Une femme, une vraie, c’est une femme qui fait ce qu’elle veut, quand elle veut, où elle veut…

En imposant chez les pubères “le pouvoir aux filles” comme cri de ralliement, ces vamps désinhibées ont lancé un mouvement qui touche maintenant toutes les 20-30 ans par le biais de messages aussi simples que révolutionnaires : fun, sex et rock’n roll.
On les appelle bad-girls, riot-girls, guerilla-girls et parfois simplement grrr-girls, avec la voix qui gronde pour bien faire passer le message : les nouvelles féministes sont en colère.
Ces filles-là font la loi et, en plus, elles sont mignonnes.
Sous le nom de angry-grrrls, les « bagarreuses en grogne » s’affirment actuellement comme un des mouvements féministes les plus explosifs au monde.
« Elles n’ont pas peur de plaire » s’étonnent les journalistes, « elles n’ont froid ni aux yeux, ni ailleurs, et revendiquent ouvertement leur statut de bombes sexuelles.« 
A Hong-Kong, Berlin ou New York, les « nanas » mettent le feu.
Sexy mais musclées, ces féministes du 21è siècle propagent leurs idées subversives par le plus efficace des moyens : leur image.
Pas besoin de long discours.
Elles se montrent et par mimesis des millions de filles se convertissent sans le savoir aux idéaux des angry-girls.
Ces idéaux tiennent en quelques slogans : « soyez sauvages« , « amusez-vous« , « n’ayez pas peur de vous faire remarquer« …
Pour ces filles avec trois R (Remuantes-Révoltées-Ravageuses), il s’agit avant tout d’être SOI, follement, magnifiquement, SOI.
« Se sentir bien parce qu’on est le centre de son propre univers, envoyer paître les conventions, s’habiller pour s’affirmer, s’amuser sans culpabilité, voilà les choses qui font de nous des filles, des vraies ! » proclame Rachelle Orviro, porte-parole du mouvement des grrrls.
Sa mère brûlait des soutiens-gorge ?
Rachel fait pire : elle se tatoue des flammes autour du nombril.
Dans une affirmation triomphante de leurs désirs, les Angry-girls enflamment tous les secteurs de l’économie.
Musique, mode, édition, publicité, cinéma ou design : rien n’échappe à l’ardeur de ces petites flambeuses !
Le phénomène part des Etats-Unis : au début des années 90, une tribu de gamines rockeuses provoque l’étincelle à coups de guitares électriques.
Leurs noms de groupe sont révélateurs : Bikini Kill (massacre en bikini), Bratmobile (les morveuses au volant), L7 (enfer-paradis), Free Kittens (les minous en liberté), Babes in Toyland (Alice au pays des vibros)…
Fait marquant dans l’histoire du rock : n’y a que des filles dans ces groupes.

« Dans les concerts, à l’époque, quand une fille montait sur scène avec une guitare, toute la salle se mettait à siffler, » raconte David, un fan des girl’s band, « une fille, ça peut pas jouer du rock« …
Inaugurant l’ère des girl’s band, bien avant que les Spice prennent la relève en version allégée, ces tribus de minettes en folie expriment leur ras le bol de l’univers macho à coups de riffs et de hurlements.
Les garçons hurlaient « retourne dans ta cuisine. »
Mais quand Bikini Kill montait sur scène, les garçons étaient bien obligés de se taire : la chanteuse hurlait encore plus fort que toute la salle entière.
Pour en imposer au public, Kathleen Hanna, la chanteuse en question, n’hésite pas à sursaturer la sono de miaulements de chatte hystériques.
Et ça marche.
« Avec son énergie punk, Bikini Kill a libéré des milliers de filles dans le monde, » continue David, « leur son rock destroy, c’était l’acte d’accusation d’une société patriarcale répressive. C’était la preuve que les filles pouvaient faire tout ce que font les garçons et le faire en mieux.« 
Avec son tube « I like Fucking » (j’aime faire l’amour) qui devient l’hymne des filles très hot, Kathleen Hanna met le feu aux poudres.
Pour la première fois, une jolie blonde fait un doigt d’honneur aux bourrins-puritains : pendant les concerts de Bikini Kill, seules les filles ont le droit de pogoter, tous tétons dehors.
Elles peuvent enfin « foutre la zone » !
L’expression « Riot Girls » apparaît alors, créée en été 1991 sur la base d’un slogan rageur : « Nous devons lancer une émeute de filles.« 
Riot : émeute.
La ville d’Olympia (dans l’état de Washington DC), épicentre du phénomène, s’embrase littéralement sous la poussée de rockeuses hargneuses qui semblent avoir les fesses sur des charbons ardents.
Engagées dans une lutte sans merci contre l’inégalité des sexes, elles propagent l’incendie à travers des chansons qui exaltent les vertus de la femme moderne : rapide, libre et effrayante.
« She’s fast, she’s free, she’s frightening » hurlent les quatre activistes de L7, qui montrent l’exemple : militantes pro-IVG, bisexuelles et belles à mourir, elles ne s’embarrassent pas de bienséances, embarquant indifféremment leurs groupies mâles ou femelles à bord du bus qui leur sert de dortoir ambulant.
