Sex’périences échangistes…
Onaniste à 13 ans, guitariste à 15, marxiste à 18, night-clubbiste à 20, journaliste à 22… Sophie, une styliste de mode, trouvait qu’il manquait le mot « échangiste » dans ses expériences. Elle a découvert récemment cette pratique tribale qui consiste à se mélanger tout nus dans des caves sombres et à faire à plusieurs ce que, depuis Adam et Eve, la majorité d’entre nous opère à deux… Well, exciting, isn’t ?.
Je ne sais plus quel humoriste définissait la partouze comme « l’amour avec un grand tas« , mais cela semblait correspondre à l’idée que je m’en faisais.
Revenons à Sophie. Cette fausse blonde est une beauté aux yeux aussi rieurs et gourmands que sa bouche. Il y a peu de temps, un amant libertin très connu dans ce site, Kisssssssssssss, lui a proposé de goûter aux plaisirs multiples et variés. Au début, elle a dit non. Un soir, elle a dit peut-être (porte d’entrée au oui)… et s’est retrouvée aux Chandelles, le plus célèbre club échangiste de Paris. Une sorte de Castel grande époque, avec voiturier, restaurants, bar, piste de danse et chambres d’amour si affinités. Sophie semblait si exaltée en en parlant que Quelqu’un m’a demandé d’aller enquêter sur-le-champ pour un reportage exclusif.
Et voilà comment je me suis retrouvée, le soir-même, dans la peau d’une échangiste, et ce ne fut pas désagréable. Danke meine liebe pour ces moments de jouissances !
21 h 30: rendez-vous dans le 1er arrondissement de Paris, rue Thérèse (la rime est facile). Nous sommes jeudi, le bon soir, où j’aurai peut-être la chance de croiser une star le pantalon aux chevilles ou la jupe remontée sur les seins. Sophie m’a posé deux Sésame obligatoires: un tailleur Kenzo (mon jaune que je ressort pour cette occasion, sans rien mettre dessous, well !) et des chaussures très bien cirées.
Vade retro, jeans informes et godillots infâmes!
Dans ce club de bonnes compositions, les as de pique sont boutés sans pitié. Sophie me dépasse d’une tête: 7 cm de talon, une jupe moulant ses jolies fesses et un haut déniché chez La Perla ne cachant presque rien de ses seins, encore moins de son dos.
Nous pénétrons dans un sas, où comme à la banque, nous patientons une bonne trentaine de secondes. La caméra vérifie que nous sommes bien en couple « un couple lesbien » précise t’elle, « mais bi toutes les deux » (les solitaires mâles sont bannis, mais deux jeunes femmes sont toujours bienvenues) et nous inspecte de haut en bas. La porte s’ouvre sur une hôtesse vêtue d’une nuisette rose qui inscrit nos prénoms sur un petit carton rouge à remettre au barman en bas. Il y notera toutes nos consommations.
Femmes du plus beau monde, banquières, avocates, médecins, businesswomen, épouses ou maîtresses de stars… On m’explique que, pour cette raison, les mâles mal attifés ne pénétreront jamais ici. Ce décorateur sait planter le décor: « Vendredi dernier, ils ont refusé une cinquantaine de couples, parmi lesquels un présentateur télé en jean-baskets!« 
Well, j’aurais aimé le consoler en l’invitant dans ma péniche !Une grande rock-star, y a ses habitudes (son sexe est, paraît-il, beaucoup moins impressionnant que son compte en banque), un de ses confrères, tout aussi célèbre, vient ici s’envoyer en l’air avec sa femme (mais que fait donc la police?), deux présentateurs-vedettes du Paf, un jeune homme dérangé des lettres…, tous mettent le feu aux Chandelles et se fichent d’être reconnus, car il y a une sorte d’échec et mat à y être démasqués. « Je sais que tu sais que je sais que tu es là« … Et réciproquement. Chacun se tient par la barbichette.
Au restaurant, dans un décor de navire avec faux hublots et pont supérieur qui ne me dépayse pas, je suis au TOP avec ma péniche sexuelle, la croisière s’amuse… piano. Champagne pour nous, mais eau minérale pour nos voisins de table, car selon ces marathoniens du coït ; « il faudra être en forme plus tard« . Mon voisin, la soixantaine, occupe un poste de direction dans une multinationale de produits pharmaceutiques, je lui parle d’Höffman-Laroche que j’ai très bien connue. Sa compagne, une jolie et très jeune Marocaine, n’ouvrira la bouche que plus tard dans la soirée, en d’autres occasions. Nous parlons de tout, sauf de la raison de notre présence, comme si, entre gens du monde, on se comprenait sans avoir à se faire de dessins. L’amour à deux ne le satisfait pas, je lui suggère de venir chez moi dans la semaine pour l’amour à trois, c’est que la jeune Marocaine est So-so-exciting !
