Guilty...

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Le coté surréaliste de Saint-Tropez est un surréalisme en soi.., c’est un village calme ou à 22H tout est désert en dehors des périodes estivales ou s’amoncèlent les touristes qui viennent glander et glandouiller « partouze » sans en trouver aucune…, les natifs et natives, même (et surtout) de fraîches sources sexuelles, les supportent en râlant mais n’en chient pas plus car ils font le bonheur des commerçant(e)s-boutiqui(ères)ers qui sinon se cassent la gueule en une saison plutôt que deux…

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Le mâtin dès Potron-Minet, les ceusses « du coin’g » soit vont dans une des boutiques « de Pain’g » pour le p’tit-déj’ ficelle/confiotte/café aigre…, soit s’installent au Sube ou chez Sénéquier pour pareil mais pluche cher…, on peut y croiser des nouilles et nullards, mais « zossi » des milliardaires en famille et/ou avec maîtresse(s)…, sympa de saluer Bernard qui reste imperturbable (imperméable)… ou divers pontifiants richissimes qui font glousser les poules en parlant de grand-large et d’hélicoptères, voire de bagnoles-à-la-con avec des chiffres en dizaines de millions pour assurer leurs fonds de slip…

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C’est d’un néant assommant, spectacle toutefois garanti, faut pas forcer sur la dose de vide, quant à retrouver la vigueur vespérale, la vue des beautés rares dont beaucoup se prénomment « mille euros » peut y suffire seul, seule, seuls, seules ou en couple(s)…, le « pluche si affinités » se conquiert en un tour de bateau : Port-Plage de Pampelonne ou les capacités à faire jouir et orgasmer sont le ticket retour au port, sinon c’est le plongeon vers les secondes-mains avec risque de camping plutôt qu’une chambre aux Parcs…

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La quantité d’anémiés littéraires, comprimés du gland et pisses-frrrroid qui viennent à Saint-Trop’ pour faire de la littérature aussi bandante qu’un après-midi en maison de retraite est phénoménal, surtout quand la chaleur et la malbouffe tombent sur les corps fatigués qui peinent mous…, c’est donc avec abnégation et un sens inné du civisme que je tente de réveiller les organismes durement éprouvés par des livres sans sève, sans jus, écrits à la truelle par les habituel(le)s arpettes des lettres sur le principe que l’homme, (femme comprise), c’est celui qui se défend par le vol, l’escroquerie, les mensonges (en ce sens je vous conseille de tenter de lire Var-Matin)….

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Dans cet univers, il y a des mythes, des figures de légende…, mais les con’g’s ont perdu la bataille du style…, y a plus de francs-tireurs d’une décennie plombante et radoteuse, ceusses qui allaient fusiller les romans à thèses, les gros pavés débordant de saindoux et la philosophie squatteuse des plateaux télé…, ils ont échoué, le combat était trop inégal, les forces de l’esprit bien-pensant et marchand ont balayé ces hussards de troisième main.

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Aujourd’hui, ils se terrent dans leur modeste retraite, ils n’ont guère fait fortune, les plus habiles signent encore des papiers pour quelques nostalgiques, amateurs de belles phrases qui claquent, d’autres peignent, certains sont morts…, le meilleur moyen pour effacer, oublier cette époque d’un nouveau siècle malfaisant.

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L’autre camp, celui de la littérature sous-titrée, de l’écrivain tête de gondole, du style mnémotechnique, de l’aliénation scripturale, se revendiquant d’un groupe qu’on ne peut pas critiquer en cause de lois scélérates, se pavane, se goberge même, critiquant et vilipendant les fougueux désabusés, les tendres priapiques, les réactionnaires goguenards, les littéraires…, pffffff !

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Mais…, à Saint-Tropez, les pauvres peuvent venir admirer les bateaux des riches…, enfin, « pauvres »…, tout est relatif : pour pouvoir se payer ce petit coin de paradis avec 4.500 jours de soleil par an, il faut au moins appartenir aux quelques % des plus riches de la population mondiale.

