Je suis un poète de l’absurde.
C’est que du bonheur, le temps immobile d’un âge d’or qui ne connait ni l’échange marchand, ni le donnant-donnant.
L’espace du don et du contre-don.
Y’a toute une littérature sur le sujet.
Et toute représentation, par rétroaction, finit par affecter le réel. 
Je suis un rêveur, parait-il.
C’est LO qui me l’a dit.
Je n’y avais pas réfléchi jusqu’alors, mais elle a raison.
Je suis un poète de l’absurde.
J’en suis fort aise.
Je peux évidemment enfiler la panoplie de l’homme d’acier : j’ai d’une certaine façon été payé pour ça à une époque de ma vie.
Mais elle est en lin, la panoplie, elle gratte jusqu’au sang, un vrai cilice, un délice semble-t-il pour tous les accrédités.
Oh, je pourrais le faire aussi, avec mon sexe, raconter le sordide.
Je pourrais au moins l’écrire à défaut de le faire.
Ou mieux, illustrer.., ma relation torride avec elle, une Scorpionne qui m’aime mais me griffe et le mort partout…
Ehhh oui, là aussi !

Quoi ?
Comment ?
Je pourrais être un vrai grand garçon.
Mais j’ai pas envie, j’ai toujours trouvé ça tellement agréable, elle aussi j’espère, plus ou moins, certes, mais toujours agréable.
Alors quand ma belle est partie en vacances, je me suis senti tout seul.
Mais c’était tout de même une séparation.
Et j’ai longuement réfléchi à ce que je pouvais faire de plus pour marquer son retour. Des fleurs ? Les chats les mangent.
Des chocolats ? Son régime alimentaire serait trop riche en lipides.
Un bijou ? Elle n’aime pas ça.
Des banderoles dans tout l’appartement, proclamant « Longue vie à LO ! » ?
Lui graver un CD de bienvenue ? Je le fais chaque jour….
Idem pour un DVD.
Non, j’ai déposé un petit mot tendre en corps 120 (360 dpi, quand même !).
Oui, un petit mot tendre !
Et je lui ai envoyé par émail pour qu’elle l’ait en primeur dès son retour à une heure indue.
Un vrai extrait de roman Harlequin, un rêve lesbien d’une Cha-charaignée qui tisse sa toile sur SMS….

A tout prendre, je préfère être un gros Grizzly, tout gentil et tout nunuche.
Et j’en suis fier.
Je le revendique, même.