Les Protocoles, la suite…
Chapitre 02…
En aoĂ»t 2008, le monde a failli passer sous la gouvernance des pires dĂ©mons…
Il s’en est fallu de peu.
Les mĂ©dias Ă leurs bottes, maĂ®trisant toutes les techniques de dĂ©sinformations et propagandes envers les populations dĂ©jĂ lobotomisĂ©es par des annĂ©es de mensonges officiels bĂ©tonnĂ©s par des lois obligeant Ă y croire, avec en point d’orgue sublime, la version gouvernementale amĂ©ricaine des attentats du 11 septembre 2001…, annonçaient qu’il fallait aider la GĂ©orgie lâchement attaquĂ©e par l’OssĂ©tie du Sud…
Dans une dĂ©pĂŞche Reuter datĂ©e du 18 aoĂąt 2008, on lisait ce qui suit : “Le prĂ©sident de la province sĂ©paratiste d’OssĂ©tie du Sud, Edouard Kokoity, a dĂ©clarĂ© qu’il refuserait la prĂ©sence dans ce territoire d’une mission d’observateurs internationaux”.
“Il n’y aura plus d’observateurs internationaux sur le territoire de l’OssĂ©tie du Sud“, a dĂ©clarĂ© Mr Kokoity lors d’une interview Ă Reuters…, “Nous ne faisons pas confiance Ă ces observateurs internationaux, Ă ces gens qui dĂ©forment la vĂ©ritĂ©”.
L’organisation pour la sĂ©curitĂ© et la coopĂ©ration en Europe (OSCE) disposait d’observateurs dans la rĂ©gion jusqu’à leur retrait lors de l’offensive lancĂ©e le 8 aoĂ»t par la GĂ©orgie pour prendre le contrĂ´le de l’OssĂ©tie du sud qu’elle considère comme sa province et ce, avec l’appui des Etats-Unis et de l’Europe…
Monsieur Edouard Kokoity, président ossète, ne lisait pas la presse à grand tirage occidentale.
Il ne regardait pas non plus les chaĂ®nes de tĂ©lĂ©visions occidentales : “Ces pupitres virtuels oĂą des speakers aux cravates luisantes comme des dos de maquereaux invitent les troupeaux de crĂ©dules Ă Ă©couter les formules creuses concoctĂ©es Ă Washington, Londres, Berlin ou Paris”.
Monsieur Kokoity ne voulait pas entendre ces petites messes où on disait que les Russes étaient plus massacreurs que les Américains ou les Géorgiens.
Monsieur Kokoity se bouchait les oreilles lorsque le petit diacre GĂ©orgien Saakashvili apparaĂ®ssait Ă la tĂ©lĂ©vision avec, sur le visage, sa grimace humanitaire “Ă la Kouchner”, cette grimace qu’il ne pouvait imiter qu’en posant ses paumes Ă plat sur ses joues et en les tirant vers le bas.
Monsieur Kokoity qui savait observer, avait remarqué qu’avant de se diffuser lui-même, le proconsul Saakashvili prenait bien soin de placer derrière lui un drapeau européen, tout bleu, azur, avec des étoiles dorées, rassurantes, civilisées.
Il n’aimait pas cet avocat inscrit au barreau de New York qui jouait les proconsuls de l’empire américain entre le Caucase et les rives de la mer Noire.
Il n’aimait pas ce membre de facto du Nouvel Ordre Mondial cosmopolite d’une domination totale et heureuse, que des manĹ“uvres habiles et plusieurs milliards de dollars offerts gĂ©nĂ©reusement par le gouvernement Buch, avait portĂ© au pouvoir en 2002, lors d’une rĂ©volution jardinière…, la rĂ©volution des roses…, inventĂ©e et mise en scène par l’Open society Institute de George Soros (la CIA et le Mossad entre autres), d’après un scĂ©nario non violent imaginĂ© par Gene Sharp et une mise en scène grâce au savoir-faire des militants d’Otpor, cette association très active qui avait fait ses premières armes contre Slobodan Milosevic et qui, après la GĂ©orgie, s’était attaquĂ©e Ă l’Ukraine lors d’une rĂ©volution prĂ©tendument orange !
Pourquoi “orange” s’était interrogĂ© Monsieur Kokoity ?