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Les « indigènes » du cru, n’aiment pas trop les « pauvres » bruyants qui n’ont pas de manières, certain(e)s ont même distribué des tracts affirmant qu’il est interdit de se balader torse nu et en short pendouillant en ville (sauf pour les femelles de moins de 25 ans et 55kgs) et qu’il est interdit de pique-niquer sur le port et partout ailleur, surtout le long des maisons, dans les barques de pêcheurs « qui ne sont pas abandonnées parce qu’elles sont amarrées » …et dans les églises…, si les pauvres veulent profiter du décor, ils n’ont qu’à se saper et aller au resto, non mais !

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Les 0,1% les plus riches, eux, n’ont pas ce problème, depuis la terrasse d’un des yachts amarrés sur le port qui est loué 350.000 €uros la semaine sans bouger…, ils voient toute la ville et toute la ville les voit s’emmerder ostensiblement à l’arrière, l’argent ne fait pas le bonheur des cons vaniteux, les pauvres peuvent être rassurés !

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Les « bons » touristes viennent (et repartent le plus vite possible) en « Bateau-Vert » après avoir mangé du calamar, des sardines grillées… et bu des cocktails qui coûtent l’équivalent du déjeuner…, les « meilleurs » se font refourguer au prix XXL super extra-fort (entre 100 et 5000 euros) des croutes peintes « à-la-chaine » en Chine pour à peine 5 euros…

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Dans une volonté d’élévation sociale, ils veulent évidemment imiter les 0,1%…, mais n’ayant pas 350 000 euros à mettre dans la location d’un bateau inerte pour une semaine à s’emmerder à se faire mater/zieuter/reluquer comme des singes au zoo…, ils optent parfois pour louer une coquille de noix propulsée par un moteur 2 chevaux sans permis…, à eux le tour du Golfe et une tentative de franchir le cap pour voir « Pampelonne »… en évitant les yachts rapides et arrogants dont le sillage secoue sérieusement leur barquasse…., salauds de riches !

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Alors, dans l’après-midi, alors que j’étais revenu chercher une certaine inspiration textuelle et que, transporté par la magie, je tapotais tout ce que vous venez de lire sur mon ordi (ne croyez plus qu’un écrit-vain se tapote les couilles à la plume à destination des plumeaux avec un « Mont-Blanc » à plume d’or, spécial encre de chine violette, sur papier bristol)…, tout occupé dans mes pensées désillusionnées…, voilà que PAF… une vision d’apocalypse, me déboite les yeux : un Yacht de 35 mètres multicoloré par Jeff Koons, s’amarre sur le quai Suffren, face au Café de Paris…

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On dit qu’un Yacht coute un million d’€uros le mètre, ce qui fait en ce cas 35 millions, plus les frais divers et ceux d’hivers, l’équipage, les entretiens, les mazoutages et autres technicités…, c’est pour tout cela que les ploucs (et les beaufs), ainsi que les suceurs de glaces, regardent QUI est le proprio…, pas des fois qu’ils le connaitraient pour avoir discuté le bout de gars la semaine d’avant au supermarché en faisant la file à la caisse…, non, du tout, c’est pour voir si les milliardaires sont des « zhumains » avec une tête, deux bras avec des mains pleines de doigts et des jambes qui bougent…, pour voir aussi les belles Madames et surtout les putes sexuellement intransmissibles du haut en bas (sauf si la date de péremption est atteinte)…

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Je suis donc allé saluer l’arrivant d’un air entendu et avec l’aspect « baroudeur-qui-n’en-à-plus-rien-à-foutre » qui me caractérise…, un chauve souriant m’a regardé avec des yeux exorbité…, je lui ai dit « Hello »… et il m’a répondu « Dakis Joannou, je suis le proprio du Guilty »…, pas plus, pas moins, en sus d’une carte de visite « Saint-Tropez-Vice » au rectum et « GatsbyOnline » en pleine face…

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– Vous n’êtes pas du genre à faire comme tout le monde…

– J’ai voulu faire de mon « Guilty » une véritable œuvre flottante…, pour cela, j’ai fait appel au célèbre Jeff Koons afin que celui-ci imagine l’aspect extérieur de mon yacht.

