Voici le Hanging Heart de Jeff Koons.
Ce coeur rose géant chromé, digne d’une campagne de promo pour des célèbres chocolats fourrés à la cerise, a été vendu 23,6 millions de dollars par la maison Sotheby’s, en novembre 2007.
Il y a des coups de pied au derrière qui se perdent, n’est ce pas ?
Il est exposé, ainsi que 14 autres « oeuvres » de l’artiste New-Yorkais, du 10 septembre au 14 décembre 2008 au Palais de Versailles.

Il s’agit d’une sculpture de douze mètres de haut, moitié cheval à bascule, moitié dinosaure, qui a la particularité d’être recouverte de 100.000 fleurs (pensées, pétunias).
Le fameux Split-Rocker fait partie des oeuvres réalisées par l’artiste américain Jeff Koons, 53 ans (ex époux de la sulfureuse Cicciolina qui vient de le faire condamner au paiement d’une pension alimentaire de 1.500.000 euros) !
Pour le prix d’une visite au château, les amateurs découvriront les installations monumentales ou plus intimes de l’artiste.
Pour les organisateurs de ce grand show, « Jeff Koons à Versailles« , c’est la venue d’un des artistes les plus en vue dans un des monuments les plus fréquentés du monde…, 5,5 millions de visiteurs par an, et 10 millions dans les jardins !
M. Aillagon promet une visite « très tonique pour le regard et stimulante pour l’intelligence », à savoir :
– un gros homard en aluminium rouge (Lobster, 2003) pendu au plafond du salon de Mars, tel un jouet gonflable ;
– un bouquet de fleurs en bois polychrome (Large Vase of Flowers, 1991) dans la chambre de la Reine ;
– un lapin en acier (Rabbit, 1986), considéré comme l’un des chefs-d’oeuvre de Koons, dans le salon de l’Abondance ;
– un miroir en acier poli (Moon) dans la galerie des Glaces, etc etc…
C’est un panorama sur trente ans de carrière, un hommage rendu à cet artiste qui n’a « quasiment jamais été exposé en France », rappelle Laurent Lebon, commissaire de l’exposition avec Elena Geuna, qui ajoute : « Le monarque faisait constamment appel à des artistes pour ses fêtes éphémères. Versailles a toujours été un laboratoire de création. »
Pourtant, l’irruption de Jeff Koons dans ce chef-d’oeuvre de classicisme à la française a déclenché deux polémiques.
La première est l’intrusion dans les murs mêmes du château de seize sculptures géantes et clinquantes – une par salle – imaginées par un artiste considéré comme un parangon du kitsch.
« L’art contemporain vient semer la distraction, la destruction dans un ensemble parfait », s’est ému le président d’honneur de la Fondation du patrimoine, Edouard de Royère.
L’oeuvre de Jeff Koons aurait donc de « grandes résonances avec Versailles », a raillé de son côté Didier Rykner sur son site « La tribune de l’art », avant d’ajouter : « On imagine très bien la Cicciolina (ancienne épouse de Jeff Koons) dans le lit de Louis XIV… » Kitsch ? « Je pense au contraire que Koons va apparaître comme ultraclassique ! Notamment dans son rapport maniaque à la symétrie. C’est Versailles qui va ressembler à une folie », répond Laurent Lebon.
Une autre critique, se positionne sur le terrain du conflit d’intérêts.
Ancien employé de M. Pinault, M. Aillagon valorise la collection de cet homme d’affaires en exposant six oeuvres qui appartiennent à ce dernier.
De plus, une exposition en solo a eu lieu en juin 2007, à Venise.
Jean-Jacques Aillagon s’y trouvait avec son ami l’homme d’affaires François Pinault.
Le premier était alors le responsable du Palazzo Grassi, qui abrite une partie de la collection d’art du second.
M. Aillagon, également ancien ministre de la culture, s’apprêtant, de surcroit, à prendre les rênes du château de Versailles, François Pinault lui a alors lançé : « Avec tous les jardiniers que vous avez, vous allez pouvoir exposer mon Split-Rocker ! »
C’est qu’un lieu comme Versailles valorise financièrement les oeuvres ! 
