Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

Chapitre 1
22h39.
C’était l’heure qu’indiquait la montre du lapin…
L’homme avait baptisé « Playboy » la petite peluche représentant le lapin d’Alice in Wonderland, accrochée sous son rétro.
Il était garé dans une ruelle chic et bon genre.
Sous son long manteau vert sombre, il ne portait qu’un caleçon rose fuschia à coeurs dont il avait découpé l’emplacement de son sexe pour qu’il puisse « bouger » librement…
Ses mains étaient gantées de cuir noir.
Il ne laisserait aucune trace.
La maison, qu’on gagne en tournant à gauche une première fois, en faisant cinquante mètres puis en prenant à gauche pour encore cinquante mètres, puis à droite puis la troisième encore à gauche après le rond-point après avoir suivi le troisième feu à vingt mètres…, paraissait ensommeillée.
Le lapin blanc indiquait désormais 22h45.
Il était bientôt l’heure.
L’heure de la baiser.
Il le fallait, il fallait qu’elle paie, qu’elle paie.
Elle s’était si impitoyablement moquée de lui, qu’il ne pouvait lui pardonner.
Il sortit de la poche droite de son long manteau vert sombre un 9mm vieux d’un peu plus de trente ans, dont la gâchette fonctionnait encore assez bien.
Après avoir vérifié qu’il était bien chargé, il dégoupilla un silencieux bien lubrifié et l’enfila au bout de son canon.
La pluie commençait à tomber dehors.
Cela le rendit encore plus heureux.
Il avait tout prévu.
Cette petite joie affermissait encore davantage sa résolution.
Il eut une érection…
23h indiquait le Playboy.
Il pouvait enfin accomplir son travail.
L’homme ouvrit sa portière et eut soudain la jambe trempée.
Les gouttes, très grosses, tombaient drues et par jets saccadés à cause du vent.
Il partit en direction de la maison assoupie.
Les « flack-flack » de ses pas le couvraient, lui ainsi que n’importe quel autre bruit, si bien qu’il ne pouvait savoir si on le suivait, ou s’il était entendu.
La pelouse était ornée de deux bosquets de houx, qu’un énorme sycomore séparait.
Sous le numéro 69 était écrit : « Adrienne sonnez trois fois« .
L’homme jeta un oeil à chacune des deux maisons avoisinantes.
Personne ne semblait l’espionner.
Il tira alors le portail qui gémit légèrement.
Des gerbes d’eau fusaient sur son visage.
Il vérifia à nouveau le chargeur, qui évidemment était toujours plein.
Il l’avait déjà vérifié, mais il fallait que tout soit parfait, que tout se déroule selon son plan.
La maison serait-elle close ?
Non !
Il l’ouvrit sans difficulté : Adrienne n’était même pas allée changer la serrure.
Quelle petite idiote.
L’homme entra dans la maison.
Il s’essuya les pieds discrètement et accrocha son long manteau vert sombre dégoulinant au porte-manteau : il fallait que tout soit parfait.
Playboy devait indiquer désormais 23h06.
Il était pile à l’heure, le timing serait bien respecté.
Il huma brièvement l’air pour sentir le parfum de brûlé qui émanait de la cuisine, ce qui n’était pas une nouveauté.
La chambre d’Adrienne se trouvait au bout d’un couloir sombre et étroit.
Il commença à avancer, quand soudain un éclair illumina le ciel, et sa lumière blanche passa à travers la fenêtre à sa gauche et inonda le palier du premier, révélant d’un coup la tapisserie beige criblée de tâches marrons.
Il était content, cela n’était pas prévu, mais c’était un peu de piquant à son plan.
Il se sentait comme dans un mauvais film de série B, mais n’était pas un psychopathe.
Car aucun psychopathe n’aurait eu l’idée saugrenue d’aller baiser Adrienne avec un caleçon fushia.
Sa main ceintura enfin la poignée de la porte.
Il ouvrit et un frisson le parcourut.
Il sentit une odeur différente de celle de d’habitude.
Le chat avait du pisser non loin, et Adrienne s’était encore couchée sans nettoyer.
Ou bien peut-être était-ce l’odeur du parfum qu’il lui avait offert lors de leur première Saint-Valentin, et qu’elle mettait encore de temps en temps parce que ni l’un ni l’autre n’avaient osé s’avouer qu’il avait dû tourner vinaigre.
Cela signifiait-il alors qu’elle l’aimait encore malgré tout, et que peut-être elle regrettait de s’être moquée de lui ?
Qu’importe, il ne devait pas faiblir.
Il fallait qu’elle paie, qu’elle paie.
Il marcha lentement vers le lit et pointa son calibre vers la forme noire allongée.
Tout en visant la tête et en avançant, il s’entendit dire une phrase étrange qu’il n’avait pas médité : «Je mangerais bien un bon cassoulet Toulousain moi, j’ai un petit creux, piting ! ».
Ces mots sortaient de sa bouche sans qu’il n’eut à les penser ni à les prononcer.
En cet instant il était comme une marionnette dirigée par Quelqu’un d’invisible.