Sans doute pour la vitamine C…, car il en faut pour mener Ă bien une rĂ©volution, mĂŞme fabriquĂ©e de toutes pièces.
Une rĂ©volution fruitière donc, prĂ©misse des prĂ©tendues “rĂ©volutions arabes”, toutes visant Ă s’emparer des ressources Ă©nergĂ©tiques, ouvrir des voies contrĂ´lĂ©es et permettre de redĂ©finir toutes les frontières pour mieux asservir les populations…
Ces “rĂ©volutions, la jardinière et la fruitière”, Monsieur Kokoity savait que les mĂ©dias occidentaux les avaient Ă chaque fois portĂ©es aux nues mĂ©diatiques afin d’obtenir l’assentiment automatique des spectateurs sans opinions, qui reçoivent les nouvelles orientĂ©es du monde…, de ce vaste monde fait de cartes postales Ă©tranges, inquiĂ©tantes et exotiques…, entre renvois contenus et dĂ©glutitions forcĂ©es !
A Moscou, le président Medvedev ne lâche pas prise.
Il promet mĂŞme des reprĂ©sailles Ă©crasantes contre quiconque serait tentĂ© de fouler un seul brin d’herbe de l’OssĂ©tie du sud…, après qu’un Ă©clair de luciditĂ© lui a rĂ©vèlĂ© l’éclat glacĂ© des bottes de salon de Jaap de Hoop Scheffer, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’OTAN, ce guerrier des moquettes Ă©paisses qui n’ a appris Ă escalader que le moelleux des divans et des fauteuils d’avions.
Medvedev sait que les journalistes occidentaux le prennent pour une poire, simplement parce qu’il est l’homme de paille de Vladimir Poutine.
George Bush II, lui, n’est pas un homme de paille, juste la marionnette bourrée de chiffons d’une clique qui a des idées très précises sur ce que doit devenir le monde de demain et qui réfléchit jour après jour, depuis Washington, au meilleur moyen de le faire naître.
Mais Washington met du temps Ă accoucher… et semble cette fois dĂ©passĂ© par les contractions ossètes qu’elle voudrait inattendues et contre lesquelles elle lutte aujourd’hui avec un sĂ©rieux qui frise le burlesque.
L’impériale parturiente surveille ceux qui l’approchent.
S’ils ont intention de faire remonter dans ses entrailles le dernier tentacule de l’OTAN, elle les écrasera sous ses grosses pattes de proboscidien.
La GĂ©orgie, avec l’appui direct des USA et de l’Europe, a finalement envahi l’OssĂ©tie le 8 aoĂąt… et a pilonnĂ© Tskhinvali, la capitale, massacrant près de 2.100 civils !
Le but rĂ©el pour le Nouvel Ordre Mondial, Ă©tait d’encercler la Russie, de couper ses liens directs avec l’Iran et de crĂ©er un corridor pour un pipe-line pĂ©trolier…
Le Nouvel Ordre Mondial était sur le point de rĂ©ussir sa domination…
Il fallait aller vite, car les escroqueries financières amĂ©ricaines, leurs mensonges, ces milliards de milliards de traites de cavalerie et leur système de Bonds Ă la Ponzy allait Ă©clater rapidement, on était Ă quelques mois de l’Ă©clatement de la crise liĂ©e aux subprimes…
Medvedev et Poutine l’ont compris, ils savaient…, la Russie Ă d’ailleurs affirmĂ© que les attentats du 11 septembre 2001 Ă©taient l’Ĺ“uvre du gouvernement amĂ©ricain…
L’attaque russe contre les forces géorgiennes s’est produite dans un contexte bien particulier dont il convient de rappeler quelques éléments, malheureusement épars, au chercheur de vérité :
En avril 2008, avait eu lieu à Bucarest, le dernier sommet de l’OTAN.
Ce sommet avait, entre autres objectifs, de discuter de l’entrée de l’Ukraine et de la Géorgie au sein de l’Organisation.
Il s’est clos sur la promesse de réunir à nouveau ses délégations au mois de décembre de cette même année pour dresser un premier bilan.
Fin juillet 2008, l’armée géorgienne s’est lancée dans des manœuvres terrestres conjointes avec l’armée américaine.