De plus, Elena Geuna travaille pour François Pinault.
« Je trouve ces arguments spécieux et désobligeants. Les oeuvres de Jeff Koons ont atteint des prix impressionnants bien avant d’être exposées au Metropolitan il y a quelques semaines et à Versailles aujourd’hui », s’est défendu l’ancien ministre de la culture, lorsque je lui ai communiqué le brouillon de l’article que je comptais publier…
Il est vrai que le Hanging Heart de Koons, coeur rose géant chromé, a été vendu 23,6 millions de dollars par la maison Sotheby’s, en novembre 2007.
Plus mesurée, la directrice déléguée de la Société des amis de Versailles, Anémone Wallet, m’a dit : « Je regrette que l’on n’ait pas demandé à Jeff Koons de faire une création pour cet évènement, ce qui aurait permis de contourner en partie l’écueil que vous soulevez » !
Mais la facture s’en serait trouvée encore alourdie.
Le coût de l’exposition s’élève en effet à 1,9 million d’euros.
En comparaison, l’exposition Jan Fabre au Louvre a coûté 220.000 euros, hors frais de gardiennage.
A Versailles, 300.000 euros sont à la charge de l’établissement public alors que le 1,6 million d’euros a été financé par des partenariats, essentiellement des collectionneurs privés dont François Pinault, Eli Broad, Dakis Joanno, Edgar de Picciotto…, pour la plupart des collectionneurs de Koons…
Le Split Rocker, dont la seule installation a coûté 800.000 euros, avait été dévoilé en 2000 dans l’exposition « La Beauté« , en Avignon, organisée par Jean-Jacques Aillagon.
Vanité, inanité, futilité.
On voudrait nous faire croire qu’il y a dans la présence à Versailles des sculptures kitchissimes de Jeff Koons, néo-pop américain largement surévalué, matière à débat.
Il ne s’agit pourtant que de la part émergée d’un marketing hautement spéculatif qui trouve dans le prétendu scandale son aliment nourricier.
En mettant guimauve, bêtise et laideur provocantes sur le piédestal d’un monument quasi sacré, Koons réédite moins le geste provocateur de Duchamp, qui avait alors un sens, qu’il ne consacre la virtualité absolue de sa démarche d’artiste-américain-le-plus-cher-du-monde.
On sait ce que vaut cette cherté, ce n’est pas celle de Van Gogh… et quel monde la garantit !
Koons est bien à l’art ce que les subprimes sont à la finance : du vent, du vent, encore du vent. 
S’il n’y a pas matière à débat, il y en a à la mauvaise humeur.
La présence de l’Américain dans les chambres royales reste bel et bien dommageable.
Non que l’esthétique koonesque soit réellement scandaleuse, ses pauvres trophées ne sont, après tout, que les babioles dérisoires portées à échelle monumentale du gamin de la star, mais que les décideurs de cette expo arnaquent, en beauté, le visiteur des lieux.
Impossible, en effet, et pendant trois mois, de visiter le château sans rencontrer obligatoirement sur son chemin le lapin stupide, la panthère rose bonbon et sa grognasse, l’ours débonnaire et le policeman, le homard gonflable, le cœur enrubanné ou le couple en porcelaine doublement débile que forment Michael Jackson et son singe.
Au moins n’y trouve-t-on pas trace des ébats de Jeff avec la Cicciolina !
En tant qu’ex-épouse en pétard, elle a dû mettre le holà.
Gageons qu’en des temps plus heureux, la charmante aurait trôné nue dans le lit de Louis.
Pour un happening.
Arnaque, donc.
Nulle part dans l’enceinte de Versailles, l’exposition Koons n’est explicitement annoncée au touriste comme inexorablement liée à la visite traditionnelle des appartements.
Qu’ils le veuillent ou non, les visiteurs devront se coltiner aux pièces susdites.
Un piège subtil qui ne laisse pas vraiment le choix de remettre à plus tard.
Au moins les touristes devraient-ils bénéficier d’une réduction pour embarras occasionnels !
Des milliers de visiteurs, tout bénéfice pour Koons, se gargarisent les organisateurs.