Traversant les Etats-Unis comme un véritable groupe de rock masculin, les L7 sèment la terreur sur leur passage et emmènent dans leur sillage d’autres groupes comme Babes in Toyland (trois filles qualifiées à l’époque de « folles furieuses« ) ou les Lunachicks (quatre « dérangées mentales« ), aux voix déchues sur des guitares pleines de distorsion.
Véritables black panthères du nouveau féminisme, les Riot Girls font assaut d’impudiques feulements : « Elles nous ont expliqué que la colère se justifiait, » se souvient Rachelle Orviro, « que crier pour attirer l’attention était une bonne chose et que nous ne devions pas sacrifier notre féminité pour obtenir ce que nous voulions. »

Le message des riot-girls répercuté au-delà des Etats-Unis, se répand par l’intermédiaire d’Internet sous forme de manifestes explosifs.
La leçon porte au-delà de toute espérance : dépassant la sphère musicale, le brasier des émeutières contamine le milieu des fanzines alternatifs et des artistes branchés, qui érigent la « rebelle » en nouvelle icône de la séduction, odeur de souffre et cocktails molotov compris.
Le plus célèbre d’entre eux proclame : « C’est BON d’être une grrrl… PARCE QU’on nous a dit que les filles = stupides, les filles = mauvaises, les filles = faibles… PARCE QUE nous refusons de laisser notre juste et tangible colère se transformer en culpabilité, en ressentiment, en sentiment de défaite, en jalousie et en autocensure… PARCE QUE je crois de tout-mon-cœur-et-de-toute-mon-âme que les filles constituent une force révolutionnaire qui peut et qui pourra changer le monde réel… PARCE QUE nous devons nous emparer des moyens de production en vue de créer nos propres rugissements…« 
Le cri primal : coup de génie des riot girls.
Ce que leurs mères féministes n’avaient jamais obtenu, les punkettes à couette se l’arrachent des poumons, et ça sort tout seul, facilement…
Elles se libèrent.
Hors de tout diktat ou discours dogmatique, une génération d’ado prône le retour en enfance comme le plus sûr moyen de conquérir le monde et réhabilite joyeusement les pulsions puériles : brailler, se débrailler, débrayer…
Elles se lâchent.
Ca fait du bien.

En 1992, Carol Gilligan et Lyn Mikel Brown établissent qu’à l’approche des 13 ans, les filles sont éduquées pour réprimer tous leurs instincts vitaux naturels, au point de perdre totalement confiance en elles-mêmes à l’adolescence.
Comme par hasard, à la même époque, deux sociologues d’Harvard redécouvrent les vertus de « l’infantilisme » !
« Les filles sont responsabilisées trop jeunes, » explique Carol Gilligan, « on leur apprend à devenir douces, à tempérer leur caractère et à s’effacer devant les hommes dans certaines matières : les maths, les sciences, le sport, elles apprennent à devenir de bonnes épouses, capables de gérer un foyer. A peine nubiles, elles ne se demandent plus « Qui court le plus vite ? Qui crie le plus fort ? », mais « Quel est mon avenir ? » « Quelle carrière choisir ? » C’est un mauvais départ dans la vie. Ces filles-là, castrées de leur enfance, grandissent dans l’angoisse et le doute. Comment voulez-vous devenir une superwoman quand vous n’avez pas eu la chance d’être une supergirl ? »
A cette question vitale, les angry girls, spontanément, ont trouvé la réponse, elles hurlent : « Je suis la plus belle !« 
Elles se confèrent un pouvoir sans limite, sur la seule base de l’égocentrisme, érigeant le culte du Moi en phénomène de société. « Je suis la star, » disent-elles, « regardez-moi, moi, moi.« 
Quoi de plus jouissif que cette autocélébration ?
Les filles en colère n’ont plus besoin des hommes pour se mirer dans leurs yeux.
Elles se couronnent toutes seules « reines de leurs univers » à travers des fanzines et des journaux intimes aux titres révélateurs : « All hail me » (tout le monde me salue”), « Li’l Princess » (petite princesse), « Beautiful just like me » (belle comme moi), « Girlwize » (fille très fille), « I’m so fucking beautiful » (je suis si belle a enc…).

Leur contenu : des photos d’elles, des poèmes à leur gloire, et des pensées intimes…
De New York à Tokyo, galvanisées par ces arrogants slogans, des milliers d’ados réapprennent à s’aimer, en publiant des magazines dédiés à leur seule personne.
C’est mutin, parfois même gnangnan.
Mais on succombe au charme, irrésistiblement.
« Un peu de narcissisme, ça ne fait pas de mal, » explique Jennifer, 33 ans, sur un forum réservé aux filles, « ça vaut mieux en tout cas que ces revues de mannequins. »
Revendiquant fièrement le statut de morveuses, les angry-grrrls prêchent l’insoumission et se réclament du « pussy power« , à l’image de leur héroïne préférée : Lolita.
C’est l’égérie des fausses ingénues, un doigt dans la bouche et un autre dans la culotte.
« Rappelez-vous que vous avez un pouvoir magique, » proclame Vanessa, 30 ans, « vous êtes toutes, profondément, des petites filles encore indomptées.« 
Les petites filles pas sages ne limitent pas leurs caprices au seul domaine du rock ou des fanzines. Adeptes du « do it yourself« , elles se font des vêtements à leur image : angéliquement déviant.