Les troupes géorgiennes qui avaient pris part à ces exercices conjoints avec l’OTAN, ont dirigé des tirs d’artillerie vers la capitale sud ossète, le 1er août, tuant 6 personnes.
Les forces navales gĂ©orgiennes et amĂ©ricaines se sont livrĂ©es le 2 aoĂ»t 2008 Ă des manĹ“uvres maritimes suivies d’attaques conjointes visant le port de Poti…, obligeant les populations d’OssĂ©tie du Sud a Ă Ă©vacuer plusieurs centaines d’enfants vers l’OssĂ©tie du Nord le dimanche 3 aoĂ»t 2008.
Ces évacuations ont fait suite à une flambée de violences les vendredi 1er août soir et samedi 2 août, lors desquelles des tirs d’armes à feu et de mortiers ont été échangés entre les forces géorgiennes et américaines contre l’Ossétie du Sud.
La Géorgie a ensuite débuté une grande offensive contre l’Ossétie du sud le jeudi 7 août 2008.
Le 8 août, en réponse à cette agression, l’armée russe est intervenue.
La presse occidentale est alors entrĂ©e en guerre en dĂ©formant la rĂ©alitĂ©, prĂ©tendant que la Russie Ă©tait le pays agresseur…, la diplomatie et la guerre s’accompagnent toujours d’un discours de propagande.
Ce qui compte, c’est la future adhésion de la Géorgie à l’OTAN.
Le pendule de l’Histoire est lancé.
Cet événement n’était qu’une étape du processus qui devait aboutir à la mise en place de la Pax Americana.
Il faut voir le mouvement dans son ensemble et regarder la carte de l’Eurasie, pour comprendre les dĂ©tails et constater que chaque Ă©vĂ©nement, apparemment isolĂ©, fait partie en rĂ©alitĂ© d’un plan soigneusement Ă©laborĂ© mais Ă´ combien dangereux d’encerclement de la Russie, d’une Russie que le Nouvel Ordre Mondial veut rĂ©duire Ă son espace europĂ©en, c’est-Ă -dire Ă des dimensions acceptables stratĂ©giquement, Ă©conomiquement, dĂ©mographiquement…, acceptables et devant permettre aux Etats-Unis de la vaincre, Ă terme, sans affrontement direct.
Car l’encerclement prévu ne se limite pas à l’intégration des anciens satellites de l’Union Soviétique dans l’OTAN ou dans l’UE, comme ceci s’est produit jusqu’alors.
Il ne se limite pas Ă guerroyer en Afghanistan pour soi-disant venger les attentats du 11 septembre 2001… et en Irak pour soi-disant trouver les armes de destruction massives de Saddam Hussein…, ou Ă ouvrir des bases U.S. dans les ex-rĂ©publiques soviĂ©tiques d’Asie Centrale, après avoir fait exploser la TchĂ©coslovaquie, la Serbie, le Kosovo et tant d’autres nations souveraines…
L’encerclement ne vise pas seulement à contrôler l’ancienne route de la soie.
L’encerclement dont je parle se veut total et définitif et a pour but de déposséder la Russie de sa partie asiatique.
Quelles que soient les corrections à apporter aux théorèmes du géopoliticien MacKinder, son enseignement reste d’actualité non seulement parce qu’un certain nombre de dirigeants civils et militaires actuels l’ont assimilé, mais parce que cette géopolitique fut fondée sur un besoin qui n’a pas fondamentalement changé depuis son premier énoncé en 1904 : la nation thalassocratique dominante (les Etats-Unis) ne peut survivre et garantir sa supériorité globale sans contrôler l’Eurasie, c’est-à -dire sans se donner des moyens d’accès privilégiés aux richesses de l’Eurasie et, en particulier, à son cœur (le Heartland) qui correspond à la Russie d’Europe.
On peut trouver des preuves de la vitalitĂ© de cette conception dans les Ă©crits du gĂ©opoliticien Zbigniew Brzezinski qui joue depuis quelques dĂ©cennies un rĂ´le dĂ©cisif dans l’élaboration des actions extĂ©rieures officielles et officieuses des États-Unis : “Les implications gĂ©ostratĂ©giques pour l’AmĂ©rique sont claires : l’AmĂ©rique est trop Ă©loignĂ©e pour ĂŞtre dominante dans cette partie de l’Eurasie, mais elle est trop puissante pour ne pas s’y engager”…
(The Grand Chessboard, 1997, p. 76.)
