Le masque à gaz dans le BDSM…

L’équilibre de Boudouard est le seuil à partir duquel le dioxyde de carbone se transforme au contact du carbone solide en monoxyde de carbone gazeux.
Le premier contribue au réchauffement de la planète quand le second est un gaz mortel.
Aristote aurait dit aujourd’hui : Entre deux maux, il faut choisir le moindre… le cache-sexe ou le masque à gaz.

Les fétiches sont communs à toutes les civilisations, le fétichisme est donc lié à l’animisme et à une conception magique du monde…, il est aussi une expression sexuelle.
La signification première du fétichisme est l’attribution à un objet ou à un animal, de propriétés surnaturelles bénéfiques pour le possesseur.
À en croire le Petit Robert, le fétichisme serait : « Une perversion sexuelle incitant l’individu à rechercher une satisfaction sexuelle par le contact ou la vue de certains objets normalement dénués de signification érotique ».
Il est évident (et cela est facilement observable), que le fétichisme est une composante de l’érotisme…, dès-lors la tenue vestimentaire dans l’attrait du regard, dans la provocation du désir, n’est pas sans importance, telle personne sera plus attirée par la minijupe qui découvre les jambes, une autre appréciera d’avantage un décolleté offrant une large poitrine.
Ou bien, et cela paraît important, c’est ce qui va cacher la partie du corps, le vêtement, qui sera élu en tant que fétiche sexuel…, car, de la partie du corps préférée qui provoquera le désir, au vêtement qui le couvre, le glissement est naturel.
Pour la psychanalyse, le fétiche choisi par le sujet est le substitut du pénis manquant de la femme : « Ainsi, si le pied ou la chaussure ou une partie de ceux-ci sont les fétiches préférés, ils le doivent au fait que dans sa curiosité le garçon a épié l’organe génital de la femme d’en-bas, à partir des jambes ; la fourrure et le satin fixent, comme on le suppose depuis longtemps, le spectacle des poils génitaux qui auraient dû être suivis du membre féminin ardemment désiré ; l’élection si fréquente de pièces de lingerie comme fétiche est due à ce qu’est retenu ce dernier moment du déshabillage, pendant lequel on a pu encore penser que la femme est phallique » (S. Freud, le Fétichisme, in La vie Sexuelle, éd. PUF)…

Pour Freud, le fétichisme serait indissolublement lié au complexe de castration, au « manque » de la femme…, dans sa théorie psychanalytique le fétichiste se défendrait de ce manque de pénis chez la femme par un « déni », processus différent du « refoulement », ce déni apportant un « clivage du moi », alors que le refoulement consisterait à refuser pour le sujet quelque chose venant de l’intérieur, un désir qui n’atteindrait pas la conscience ; c’est sur le refus de quelque chose d’extérieur que porterait le déni…, le fétichiste se défendrait donc de la castration de la femme en se constituant un fétiche qui remplacerait l’organe absent.
La diversité des formes de fétichismes existantes met toutefois à mal l’hypothèse freudienne…, on peut être d’accord avec Freud tant que le fétiche choisi est constitué par une pièce de lingerie féminine et que le fétichiste est de sexe masculin…, mais il devient difficile de suivre cette théorie quand on aborde non plus le fétiche en tant qu’objet, mais en tant que matière.
Certes, la soie ou le nylon peuvent renvoyer à la douceur de la pilosité féminine, le cuir, par sa texture et son odeur particulière peut renvoyer à une animalité…, mais que penser quand le fétiche n’est pas une partie du corps ou un vêtement particulier, car le fétiche ne se constitue pas uniquement de vêtements ou de parties du corps ?
Quelle explication apporter lorsque le fétiche est une matière artificielle issue de la production industrielle aussi diverses que l’acier, le latex, l’aluminium ou le caoutchouc ?
Une explication est d’autant plus difficile que les fétiches constitués de ces matières peuvent prendre diverses formes d’objets de la vie quotidienne.