Des visiteurs auxquels on force évidemment la main, l’équation se réduisant à subir le néo-pop ou à renoncer à la visite historique au terme, parfois, de longs voyages en car et après avoir payé leur droit d’entrée !
Pour avoir fait la visite avec une pléthore implacable de touristes russes, japonais et même français bon teint, je peux affirmer que la plupart furent bel et bien pris par surprise.
Une surprise réelle, vaguement dégoûtée, même si les appareils photo crépitèrent généreusement, mus par un réflexe de potache devant l’apparent crime de lèse-majesté. 
Les objets de Koons ne sont pas seulement moches et sans contenu.
Cette mocheté érigée sur le socle du baroque et du classicisme fiche carrément le cafard, avançant que rien n’a de sens au royaume de l’art.
Que le commissaire, Laurent Lebon, puisse prétendre, sans rire, que Koons est si classique, avec sa manie de la symétrie…, mais remarque-t-on la symétrie d’un lapin mécanique, d’une bouée pour enfants ou d’une boîte de pralines ?…, qu’il rend incongru le décor de Versailles, cela ne remonte pas le moral !
Pas plus que les lieux communs sur l’intégration du contemporain et de l’ancien de l’ex-ministre de la Culture, devenu maître à Versailles après avoir été l’employé de la Fondation Pinault à Venise.
Intégration ?
Tarte à la crème, tic, manie s’exerçant n’importe comment et n’importe où.
Et alors ?
C’est là que les Athéniens s’atteignirent, que les Versaillais con-templèrent la marche inévitable des siècles et que les pro et les anti-art contemporain au Château fourbirent leurs dernières armes à la lumière du Roi-Soleil.
Il y a du remake artistique de The Man Who Fell to Earth dans cette rétrospective Koons montée en seulement dix-huit mois, avec son Lobster rouge écrevisse suspendu au plafond du salon de Mars, son Rabbit enfantin et chromé trônant sur son socle dans le salon d’Abondance, son Louis XIV en acier poli étincelant comme un petit train tout neuf dans le salon de Mercure.
Jusque-là, seuls quelques photomontages travaillés sur ordinateur au studio Jeff Koons de Chelsea permettaient d’imaginer le choc des cultures !
Pas de réaliser ce que le choc de l’œil veut dire.
Vernissage ou affaire d’État ?
Les couvertures qui cachaient les quinze pièces de l’artiste du post-pop américain, disséminées au cœur des Appartements royaux, disparaissent et dévoilent aujourd’hui la vision multicolore de cette star de l’art américain, déjà cotée comme une valeur boursière (record de 23,56 millions de dollars en novembre 2007 à New York pour son Hanging Heart (Magenta), comme celui de François Pinault accroché dans l’Escalier de la Reine).
Au public, aux curieux, aux fans et aux allergiques de juger, si ce drôle de jeune homme de 53 ans, lisse malgré ses provocations d’artiste avec la Cicciolina (la fameuse série Made in Heaven), souriant comme une pub des années 1950, insaisissable y compris pour ses pairs comme le Britannique Damien Hirst, a réussi son pari : Capter l’harmonie du lieu, y insérer ses pièces avec un sens de la proportion et de l’homothétie.
Bref, créer une abstraction » en disposant ses objets d’art hyperdécoratifs, pour ne pas dire kitschissimes, dans le palais du décor absolu.
Le Grand Trianon, dans la galerie des Cotelles avec vue royale sur le parc, de part et d’autre, fut le lieu de prédilection de feu les présidents de la République Georges Pompidou et François Mitterrand, dont l’ancienne résidence de villégiature était proche.
C’est là, qu’après la visite privée de l’exposition, le plan de table me dira à sa façon où se situe l’opinion. 
C’est qu’il y avait « waiting list internationale » pour ce dîner de 150 convives seulement, que Versailles la française offrait en l’honneur de Jeff Koons, fils d’un décorateur d’intérieur de Pennsylvanie, ex-trader et performeur clownesque au sein du MoMA (Museum of Modern Art) et roi pour trois mois de notre trésor national.