« Big bisouuuus…Big bisouuuus », entonna-t-il malgré lui.
Il eut alors l’étrange sentiment qu’il ne contrôlait plus ni sa voix ni ses gestes et tous ses membres se mirent à gesticuler d’une façon ridicule.
Secouant la tête comme pour en chasser l’intrus, il songea que cet étrange phénomène était dû au fait qu’il n’avait pas dîné et qu’il avait écouté Carlos en se levant ce matin.
Il se rapprocha d’Adrienne.
Il allait pouvoir se venger.
Il monta sur le lit, dégaina, mais un éclair éclaboussant la pièce révéla soudain le drame : Un corps sans vie se trouvait sur le lit…, une poupée gonflable…
Il n’avait fait tout cela que pour une poupée gonflable, il s’était fait berner.
Terrassé par la déception, il descendit se faire chauffer des pâtes.
Quelques minutes après, flingué par l’émotion, il s’endormit.

Chapitre 2
Flash
Un bar.
Un homme cravaté qu’il croise depuis plusieurs années sur le web et qui se pseudonomme « Quelqu’un » lui serre la main.
Mais cette main n’est pas la sienne.
Une pute de luxe slave vient se coller à l’homme important et rit.
Celui-ci lui glisse un billet.
Piting !
Flash
Une chambre d’hôtel.
Il est nu.
Deux fesses s’agitent et viennent claquer obstinément contre son bas-ventre.
Ses mains caressent les hanches de la femme qu’il prend en levrette, mais ce sont encore de nouvelles mains, ce ne sont toujours pas les siennes.
L’ondulation de la chair de ses fesses provoquée par l’onde du choc avec son bas-ventre éveille en lui des pensées philosophiques.
« Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »
« Le mouvement existe-t-il ? »
La femme s’arrête soudain et lui demande : « ah ? pourquoi tu t’en vas ? ».
Elle a un bel accent slave.
Piting !
Flash
Monsieur Deydet…Wouhou ! Pierre, réveillez-vous !
-Aaaaah ! Où suis-je ? Qui êtes-vous ?
Je suis le docteur Lubrik, spécialiste en gastronomie. Vous êtes à l’hôpital, vous faites un manque en cassoulet Toulousain très grave.
Pierre Deydet regarde autour de lui et peu à peu se rappelle.
Sur les murs blancs de l’hôpital il y a de grandes affiches promotionnelles, où des porno-stars mangent avidement du cassoulet Toulousain, en s’en mettant partout, imitant les femmes qui boivent l’eau à la télé. Un slogan indique qu’elles tiennent leur vitalité d’un bon cassoulet Toulousain.
Vous ne pouvez pas rester ici, reprend le docteur, vous serez bientôt guéri, grace à la graisse à l’intraveineuse de cassoulet Toulousain, mais il faudra vous garder sous surveillance, et vous serez transféré au service sexologique.
Piting !
Mais Pierre Deydet ne peut pas rester à l’hôpital, car il doit aller baiser Adrienne.
Elle doit payer !
Deux infirmières le menottent et l’emmènent.
Sur le badge de l’une d’elles il est écrit : « Secrets Interdits- Lorenza« .
Il franchit de longues suites de corridors.
Sur les murs, sont exposés les radios de quantités de porno-stars.
On reconnaît parfois deux ou trois squelettes, plus ou moins emboîtés en une position sexuelle incongrue…
Piting !
Pierre Deydet ne comprend pas ce qu’il fait là.
Pourtant tout aurait dû marcher !
Il avait même accroché son long manteau vert sombre avant de monter, ce qu’Adrienne lui reproche toujours d’oublier !
Tout avait été parfait !
Mais pourquoi ensuite la poupée gonflable ?
Comment avait-elle su qu’il voudrait la baiser ce soir là ?
Avait-on drogué son plat de pâte pour mieux le contenir ici à l’hôpital, dans cet hôpital qui ressemble à une prison ?
Pierre Deydet avance sans se plaindre.
Les infirmières sont armées de vibromasseurs, et elles peuvent l’enc… violemment avec.
Apparait une grande porte.
Les infirmières composent un code : Elles cliquent, un flash, elles le poussent dans ce qui semble être un écran géant…
Enfin, elles enferment Pierre.
Sa geôle parait être une chambre d’hôtel.
Moins sobre que celle de son flash avec la pute slave, chambre qui vaut quand même mieux que celles dans lesquelles il dormait parfois quand ils partaient jadis en vacances, lui et Adrienne, au fin fond du Bordelais.
M’enfin c’était elle qui voulait.
« Lorenza« ….
Ce nom lui rappelait quelque chose.
Peut-être une hôtesse de l’air qu’il avait connus lors d’un voyage en Turquie.
Non, ce n’était pas ça.
Il se rappelle étrangement bien ce nom.
Bientôt des avions Turcs défilent devant ses yeux, des récits de voyages, et il ferme les paupières sur un lapin blanc malicieux qui lui lançe de la poudre qu’il a volé à perlinpinpin, tout en riant.
Flash
Un petit bureau.
Un « 20 ans » entre les mains, un magazine de midinettes.
