Wang-Lin aurait pu avoir le destin de la plupart des vedettes éphémères du Net chinois : un coup de buzz suivi d’une plongée dans l’anonymat…, mais la jeune femme a quelque chose de plus que les étoiles filantes qui traversent régulièrement le ciel de la blogosphère : elle est hôtesse de l’air et artiste photographe.

On les voit dans leur quotidien, sans maquillage, naturelles, parfois dénudées, notamment lors de leurs périodes de repos.

C’est par un scandale qu’elle devient célèbre en 2010 : elle travaille alors au sein de la première compagnie aérienne privée chinoise et prend des photographies en noir et blanc de ses collègues.

« Mes patrons savaient que je faisais de la photographie depuis longtemps. Je prenais des photos des activités de l’entreprise, grandes ou petites, même si ce n’était pas mon travail, et je n’étais pas payée pour cela. Les responsables et mes collègues étaient au courant », se défend-t-elle aujourd’hui.

Diffusées sur le Web à l’insu de Wang-Lin, les images choquent et la compagnie aérienne OK-Airways n’apprécie pas.

Après avoir été l’invitée de plusieurs festivals chinois, la jeune femme vient d’être exposée pour la première fois hors de son pays lors du festival photo de Phnom Penh, au Cambodge, du 18 au 30 décembre 2012.
L’ancienne hôtesse de l’air a déposé plainte (la procédure judiciaire est toujours en cours) et, si elle rêve encore de voler un jour, elle se consacre désormais à la photographie.
Son goût pour la photographie lui vient d’une passion d’enfance pour le dessin.

Puis elle démissionne pour étudier la photographie et les médias numériques à l’Académie centrale des beaux-arts de Pékin, entre 2001 et 2003. 
Née en 1973 à Tianjin, une ville portuaire située à une centaine kilomètres de Pékin, Wang-Lin travaille d’abord pendant dix ans comme hôtesse de l’air à la compagnie Xinhua.
Ensuite, elle retourne à ses premières amours en travaillant pour OK-Airways.

Comme le montre cette série intitulée « Tulipes vagabondes », où elle se met en scène dans un univers situé entre Alice au pays des merveilles et Le Petit Chaperon rouge, Wang Lin compare les hôtesses aux tulipes : loin des regards, dans l’obscurité, elles se « reposent » ; en pleine lumière, elles resplendissent…
Après un travail documentaire, elle se dirige désormais vers le conceptuel.
Pour accompagner les photos de sa dernière série publiées ici, elle a écrit un long texte qui commence ainsi : « Hier soir, j’ai fait un rêve étrange : quand je suis arrivée à l’aéroport vêtue de mon uniforme, le bureau avait changé d’apparence, il était haut et étroit, tout d’un coup, il avait deux oreilles ! Les tulipes, qui se trouvent devant l’immeuble, sont rouges, comme baignées par le sang, elles apportent aussi une douleur flétrie ! »…

Pour Jean Loh, son galeriste de Shanghaï : « les photos de Wang-Lin sont nées de sa propre expérience douloureuse. Comme les auteurs qui ont réalisé leur thérapie en écrivant leur histoire personnelle, la projection des rêves de Wang-Lin, juge-t-il, ressemble à une séance sur le canapé de l’analyste »..
Certaines des photos Wang-Lin comme celle-ci renverse la vision stéréotypée des hôtesses de l’air comme étant des femmes très sages et toujours impeccablement habillées.

Une hôtesse de l’air s’assure que ses cheveux sont tous bien rentrés et que son make-up est en place, avant de prendre son service dans l’allée centrale.

Neuf personnes sur 10, prises au hasard, à qui on a demandé ce que l’image de l’hôtesse de l’air évoquait dans leur esprit, on répondu sans doute, « belle femme », « rêve de voyage », « vêtements impeccables », et… même « elles se marient souvent à des hommes riches »…  
Wang Lin, donne de l’hôtesse de l’air, une image très différente.
Se transportant avec une vivacité et d’élégance, sa tenue est tout sauf flashy.  Wang-Li est une hôtesse de l’air de 37 ans dont le style documentaire de ses photos d’hôtesses et stewards, l’ont récemment catapulté sur la scène médiatique.  
Ces photos montrent que les hôtesses de l’air sont des femmes vivantes, qui changent de vêtements, jouent au poker en pyjama, et dorment relax en sous-vêtements… et que leurs chambres sont bien souvent des dortoirs mal-rangés ou la nudité est naturelle. 
« Habituellement, les gens ont une vision stéréotypée des hôtesses de l’air, souvent dépeintes comme accrocs aux cosmétiques, aux vêtements de fantaisie et même aux hommes riches. Mais, en fait, la plupart ne sont que des femmes normales au milieu de gens ordinaires », dit Wang-Lin.

Elle est également assez franche pour attribuer la popularité de ses photos en grande partie à l’instinct voyeuriste des gens : « Je ne sais pas exactement ce qui les motive à cliquer sur mes photos en ligne, dit-elle, mais je suppose que c’est tout simplement la curiosité »…

Une récente campagne publicitaire de China Southern Airlines visant au recrutement de 1.000 hôtesses de l’air, avant les Jeux asiatiques de Guangzhou, a attiré 10.000 candidates.
Bien que l’industrie aérienne chinoise a parcouru un long chemin, le nombre d’hôtesses de l’air y est encore assez faible et la concurrence pour entrer dans cette profession reste difficile.

« L’idée de capturer la vraie vie des hôtesses de l’air a toujours été au fond de mon esprit, dit-elle, mais pour l’avenir, je prévois de poursuivre ma carrière d’hôtesse de l’air pour quelques années de plus dans une autre compagnie. Je resterai professionnelle aussi longtemps que je suis dans cette position, toutefois, la photographie sera peu à peu une grande partie de mon avenir »…

www.GatsbyOnline.com