Un fétichisme assez surprenant est celui des masques à gaz…, ils apparurent au « grand public » durant la première guerre mondiale, le 24 avril 1915, dans la région d’Ypres, après que les allemands eurent gazé le front au chlore deux jours plus tôt… et, ce qui est curieux pour le fétichisme, c’est l’emploi du masque à gaz dans la scène sado-masochiste…, on peut, dans les boutiques spécialisées trouver des dizaines de modèles différents proposés à la vente.
À quel type de signes, de symboles ou de signifiants ces objets peuvent-ils renvoyer ?
Certainement pas au signifiant du phallus…, mis à part le signe « animal », le jeu de l’araignée qui renvoie au-delà de l’humain, les explications sont manquantes.
On serait plutôt tenté de renvoyer ces étranges formes vers le cinéma… et spécialement vers le cinéma d’épouvante ou de science-fiction, dans lequel des monstres extra-terrestres se reproduisent d’une manière identique aux insectes pour manger les humains ; ce qui situe le sujet bien avant le « déni » freudien : il y a très peu de probabilités pour qu’un masque à gaz soit la pièce de lingerie retenue comme fétiche au moment du déshabillage !
A la limite, si l’on tient absolument à rester dans la théorie psychanalytique, cette forme de fétichisme renverrait plutôt au stade du nourrisson et de la mère ogresse, élaboré par M.Klein.
Mais il est tout à fait probable que ce phantasme d’animal dévorant peut-être à l’origine du fétichisme des masques à gaz, provienne d’un passé animal qui a traversé intact tous les stades de l’évolution et pour lequel aucune théorie psychologique ne peut être envisagée pour le moment…, le passé ou le devenir animal du sujet ne peuvent pas être niés.

Et qui ne voudrait pas se faire remarquer tout en restant incognito, avec un magnifique masque de cuir totalement déjanté ?
Si une Maîtresse est à la recherche d’un moyen de pimenter ses séances BDSM et qu’elle utilise un masque à gaz pour rehausser (sic !) la libido de ses « sujets » (et « sujettes »), fi des vieux masques à gaz récupérés dans les surplus militaires, surtout Russe, car il existe maintenant des masques à gaz qui s’avèrent des œuvres d’art.
Tom Banwell est un autodidacte aux talents multiples, c’est un artisan du cuir, un lanceur de sorts, un sculpteur… et surtout il est un inventeur infatigable.
Il a créé une vaste sélection de masques à gaz très imaginatifs, dont beaucoup ont été utilisés en vedette dans des films cinéma et télévision.
Il est également, adepte du mouvement créatif « Steampunk », affichant pour ce, son travail à l’Exposition Nouvelle Albion Steampunk.

Tom Banwell a récemment fait équipe avec le photographe Topher Adam pour créer une série de photos fantastiques sur ses masques à gaz, vendues en format géant à des fins décoratives ou utilisées pour un calendrier, sous le nom de « Adventure Seekers fantastique ».
Lorsque je lui ai demandé pourquoi il créait des masques à gaz « Steampunk », Tom Banwell m’a répondu : « A l’origine, un masque à gaz est une pièce d’équipement militaire porté sur le visage dans le but est de respirer de l’air purifié. Alors qu’il est fondamentalement fonctionnel, il est devenu partie intégrante d’un certain imaginaire d’aventures. Ceci a été perçu par les spectateurs de films de science-fiction et d’horreurs comme un élément terrifiant rendant celui ou celle qui le porte, comme un être « autre », soit survivant de fais apocalyptiques, soit pour se préserver de mutations bactériennes, soit pour cacher sa transformation…ou alors, c’est une « aventuation » d’un état; jusqu’à un point indéfini qui en devient humoristiques, comme si celui ou celle qui en est affublé est un clown idiot. Mais il y a aussi, de plus en plus une connotation hyper-sexuelle avec cet objet qui permet une fantasmagorie sexuelle tout en se cachant… Etant un artiste steampunk, mon défi créatif a été de re-imaginer la fonction du masque à gaz, combinant l’aspect terrifiant avec la curiosité et l’émerveillement. Le cuir vieilli que j’utilise ressemble à du cuir patiné du dix-neuvième siècle, mais la forme des masques est pure fantaisie » !

Il crée aussi des répliques historiques de casques et de coiffes anciennes.
Tom Banwell est maintenant bien connu comme créateur grâce à un article paru dans le magazine Vogue ou étaient publiées des photos de ses oeuvres par Mert Alas & Marcus Piggott.
– Quels artistes vous ont influencés ?
– Michel-Ange, Frank Frazetta, Escher, Rick Griffin.
– Qu’est-ce ce qui vous inspire ?
– La nature et le sexe.
– Quel est le moment, dans votre processus créatif, que vous appréciez le plus ?
– La conception, commencer un projet…
– Le moins ?
– Refaire la même chose, encore une fois.
– Si vous n’étiez pas un artiste, qu’auriez-vous voulu faire ?
– Je ne comprends pas la question ! 
– Ne calculez pas, répondez…
– Avouez qu’ils sont excitant, mes masques… Imaginez une jolie femme nue avec l’un d’eux… N’est-ce pas là le summum de la beauté fantasmagorique ?