Son string trop petit lui rentre douloureusement dans la raie des fesses.
Elle-en-il pose son magazine et regarde ses mains.
La manucure est parfaite, les doigts prodigieusement délicieux.
C’est alors qu’elle-en-il remarque un petit quelque chose dans sa tenue vestimentaire.
Peut-être est-ce la croissance phénoménale que connasse sa poitrine, ses cheveux longs et odoriférants, ses vêtements d’infirmière ?
Vite un miroir !
Pierre Deydet se rappelle qu’un sac de femme contient toujours ce qu’elle y cherche, même si la recherche, comme le martèle le poncif, est souvent fastidieuse.
Elle-en-il trouve un miroir, nettoye le sang qu’a laissé le tampon usagé qui s’y est collé, et s’admire.
Elle-en-il est vraiment belle.
Sur son badge il est écrit : « Ambigü« .
Elle-en-il comprend vite…, sans doute est-ce en rapport avec son texte : « Ma meuf est un travelo« …
Elle-en-il pourrait s’aider à sortir son vrai corps de prison, pour aller baiser Adrienne.
Car il faut qu’elle paie.
Mais avant, elle-en-il pourrait faire l’amour avec les infirmières.
Elle-en-il rêve d’accéder ainsi à une plus grande connaissance du plaisir féminin, afin qu’Adrienne accepte de faire l’amour avec lui-en-elle plus souvent.
Elle-en-il défait les boutons de sa blouse, et s’étourdit de sa poitrine.
Elle-en-il s’apprète a poser les mains dessus lorsqu’il entend un bruit.
Elle-en-il remet son bouton.
Fausse alerte.
Elle-en-il défait à nouveau le bouton, en défait un second, glisse sa main contre le soutien-gorge, se caresse les tétons, puis son autre main descend entre ses cuisses, soulève le string et…., une infirmière rentre brusquement.
Pierre Deydet croit qu’elle-en-il va mourir, qu’il est repéré en elle, mais, paralysé-e, elle-en-il reste une main sur la poitrine, l’autre entre ses cuisses….
Hé !Qu’est-ce que tu fais ma chérie ! C’est pas le moment de te masturber! On a du travail là !
Pierre Deydet se lève et comprend qu’elle-en-il s’est sans doute réjoui-e un peu trop tôt.
D’autant que son ventre lui fait mal et qu’elle-en-ilil se sent d’humeur délicate : elle-en-il a ses règles.
Elle-en-il sort et observe les chambres.
Elle-en-il tombe comme par instinct sur celle où dors son véritable corps.
Il-en-elle va pouvoir se libérer.
Elle-en-il cherche les clés dans sa blouse.
Elle-en-il doit faire vite, on va venir.
Mais elle-en-il a un peu peur de se casser un ongle.
Elle-en-il entre enfin.
Elle-en-il se voit dormir.
Elle-en-il songe qu’elle-en-il aimerait beaucoup qu’elle-en-il vienne se réveiller en se lovant contre elle-en-lui-même, en se murmurant des douceurs dans l’oreille et en couvrant son visage de ses baisers.
Mais l’idée d’embrasser son propre corps lui inspire aussitôt un vif dégoût.
Son il-d’elle est mal rasé-e et elle-en-il pue la sueur et le cassoulet Toulousain froid.
Soudain elle-en-il comprend pourquoi Adrienne, en plus de devoir supporter son mutisme et ses dépressions, ne veut plus la-le masturber.
Il-en-elle doit la répugner plus que tout.
Elle-en-il commençe alors à spleener lorsque soudain un médecin de garde pénétre dans la chambre.
Le médecin s’élançe sur Pierre Deydet en totale ambiguïté, et entreprend de le-la déshabiller.
Ah, tu te débats nondoudiou ! » fait-il… J’adore ça, petite coquine ! Tu m’as manqué tu sais ! Passer tout le jour sans pouvoir te prendre, quelle horreur !
Pierre Deydet, une fois en soutien-gorge, réalise à quel point il est inutile de lutter.
-J’ai mes règles, j’ai mes règles, répéte-t-il fébrilement pour que le médecin fasse machine arrière.
Ah, ah ah, exulte le médecin, Nondoudiou ! Tu sais bien à quel point le sang ne m’a jamais dérangé, d’autant moins le tien qui m’excite ! J’adore quand tu me dis ça !.
Celui de Pierre Deydet ne fait qu’un tour, afflue à son visage, une fois à quatre pattes, le string aux genoux, et elle-en-il s’évanouit sous les assauts furieux de ce médecin tout droit tiré d’un roman de Sade.
Pierre Deydet se réveille dans son propre corps.
Son anus lui est un peu douloureux.
A-t-il rêvé ?
Il lève la tête : « Lorenza » et le médecin copulent frénétiquement comme deux cloportes épileptiques derrière une grande bâche blanche dans sa chambre.
Pierre, fin mélomane, remarque qu’elle fait « schrriii…schrriii…schriii…schriiii » sur une cadence pour le moins soutenue, allegro.
La porte est ouverte.
La blouse du médecin est répandue par terre.
Il n’y a pas un instant à perdre, le médecin aura bientôt fini.