Courtney Love, veuve de Kurt Cobain (défunt chanteur de Nirvana) enfile des robes de poupée sur des rangers de Tank Girl et popularise le look nympho mi-grunge, mi-baby doll.
Succès total.
Les teenagers adoptent en masse ce style baptisé « Kinder-whore » (pute-enfant), agrémenté de barrettes en plastique pailleté.
« C’est rigolo de s’habiller en petite fille, » raconte Raseanne Pennock, prêtresse fashion du mauvais genre, « surtout quand on est une femme forte. C’est une manière d’être féministe qui bat en brèche les stéréotypes : à la fois mignon et méchant, innocent et pervers, il autorise les filles à affirmer leur féminité dans ce qu’elle a à la fois de plus doux et de plus provocant.« 
Sous la bannière du « Revolution Girl Style Now !« , Raseanne Pennock lance la mode des T-shirts taille 12 ans, ornés de slogans ironiques : « Barbie is a slut » (Barbie est une salope) ou « Hands off » (bas les pattes), tout un programme !

« Girls just want to have fun, » rappelle Rachelle Orviro, « les filles veulent juste s’amuser, mais au passage, ça ne les empêchera jamais de donner de bons coups de pied là où je pense.« 
En véritables agitatrices, les Grrrls jouent à la sainte-qui-touche.
Refusant de se conformer aux standards de beauté formatée, les bad-girls n’admettent qu’un seul canon : celui qui tue.
Sexy mais musclées, ces « bitches » autoproclamées s’inspirent des bikeuses à la Russ Meyer et des héroïnes de jeux vidéo, armées de rouge à lèvre et de vibromasseurs.
« Elles exhortent les femmes à reprendre possession de leur corps, » explique Véronique Botte-Hallée, philosophe et historienne française, « ce faisant, elles dament le pion aux dragons de l’ancienne garde féministe… L’amour leur plait, elles le clament haut et fort.« 
Pour ces féministes de la nouvelle ère, la règle du jeu amoureux tient en une phrase : « Si tu me veux, prouve-le !« 
Mettant les garçons au défi d’être aussi bonnes qu’elles au lit, les Bad-girls reprennent en chœur la réplique culte de la série TV Sex and the city : « Quand on suce un mec, on est à genoux devant lui, mais on le tient par les couilles.« 
Maintenant, les filles, celles qui veulent vivre et non pas s’ennuyer, s’envoient en l’air de toutes les manières.

Anamary Del Miguel Saavedra, Vanessa Champetier de Rives, Jennifer Bonhams et Jeanne Hache, affichent fièrement sur le web leur corps de petites poupées destroy, et disent qu’elles veulent baiser avec des mecs et des nanas qui leur ressemblent, Transsexuels bienvenus : chaud devant !
Signe des temps : elles créent leurs propres sites pornographiques et s’organisent en communautés de lolitas très libérées.
Ces gourmandes ne craignent plus de lécher des sucettes (et au diable les calories).
Comme disait Mae West : « A quoi ça sert d’avoir des envies, si ce n’est pour y succomber ?« 
Au cinéma et dans la presse, les angry-girls sont célébrées dans des oeuvres d’un genre spécial : « Female trouble« , pleines de tueuses à sulfateuse, généralement très dévêtues.
Entre Hollywood et Hong Kong, elles répandent la terreur, chevauchant tour à tour des motos et des mecs avec un goût marqué pour les gros engins.
Elles aiment autant la bière que la baise, mais gare au malheureux qui leur manquera de respect !
Il n’aura plus ses dents pour pleurer…
Anars et incorrectes, ces femelles déchaînées montrent qu’une femme, une vraie, c’est une femme qui fait ce qu’elle veut, quand elle veut, où elle veut.
La féminité décomplexée jusqu’au string aguicheur, elles se posent en égales du mâle : prédatrices !
Et elles assument.

Elles éditent des magazines intitulés « Satan porte un soutien-gorge » (sous-entendu : le diable, c’est moi !).
On les accuse de flirter avec le diable ?
On les traite de « salopes » ?
Elles se réapproprient les insultes pour s’en faire un titre de gloire.
Miss Dynamite se désigne comme un bon coup, Li’l Kim se surnomme « Queen Bitch » (reine des garces) et les L7 proclament « Gare-toi de mon chemin ou je te mets un pain.« 
Elles incarnent l’anti-ménagère de 33 ans, lassées des cavaleurs qu’elles éliminent sans état d’âme, au pic à glace s’il le faut : et pan dans ta figure, vilain.
Ne pas se laisser emmerder par un mec, jamais.
Le pire, c’est que les hommes adooorent.
Bimbos surarmées ou Nikita sulfureuses, les femmes létales ont de plus en plus de succès.
Face au tourbillon des furies, les mâles n’ont qu’à bien se tenir : question braguette et bonnes manières, faut assurer !
Mais le défi dope certains.

Ces filles-là sont le contraire de victimes.