Et il est clair, que quand des gens portent ses masques, ils se libèrent dans le fantastique qui sommeille dans leur tête !
Banwell regarde constamment le monde autour de lui et le recrée de la manière la plus folle et agréable possible.
Le monde a besoin de plus de gens comme Tom Banwell qui, sans vergogne, proclame : « Oui, nous devons être fous, nous devons être stupides, nous devons aussi vivre pleinement notre cheminement dans le BDSM qui est un parcours initiatique ponctué de pratiques diverses et variées »…
L’ensemble de ces pratiques, il s’agit de les comprendre, d’en évaluer les dangers également, car elles sont l’apanage d’aventuriers et aventurières du sexe, qui aiment dépasser leurs limites et les interdits… et qui affirment que pratiquer le BDSM c’est d’y trouver une liberté et, par ricochet, celle des autres…

A l’instar d’Angélika que j’ai rencontré chez Tom Banwell, un certain nombre de femmes et d’hommes investissent des territoires sexuels où le trash, la violence et le malaise contribuent à enquêter sur les limites de leur corps.
Cette cliente, acquéreuse d’un des masques à gaz de Tom Banwell, m’a dit : « Je pratique souvent le self-bondage, au sol ou sur une croix de St-André ou je m’enchaine, je suis alors totalement nue et ne porte alors qu’un gros collier de fer, une guêpière en latex noire, des bottes-cuissardes en latex, et un magnifique masque a gaz de Tom. Je me suis préalablement fixé un double gode (anal et vaginal) fixé sur une tige reliée en T à mes chevilles. Durant une heure je dois me débattre pour me libérer devant plusieurs miroirs. J’ai aussi installé une caméra afin de me revoir en d’autres moments. Sous la chaleur des spots, je transpire abondamment et le masque à gaz est un élément déterminant car j’entend ma respiration dans le tuyeau et imagine que s’il se bouchait… je mourrai suffocant dans des successions d’orgasmes extraordinaires. Mes tentatives participent à la consécration blasphématoire d’une esthétique nouvelle via l’aspect extraordinairement fantasmagorique des masques à gaz de Tom Banwell, les mettant dans un état quasi cathartique dans lequel mon corps crie pour un acte transgressif, provoquant et composant un voyage dans les désirs via une expérience unique d’une échappée, contribuant à un ordre radical et écorché. En finale je jouis et aucun acte sexuel normal ne permet d’atteindre le sub-space »…

Pour Tom Banwell : « Les seules transgressions qui persistent en ces moments sont clandestines, ignorées mêmes. C’est sexuellement un exemple terrible, ce que je connais de plus en plus fort ! Dans quelle mesure peut-on être qualifié de transgressif ? Au fond, les seules transgressions tolérées viennent des artistes qui tentent des expériences radicales sur leur corps, le corps représente la matière première de toutes les propositions bestiales. Ces expériences transgressives, constituent des pans vertigineux qui répondent à un geste inassouvi et laissent entendre un regard apocalyptique sur le Monde ».
Angélika ajoute : « J’aime le self-bondage. Ces moments cathartiques sont le résultat d’un duel sans relâche entre la violence de mon corps blasphémé, sacrifié… et la consécration d’une nouvelle forme de beauté. Je réalise parfois mes self-bondage en réunions d’amis et amies, là, en groupe, je m’expose ainsi, nue et attachée, dans un espace ne laissant aucune issue, soumis aux regards, signes d’un rapport troublant et dangereux aux autres et à la vie, sacrifiée, baignée dans un halo de lumière blanche et noyée dans nuage de fumée. Il arrive parfois que la folie déferle et que s’ensuive une orgie intense ou toutes et tous abusent de mon corps ».