Pierre bondit à travers les couloirs, sa blouse trop longue lui fait une traîne de mariée.
Il baisse la tête pour n’être pas reconnu et fend la foule des internes.
Docteur, docteur ! Entend-t-il derrière lui.
Et il accélére.
Mais la voix se rapproche :
-Docteur, docteur !
Alors il accélère encore davantage et la voix s’éloigne.
Il y est presque.
L’ascenseur au bout du couloir se ferme.
Vite.
Il se jete entre les deux portes, qui se ferment juste derrière lui.
Il est sauvé.
Dans l’ascenseur, une jeune femme le regarde bizarrement.
Il croit l’avoir déjà vue.
Oui…, c’est la porno-star de l’affiche.
Pierre Deydet gonfle ses pectoraux et songe qu’une scène érotique dans un ascenseur pourrait bien être dans la tête de la porno-star, et pourrait arriver, par une réminiscence, à lui stimuler ses hormones.
Envisageant une telle éventualité, Pierre se tient prêt.
Il faudra qu’il soit au top niveau, il a envie d’assurer à mort.
Et puis sa blouse blanche doit lui donner un sex-appeal supplémentaire.
Mais la porno-star le regarde d’un air de plus en plus amusé.
Quelque chose tire Pierre dans son dos.
Bientôt sa blouse le ceinture et le plaque contre une des parois de l’ascenseur.
La porno-star se retient d’éclater de rire : la porte de l’ascenseur s’est fermée sur la traîne de sa blouse et à mesure que l’ascenseur descend au parking, il la perd.
Dessous, il est en caleçon à cœurs rose fuschia avec la partie de son sexe découpée pour que celui-ci puisse « bouger » librement.
La blouse se déchire en tout sens, la porno-star exulte : Pierre est en érection.
C’est une façon originale, tout ça, dit la porno-star d’une voix lubrique, qui maîtrise mal les subtilités de la langue, du moins de celle-là, et qui confond s’avancer et faire des avances.
Elle s’approche de Pierre et colle ses seins pleins de silicones contre son torse.
Sa bouche est rouge fluo.
Elle a une haleine de plastique.
Son cuir chevelu sent le polystyrène.
Ses ongles de fer tièdes glissent dans le caleçon de Pierre.
Elle n’a pas le temps d’y trouver ce qu’elle vient y chercher, que la porte du service gastronomie s’ouvre.
Une infirmière l’appelle, elle se met à courir, et en sortant de l’ascenseur elle se fracasse son nez refait contre le sol : elle vient d’étrenner douloureusement ses nouveaux talons hauts.
Pierre Deydet regagne enfin le parking.
Il repére immédiatement une grand-mère qui prend son vélo pour s’en aller.
Il se rue sur elle, la déstabilise, la roue de coups, et avant qu’elle put lui asséner de cruels coups de sac, Pierre gagne la sortie en pédalant comme Louison Bobet.
Il a réussi.
Il est libre.
Plus jamais on ne pourra l’enfermer se dit-il.
Il passe le plus grand plateau et la vitesse le grise.
Il écoute le ronronnement de la chaîne avec délectation.
Un sentiment de toute puissance le gagne.
Il se demande ce qu’il vient faire dans cette histoire de cons.
Autre chose le trouble, un fait paranormal et surnaturel, proprement fabuleux : est-il certain de ne pas connaître « Secrets Interdits- Lorenza » alors qu’il se rappellait si bien l’avoir rencontrée en Turquie ? Qu’importe.
Il a déjoué les plans.
Il va enfin pouvoir mettre le sien à exécution.
Il va pouvoir baiser Adrienne.
Il faut qu’elle paie.

Chapitre 3
Le jour se lève paisiblement.
Une douce odeur d’ammoniac refroidi réveille Adrienne.
Il est 8 heures, on est samedi.
L’odeur lui donne la gerbe.
A peine éveillée, il faut qu’elle nettoie.
Après elle devra s’occuper de sa litière.
Il faut aussi faire la vaisselle des jours précédents, passer l’aspirateur, faire le ménage, la cuisine, les courses…
Ses nerfs la travaillent, et Pierre n’est pas rentré…
_Fait chier, soupire-t-elle, et elle enfouit sa tête sous l’oreiller, soudain elle se ravise, elle vient de se souvenir que son psy vient la voir ce matin à 8h45….
Devant le portail, le psy attend.
Il s’est interdit de déranger Adrienne avant 8h45 et 10 secondes.
En attendant il tapote en rythme une chanson populaire contre le bois du portail.
Il analyse les deux bosquets de houx et le sycomore au milieu du jardin, y voyant un énième objet phallique. Les dalles de cette maison sont un cauchemar pour lui : leur quinconce accentuée lui font faire de grands écarts pour éviter les dalles noires et n’emprunter que les blanches.
Il nettoye ses lunettes pour la soixante neuvième fois de la matinée.
Il joue à pile ou face une entorse à sa règle d’attendre qu’il fût 8h45 et 10 secondes.
Il l’emporte, ouvre le portail, passe une grosse minute à franchir les quelques mètres de dallage, et sonne.