“Le supercontinent eurasiatique est l’axe du monde. Un pouvoir qui dominerait l’Eurasie exercerait une influence dĂ©cisive sur les 2/3 des rĂ©gions les plus Ă©conomiquement productives, l’Europe de l’Ouest et l’Est de l’Asie”…
(A Geostrategy for Eurasia, in Foreign Affairs, sept-oct 1997, Volume 76, No. 5, p. 50.)
Du point de vue gĂ©opolitique, c’est-Ă -dire du point de vue de la force uniquement, l’arrivĂ©e des États-Unis sur le sol europĂ©en sous prĂ©texte de sauver l’Europe du Nazisme, fut le point de dĂ©part de cette conquĂŞte de l’Eurasie par l’ouest.
Zbigniew Brzezinski ne le cache pas : “Il y a soixante-dix ans, quand le premier numĂ©ro de Foreign Affairs a vu le jour, les Etats-Unis Ă©taient une puissance volontairement isolĂ©e dans l’hĂ©misphère occidental, engagĂ©e de façon ponctuelle en Europe et en Asie. La Seconde Guerre Mondiale et la Guerre Froide qui s’est ensuivie ont poussĂ© les Etats-Unis Ă s’engager de façon durable en Europe de l’Ouest et en ExtrĂŞme Orient”.
(A Geostrategy for Eurasia, in Foreign Affairs, sept-oct 1997, Volume 76, No. 5, p. 50.)
Depuis la fin de la guerre froide, qui n’a en réalité jamais pris fin), l’OTAN a avancé à pas de géant en Europe de l’Est, recrutant systématiquement les anciens clients de l’Union Soviétique avant que l’Union Européenne, sa vassale, ne le fasse à son tour.
Depuis quelques années, nous assistons à une poussée vers le Heartland.
En novembre 1997, le département de l’énergie américain publia un rapport de 166 pages, intitulé Oil and Gas Resources of the West Siberian Basin dans lequel l’utilisateur d’Internet pouvait découvrir à quel point la région qui commençait après l’Oural et correspondait grosso modo aux bassins de l’Ob et de l’Yrtich, était une zone qui devrait compter dans les années à venir.
En effet, après enquête, cette zone se révélait être l’endroit où se trouvaient 70% du pétrole russe et 90% de son gaz (soit presque le tiers des réserves mondiales prouvées).
CoĂŻncidence ?
En septembre 1997, Zbigniew Brzezinski publiait l’article déjà cité de Foreign Affairs intitulé A Geostrategy for Eurasia (Foreign Affairs, sept-oct 1997, Volume 76, No. 5, pp. 50-64.), dans lequel il exposait la vision du monde de demain lissé et rendu praticable grâce à l’ubiquité rassurante des armées américaines.
Il Ă©crivait Ă la page 52 de cet article : “La seule alternative au leadership amĂ©ricain, c’est l’anarchie internationale”.
Brzezinski a ainsi eu le mérite de proposer un mélange de realpolitik et d’idéologie missionnaire avec une grande franchise et même une certaine innocence.
Or à la page 60 de cet article figure une carte de la Russie découpée au pointillé en trois parties d’égales superficies intitulées d’ouest en est : Russie, Sibérie et République Extrême Orientale.
Ces trois entitĂ©s sont regroupĂ©es sous l’appellation “ConfĂ©dĂ©ration Russe”.
Brzezinski a proposé ce découpage dans le but de libérer la Sibérie Occidentale et sa voisine Orientale de la mainmise bureaucratique de Moscou.
On trouve une explication dĂ©taillĂ©e de ce principe dans The Grand Chessboard : “Une Russie confĂ©dĂ©rĂ©e et rendue souple, composĂ©e d’une Russie europĂ©enne, d’une RĂ©publique de SibĂ©rie et d’une RĂ©publique ExtrĂŞme-orientale, tisserait plus facilement des liens avec ses voisins. Chacune des entitĂ©s confĂ©dĂ©rĂ©es aurait la possibilitĂ© de dĂ©velopper son propre potentiel crĂ©atif, Ă©touffĂ© depuis des siècles par la lourde bureaucratie moscovite. D’autre part, une Russie dĂ©centralisĂ©e serait moins susceptible de nourrir des ambitions impĂ©riales”.