Sur un site glorifiant la libération féminine, l’Américain Alex Smits, 34 ans, explique pourquoi il préfère les Hornies (excitées) aux Barbies (plastifiées) : « Pour moi, la femme idéale n’a pas peur d’afficher ses désirs, ni de choisir ses partenaires, ni de jeter les minables, » dit-il, « c’est une femme qui nous pose en face de nos responsabilités, qui nous traite en adultes, sans faire de chantage affectif, sans geindre et sans se sacrifier…« 
Elles soutiennent ce qu’elles avancent (enfin des nanas qui en ont !) et partent à la conquête de leur corps avec un appétit contagieux.
Partout en Europe, s’inspirant des angry girls, des stylistes, des réalisatrices, des écrivaines et des busineswomen de la nouvelle génération participent du mouvement en proclamant qu’elles veulent jouir sans entraves, triomphalement.
« Aimer son corps, » disent-elles, « être soi-même sans honte et sans complexe, rejeter tout ce qui limite notre volonté de puissance, voilà la meilleure manière d’être une fille.« 
Elle se ferait bien tatouer des ailes dans le dos, comme un ange, mais elle porte comme les diablesses des des corsets, des talons hauts et des lunettes irrésistibles.
Jennifer Bonhams, infirmière en service de réanimation à Paris est fondatrice du site-web le plus sulfureux du web, elle vit à la Défense, Paris, une ville réputé pour sa scène alternative, la capitale mondiale des nanas libérées : des filles pour qui les garçons veulent tous se suicider !- Vous êtes féministe ?- Bien sûr. Je ne connais d’ailleurs aucune fille de ma génération qui ne le soit pas. Nous voulons toutes l’égalité des sexes.– Vous êtes une féministe de quelle sorte ?- Je n’aime pas les doctrines. Je préfère les actes : mon travail permet aux filles de promouvoir et de défendre une image de femme forte qui fait ce qu’elle veut d’elle-même, y compris sur le plan sexuel.– Le mot « féministe » fait peur car on l’a beaucoup associé à la peur de l’homme, au refus de tout ce qui rend les femmes désirables et au rejet de la sexualité… Qu’en pensez-vous ?- Je pense qu’une vraie féministe ne peut pas empêcher les femmes de faire ce qu’elles veulent. Quand à la sexualité, elle fait partie intrinsèque de l’humain (et pas seulement de la femme). Pourquoi devrions-nous cacher notre nudité ? Réprimer nos envies ? Nous avons subi la répression pendant des siècle et voilà que de soi-disantes féministes veulent établir des règles et des diktats ? Que nous soyons mâle ou femelle, nous avons tous le droit de disposer de nos corps. Personne n’a le droit de me dire ce que je dois faire, ni ce que je dois aimer. Le féminisme, c’est un combat pour la liberté individuelle. Ce n’est pas un combat contre la pornographie.– Vous pensez donc qu’une féministe peut être à la fois sexy et forte ?- Etre sexy, ce n’est pas se soumettre à l’homme. C’est au contraire vouloir se plaire à soi-même, séduire, s’épanouir, sans tenir compte du jugement des autres.– C’est facile pour une fille d’être très chaude et très respectée ?- C’est une question d’assurance, d’attitude. Si tu te respectes toi-même, ça rend dix fois plus facile aux autres de te respecter.– Etes-vous armée ?- Je ne possède pas de flingue, parce que c’est dangereux. J’ai un couteau de poche et un spray au poivre. Mais mes vraies armes ce sont mes tripes.– Avez-vous du vous battre contre les machos dans votre vie ?- Non, parce que je ne les ai jamais laissé m’approcher. J’ai toujours fait ce que j’ai voulu dans la vie, sans que personne me dise quoi que ce soit de négatif. Et pour cause : je ne m’entoure que de gens qui m’aiment.– Comment vous faites-vous respecter ?- Je ne laisse rien passer. Je ne laisse personne me traiter autrement qu’en égale.– Qu’est-ce qui vous attire chez un homme ?- L’intelligence. L’honnêteté. La simplicité. Je veux m’amuser avec un homme, sans prise de tête. La vie est trop courte pour se compliquer la vie avec des relations hystériques.– Qu’est-ce qui vous attire chez une femme ?- L’indifférence au jugement des autres. J’aime particulièrement Anamary Del Miguel Saavedra parce qu’elle ose faire ce qui lui passe par la tête, qu’elle sait ce qui la rend désirable, qu’elle n’a pas peur d’être désirable, qu’elle peut rire d’elle-même.
– Qu’est-ce qui vous donné l’idée de créer un web-site  ?- Mes amies, Anamary, Jeanne, Vanessa avions d’abord créé un site réservé aux secrétaires qui se nommait « Secrets de Secrétaires ». Nous connaissions tellement de jolies filles autour de nous qui voulaient être mannequins mais se faisaient systématiquement refuser parce que leur look ne correspondaient aux standards de beauté du grand public. Nous avons donc décidé de créer un site féminin.