Adrienne ouvre.
Devant elle, se tient son psy.
Il est plutôt commun, toujours bien habillé, les ongles impeccablement bien rongés.
Il porte des lunettes de psy, utilise pour tout un langage assez hermétique.
Il se sert de sa montre, dont il manque une moitié du bracelet, comme d’un pendule, en donnant un mouvement de balancier par l’autre moitié.
Il est grand, maigre, pâle, et semble toujours indifférent à tout, comme s’il avait déjà été témoin de la moitié des perversions commises par l’espèce humaine.
Le psy voit ouvrir Adrienne.
C’est une patiente qu’il aime bien.
Il étudie longuement ses cernes, qui doivent signifier que son sommeil a été court (ou mouvementé, mais comme il connait mieux que personne sa vie sexuelle, il élimine cette possibilité).
De petites traces blanches à la commissure des lèvres indiquent qu’elle a bavé en dormant.
Ses cheveux mal peignés sont un symbole éminemment érotique à son goût.
Elle suscite une vive concupiscence chez l’homme de sciences.
Il regarde en particulier sa bouche lorsqu’elle lui parle.
Elle s’ouvre, se ferme, se plie d’une façon passionnante.
Il s’y absorbe pour oublier de l’écouter.
Ce matin là, il regarde ses gros nibards et ses tétons.
Ses jambes sont gainées de bas résilles, elle porte des cuissardes noires.
Il se met à bander…
Le psy se reprend.
Bonjour !
-Bon…, bonjour…
Ca va ?
-Oui, un peu fatiguée, enfin, il est tôt hein…
Je boirais bien un référentiel liquide caféiné. Il faut que je vous entreprenne d’un sujet passablement grave.
Le psy entre.
Il s’essuye les pieds quelques minutes sur le paillasson, et file à la cuisine se préparer un café.
-Je suis désolée… Je ne suis pas totalement deshabillée répond Adrienne.
J’ai pu en tirer la remarque, répond le psy, ça ne me gène pas, j’ai déjà vu des femmes pré-déshabillées vous savez, même plus que ça, d’ailleurs c’est plutôt plaisant.
Pour lui, c’était un compliment.
Adrienne rougit pour cacher ses complexes…
-Alors, qu’est ce qu’il ya-t-il ?
Nous avons un hic. A propos de Pierre. Sa thérapie emprunte des modalités pour le moins randomiques. J’appréhende. Il faut que je vous entreprenne d’une expérience médicamentée et de ses corollaires mené sur sa personne. Vous pourriez être au titre des dommages collatéraux.
Elle comprend à son ton de voix, et surtout au fait qu’il est venu ce matin, que c’est grave.
Pierre fait partie des premiers. Nonobstant, les tests à longue échelle se révèlent délétères sur lui. Les premiers cobayes humains souffrent de phénomènes hallucinatoires collectif. Entre eux. C’est très étrange. Idée fixe, paranoïa, délire de persécution, suractivité sexuelle et faim surabondante, agressivité exacerbée et autres effets secondaires surérogatoires sont au programme. Voyez ?
-Voyez ? Voyez quoi ? Quel rapport ? C’est qui ?
Qui c’est qui ? Voyez ?
-Oui !
Oula… En fait ça relève surtout du gag…Euh mais quel rapport ?
-Quel rapport ? Mais vous parliez de lui ou quoi ?!
_Non, je disais : Vous voyez ?
-Ah euh oui, enfin non, enfin si si si, bien sur…Excusez-moi, continuez…
Ok ! La donne la plus dommageable c’est sans doute sa fuite de l’intra-muros du bâtiment hospitalier… Il peut représenter un danger au demeurant…Il faut le retrouver…Il nous faut votre concours.
-Ah ?
A l’heure qu’il est, il peut possiblement représenter un danger public, en vertu de ses médicaments, et rendre dangereux des co-disciples frapadingues qu’il fréquente sur le web… Il s’était fait envouter par une secte, maintenant c’est pire, il écrit journellement des conneries… Il faudrait vous utiliser comme appât pour qu’on puisse remettre la main dessus. Et le ré-interner. 
Adrienne le regarde d’un air hébété.
C’est grave.
Le psy n’a pas l’air de plaisanter.
Du reste il ne plaisante jamais.
D’ailleurs il se masturbe devant elle et finit par éjaculer dans ses cheveux !
Puis le psy s’en va comme il est venu…., par la porte !
Adrienne enfile une tenue plus décente après s’être lavée longuement les cheveux pour faire partir l’odeur des spermes du psy.
Elle se parfume non moins longuement par la suite.
Une fois devant sa glace, elle se démêle les cheveux.
Sur sa commode en désordre elle retrouve un stick de rouge à lèvre et se met à pleurer.
Elle l’avait acheté il y a longtemps, un samedi après-midi, c’était leur première année d’amour.
C’était une journée radieuse, mais elle avait retrouvé un papier avec un numéro, et un prénom féminin dans la poubelle.
Son numéro était écrasé entre un restant de Biftecks et une fin de saucisse d’un cassoulet Toulousain froid qui puait.