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– Le résultat est tout sauf commun, la coque arbore un ensemble de formes graphiques et colorées, un résultat entre le puzzle et le camouflage déjà utilisé sur les navires de guerre, parfois avec un meilleur effet beauf…

– A cela est venu s’ajouter le travail de la décoratrice Ivana Porfiri qui a élaboré un intérieur extrêmement luxueux composé de mobiliers et d’œuvres de grands artistes…, il y a trois ponts, le supérieur m’étant réservé, plusieurs cabines et salles de bains, plusieurs salons, plusieurs coins repas, un salon de télévision, une belle cuisine, et un sundeck spacieux.

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– Cool… Et coté technique ?

– Côté technique, le bateau est équipé de deux moteurs MTU 16V et peut grâce à cela atteindre une vitesse maximale de 27,9 nœuds.

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– L’équipage est conséquent ?

– À bord de ma galerie d’art flottante, quatre membres d’équipages permanents prennent soin de mes invités sous la houlette du capitaine, Mark Souter.

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– Et parmi les proches conviés à croiser dans les eaux méditerranéennes à bord de votre Guilty, figure sans doute mon ami Jeff Koons ?

– Je l’ai embarqué à plusieurs reprises…, mais pour mon escale à Saint-Tropez il n’est pas présent.

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– J’ai lu que vous avez été amarré devant le Mucem de Marseille ?

– Basé en Italie, le yacht a repris la mer dimanche soir vers Saint-Tropez puis nous allons à Cannes après cette première escale phocéenne. J’avais le désir de venir à Marseille. J’ai été émerveillé par la ville. Un sublime hasard a placé mon « Guilty » au pied du Mucem. Et pendant plusieurs jours, les visiteurs surpris ont défilé dans la darse pour l’admirer, car il était en escale pour la première fois dans la cité phocéenne.

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– Vous possédez le Guilty depuis combien de temps ?

– J’ai ce bateau depuis une dizaine d’années. Je l’ai imaginé avec la créatrice Ivana Porfiri. Je voulais une plate-forme très plane, une grande chambre en haut… Ivana a imaginé quelque chose qui ressemblait à un bateau de guerre, mais j’aimais ça. Quant à Jeff Koons, je le connais depuis toujours. Un jour, en vacances à Corfou, je lui ai demandé s’il avait des idées, il m’a parlé des motifs ‘razzle dazzle’ de la Seconde Guerre mondiale. C’est parti de là…

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– Vous ne vous êtes pas arrêté à l’extérieur ?

– Venez voir…

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Sur le mur du salon gambadent des petits cochons roses signés de l’artiste suisse Urs Fischer, voisinant de grands livres d’art aux couvertures gaufrées.
Dans les escaliers qui permettent de rejoindre le pont supérieur ensoleillé, le plafond a été remplacé par une plaque en verre traitée pour changer de couleur en fonction de la lumière du soleil, baignant les marches d’une lumière chatoyante.

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La cabine « masters », réservée au propriétaire, a de son côté été accessoirisée d’un message en néons lumineux fixé sur un grand miroir : « feelings » (sentiments en anglais).
Le souci du détail a été poussé jusque dans les salles de bains, où de grandes vasques en silicone coloré rappellent l’attrait du maître des lieux pour des codes éloignés de ceux du yachting traditionnel.

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Voilà…, ensuite je suis retourné au bar du Sube pour tapoter la suite que vous venez de lire…
Y a pas pluche…