– Qu’est-ce qui selon vous différenciait « Secrets de Secrétaires » de la majorité des sites érotiques ? Quelque chose me dit que ça tient à ce qu’il est dirigé par un groupe de filles. Ce qui expliquait sans doute aussi son ambiance communautaire, quasiment familiale…- Oui, nous avions fait de notre mieux pour concevoir un site qu’on ppouvait apprécier sans se sentir coupable. Cette idée de photos érotiques décomplexées nous plaisait vraiment. Tout le monde est capable apprécier la beauté d’un corps de femme. Alors pourquoi ne pourrions-nous pas l’apprécier ensemble et prendre plaisir à en parler. Je pense que c’est cette attitude qui distinguait notre site de la masse des sites érotiques et a amené les gens à nous voir différemment. Nos abonnés n’avaient pas honte d’être membres de « Secrets de Secrétaires » parce qu’il n’y avait aucune raison que ce soit le cas. Les filles qui posaient pour nous étaient contentes de figurer sur le site. Nos membres étaient contents de regarder les photographies. Et en fin de compte tout le monde était content ! Mais c’était trop de boulot, surtout quand Anamary s’est lançée dans un concours ou elle était le premier prix, elle a truqué le concours faisant gagner un jeune mec bien membré. Malheureusement pour Ana, le mec était violent, après avoir passé une semaine tout frais payés par et avec Ana, lorsqu’elle lui a dit que c’était fini sexuellement entre eux, il l’a attirée dans un guet-apens à Rungis près des anciens abattoirs et il l’a violée avec 10 de ses potes et ensuite ils l’ont tabassée et lui ont volé son sac et ses affaires perso.
– Comment expliquez-vous que 55 % de vos abonnés soient des femmes ?- Ca vient probablement de notre charisme, également à cause du style Bdsm du site à un moment ou cela était très à la mode à Paris et dans le reste du monde. Je pense que les femmes ont du mal à apprécier la pornographie classique.– Considérez-vous que ce soit un site déjanté ? Et pensez-vous que ce projet peut être considéré comme féministe ?– Je pense que notre site initial « Secrets de Secrétaires » était féministe new-wave, mais totalement en marge de tout, cela tenait principalement à l’appréciation qu’en ont les gens. Et je crois que nous aidons beaucoup de filles à se sentir mieux dans leurs peaux et dans leurs corps en modifiant parfois quelques articles dans la partie « Exclusivement Féminin ». Ceci dit, c’est avant tout un endroit où les gens qui apprécient le genre de filles que nous montrons peuvent se retrouver.
– Parlez-nous du style…- Nous avons commencé en demandant à nos amies de poser pour nous. Depuis que le site a décollé, la plupart des modèles qui travaillent avec d’autres sites nous ont contacté pour poser. Sans oublier le bouche à oreille. Les filles qui sont déjà sur le site en parlent aussi à leurs amies qui viennent à leur tour poser pour nous.– Pensez-vous que la mentalité des filles issues des mouvances punk, gothique ou techno ait évolué durant ces dernières années ? Je ne crois pas qu’un site comme celui-là ait été possible au début des années 90.– Bien sur. Je pense vraiment que les cultures underground et alternative évoluent et deviennent moins extrêmes, voire plus homogènes avec le temps. De plus en plus de filles s’intéressent aux mouvements alternatifs. Ca transforme ces mouvances qui sont du coup moins extrêmes dans leur volonté de rester à l’écart de la culture grand-public et plus ouvertes aux différentes façons d’exprimer leurs différences culturelles. Ca a certainement facilité la création qui aurait été beaucoup plus difficile une dizaine d’années en arrière
– Pensez-vous que le web ait contribué à faire évoluer les mentalités, que ces nouveaux réseaux d’échanges et de communication nous entraînent vers plus de tolérance ?- Je ne sais pas. J’ai longtemps pensé que le web provoquerait des changements ou des glissements dans les normes culturelles, mais j’en suis aujourd’hui moins sure. Le web a permis aux gens de se rencontrer et d’interagir au-delà des barrières géographiques. Ce fut très pratique… la possibilité de commander des choses en ligne et de se les faire livrer. Mais je ne suis pas certaine que ça ait vraiment provoqué une évolution des mentalités ou des changements d’attitude. Grâce au web, tout le monde peut nous voir et nous contacter, mais il nous reste encore pas mal de travail pour faire parler de notre site, pour que les gens entendent parler de nous et nous découvrent. – J’ai lu sur le site que la plupart des filles qui se déshabillent travaillent en parallèle comme vendeuses ou comme serveuses, voire étudient à l’université. Comment réagissent leurs familles, leurs amis et leurs collègues lorsqu’ils apprennent qu’elles posent nues pour vous ?- La plupart des filles sont confrontées au même type de réactions de la part de leur entourage. Les gens veulent simplement voir. Ce qui n’a rien de surprenant… Celles qui en ont parlé à leurs familles ont pour la plupart eu des réactions positives et reçu le soutien de leurs proches. Les gens en ont une opinion négative jusqu’à ce qu’ils voient le site. Sa visite les rassure généralement.– Qu’en pensent les membres de votre famille ? Comment réagissent-ils à votre implication dans ce site ?- Ma famille me soutient. Ils sont avant tout contents de voir que je suis contente. Ils ont d’abord été un peu nerveux lorsqu’ils ont appris ce que je faisais en plus de mon travail d’infirmière en réanimation, mais ont ensuite su me faire confiance. Ils sont fiers de savoir que j’ai créé quelque chose que des gens du monde entier apprécient, bien que ce ne soit sans doute pas la carrière dont ils auraient rêvé pour moi.– Que se passe-t-il lors des soirées annoncées ? Certains des évènements sont des orgies sexuelles déviantes…– Les filles se rencontrent et passent un bon moment. Les orgies et bacchanales dionysiaques sont un réel plaisir, de même que les expériences sexuelles déviantes, c’est dans ce genre de réjouissances des corps qu’Ana et moi découvrons des talents sexuels cachés. Nous proposons alors d’aller beaucoup plus loin, le grand « Trip » d’Ana étant l’auto-bondage qu’elle pratique avec quelques adeptes. Nous nous retrouvons après ces folies sexuelles, entre nous, pour boire des verres de mojito, dîner et nous amuser.