Tout s’était rompu.
Depuis ce jour, comment pouvait-elle lui faire confiance ?
Il pouvait l’avoir trompé sans fin, partout, avec toutes, et jamais elle ne pourrait le savoir, elle aurait beau lui faire promettre, elle ne savait que trop bien que le mensonge est la base du couple.
Pierre était sans doute un coureur, comme tous les hommes.
S’il l’avait abordée avec l’aisance de celui qui y est rompu, qu’est ce qui pouvait l’empêcher d’agir de la même façon avec d’autres ?
Elle n’avait jamais tenté de lui faire avouer quoique ce soit.
Il n’aurait pas avoué.
Et s’il avait avoué, elle aurait regretté de ne pas avoir préservé leur couple.
Tout ce qu’il faut c’est que ça tienne, elle doit endurer…
Ses larmes redoublent.
Pierre n’est qu’un crétin, songe-t-elle et elle s’en veut de verser des larmes à cause de lui, elle n’aura décidément jamais compris ce qui se cache sous le pseudonyme de Pierre : Orang-outan, singe lubrique !
Adrienne monte dans sa voiture et met un peu de temps à démarrer.
Le moteur fait un bruit sans intérêt, les pneus ne crissent pas, elle n’a plus de rétroviseur et il faut changer le pot d’échappement qui crache une fumée d’une couleur douteuse.
Si les flics la choppent, ils la baisent avec ça.
C’est forcé.
Cette pensée la fait mouiller de bonheur…
Au volant elle se laisse aller, elle se masturbe en pensant à des flics violeurs.
Après vingt minutes, elle est en nage, voit trouble, elle cesse sa masturbation.
Elle se rappelle alors que des tests du produit qu’on injecte à Pierre, effectués sur des souris, ont donné au bout de plusieurs années des résultats affolants, et qu’on en a publié le rapport dans la presse : l’agressivité et la hausse du désir sexuel des rats les avaient menés à s’en prendre si sauvagement à une femelle qu’elle en était décédée.
Adrienne s’imagine Pierre débarquer à la maison, et, sans dire un mot, déchirer ses vêtements et la prendre contre les marches de l’escalier, et lui faire l’amour comme une bête.
Cette pensée lui plait beaucoup, mais jamais il ne pourrait faire une chose pareille.
Il est sexuellement si ennuyeux, si peu passionné, si doux : il caresse si mollement qu’il chatouille plus qu’autre chose.
Son amour-propre à elle en prend un sacré coup (lui, au moins) à chaque fois qu’ils font l’amour.
Elle voit le peu d’entrain avec lequel Pierre remue par dessus elle.
On a l’impression que ça lui est égal, que c’est une corvée pour lui que de la baiser.
Elle ne l’excite plus, c’est évident.
Mais l’avait-elle jamais excité, mis à part la première fois, ce jour où il haletait comme un petit chien tout fou ?
Au moins s’il savait encore se montrer un peu impulsif, passionné, viril, peut-être qu’elle trouverait ça moins désagréable de coucher avec lui.
Mais là, ça devenait une torture morale.
Et puis, lorsqu’il éjaculait, on croyait qu’il faisait le concours de la grimace la plus ridicule.
Au début elle n’y faisait pas attention, et puis avec le temps, ça devenait la seule chose qui l’intéressait : quelle tête allait-il faire lorsqu’il allait jouir ?
Adrienne attendait à chaque fois ce moment, c’était son seul réconfort que de rire de lui intérieurement et de ce ridicule.
Parfois c’était si drôle, elle en était si nerveuse, qu’elle pouffait.
Pierre avait failli mal le prendre, mais elle lui avait expliqué que lorsqu’elle avait un orgasme, elle le vivait souvent ainsi.
Pierre avait eu l’air sceptique au début, mais à force il avait fini par la croire.
Elle pouvait donc exploser de rire à loisir devant la mine contractée, grotesque et toute déformée de son amant.
Celui-ci croyait qu’elle avait un orgasme, et en tirait une certaine fierté.
Devant cette fierté masculine, elle avait envie de vomir.
Un vaste et profond mépris naquit petit à petit de cette habitude, jusqu’à ce qu’elle s’en lasse.
Ses grimaces cessèrent de la faire rire, et elle cessa de l’autoriser à lui faire l’amour.
C’est peu après qu’elle tomba sous le charme de sa voisine, une jeune sadique…
La première fois qu’Adrienne et sa voisine se retrouvèrent nues, ensemble, elle vers sur Adrienne la cire fondue d’une bougie…
Adrienne avait jouit mille fois…
Depuis lors, chaque mardi et chaque vendredi, de 14h à 16h, elle devait avoir sa dose de cire fondue.
Peu à peu, sa voisine s’enhardissait, dernièrement elle avait voulu lui lier les seins, les mais, les jambes.
Elle se retrouvait prisonnière des pires supplices et jouissait à n’en plus finir.
Adrienne passa la quatrième vitesse, puis se remit à se masturber en pensant à sa voisine…

Chapitre 4
Au petit matin, une douleur insistante dans la côte le réveille.
