendez compte, le Figaro a gommé digitalement un bracelet de diamants de Rachida Dati !"...
Le lendemain, ce sera autre chose : "C’est son docteur qui a tué Michael Jackson !"...
Et le lendemain, encore autre chose, c’est un feuilleton.

Il y a l’abrutissement qui découle de la sélection des nouvelles.
Qui choisit de parler de telle chose plutôt que de telle autre ?
Pourquoi y en a-t-il tant sur les sans-papiers, et si peu sur la congénitalité des administrateurs de sociétés du CAC 40 ?
Pourquoi s’émeut-on si vite du déni de grossesse d’une meurtrière au point d’en faire un téléfilm, et pourquoi personne ne connaît-il le nom et le rôle, pourtant crucial, de France Trésor ?
Pourquoi, dans le journalisme historique, y a-t-il des modes, qui ont rendu Auschwitz célèbre bien après 45 et qui ont cantonné l’existence des Einsatzgruppen à un cercle d’historiens avant qu’un prêtre médiatique braque sur eux le projecteur ?
Parce qu’on parle toujours des mêmes choses.
Certains crieront sans doute au complot.

Pour avoir employé des journalistes, je suis plus enclin à croire que les biais de leur production ne découlent pas de quelque chose de concerté, ni d’ordres occultes mais du fait qu’ils sont eux-mêmes consommateurs d’information, dépourvus de recul et de sens critique et finalement qu’ils baignent tant dans leur culture qu’ils ne peuvent s’en extraire.
Le dealer est le premier à se camer, c’est bien connu.
La culture dit que la pédophilie c’est mal, que les sans-papiers sont maltraités, que les policiers sont violents, que plus on est bronzé plus on est délinquant, que nous mourrons tous dans une maison de retraite, que travailler c’est pénible…
Leurs dépêches et articles disent la même chose, c'est-à-dire souvent des clichés.
Certes, il est difficile de ne pas imputer le fait que serial killers, pédophiles et jeunes reprennent du service avant chaque élection au souci des directeurs de l’information de faire carrière, mais le reste du temps ?
C’est la mode, c’est l’absence de mise en perspective.
Le président se fera-t-il photographier avec des êtres de petite taille ?
On sera bons pour des apparitions récurrentes du mot talonnettes pendant trois mois.
La grandeur de la France est sans doute à ce prix.

Il y a ensuite l’abrutissement plus volontaire, celui qui réussit à enclencher le mode crétin.
Le quoi ?
Le dumb mode, comme disent les Américains, cet état de la conscience révélé par une expérience simple : bombardez un quidam (même diplômé) avec des faits bruts, des noms et autant de statistiques que possible.
Rapidement, ne pouvant plus suivre, il déconnectera son sens critique, son intelligence, et acceptera sans examen tout ce que vous pourrez lui dire.
Le mode crétin est enclenché, le sujet est à votre merci.
Vous pouvez lui faire penser tout ce que vous voudrez, style : "Un milliardaire qui vit au milieu de ses chèvres dans les montagnes Afghanes dirige le terrorisme international depuis plus de 20 ans et est responsable de tous les actes terroristes de par le monde... Il est tellement rusé et intelligent qu'il a réussi à déjouer tous les moyens sophistiqués des USA en s'enfuyant sur le porte-bagage d'une Mobylette conduite par le Mollah Omar qui pédalait trop vite"..., où encore "Au milieu des ruines encore fumantes des tours du Word trade center, sous des millions de tonnes de gravats, on a retrouvé un seul document encore intact sous sa protection plastique au milieu des flammes, le passeport de Mohamed Atta, ce qui signifie que c'est le pilote de l'avion endoctriné par AlQaida"..., moins crapuleux, quoique, les commentaires sur le football et la F1 qui banalisent les millions d'euros que les vedettes de ces "sports" débilitants empochent chaque mois, justifiant du même coup les centaines de milliers d'euros que gagnent mensuellement les présentateurs de télé.