– Etes-vous en contact avec l’industrie pornographique ? Bien que vous ne soyez probablement pas intéressées par eux, eux risquent de l’être par vous.– Oui, nous recevons beaucoup d’emails et de coups de téléphone de photographes, de sites et de magazines. Mais nous ne travaillons pas avec eux. D’autant plus qu’ils ont une attitude particulièrement condescendante à notre égard.– Est-ce que vous recevez beaucoup de propositions bizarres de vos fans et de vos visiteurs ?- Ce qui m’amuse le plus, c’est quand les gens nous écrivent pour nous dire qu’ils ne sont pas membres du site mais qu’ils aimeraient passer « un bon moment » avec nous. « Jeanne est la femme de ma vie. S’il vous plait, dites-lui de m’écrire. J’ai besoin de lui parler de notre futur à tous les deux. » Je me demande toujours ce qui les empêche d’aller au bordel contacter la femme de leur vie…– Pouvez-vous nous présenter votre projet d’émission de radio ?– L’émission devrait commencer à la fin 2008. Vanessa voudrait l’orienter sur les lesbiennes dans la musique et moi sur les femmes dans le mouvement Bdsm. On a donc des intérêts musicaux communs, et de quoi faire… Une émission sur les femmes dans la musique s’impose. Le choix du nom, sera un clin d’œil au groupe américain « Babes in Toyland » considéré comme influent au sein des Riot-Grrrls, bien que je ne le vois pas comme appartenant à ce genre, semble évident. Le logo de la chaîne de radio sera d’ailleurs un gode…
– Vous expliquerez sur votre site que vous m’avez dit ce midi lors de notre déjeuner, à savoir que vous allez crer cette émission en soutien au mouvement des Riot-Grrrls. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vos motivations et expliquer pour les ignares qui lisent cette interview ce que sont les Riot Grrrls ?- Le mouvement Riot Grrrls existe toujours, en dépit de ce qu’en disent les médias sur sa mort, sa renaissance, sa remontée, sa post-existence…etc., et je cite ici un manifeste Riot Grrrl trouvé dans un fanzine de Washington DC du début des années 90. On a besoin, en tant que filles, de créer un espace de tolérance et d’entre aide dans lequel on puisse dévoiler nos différentes approches et perspectives sans préjugés. Il nous semble nécessaire de chercher à révolutionner nos vies chaque jour en imaginant et créant des alternatives au status quo. Parce que la clé de l’égalité repose dans la communication et l’inclusion et que nous ne pourrons pas la trouver sans briser la loi du silence. A chaque fois qu’un fanzine féministe sort, on crée un changement, une révolution. Nous SOMMES la révolution. Parce que l’on doit montrer que l’on refuse que notre colère, sincère et fondée, ne soit discréditée ou tournée contre nous par voie d’un sexisme que l’on a nous même intériorisé. Parce que nous sommes en colère contre une société qui nous impose l’association : fille = stupide = mauvaise = faible… C’est un extrait seulement, mais je pense que ça donne bien le ton de ce qui peut être écrit sur et par les filles qui se considèrent comme Riot Grrrls. Pour moi, c’est du féminisme à l’état pur, dans sa révolte, son esprit amateur, son énergie et son approche dadaïste de l’art en particulier et de la vie en général. Les Riot Grrrls lancent un défi à un sexisme, à un racisme, à une homophobie persistante jusque dans les rangs de nombreuses scènes, dans les médias… Les commentaires de tous les jours. Plutôt que de se plaindre d’un manque, autant tâcher de le combler… Et puis passer de la musique de filles par des filles avec en générique un extrait du Scum Manifesto, ça va faire grincer quelques dents, et donner lieu à quelques remarques salaces, ce qui montre que l’existence même d’un tel concept n’est pas infondée… Cela étant, nous nous ouvrirons à d’autres genres musicaux, la programmation ira de la pop légère d’April March aux expérimentations industrielles de Meira Asher. Ma curiosité maladive serait brimée si je me contentais de ne programmer que des groupes « enragés » – Pouvez-vous m’expliquer les nuances ?– Riot-Grrrl représente l’approche musicale féminine et féministe, avec ses fanzines et ses réseaux de groupes, Djs et jeunes révolutionnaires. Angry-Grrls vient des Angry-Women, dont Vale et Juno parlent dans leurs ouvrages. Ce sont des recueils d’interviews d’artistes engagées, que ce soit dans la photographie, la performance ou la littérature, telles que Diamanda Galas, Lydia Lunch et Kathy Acker entre autre. Et pour le côté musique de la force : Angry Women In Rock 1 et 2 avec Kathleen Hannah, Tribe 8, Jarboe (des Swans)… Ces ouvrages ont été des puits d’information et d’inspiration pour nous, alors c’est ma façon de leur rendre hommage… Et puis Babes In Boyland c’est le nom d’un groupe lesbien américain qui faisait du rap ultra-féministe, pro-sexe et extrêmement drôle à capella.
