Le clitoris !
Well, avec mon assistante, j’ai entrepris l’étude du clitoris !
En voici le rapport final.
Bon appétit, is’nt !
Sexe honni, sexe ignoré, malheureux deuxième sexe !
Demandez aux femmes la taille de leur clitoris. La plupart ne vous donneront pas le moindre début de réponse. Faut-il compter en pouces, millimètres, centimètres, parcmètres ?
Pour élucider les origines de sa géographie intime, comprendre son comportement, ses rondeurs, son impétuosité et ses caprices de fonctionnement.
Et si le clitoris avait pour fonction d’encourager sa propriétaire à prendre en main sa sexualité ?
Les militantes féministes des années 70 n’ont peut-être pas brûlé leurs soutiens-gorge, comme le veut la légende. Mais elles avaient bel et bien brandi le symbole du clitoris. Elles s’exprimaient comme des explorateurs ayant mis le pied sur un continent oublié, un jardin de l’Eden, qui sait, tel que Lilith l’avait connu.
La bible des féministes, “Our Bodies, Ourselves”, dans son édition des années 90, rappelle que les femmes n’avaient aucune idée de l’importance du clitoris jusque dans les années 60. On imputait cette ignorance à la thèse de Freud qui qualifiait l’orgasme clitoridien « d’infantile », contrairement à l’orgasme vaginal « mature », et prétendait que la femme ne pouvait parvenir à l’épanouissement psychologique et sexuel qu’en transférant le plaisir qu’elle tirait de son vestige de phallus sur son vagin à la féminité incontestable. L’indignation qu’a suscitée cette théorie était légitime. Cela fait des milliers d’années que les savants comme les amateurs savent que le clitoris est au centre du plaisir et de l’orgasme féminins.
Contrairement à ce qui se passe pour les garçons. Les filles sont victimes d’une véritable « clitoridectomie mentale ». Les mères avec leur réprobation silencieuse et leur pruderie sont à l’origine de cette psychochirurgie.
Pourquoi les filles en sont pourvues ?
Dès qu’il est question du clitoris et de l’orgasme féminin, mieux vaut avoir en tête trois vérités de base politiquement correctes. D’abord, disons le tout net, l’orgasme féminin n’est pas indispensable pour la survie de l’espèce ! Le mâle doit habituellement atteindre l’orgasme pour se reproduire, mais la femme peut parfaitement procréer sans ressentir quoi que ce soit et même, en cas de viol, éprouver de la peur et du dégoût. Ensuite, l’orgasme féminin est capricieux ; sa fiabilité et sa fréquence varient énormément d’une femme à une autre. Enfin, il y a la question de l’homologie génitale, le fait que le clitoris et le pénis se développent à partir de la même crête génitale chez le fœtus. Nous ne sommes pas la synthèse de ces trois points. Ces réalités physiologiques introduisent trois possibilités évolutives pouvant convenir à notre organe vedette, trois explications qui pourraient chacune rendre compte de l’existence du clitoris et de sa fonction
1. Le clitoris est un vestige du pénis
La fille en est pourvue parce que l’organisme est par nature bisexuel, et que le fœtus peut aussi bien développer des organes sexuels féminins que masculins. Si elle avait été programmée pour être un mâle, il lui aurait fallu un pénis opérationnel, capable d’éjaculation et bien innervé. Au lieu de quoi, elle n’en a reçu qu’un vestige, un fragment de tissu sensoriel doté de la même architecture neuronale qu’un phallus authentique. Dans cette version des faits, le clitoris, comme les aréoles mammaires masculines, serait un atavisme, la signature fugitive de ce qui aurait pu être, mais n’a plus de raison d’être.
Selon ce scénario, le clitoris et l’orgasme féminin ne sont pas le résultat d’une adaptation. L’adaptation, l’objectif final, c’est le pénis éjaculatoire, autrement dit le camion de livraison de l’ADN, avec le clitoris comme lot de consolation.Ce qui ne veut pas dire que nous ne pouvons pas profiter au mieux de cette circonstance fortuite. Faites donc l’amour autant que vous voulez, ou pouvez. Et si parfois il vous semble ardu d’escalader les pics du plaisir, ne regrettez rien, cela aurait pu être pire.
2. Le clitoris est un vestige de clitoris
Selon le scénario précédent, le clitoris n’est pas et n’a jamais été une adaptation ; c’est un pénis résiduel. Un autre raisonnement part du principe que le clitoris n’est peut-être pas aujourd’hui d’une utilité évidente, mais qu’il a été jadis une adaptation, resplendissant de tous les feux d’un dôme d’église byzantine. Si l’on en croit cette métaphore, nos ancêtres féminines se comportaient comme nos sœurs bonobos, aujourd’hui se servant de leur sexe comme d’une clé universelle, pour faciliter les relations amicales, apaiser les humeurs, solliciter un morceau de viande, obtenir les faveurs du maximum de partenaires et, à l’occasion, faire oublier les questions de paternité. Le clitoris incitait les femelles aux aventures, à grappiller leur plaisir autour et alentour, à jouer les nymphomanes. Cette façon de voir pourrait expliquer pourquoi les femmes sont lentes à jouir : leur sexualité était adaptée aux rapports multiples avec toute une série de mâles instables. Bon, celui-là ne fait pas trop l’affaire ; je ferais mieux de sortir, d’aller draguer et finir ce que j’ai commencé.