Y étaient conviés nos élus Franchouillards, leurs fidèles, nos stars, divers collectionneurs, quelques grands patrons méga-milliardaires, des mécènes et de nouveaux adeptes, porteurs d’avenir, comme le milliardaire russe Roman Abramovitch, 41 ans et quinzième fortune mondiale, sa jeune compagne Dasha Zhukova, 26 ans, invités, espérés, à défaut d’être attendus… et moi-même, personnelement et en personne, portant bien haut GatsbyOnline et Zgallery aux cimes.
Au premier rang, François Pinault, mécène de Versailles l’intemporelle comme de cette exposition qui chahute les habitudes (à hauteur de 1 M€ sur les 2,20 M€ de coût total et les 1,90 M€ financés par les sponsors).
Grand promoteur de Koons devant l’Éternel, le propriétaire de Christie’s lui destinait la première exposition de son musée mort-né de l’île Seguin et l’a mis sur le Grand Canal de Venise pour inaugurer son Palazzo Grassi avec le même Balloon Dog (Magenta) aujourd’hui présenté dans le salon d’Hercule, au pied du Repas chez Simon de Véronèse et sous L’Apothéose d’Hercule restauré avec le mécénat de BNP Paribas.
Les prêteurs de « Jeff Koons à Versailles » sont des personnages.
Nuques raides de militaires et infatigables chefs de multinationales, l’éditeur de Cologne Benedikt Taschen, qui a rajeuni les « coffee table books » par son concept de livres grand public, didactiques et abordables… et a publié une monographie en format éléphant sur Koons, produit de luxe déjà introuvable.
Déjà mécène de Richard Serra aux Tuileries, Eli Broad le Californien qui venait d’inaugurer une aile spectaculaire au Lacma de Los Angeles était également de la fête, de même que l’adepte de Mike Kelley le subversif à la Fondation Wiels de Bruxelles, le Grec Dakis Joannou qui est toujours de tous les événements contemporains quand il ne reçoit pas sur son île.
Qui avait-il encore ?
Je réfléchis intensément…
Ah oui…,  le grand chasseur de grouses dans les Highlands, l’armateur norvégien Astrup Fearnley qui n’a pas eu peur de prêter son Michael Jackson and Bubbles, porcelaine de 1988, délirant, aussi fragile que doré, posé avec égards dans le salon de Vénus.
Les dîners mondains de l’art ne manquent pourtant pas, mais il y avait ici pourtant bataille pour être de celui-là (sic !), tant la curiosité faisait monter la fièvre.
J’ai même vu Mesdames les ministres Christine Albanel et Rachida Dati deviser le bout de gras (du lard) avec Peter Brant, géant américain de la presse et de l’édition, avec sa superbe moitié, Stephanie Seymour, top cover-girl des eighties à la une de Vanity Fair le mois dernier, dont l’arrivée crée toujours le silence dans les ventes du soir à New York.
La venue possible de SAS Albert II de Monaco était évoquée ; celle de l’ex-princesse punk de Bavière, Gloria von Thurn und Taxis, souhaitée ; celle du couple élyséen infirmée.
Karl Lagerfeld et Nicolas Ghesquière pour la haute couture, Fanny Ardant pour la scène, Hans Ulrich Obrist pour les arts plastiques, Guy Martin, chef du Grand Véfour, pour la table, Jacques Garcia pour l’éloge du décor, sir Evelyn et lady de Rothschild pour la particule à l’anglaise…
J’ai ainsi vu combien Versailles soudain était l’endroit où il me fallait être.

« Le débat artistique était et reste légitime, à la mesure de Versailles, qui n’a pas son égal.
Qu’on aime ou que l’on déteste Jeff Koons, jamais on n’a parlé autant de Versailles qu’en son sein…
Cette exposition, temporaire et spectaculaire, passionne la presse étrangère, de CNN, qui filme du matin au soir, à la BBC, du Stern à Newsweek jusqu’aux quotidiens colombiens« , m’a souligné Jérôme de Noirmont, le galeriste qui exposa Koons à Paris dès 1997, bien avant la fureur du marché.