C’est le guidon du vélo, sur lequel il est à moitié vautré.
Pierre se trouve dans un fossé, et tache de se remémorer ce qu’il peut bien faire là.
La veille au soir, ivre de joie, tandis qu’il déambulait à toute allure dans quelques rues sombres, cheminant au hasard, s’était soudain présenté devant lui le lapin, son lapin, Playboy.
Playboy traversait la route juste devant lui, au mépris des règles de sécurité les plus élémentaires, avec toute sa famille.
Pierre avait pilé, braqué le guidon de toutes ses forces, pour éviter d’écraser ces piétons-lapins.
Les freins avaient hurlés, crachés la fumée, le vélo avait enchaîné des tonneaux, des vrilles et même un looping, jusqu’à se stabiliser dans le fossé.
Blessé, choqué, mais surtout fatigué, Pierre s’était endormi en vrac, dans l’état même dans lequel l’avait laissé l’accident.
Maintenant, au réveil, ses éraflures le lancent un peu.
Un vaste sentiment de découragement l’a gagné.
Va-t-il se lever ?
Il est si agréable de rester dans le fossé.
La terre est chaude et adoucie.
Pierre rêvasse du ventre d’Adrienne, il est si bon d’y dormir, ou de se reposer sur ses cuisses !
La perte de ces moments de tendresse est sans doute la chose la plus douloureuse à vivre.
Mais c’est devenu si dur de la cajoler encore en sachant que de toute façon elle repousse ses avances !
La moindre tendresse à son égard et ses yeux à elle se chargent de suspicion.
Il trouve souvent de la cire fondue sur son ventre et ses seins, il se demande pourquoi !
Pourquoi aussi ses marques aux poignets…
Elle répond que ce sont ses bijoux et que la cire c’est la bougie lorsqu’elle descend à la cave…
Il est devenu sale pour elle, c’est ce qu’il éprouve, et le besoin qu’il éprouve d’une caresse, d’un baiser, ne peut se soulager sans qu’il se sente alors sale et intéressé à ses yeux.
Comme ils n’avaient plus d’intimité au sens large, que cela semble si peu manquer à Adrienne, il fallait qu’elle eût un amant pour que ce soit logique.
C’est cet enculé de psy.
Il doit sans doute la tringler sur le divan.
Qu’elle se trouve un amant, à la rigueur c’est compréhensible, mais que ce fût ce psychotique de psy, cet être souffreteux et incompréhensible, cet être ni viril ni sensible, cet homme qui n’avait qu’un cerveau, et dont le cerveau était complètement pourri, non !
Il doit la caresser de ses mains moites, embrasser tout son corps de ses lèvres malingres et anémiées et la doigter de ses doigts longs, fins, tordus et fiévreux, aux ongles rongés de toute part…
Sans doute qu’elle aime ça après tout, ça n’a aucune importance de toute façon.
Quand elle part pour ses séances de psy chez son psy, elle se change systématiquement, et elle semble toujours un peu moins mal à son retour.
Elle a aussi toujours les cheveux gras et emmêlés lorsqu’elle revient…
Ca ne peut pas être l’effet de sa psychothérapie, Pierre en suit une avec lui et il se rend compte au fur à mesure à quel point lui parler de lui ne fait que faire remonter à la surface des douleurs supplémentaires qui le travaillent.
Comme s’il ne gambergeait pas assez comme cela.
Seuls ses conneries sur www.SecretsInterdits.com  et maintenant sur www.GatsbyOnline.com avaient agi sur son être, et lui avaient permis de réapprendre à sourire, et d’oublier ce qu’était l’obnubilation de la mort, de la destruction, de la haine, du désespoir, de la solitude, de l’apathie la plus extrême.
Il se rappelle sa voisine, Youp-Clito, qui critiquait toujours la médicamentation, et jura contre elle et sa crasse ignorance qui ne l’empêchait pas d’avoir des idées sur tous les sujets.
Il aurait du la baiser cette salope, le jour qu’il s’était retrouvé seul chez elle, ça lui aurait appris la vie !
Elle lui avait fait des avances, s’asseyant tout contre lui, se confiant à lui, le regardant avec des yeux qu’on ne lui faisait jamais.
Ses gestes, ses mots, ses sourires étaient doux comme ses yeux.
Une de ces chaleurs tendres qu’on éprouve sous l’émotion s’était répandue en lui, avait redessiné les traits de sa voisine, et tout son être était devenu désirable et doux, et Pierre s’était senti un peu plus léger qu’à l’accoutumée….
Il avait bien fait de ne pas succomber de toute façon, ce n’était qu’une conne.
Pierre Deydet jura contre l’amour cette fois-ci, contre sa sensibilité maladive.
Qu’importait le coupable, ce matin là il se sentait si mal que tout le monde allait payer.
Son corps est lourd et douloureux, il doit le traîner, et ses pensées sont désespérément noires.
Tuer Quelqu’un ou lui-même serait aussi une solution, ou prendre un médicament, mais il n’y a pas d’autre vraie alternative que de baiser Adrienne et tuer ce connard de psy.
Pierre, titubant, se remet en selle.