– Croyez-vous qu´on puisse parler d´un renouveau du féminisme à travers la scène rock indépendante du sexe déjanté ?- Non, parce que je n’aime pas le terme de « renouveau », « post » ou je ne sais quoi qui sous-entend un arrêt à un moment donné et une reprise. Je pense que c’est une pensée erronée, dictée par des médias sensationnalistes. Je suis cependant d’accord avec toi en ce qui concerne le nombre grandissant de femmes engagées dans le féminisme qui interviennent sur la scène indépendante. C’est autant de sensibilités et d’approches différentes, d’où je pense également le terme de « renouveau »… Je préfère tout de même celui de « visibilité »…– Comment situez-vous cette mouvance par rapport aux féministes des années 60 et 70 ? Le contexte social me semble déjà assez différent…- Si tu veux dire par là qu’il y a moins de sexisme, je ne trouve pas, personnellement, qu’il diminue vraiment de façon significative car on le retrouve toujours sous différents masques, ne parlons pas de ceux qui restent identiques…, ça me déprime et tu sais sûrement de quoi je parle. Je pense que la différence est surtout liée au nombre dont je parlais précédemment. Le féminisme actuel est peut-être plus une affaire individuelle, je ne sais pas, c’est ainsi que je le vis en tout cas… Et je ne connais vraiment le féminisme des décennies précédentes que par les témoignages ou les rapports historiques… Les contextes sont formés d’histoires et je ne peux les lire toutes.– Outre le droit de faire autant de bruit que les garçons, quelles sont les revendications propres ?
– Je ne pense pas que ce soit un problème de vouloir faire autant de bruit que les garçons, mais plutôt de créer des brèches dans un univers musical très masculin et d’en dénoncer la perpétration du sexisme. Les Riot Grrrls ont pour but de marquer la fin de l’esprit d’agressivité que revêtent les pogos et de leur rendre leur aspect essentiellement jubilatoire et exutoire… Et puis on ne gueule pas « à poil » ou « montre-nous tes seins » à un groupe de mecs… Le fait de continuer sur scène et de réagir à ces propos dégradants et insultants fait partie du carburateur Riot, à mon sens. De plus, la scène est un excellent moyen d’expression. Elle est accessible et radicale. Elle peut de surcroît offrir une exploitation simultanée de différentes formes d’art. Le mouvement Riot Grrrls n’est pas exclusivement féminin, des groupes mixtes comme Huggy Bear ou God is my Co-pilote sont là pour en témoigner. Ils représentent les revendications les plus profondes des Riot Grrrls : l’arrêt de l’oppression basée sur la division et la hiérarchisation des genres, dont ne pâtissent pas uniquement les filles…
– Qu´est-ce qui vous met en colère aujourd´hui ?
Ce qui me met en colère ?  Les mêmes choses qu’hier… Comme quoi je ne suis pas sûre qu’il y ait eu de grands changements, y compris dans les paradis de féminisme… En règle générale, qu’on me traite différemment parce que je suis une fille, qu’on ne me juge pas en tant qu’individu mais en tant que sexe dit « faible ». Ah oui, ça me met en boule ça… Que ce soit sur des critères de genre, de sexualité, d’âge, de couleur de peau. Quand je me vois expliquer mes réactions par quelqu’un que je ne connais pas, au moyen de clichés dictés par les médias hétérosexuels ou homos d’ailleurs…, bien pensants. – Annie Sprinkle, Courtney Love, Kathleen Hanna… Vos références sont plutôt variées. Qu’est-ce qui réunit ces personnalités en dehors de leur sexe ?- Que l’on admire et que l’on apprécie leur art, qu’elles sont des sources d’inspiration, que l’on entende parler d’elles premièrement parce que ce sont des femmes avant qu’elles soient considérées comme des artistes… Et qu’étrangement, on évite dans de nombreuses interviews de parler de sexisme hors clichés avec elles. On peut comme ça « tuer nos idoles » (ou au moins en désacraliser pas mal) en paix et selon nos critères personnels, que ce soit par le discours circulaire d’Annie Sprinkle ou le silence de Nic Endo, nous demandant d’arrêter l’interview lorsque Alec Empire fait son entrée backstage…– Comment vous situez-vous par rapport à la génération de lesbiennes incarnée en France par les filles du Pulp et la regrettée Sex Toy ?