« Au-delà de l’anecdote d’un soir, ce mariage des continents, de la culture et de l’entreprise, des représentants de l’État et des collectionneurs privés, des artistes et des fortunes montre bien l’effet Jeff Koons à Versailles. C’est une formidable chance pour la France, et pour Paris en plein réveil, que ce grand artiste américain ouvre ainsi le chemin aux artistes français, malheureusement moins fédérateurs« ,  a insisté le galeriste, agacé par cette énième polémique franco-française que je lui évoquait…
On ne badine pas avec l’amour.
Cette « première révolutionnaire« , a choqué à juste titre nombre des Amis du château de Versailles, à l’instar du comte Édouard de Royère, ancien président d’Air liquide, créateur de la Fondation du patrimoine et l’un des principaux mécènes français de Versailles.
Depuis, le débat est devenu plus personnel, voire politique.
À qui profite le crime ?
– « La cote de Jeff Koons n’a pas besoin de Versailles« , estime le marché de l’art, repu.
– « À Versailles qui voit affluer les mécènes et les crédits bien contemporains« , dit-on au Château, d’une sagesse toute royale.
Enfant du pop art, Jeff Koons s’est immédiatement attaché à présenter des oeuvres en prise directe avec les objets de consommation courante.
A la manière des plus grandes figures du mouvement, on trouve chez lui un véritable catalogue de l’industrie et de la culture florissantes des années 1970-1980.
Mais Koons intègre une dimension de réelle fascination.
Bien avant que l’art minimal ne fasse des émules dans la décoration ou dans l’industrie, Jeff Koons a senti ce potentiel esthétisant de l’épuration et a donne naissance à ses premiers monstres bicéphales.
L’union de l’art et de l’objet en quelque sorte, et non pas simplement l’objet comme oeuvre.
Loin de se réduire au ready-made, il offre le contexte nécessaire à la chose pour en dégager le potentiel magique, cette nostalgie ou envie qui fait battre le coeur des enfants de l’industrialisation.
Adepte de la citation, Koons n’en distille pas moins une fascinante unité qui, bien au-delà de la nostalgie et du kitsch, rappelle à quel point ce perfectionniste a su feindre le dilettantisme.

Rejouant avec humour les stigmates des années 1980 et de leur folle surenchère de dollars, de clinquant et de vulgarité, l’artiste n’a jamais aussi bien tenu son rôle qu’aujourd’hui.
Héros tragique, Koons a tout du rêve américain grandeur nature.
Car de l’utilisation des icônes en statuettes kitsch aux dessins psychédéliques d’un futurisme pompier en passant par ses sculptures végétales et autres chiens gonflables, c’est toute une allégorie de la matière qui se dessine en filigrane dans son oeuvre.
Clinquant et souvent décrit comme une simple prouesse technologique, sa boulimie des formes, des textures et des reflets passerait presque inaperçu tant ses figures déjouent son propre investissement.
Rien n’est mieux caché que l’évidence.
Et à ce jeu, Koons fait preuve d’une virtuosité rare, renvoyant à lui-même quiconque tente d’approcher ses objets miroirs, impossibles à pénétrer sans risquer de les détruire.
Apprendre à rester à la surface, pour en finir avec le vieux conflit forme et fond… et s’attacher à ce qu’elle donne, les miroirs du monde de Koons agissent comme autant de masques apposés sur la société, au fond desquels le regard renvoie au masque de celui qui regarde…
Qu’importe alors si Jeff Koons parade, sûr de son fait et de ses oeuvres, dans les cours princières d’un Versailles suranné, petit roi mégalomane d’un monde qu’il n’a même pas créé.
Limousines, lunettes noires, et sourire impeccable, admiré et modèle de réussite, Jeff Koons a fait de lui l’icône subversive et subvertie que la société de consommation n’aurait osé rêver, cette identité plastique, évidée à tant s’être exposée, qui se pare des qualités de qui l’observe.
Le produit miracle, pierre philosophale new age de la société médiatique…
Rien que du vent, mais du vent qui l’a rendu multi-milliardaire…
Il n’y a aucune morale dans l’art, même pas dans le lard !
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