Le passage à vide de son corps manipulé, tourmenté, vers des passages à vide où l’expérience participe à l’envol d’une confusion entre le réel et le fictif, est pour elle une sorte de résurrection symptomatique de puissance et de jouissance.
Angelika, insiste toutefois plus particulièrement sur la dangerosité du self-bondage en public, c’est à dire avec des gens qu’on ne connaît pas… et sur la fascination présente au sein de ce public : « C’est un interstice dans lequel j’expose mon intimité et met à l’épreuve mon pouvoir de séduction dans l’espace sombre d’un donjon laissant planer une musique pénétrante et hypnotique mettant mon corps dans des situations glauques et sordides. Je dévoile mon intimité par ma nudité et cache mon identité derrière un des masques de Tom. Le public, pendant que je tente de me libérer, peut manipuler sur et en mo tout un tas d’objets. Et l’esthétique trash et sordide, compose les traits d’une exploration et d’un regard nouveau sur le beau et le sacré faisant de mon corps un objet sexuel, source de désirs, devenant l’artefact dans un rapport qui ne cesse de chercher les limites entre la beauté et l’horreur. Mon corps matérialise la blessure où se côtoient désir et rejet. Mes self-bondages ne sont pas des exutoires mais révèlent ma volonté exacerbée de manipuler et de détourner les stéréotypes du beau pour mieux me les approprier et proposer une esthétique remplie d’émotions et de sensualité engagée dans une quête absolue de liberté. Les transgressifs et transgressives ont des personnalités sans limites, bafouant les frontières et se dirigeant vers les zones d’ombre où l’apogée finit sa route vers un point de non retour » ! .

Tom Banwell n’hésite pas à m’évoquer avec une certaine nostalgie ses années de haute inspiration, favorisée par l’addiction : « En 1965, pendant neuf mois, avec mon ami Brion Gysin (un peintre-poète qui a aussi été l’amant de Giorno, ainsi que l’ami proche et le collaborateur de William Burroughs), on s’est fait 34 trips au LSD dans la chambre 703 du Chelsea Hôtel. On était à poil, avec des masques à gaz de la guerre du Viet-Nam; on se branlait en se matant l’un l’autre avec des filles nues et totalement ligotées. C’était bestial, on était en érection permanente. Avec nos masques à gaz, nos états d’excitation exploraient bien plus que des sensations nouvelles mais soulevaient une esthétique à la frontière entre témoignage et imagination ; un interstice brut et violent qui traversait la beauté pour revenir dans un monde où l’ennui flirtait avec l’insignifiance. Ces orgies ont participé à l’émergence d’un univers fictionnel en rupture avec le passé et marqué par les horreurs de la guerre, ou d’une réalité où les gestes se perdaient, se confondaient et n’avaient pas de sens mais laissaient un goût cristallisé par le silence. Ces expériences composaient un miroir critique et sensible entre le fictionnel et le réel, un passage balancé entre la sublimation et la transgression, et exposait les manipulations artistiques et esthétiques, certes dangereuses, qui conjuguaient, dans un va et vient, l’horreur à la jouissance. Être transgressif supposait de la provocation dans un mariage d’idées et de passions. Et on était baigné dans des débordements qui n’avaient pour seules limites que notre perte et notre perdition… A cet effet, les abysses de la drogue empruntés par les protagonistes de la Beat Generation, les égéries warholliennes et les générations post 1960 ont ouvert sur une existence créatrice où la drogue était au cœur de toutes les idées innovantes de l’époque : Shoot, cocaïne, sexe et alcool composaient une matière qui catapultait sur une dimension orgasmique, transgressant la réalité et révélant un paradis d’hystérie créatrice »…
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Au regard des images BDSM avec des masques à gaz véhiculées au cours de ces dernières années et jugées scandaleuses, la photographie et la vidéo ont été sujettes à de nombreuses controverses marquées par l’ambigüité et la violence transmises par les corps mis en scène de cette façon…, un relationnel complexe et transgressif.
Le port d’un masque à gaz dans la sexualité déviante, symbolise la tentative, peut-être même, le seul recours…, pour se mettre en quête d’un corps sublimé et chassé, d’une figure aimée puis détestée…, ce qui est compris comme un geste de transgression, une esthétique pour interagir, un acte de liberté !
Angelika m’a dit que Tom, avec ses masques à gaz, a inventé une esthétique du satanisme sexuel : « De cette sublime image, il joue aussi en la retournant contre lui-même : la femme ainsi offerte nue et liée, enchainée, devient alors une infâme qui appelle et suscite le viol après quantités de pratiques transgressives rendues anonymes. Un corps sublime puis déchu, la dialectique est bien connue de tous ceux qui transgressent les genres et les frontières… L’infamie s’avère ici indissociable de la sublimité »...