Sarah Blaffer Hrdy, une de mes biologistes évolutionnistes préférées, adhère à la théorie du  » il était une fois « . D’après elle, le comportement fantasque de l’organe, son besoin d’attention prolongée voire collective pour donner le meilleur de lui-même, est la preuve de son statut transitoire, entre adaptation et non-adaptation. Si l’orgasme de la femme caractérisait la monogamie et les liens de couple, comme le veut la tradition, s’il était destiné à encourager l’intimité des amoureux, le clitoris humain serait bien plus efficace, explique-t-elle. Il réagirait aisément aux seuls mouvements de la copulation et s’apaiserait tout aussi promptement une fois que l’homme aurait terminé. Au lieu de quoi une minorité de femmes parvient à l’orgasme par le seul va-et-vient du rapport sexuel ; la plupart ont besoin d’un petit travail de terrain préalable.
3. Le clitoris, c’est du Jean-Sébastien Bach
J’ai souvent pensé, en écoutant la musique de Bach, qu’en son absence rien n’existerait. Plus j’en écoute, plus je me dis que son avènement était inéluctable. L’évolution n’a pas de finalité, certes, sauf peut-être pour donner à entendre les second et cinquième “Concertos brandebourgeois”, les “Variations de Goldberg” et le “Clavier bien tempéré”. Si les dinosaures ont disparu, c’est pour permettre à Bach d’exister.
En d’autres termes, le clitoris est une adaptation. C’est un organe essentiel, en tout cas fortement recommandable. Il est tout à la fois fantasque, généreux, exigeant, profond, sociable et tolérant. C’est un caméléon, capable de changer de message selon les circonstances. On peut toujours l’interpréter de façon nouvelle, le mettre au goût du jour, comme la musique de Bach. Une piste à explorer en posant cette simple question : la planète pourrait-elle compter six milliards d’individus si les femmes n’aimaient pas faire l’amour ? Et comment joueraient-elles des fugues si les cordes de leur violon ne pouvaient vibrer ?
Il nous parle de ce que nous préférons ignorer
Soit. Posons comme postulat que le clitoris et l’orgasme féminin sont des traits adaptatifs. Il nous faut alors examiner de plus près les détails de leur fonctionnement. Supposons que le clitoris existe pour nous donner du plaisir, et que le plaisir soit l’aiguillon de la sexualité, autrement dit que sans la grande récompense, nous nous contenterions de faire de la broderie à la maison. Il nous faut alors reconsidérer le problème de la déconvenue, les raisons des défaillances du clitoris. Pourquoi nous faut-il peiner plus que les hommes pour atteindre l’apothéose ?
Le clitoris est un idiot savant
Il peut être génial ou stupide. A moins qu’il ne s’exprime comme Cassandre et nous parle de ce que nous préférons ignorer.
A mon sens, l’inconstance et l’entêtement apparents du clitoris, son décalage par rapport aux réactions masculines, la variabilité de son comportement d’une femme à l’autre – toutes ces complications si déconcertantes – peuvent s’expliquer par une simple supposition : et si le clitoris avait pour fonction d’encourager sa propriétaire à prendre en main sa sexualité ? D’accord, cela sonne comme un slogan politique, et nos organes n’ont pas pour habitude de prendre la carte d’un parti. Mais en l’occurrence, celui-ci vote avec ses pieds : il se conduit avec bonheur quand on le traite convenablement, bredouille et vacille lorsqu’il est maltraité ou incompris.
En vérité, le clitoris réalise ses meilleures performances quand la femme se sent en pleine forme, qu’elle est heureuse de vivre, qu’elle mugit à plein, au sens figuré comme au sens propre. Le clitoris n’aime pas qu’on l’effraie ni qu’on le force. Certaines femmes violées rapportent que leur vagin s’est lubrifié alors même qu’elles craignaient pour leur vie, heureusement d’ailleurs, ce qui leur a évité d’être déchirées, mais les femmes n’ont pratiquement jamais d’orgasme au cours d’un viol, quels que soient les fantasmes masculins à ce sujet. Il ne faut pas presser ni bousculer le clitoris. La femme qui craint d’impatienter son partenaire mettra d’autant plus de temps à jouir. Celle qui cesse de surveiller la casserole envoie un message au clitoris – j’arrive ! – ce qui suffit à faire déborder le lait.
