En France, jusqu’à la Première Guerre mondiale, la séparation des hommes et des femmes sur la plage reste une règle.
En 1907, alors que les femmes se baignent dans des costumes de six pièces minimum, la championne olympique de natation Annette Kellerman est accusée d’outrage aux bonnes moeurs pour avoir adopté un une-pièce recouvrant pourtant tout le corps.
À partir de la Première Guerre mondiale, ce sont les dessous et non plus les vêtements de ville qui inspirent le costume de bain.
En 1943, aux États-Unis, en pleine économie de guerre, une mesure de restriction réduit de 10% le tissu destiné à la confection des maillots de bain féminins.
Exit les jupes de bains.
Il faut faire preuve de patriotisme, et sacrifiant un peu de dignité, offrir aux regards un peu de peau nue.

Dans les années 30, un maillot de bain en laine tricotée pèse 360 grammes lorsqu’on l’enfile.
Vêtement le plus intime de la garde-robe exposée, qui diffère de la lingerie par le seul choix des matières, le maillot de bain reste le plus révélateur du rapport au corps féminin
Et plus de 3 kilos lorsqu’on ressort de l’eau !
On est bien loin des maillots de bain des années 60, qui ne pèseront plus que 100 grammes secs et moins du double mouillés.
A l’origine de l’allégement des matières, la création, par DuPont de Nemours, d’un filament élastique de synthèse, connu sous son nom commercial de Lycra, qui permet aux femmes d’être à l’aise dans leurs gaines jusqu’alors bardées de caoutchouc, car il se détend en douceur avant de reprendre sa forme initiale.

Bikini, devint ainsi un terrain d’expérimentation où se succédèrent 21 autres essais entre 1954 et 1958.
Le 30 avril 1946 les Etats-Unis procèdent à un premier essai à Bikini, Atoll de l’archipel des Marshall, puis à un second au même endroit, le 24 juillet 1946.
Les retombés radioactives contaminèrent sérieusement Bikini, d’autres îles, et surout de nombreux pêcheurs japonais qui se trouvaient dans les parages.
La population déplacée ne put revenir qu’en 1968.
Le 23 septembre 1949 le 14 juillet l’URSS annonça à son tour qu’elle venait de procéder sur son territoire à un essai nucléaire.
En 1946, s’inspirant du nom de l’atoll de Bikini où eut lieu le premier essai nucléaire américain, un fabricant de maillots de bain français, Louis Réard, lance un maillot de bain « révolutionnaire » du même nom et dépose un brevet.
Il s’inspire alors de la création d’un autre français, Jacques Heim, qui avait précédemment lancé « Atome« , un maillot de bain au soutien-gorge drapé ou noué sur la poitrine et d’une culotte short souvent faite de volants.

Le bikini est lancé avec le slogan : « le bikini, la première bombe an-atomique !« 
Le bikini, lui, vendu dans une boîte d’allumettes : “Plus petit que le plus petit maillot du monde”, selon son créateur, avec son soutien-gorge constitué de deux triangles et sa mini culotte qui laisse les fesses et les hanches nues doit pouvoir passer dans une alliance pour prouver son authenticité.
Aucun mannequin professionnel n’a accepté de participer aux essayages.
Pour sa présentation le 5 juillet à la piscine Deligny, Réard trouve la parade en faisant appel à Micheline Bernardini, danseuse nue au Casino de Paris.
Elle gagne dans l’opération une popularité instantanée.
Elle recevra plus de 50 000 lettres de fans.

Les autorités italiennes, espagnoles et belges l’interdisent et en France le maire de Biarritz aura recours à un décret municipale pour le bannir.
Le lancement du Bikini créera un véritable raz de marée de protestations.
En 1947, on fonde même une association anti-bikini à Rio de Janeiro !
Pour la Vatican c’est une invention du diable, on verra une article de l’Osservatore Romano affirmer que les chevaliers de l’Apocalypse apparaîtraient sans doute en bikini.
Pour Madame Thorez, épouse du Secrétaire général du parti communiste, cette mode bourgeoise humilie la classe ouvrière car le prix du bikini correspond au tiers du salaire d’une dactylographe : « Tout le monde ne peut avoir un Réard« , proclamait d’ailleurs la publicité.
En 1950 la princesse Margaret défraie la chronique en bikini sur le yacht d’un magnat, aux abords de la Costa del Sol.

On craint que le maillot ne donne un avantage injuste aux concurrentes qui osent l’enfiler.
Les bikinis sont interdits au concours de Miss Monde.
Les magazines féminins allemands et français le mettent à l’index jusqu’à la fin desannées 50 : « Nous savons que nos lectrices dénigrent le bikini, qui a transformé certaines côtes de nos régions en coulisses de comédies musicales et qui de plus n’embellit pas la femme« , écrit encore Vogue en 1951.
Symbole d’émancipation pour les uns, de réification de la femme pour les autres, il s’adapte à tous les rôles. Hollywood saura l’exploiter à merveille.
Les « bathing beauties » rentrent en scène avec Esther Williams, la pin-up de calendrier Betty Page, ou Marilyn Monroe qui pose en 1948 pour la marque de maillots Jantzen (ce qui n’empêchera pas l’Amérique puritaine de ne le tolérer sur les plages familiales qu’au début des années 1960).