Parfois, la simple répétition dans le temps d’un nom propre suffit : Starck. Starck. Starck. Starck. Starck.
Devinez ce que vous allez faire quand on va vous proposer un canapé dessiné par Starck.
Cela a marché, historiquement, avec d’autres noms : Michel Noir. Eric Zemmour. José Bové. Jean-Paul II (qui a fait tomber le mur de Berlin comme chacun sait).
Plus souvent, il faut balancer du chiffre.
Madame, savez-vous que la France a un taux de prélèvements obligatoires de 52% ?
Que c’est le plus haut d’Europe ?
Il faut faire quelque chose, oui, mais quoi ?
Avantage de la méthode : vous gagnez du temps sur les explications, la mise en contexte.
Qui a besoin de comprendre un phénomène complexe quand ce n’est pas nécessaire ?
On peut aussi balancer du concept : "Madame, savez-vous que le pic de production de pétrole a été déjà dépassé ?"...
Mais avec quoi allons-nous alimenter notre chaudière cet hiver ?

On peut balancer du synonyme.
Un réacteur d’A380 explose en plein vol et force l’avion à atterrir.
Un nouvel incident bien compréhensible pour un produit en cours de rodage.
Et nous savons tous ce que sont les jeunes, les quartiers, les bavures et les incidents voyageurs.
On peut larguer des chapelets de titres qui n’ont que peu à voir avec la nouvelle qu’on veut véhiculer.
Les cariocas, comme on le sait, se douchent deux fois par jour au moins.
Le climat tropical humide de Rio le justifie amplement.
Le Français, lui, se douche une fois par jour, sauf sur la ligne 161 où on a coupé l’eau à tout le monde.
Comment va titrer l’AFP ?
"Propreté : les Français à la traîne"... ou alors : "Ces Français qui économisent l’eau"... ou encore : "Quand le tiers-monde gaspille les ressources naturelles rares"...
Voilà pourquoi, lorsque la perspective se présente à nouveau d’entendre parler du charcutage de Johnny ou du Nantais polygame qui se fait mettre en garde à vue une fois par semaine depuis qu’il est apparu sur le radar du ministre de l’intérieur, je change bien vite de chaîne, de site, de place, de sujet.
L’information que débitent au kilo les médias omniprésents n’est pas la condition d’élévation de l’esprit et de la culture de l’honnête homme, elle est la cause principale de son abrutissement !

Si on ôtait à de certaines gens leur ridicule, il ne leur resterait plus rien...
A quoi servent les mythes ?
A rien, si on n’en éprouve pas le besoin, comme il ne sert à rien de courir si l’on ne part pas à point, de la même façon que l’appendice qui prolonge le cæcum ne sert à rien, bien qu’il puisse faire très mal, ou les dents de sagesse qui, elles, n’aident même pas à réfléchir.
Mais ça permet de fabuler, ce qui est propre au mythe, comme le mot grec muthos l’explicite, car nous pensons mythiquement, c’est-à-dire, au moyen de vagues images que l’on finit par verbaliser dans des termes totalisant malgré leur imprécision et leur caractère contestable, ce qui fait que tout peut devenir mythique dès que soumis à l’analyse heuristique.
En fait, opposés à la rationalité du logos, les mythes jouèrent dans les sociétés traditionnelles un rôle structurant du groupe, au travers d’un discours invraisemblable, voire symbolique, sur les origines premières et fins dernières des choses..., avant de signifier parole ou avis exprimé, comme il est propre aux idéologies dans les sociétés d’aujourd’hui, riches tout autant de mythes du progrès et autres illusions carencées d’esprit critique.