– Je ne suis jamais allée au Pulp, sorry. Je ne me sens pas véritablement concernée par le mouvement lesbien, en France ou ailleurs. La sexualité est une question individuelle, et n’a pour moi rien à voir la qualité des individus. Qui plus est, nous n’évoluons pas dans le même milieu. Vanessa travaillait auparavant pour le fisc à Montpelier, maintenant elle travaille dans un bar lesbien. C’est dingue comme les filles qui viennent dans ce bar demandent d’écouter uniquement des morceaux ultra-commerciaux et vides au possible. Je me fais une raison en me disant que c’est le week-end, qu’elles ont l’habitude d’écouter ça, qu’elles n’aiment pas vraiment la musique… Qu’elles sont uniquement là pour ne pas rentrer seules… C’est au moment où cette pensée me traverse l’esprit que je sais qu’il est temps que j’arrête là mes considérations intolérantes. Il y en a toujours qui se plaignent, assez violemment parfois (genre je vais t’attendre à la sortie si tu continues…) parce qu’elle refuse de passer du Michael Jackson. Elles restent complètement hermétiques à quoi que ce soit qu’elles n’ont jamais entendu… Le Tigre, Luscious Jackson ou PJ Harvey étant pour elles « la même musique dépressive » (oui, moi aussi ça m’asseoit, ce genre de réflexion). Le fait est qu’une autre DJ qui joue maintenant le week-end a au début reçu des menaces de mort parce qu’elle était à fond hip-hop… Rien n’est donc perdu et ça fait toujours plaisir quand il y en a quelques-unes qui apprécient. Il n’est pas toujours facile de présenter une alternative… On ne peut pas s’attendre à plaire à tout le monde. Je pense qu’il est cependant important de continuer. Ca peut entraîner les autres à faire leur propre truc aussi, ce qui crée un « milieu » plus riche et plus coloré… Plus authentique et moins stéréotypé…
– Votre émission se focalisera sur la scène Rock en y ajoutant une touche d´Electro. Ne pensez-vous pas que ces revendications n’auront plus leur place, comme la scène Hip-Hop pour ne pas la nommer, ce que je veux dire c’est que votre projet me semble totalement ringard ! – Espèce de salaud, tu fais cet interview comme si tu étais quelqu’un d’autre, alors que tu es Quelqu’un, tu m’obliges à parler de toi comme si tu n’étais pas l’intervieuwer et en plus tu viens ici me casser mon projet… Pour notre après midi récréatif, tu pourras aller te branler !
-Quelle est votre position vis a vis de l´érotisme, de la pornographie et plus généralement de l´exploitation de l´image du corps de la femme ? – La propagation d’une vision erronée de la sexualité féminine. La pornographie est en général plutôt dégradante pour la sexualité dans son ensemble, à mon avis. Elle s’abreuve de clichés qu’elle perpétue ainsi. Quelqu’un que je connais bien (salaud de mec, va te faire foutre) est un peu trop hippy-goddess pour moi et il se mord un peu la queue (le gland, espèce de salaud) sur les mêmes idées qu’il a depuis vingt ans… Idées intéressantes, cela dit, effectivement surtout dans son combat contre le puritanisme hypocrite et le sentiment de culpabilité qui empoisonne la sexualité de beaucoup. L’exploitation du corps féminin n’est cependant pas limitée à la pornographie et le fait de dévêtir des filles pour vendre des voitures comme Quelqu’un le fait ne me gênerait pas si cela n’engendrait pas un idéal seulement accessible par Photoshop aux jeunes filles, si les blondes avaient un piquant à la Lynch. Et toc mon salaud !– Dans la même lignée, avez-vous lu Porn Manifesto, le livre d´Ovidie et le cas échéant que pensez-vous de ses prises de position ? – Non, mais je suis sur sa mailing-list. Je la suis de loin en loin, mais j’avoue douter de sa sincérité.– Vos activités ne se limitent pas à des séances d’auto-bondage avec Anamary. Vous organisez également des soirées « Péniche » à Paris. Que pouvez-vous nous en dire ? Qu´est-ce qui les différencie de celles qu’organisent d’autres associations sexuelles ? – On n’invite que des gens qu’on a envie de voir et avec qui on aimerait faire des folies… Ou seulement des copains, des gens qu’on croise et avec qui on accroche bien, des contacts et des relations qu’on développe… La vie, quoi. On ne le fait que ponctuellement. Mais il est clair que ça vaut la peine de se bouger, même si le public, une fois de plus, ne suit pas.
– Est-ce qu´il existe une scène Riot Grrrls en France ? Et plus généralement, quels sont les pays où cette scène a pris de l’importance ?– Oui, il y a des Riot-Grrrls en France… Et un peu partout en Europe. L’apparition des Ladyfest Europe, depuis celui de Glasgow en 2001, est la preuve d’une intensification du réseau féminin dans une mouvance organisatrice très Riot Grrrl, même si on peut y entendre tous les styles de musique.– Les sites de filles se répandent sur le net. On parle de plus en plus des nanas dans les scènes Rock et Electro. Comment voyez-vous le futur de ce mouvement ? – Premièrement, tu ne parles pas de serviettes, même si c’est pour éviter les répétitions, et excuse-moi si je te semble politically correct… Si Vanessa et Ana tiennent effectivement des propos féministes, ça ne veut pas dire que ce soit le cas de tout le monde, ni même que quiconque ne soit à l’abri de retours de bâton traditionalistes. Se méfier du net… J’ai bossé sur les portails féminins par exemple et il s’est avéré que les trois-quarts étaient montés et gérés par des hommes… On parle beaucoup des groupes de filles, c’est vrai, mais j’ai l’impression que ça fait déjà quelques années… Juste des coups montés.– Un dernier mot. Que pensez-vous de Tank Girl ?– On fait des bon flyers avec… Je préfère Emilystrange, voilà…

Lorenza
 
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