Ce n’est que vers le milieu des années 1950 que le bikini refait vraiment surface.
Adopté par les stars de cinéma, il devient synonyme de séduction et de sexappeal.
Le bikini participe ainsi au façonnage de l’imaginaire fantasmatique du sex-symbol.
En 1953, la reine d’Hollywood, Marilyn Monroe, s’affiche en bikini dans : « Les hommes préfèrent les blondes » de Howard hawks, de l’autre côté de l’Atlantique une starlette surnommée BB, initiales de Brigitte Bardot, fait sensation sur la Croisette aux premiers jours du Festival de Cannes, en arborant un bikini.
Il adopte des motifs et des matières insolites qui tentent de retenir l’attention : l’actrice Diana Dors fait une apparition au festival de Venise en 1955, vêtue d’un maillot de bain vison, tandis que Jane Mansfield affiche des maillots peau de bête.

En 1957, le bikini devient populaire en France grâce au film « Et Dieu créa la femme » avec Brigitte Bardot (qui avait déja tourné en 1952 « Marina la fille sans voiles » de Willy Rozier avec Howard Vernon ou elle faisait déja un abondant usage du bikini) dans lequel elle le portait en toile vichy.
Mais à l’époque, le bikini n’est porté que par des starlettes ou des pin-up.
Beaucoup de jeunes filles françaises voulurent l’imiter.
A l’été 1959, certains magazines féminins reviennent sur leur premier jugement et en ont font le « vêtement de la saison » (Vogue).
La découverte d’un nouveau matériau, le lycra permet également le retour en force du bikini.

Au début des années 1960, on voit encore peu de bikinis dans les lieux publics.
Le chanteur pop Brian Hyland chante « Itsy Bitsy Teenie Weenie Yellow Polka Dot Bikini« , qui sera repris en France par Dalida et Richard Anthony.
« Itsy Bitsy petit bikini » est un tube et contribue certainement à relancer le produit tout en traduisant très bien l’esprit de l’époque : « Sur une plage il y avait une belle fille qui avait peur d’aller prendre son bain. Elle craignait de quitter sa cabine. Elle tremblait de montrer au voisin… Un, deux, trois, elle tremblait de montrer quoi ? Son petit itsi bitsi tini ouini tout petit petit bikini qu’elle mettait pour la première fois. Un itsi bitsi tini ouini tout petit petit bikini, un bikini rouge et jaune à p’tits pois. Un deux trois voilà ce qui arriva… » (paroles française d’André Salvet).
Le sulfureux maillot commence à rentrer dans les moeurs malgré la désapprobation des parents.

En 1962, Ursula Andress fera faire un bond de géant, au maillot, grâce au film Dr No.
Elle sort de l’eau habillée d’un deux-pièces blanc, un poignard accroché à une ceinture et deux coquillages dans les mains.
Cette scène culte contribue autant à la célébrité du maillot de bain qu’à celle de l’actrice.
Pour la petite histoire Le célèbre bikini porté par Ursula Andress dans le film James Bond contre Dr No a trouvé preneur pour 41.125 livres lors d’une vente aux enchères de Christie’s à Londres, il a été acquis par Robert Earl, le co-fondateur des restaurants Planet Hollywood.

En 1963 apparaissent les premiers monokinis, sur la plage de Pampelonne.
Au Brésil Le tube « Garota de Ipanema« , « La fille d’Ipanema« , chanson en hommage à une jeune fille de 15 ans adepte du bikini, Helôísa Eneida Pinto, qui débute ensuite une carrière de mannequin et de reine de beauté, fait du bikini l’uniforme obligatoire sur les plages de Rio
A partir de 1964, c’est l’affrontement entre les « serviteurs » de la morale publique et de l’ordre et les porteuses de monokini.
En 1965, le monokini se répand un peu partout sur les plages de France et d’Europe.

Cette année 1965 on voit aussi apparaître l’utilisation publicitaire du monokini, le mannequin Tony Lee Shelley pose sur les rives du lac Michigan, seins nus, pour faire la promotion des produits coiffants Vidal Sassoon.
La même année le magazine Marie Claire consacre le bikini avec un reportage réalisé pour la première fois en plein air, envoyant ses photographes aux Bahamas, à la Martinique (retour vers ces îles qu’évoquait le mot « Bikini« ).
Si le nom de son inventeur est tombé dans l’oubli, la société Réard a fermé ses portes en 1988 , le bikini est devenu un nom générique pour désigner les maillots deux-pièces.


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