Il faut se poser la question de l’utilité et de l'efficacité des mythes, par rapport à celles que leur attribue la croyance des gens, cherchant à savoir si la rationalité et les sciences peuvent être plus rassurantes, un rôle rassurant pour l’Homme angoissé face aux mystères qui se posent à lui..., le mythe existant en tant qu’outil de cohésion sociale pas moins opérant que d’autres, comme celui de la raison, qui aboutissent à des totalitarismes !
Prise de forme de la vérité..., façon d’apaiser l’agitation de l’âme..., dimension de l’imaginaire collectif que la science essaie de tuer..., un ailleurs..., un tremplin systémique..., une chose du côté du texte et du temps et pas d’une vérité à prendre...
Des dialectiques permanentes que l’on retrouve chez Sorel, Benjamin, Mallarmé, Barthes ou Foucault, car on peut créer un mythe à partir de n’importe quoi qui fasse rêver, comme une Ferrari ou Madonna..., un besoin de retrouver le sens de l’Histoire pour sortir du désordre du monde et créer du sens pour donner une linéarité au temps !
Le mythe se trouve entre le conte et l’Histoire ; rapport du singulier au pluriel, le muthos et le thumos, qui se baladent, déclinent l’imagination en trois modes : l’épique, le dramatique et le tragique, le mythe se trouvant entre deux âges.
Pascal espérait ne pas être un mythe pour lui-même, malgré sa fonction structurante : "ça aide à quoi ? A devenir fou ? Y croire c’est ne pas avoir d’esprit critique"...

Les mythes..., faut-il les différencier des contes, des légendes et paraboles, en tant que vérités profondes basées sur les vérités philosophiques mangées par les mites de la pensée unique ?
Les mythes, intemporels, ne sont que des archétypes qui se trouvent en nous, qu'on associe à la pensée magique ou aux histoires à dormir debout, à la rigueur, une quête de sens chamanique donnant sens au monde au détriment de la science et de la technique qui ne font pas appel à la croyance ou à l’imaginaire ! 
Les mythes ne servent pas à assurer la survie des sociétés humaines, mais à faire perdurer dans l'inconscient collectif, les bases de divers totalitarismes dont font parties les religions...
Il ne pas croire ni aux idéologies ni aux mythologies, mais au bon sens, le petit doigt levé de Shiva pouvant transformer le monde.
Voilà !



Dans la majesté du présent, nous avons constamment affaire au temps, toujours changeant, et comblons la difficulté à dire ce qu’il est, fut ou sera, développant un art, celui de le retenir dans la mémoire.
Il s’agit, en tous cas, de faire toujours appel à des souvenirs, lueurs du passé que l’on invite dans le présent, car un être sans passé est un être sans "moi", alors qu’au contraire, ce que l’on vit chaque jour constitue un moment essentiel de la réalité en devenir, à défaut de quoi il n’y aurait pas de vécu, faisant en revanche tomber celui-ci dans la nuit des siècles.
Pas étonnant que, de tous temps, les Hommes aient imaginé des représentations du monde, des forces de la nature et des différents aspects de la condition humaine, fondement de leur religion (axée sur des dieux, demi-dieux et héros organisateurs du tout, afin de donner confiance en leurs destins)... et qu’elles soient transmises jusqu’à nos jours par voie orale, puis gravée et ensuite écrite.
Tout ça relève d’une candeur sur laquelle il serait bien bête de vouloir porter le soupçon d’une irrationnelle crédulité, ce qui, parfois nous engage dans des oisives digressions, au lieu de prendre son pied avec le déploiement d’une telle accumulation sémantique, dès que l’on en ressent le besoin intellectuel.

Les paroles choisies par l’histoire, les théogonies, les cosmogonies, ainsi que les mythes d’Orphée, Prométhée, Sisyphe, Faust, Don Juan, de La Caverne, de l’Age d’Or..., enfin, tout ce que les groupes humains élaborèrent et qui émerge du récit "diêgêsis" et autres procédés narratifs "poiêsis"..., forment l’esprit, vivifient les idées, stimulent la pensée philosophique et, par mille détours, amendent la vie collective.
C’est ainsi que, selon le mythe, un Sphinx fut envoyé par Héra en Béotie pour terroriser la population tant que quelqu’un ne répondît correctement à une question qu’il avait appris des Muses : "Quel être, pourvu d’une seule voix, a d’abord quatre jambes, puis deux et enfin trois ?"...
Tous ceux qui s’y essayèrent périrent, jusqu’à ce que l’astucieux Œdipe ne trouve la solution.
Furieux, le Sphinx se jeta alors du haut de son rocher, non sans injurier le pauvre pied-bot, lui lançant un vulgaire autant que vexant : "Nique ta mère" !!!

 
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