Il fait quelques mètres, la chaîne se bloque et le vélo chute lentement d’un côté, entraînant Pierre avec lui, qui s’écrase lourdement contre le sol.
Après quelques minutes passées à exploser, en hurlant, ce qu’il reste du vélo sur un muret en ciment, Pierre, un peu calmé, se met en marche et part à la recherche d’une pharmacie.
Lorsqu’il entre, il a l’impression que tout le monde le regarde avec insistance.
Ils ont tous des yeux scrutateurs, et lisent au fond de lui :
« Il te faut ton Bonheur, Pierre, il te faut une bonne dose, pour n’être malheureux, fait gaffe à l’overdose »
C’est une poésie de merde, atroce, comme tiré qu’une comédie musicale à la mode Brettone.
Pierre Deydet fait mine de ne faire que du lèche vitrine et il s’arrête devant un rayon, attendant que l’attention générale se détourne de lui.
Ca n’a pas l’effet escompté : il s’est attardé devant des gels lubrifiants pour intimité féminine.
Il jure contre le psy qui en aurait fait une interprétation blessante et change discrètement de cachette. Lorsqu’on cesse de fixer son état déplorable, ses vêtements déchirés et ensanglantés, il se range dans la file d’attente.
La comédie musicale à la mode cesse un peu dans sa tête, c’est son tour.
Vous avez eu un accident ? Vous voulez un médecin ?
-Non enfin oui, mais non, mon mon psy m’a prescrit du Bonheur.
La pharmacienne part dans l’arrière boutique avec l’ordonnance.
Elle pose la boite sur le comptoir.
Voilà monsieur, je vous le met dans un sac ?
-Non non non non, c’est pas la peine, il faut penser à l’environnement.
La pharmacienne a le malheur de sourire :
-Quoi ? Vous vous foutez de ma gueule ? C’est quoi ce sourire ? Vous z’y pensez pas à l’environnement ?
Non non monsieur, non monsieur au contraire, au, au, au contraire c’est très c’est très bien ! 
Pierre Deydet s’empare nerveusement du médicament et sort en bougonnant.
Tout le monde se f… de lui à longueur de journée, c’est certain.
Même ses obédiences idéologiques ne sont pas épargnées.
Pierre file au bar d’en face et commande un verre de rouge.
Il pose précieusement le médicament sur sa langue.
Le verre de vin arrive, il s’en saisit, et fait glisser doucement un filet de vin dans son gosier.
Celui-ci transporte alors avec grâce et poésie la petite dragée précieuse jusque dans l’estomac de Pierre.
Soulagé, il boit la suite d’une traite, et se commande un autre verre de vin.
Il est sauvé.
Bientôt il n’aura plus envie d’exploser contre le comptoir les autres consommateurs déjà éméchés. Lorsqu’un rayon de soleil apparait, on tire les rideaux.
Il sent une bouffée de chaleur monter de ses couilles devenues deux noix de coco qui s’entrechoquent…
Playboy se dirige jusqu’à Pierre, et lui propose un nouveau verre, un peu spécial : au cassoulet Toulousain.
Goutte ce vin, mon ami, tu ne le regrettera pas !
Pierre en boit une gorgée.
Un rot s’enfuit de sa trachée, et part s’habiller derrière le bar.
Il grimpe finalement dessus, et danse en escarpins.
Il ressemble à une porno-star Persane.
Attention ! Fait Playboy…elle sait faire des tours !
Pose ta main ici, et écarte bien les doigts.
Playboy lance un flamenco au juke-box.
Pierre en jeune femme lubrique se place juste au niveau de la main, et frappe, en rythme, du bout de ses escarpins, entre les doigts de Playboy, le lapin, pas des mains, des pattes…
Piting !
Elle-en-lui pose une autre main sur le comptoir, et des deux pieds cette fois-ci, elle-en-lui martele le vieux tube des Gispy King.
Toute la salle en délire applaudit.
Pierre est soulagé de pouvoir encore se joindre à eux.
Elle sait faire encore plein d’autres choses très intéressantes, souffle Playboy, mais pour le reste, il faut payer !
Pierre revient sur terre, la elle-en-il est repartie, le laissant il-en-il, ce pourquoi il refuse de danser : il n’a pas le temps, il faut qu’il y aille, et puis de toute façon il est fidèle à Adrienne.
D’ailleurs il vient de se rappeler qu’il doit partir la baiser, car il faut qu’elle paie.
Il quitte donc le bar sans débourser quoique ce soit.
Le barman a qui nombre de salopards s’étaient déjà rendu coupable de grivèleries à son égard, rendu soudainement fou, perd la boule, s’empare d’un fusil, le charge, deux cartouches, vise et tire…
Une balle dans le pare brise de la voiture qui arrive dans l’autre sens atteint Adrienne entre les yeux…
L’autre traverse la tête de Pierre.
La voiture vient mourir en écrasant ce qui reste de Pierre, le transformant en une bouillie sanglante.
Réunis pour l’éternité…
Piting !
Pierre se réveille de son cauchemar !
Plus jamais de pinard se dit-il en buvant une longue rasade de vodka…
Piting !