François, c’est son prénom, vient là plusieurs fois par semaine, en vrai dépendant car l’amour à deux ne le satisfait pas, il en a épuisé tous les contours et sa libido n’est plus aussi vaillante qu’elle le fut. Une séance aux Chandelles ravive sa flamme flagada comme d’autres se dopent au Botox: « Je me sens jeune et – oui, pourquoi pas? – beau, dans la proximité offerte de tous ces corps. » Laissons-le rêver.
Autant l’homosexualité féminine est tolérée, autant l’homosexualité masculine est encore taboue. Au bar, deux couples, enfin, deux hommes et deux femmes, nous abordent. Olivier et Jean-Eric, la trentaine, sont brokers, le premier à Londres, le second à Paris. Les deux (jolies) blondes se prénomment Laurence et Jeanne. J’aime ces prénoms qui me rappelent d’autres prénoms. Jeanne, gestion du site, pourquoi es-tu partie ? Reviens, je te pardonnerai tout, mettre tes lettres anonymes ! Mais ce ne sont ni la même Jeanne, ni la même Laurence qui fit les beaux jours de Patrice. Je ne sais pas si elles vivent avec les deux garçons, mais elles ont l’air de bien s’aimer. Les baisers qu’elles s’échangent annoncent la couleur : bi sous tous rapports, comme Sophie et moi (ici, autant l’homosexualité féminine est tolérée, voire encouragée, autant l’homosexualité masculine est encore taboue). La première, Laurence s’intéresse à Sophie. Tout en lui caressant son bras nu, cette Sapho à mi-temps m’explique (en me carressant la cuisse) qu’elle vient ici quand ça lui chante et que, célibataire, elle doit trouver des chevaliers servants pour l’accompagner. Soudain, Sophie pousse un cri: « Je ne savais pas que tu avais trois mains!« … Des doigts, ceux de Laurence, se livrent à un sondage inquisiteur sous sa jupe.
Nous décidons une exploration des chambres d’amour… Mes yeux mettent quelques secondes à découvrir ce qu’enveloppe une quasi-pénombre. Une dizaine de corps, dans tous les sens, allongés ou à quatre pattes, sur des matelas surélevés alignés contre des murs aux motifs léopards. Que la fête commence! A qui appartient cette jambe tendue vers les étoiles du plafond ? Et cette main qui me caresse le sexe? J’ai l’impression de glisser dans des sables très mouvants… Ici, chacun s’en donne à corps joie. Ça souffle. Ça râle. Ça crie. Ça baise dans des senteurs mentholées. Je reconnais un célèbre maître-queue, trois étoiles au Michelin. Je ne doute pas un instant que la rock-star obtienne satisfaction s’il franchissait le sas ce soir…
Il faut que je me ressaisisse, les voyeurs et les personnes non accompagnées sont mal vues au sous-sol. Ici, on est priés de consommer sans sommation. Allons inspecter les autres lieux. Tiens, une petite cellule pour captif(ve) consentant(e). Et là, voyons: des toilettes immaculées jouxtant une cabine de douche avec savon liquide antiseptique et préservatifs à volonté. D’autres pièces encore, où je croise François, stupéfait devant ma mine de vierge avant le grand soir: « Ana ! Ce n’est pas raisonnable!« 
Sur le canapé, près de la piste de danse, Nina, une brune de 28 ans aux yeux de claire fontaine, m’invite à m’asseoir. Une bombe qui attend la déflagration des sens… Voilà justement Sophie qui m’annonce qu’un célèbre comique est arrivé. Michel, l’accompagnateur de Stéphane, un prof de philo au visage aussi lisse que son âme, vient s’asseoir entre Nina et moi. Il me cite Georges Bataille. Ces Chandelles brûlent décidément de mille feux. J’abandonne le débauché tendance surréaliste pour gagner le jardin des délices (ou l’enfer, selon l’Eglise… simple point de vue). Je découvre la silhouette ultra-light du célèbre rocker. C’est bizarre de le voir le pantalon baissé, une fille à genoux devant lui. Deux mains s’agrippent à ma ceinture. Je reconnais le parfum sucré de Nina. Coupez!
Lorsque Sophie et moi avons quitté ce lupanar, vers 4 heures du matin, Molière nous observait du haut de son socle. Et je jurerais que l’auteur du « Tartuffe » nous adressait un clin d’oeil. Nous sommes parties vers ma Péniche, très excitées, well !
Kissssssssssssssssssss
Anamary