Tom Banwell m’a dit que ses masques à gaz brutalisent les yeux pour mettre en exergue le besoin de déchirer l’oppression et le malaise sociétal et revenir sur un terrain de pleine liberté : « L’homme et la femme à quatre pattes s’adonnant à une vie de chien et chienne ne font que mettre en lumière l’idée d’une utopie perdue. La liberté est un sentiment, un désir et un leitmotiv dans la transgression d’un monde pornographique froid, terne, et pourtant curieux. C’est le caché et le dissimulé suggérés des masques à gaz qui procurent un sentiment de malaise, transposant l’intimité dans un espace public aux regards et aux risques de tous. Le corps avec un masque à gaz devient l’intermédiaire pour transgresser l’intime et faire de ces moments de sexe crus et acides, des métaphores de délivrance, de jouissance et d’affranchissement »… 

Selon Angelika : « Avec un masque à gaz, ce qui de l’acte sexuel demeure seulement présentable et représentable c’est le sexe… et l’acte sexuel convient au fantasme et regorge de transgression. La représentation ne constitue qu’un fragment de vérité, isolé et cristallisé de la réalité de mes déviances sexuelles. Le sexe est exhibé et pourtant, il ne dévoile rien ou presque rien de la sexualité qui réside moins dans le fait qu’elle donne tout à voir que dans celui de n’offrir aucun alibi psychologique, de ne déboucher sur aucune transcendance, de n’être que purs déploiements d’actes et de formes »

Dans la brutalité et la violence d’un monde désenchanté, un corps nu et enchainé avec le visage caché par un masque à gaz choque et scandalise…, porno et sexe y matérialisent les thèmes récurrents d’une offre exponentielle vantée et vendue au sein de ce monde de synthèse.
Dans une ère où les pouvoirs des médias et des connexions cybernétiques se font valoir comme des portes ouvertes à la connaissance, au dialogue et aux rencontres, on ne compte plus le nombre de sites surlignant les bienfaits des fantasmes pornographiques consacrés à la jouissance des spectateurs et spectatrices.
Cette réalité constitue à mon sens une illusion purement commerciale, une proposition financière qui participe à la consécration d’un regard désenchanté et désœuvré de la relation au corps, car, il ne faut pas être naïf, les maques à gaz de Tom Banwell et les prestations d’Angélika ne sont pas gratuites « pour l’amour de l’art »…, un masque basique, mais signé, se vend 10.000 US Dollars, et une prestation d’Angélika aussi, voire plus du triple pour une soirée…, en tout, ces deux rapaces peuvent empocher plus de 100.000 US Dollars ce qui leur fait des mois de presque 2 à 3 millions de US$ qui feraient presque jalouser Bernard Arnault, voire François Pinault et Vincent Bolloré.
Qui plus est, c’est le spectateur, la spectatrice ou devrai-je dire le consommateur, la consommatrice…, qui transgressent en s’abandonnant à leurs fantasmes, ne laissant comme moyen d’expression à leurs désirs sexuels, que la pure confrontation ou l’allégeance d’une fiction rompant de manière radicale et totale avec les interdits !

En ce sens, comme les scènes de ces deux prédateurs se vendent par DVD et cotisations à participer en sites-Web, la brutalité froide des dialogues sur l’Internet, l’abrupt échange des solitudes sexuelles qui s’y jouent, signifient la fin des rencontres hasardeuses et furtives, la mort d’une certaine culture urbaine indissociablement faite de séduction et d’échecs, de traques érotiques et de fulgurances transgressives.
Le cybersexe consacre la défection radicale de l’altérité, le refus de ce corps à corps où chacun offre à l’Aube de son propre risque, sa propre perte, pour inscrire dans sa chair la possibilité même de jouissance.
N’importe qui devient l’investigateur du happy slapping enregistrant les épisodes réels d’une situation sordide, d’une agression ou d’un viol laissant ensuite internet s’occuper de la diffusion en masse de ces images, trash et extrêmes… et qui pourtant amusent et finissent contre toute éthique par devenir des butins sacralisés.

L’extrême, rime, semble-t-il, avec un désir inassouvi, et se perpétue par son caractère transgressif qui se manifeste par des chemins multiples, variables et désorientés.
Il se pourrait toutefois que le caractère transgressif d’une œuvre meure au fil du temps, immortalisé à jamais par une image ou le vague souvenir qu’il en reste.
Dans quelle mesure dès-lors peut-on définir une sexualité trash ?
Provocation et scandale ne sont pas toujours les traits emblématiques du trash sexuel et encore moins d’une action transgressive.
L’extrême et le trash sexuels attirent, fascinent et rythment attentes et surprises dans un monde qui agresse, surprend et aveugle nos yeux par ce besoin inéluctable de pleine liberté…