Les femmes aux orgasmes multiples
Le clitoris aime le pouvoir et fait tout ce qu’il peut pour avoir le sentiment d’être aux commandes. L’anthropologue Helen Fischer a constaté que les femmes parvenant aisément aux orgasmes multiples partagent le même trait : elles se sentent responsables de leur plaisir. Celui-ci ne dépend pas du savoir faire ni de la sollicitude de leur partenaire. Elles connaissent les positions et les angles qui leur conviennent le mieux, et négocient lesdites postures verbalement ou physiquement. Sans compter que les positions les plus satisfaisantes sont le plus souvent celles qui donnent à la femme un certain contrôle de la chorégraphie sexuelle, en se tenant au-dessus du partenaire ou à ses côtés. Un film qui montre l’héroïne gravir tout le crescendo de la volupté et de l’extase bloquée contre un mur, à la façon du “Dernier Tango à Paris”, ne peut avoir été mis en scène par une femme.
Le goût du pouvoir et la complexité du clitoris ne devraient pas nous étonner. Pour une femme, faire l’amour a toujours été risqué. L’on peut se retrouver enceinte, attraper une maladie, se faire confisquer un lait de trop bonne qualité. Mais en bonnes primates que nous sommes, nous ne faisons pas l’amour uniquement pour nous reproduire. Nous ne sommes peut-être pas des bonobos, mais pas non plus des brebis à ruts saisonniers. Notre vulnérabilité exige une ligne de défense efficace.
Le clitoris est notre sentinelle, notre promontoire magique. Il nous dit que le plaisir est une affaire sérieuse et que nous ne devons pas nous enflammer sans raison. Il intègre des informations de différentes sources, conscientes et inconscientes, en provenance du cortex cérébral, de l’hypothalamus, du système nerveux périphérique, et réagit en conséquence. Si vous avez peur, il se paralyse. Si l’on vous indiffère ou vous répugne, il ne pipe pas. Si la passion vous fait vibrer, il s’anime comme une baguette d’orchestre et vous imprime son rythme, ici une caresse, là une envolée… « andante, allegro, crescendo, da capo« .
ETHOLOGIE :
Mme Bonobo, championne clitoridienne
Qui est-elle ? Son espèce est également connue sous le nom de chimpanzé pygmée, l’un de nos parents actuels les plus proches. Le bonobo est un champion olympique en matière sexuelle. Mâles, femelles, vieux, novices, peu importe, on baise, on se pelote, on se frotte, on se branle mutuellement, bref, on fait l’amour toute la journée. Et tout cela, la plupart du temps, sans rapport avec la procréation. Il s’agit plutôt d’un code de bonne conduite grâce auquel les bonobos peuvent vivre en communauté. C’est leur psychothérapie, leur lubrifiant social, le baume qui apaise les querelles, une façon d’exprimer ses sentiments, une pratique si rapide qu’on n’y fait plus attention. Chez une espèce où la sexualité prend une telle importance, pas étonnant que le clitoris prenne des proportions considérables. L’adolescente bonobo pèse environ moitié moins que l’adolescente humaine, mais son clitoris est trois fois plus grand, au point d’en dévoiler le balancement quand elle se déplace. Plus tard, elle devient féconde et ses lèvres gonflent. Il devient alors difficile de distinguer l’organe, mais il est toujours là, prêt pour le service à chaque fois que sa propriétaire le convoque, au demeurant plusieurs fois par heure.
CLOTORIDECTOMIE :
2 000 bébés mutilés chaque année
Le clitoris n’a aucun rôle fonctionnel. C’est un simple faisceau de nerfs, la plus grande concentration de fibres nerveuses de tout l’organisme (8 000), y compris le bout des doigts, les lèvres et la langue, deux fois plus que pour le pénis. En un sens, donc, le petit cerveau de la femme est plus grand que celui de l’homme. Et tout ceci, sans autre but que de servir au plaisir féminin. Le clitoris est le seul organe à vocation purement sexuelle, sans heures supplémentaires à effectuer en tant qu’appareil sécrétoire ou excrétoire. C’est peut-être pourquoi le clitoris a avantage à rester à l’abri des regards au sein de la fente vulvaire. Personne n’a mené d’enquête pour savoir si les femmes dotées d’un clitoris imposant parviennent à l’orgasme plus souvent que les autres, ou plus intensément. En revanche, on pratique aux Etats-Unis un autre type d’expérience, on procède couramment à une clitoridectomie, c’est-à-dire à la réduction chirurgicale de clitoris de fillettes, jugés trop grands. 2 000 bébés subiraient chaque année ce « correctif ».
« Un grand clitoris n’a jamais fait de mal à personne, certainement pas au bébé. Mais ça fait bizarre, obscène, vous a un air de zizi de garçon« , affirment les tenants de cette pratique barbare ! Pour y remédier, on taille, on replie, on ampute totalement. Une pratique qui n’est pas sans rappeler celle de l’excision, contre laquelle les pays occidentaux s’insurgent pourtant !
Kissssssssssssssssss
Anamary