Est-il utile d’insister sur l’hypocrisie involontaire (les plus grands missionnaires politiques sont ceux qui y croient), de ce penseur qui oublie que les États-Unis eux-mĂŞmes ont fait la guerre de sĂ©cession pour Ă©viter une telle partition.
Sa carte d’une Russie confédérée et affaiblie correspond à l’étape ultime du rêve de MacKinder.
Réduite au statut de capitale d’un état européen comme les autres, privée de ses matières premières et des espaces stratégiques qu’elle contrôlait, dont les accès aux mers et aux océans, Moscou ne serait plus bonne qu’à être grignotée par les enseignes clinquantes que l’Occident placarde à profusion le long des trottoirs bitumés de la planète.
Le but du sommet otanien d’avril 2008 était, entre autres, d’étudier les candidatures de l’Ukraine et de la Géorgie.
Mieux que ça : le but de ce sommet Ă©tait d’étudier la diminution de l’accès Ă la mer Noire de la Russie…, l’Ukraine otanisĂ©e faisant valoir ses droits sur la pĂ©ninsule de CrimĂ©e oĂą est postĂ©e la flotte russe !
En tĂ©moigne cette dĂ©claration du porte-parole du ministère ukrainien des Affaires Ă©trangères Vassili Kirilitch le 24 juin 2008 que je cite intĂ©gralement : “Flotte russe de la mer Noire en CrimĂ©e : la date butoir est le 29 mai 2017 ! La question du stationnement de la Flotte russe de la mer Noire ne saurait faire l’objet d’un marchandage, la flotte doit quitter ses bases sur le territoire ukrainien le 29 mai 2017. La position est nette, elle a Ă©tĂ© rendue publique : la question du stationnement de la Flotte de la mer Noire de la FĂ©dĂ©ration de Russie ne saurait faire l’objet d’un marchandage”…
La flotte de la mer Noire est basée en Crimée depuis sa fondation sous Catherine II, après l’entrée du Khanat de Crimée (1783) à l’Empire russe.
A l’époque soviétique, la presqu’île a fait partie de la Fédération de Russie jusqu’en 1954, année où elle a été cédée à l’initiative de Nikita Khrouchtchev à l’Ukraine, à l’occasion du 300ième anniversaire de la réunification des deux pays.
Actuellement, sa présence à Sébastopol est régie par un traité avec Kiev qui ne cache pas ses projets de restreindre ses activités, avant son retrait définitif prévu pour 2017, sur fond de rapprochement avec l’OTAN.
Lorsque les AmĂ©ricains feront accoster des vaisseaux de leur VIème Flotte dans le port otanien de SĂ©bastopol…, qui se souviendra du fait que la constitution ukrainienne ne stipule pas le stationnement d’unitĂ©s militaires Ă©trangères sur le territoire national ?
S’il n’y avait les victimes, ceux qui n’ont rien compris de part et d’autre… et si l’Histoire ne s’écrivait pas avec des pâtĂ©s de sang et des montagnes de morts, la diplomatie serait une longue histoire drĂ´le.
L’absurde guerre mondiale contre la terreur que le Pentagone a malicieusement rebaptisĂ©e “la Longue Guerre”, porte en elle une jumelle beaucoup plus importante, mĂŞme si cette dernière est Ă moitiĂ© cachĂ©e : la guerre mondiale pour l’énergie.
On la dĂ©signe sous le nom de “Guerre Liquide”, parce que son circuit sanguin est constituĂ© des pipelines qui s’entrecroisent sur les champs de bataille impĂ©riaux potentiels de la planète.
Pour l’Ă©crire autrement, si sa lisière essentielle, assaillie ces temps-ci, est le Bassin de la Caspienne, l’ensemble de l’Eurasie est son Ă©chiquier.
Au plan géographique, pensez-y comme étant le Pipelineistan.
Tous les junkies géopolitiques ont besoin de leur dose.
Depuis la seconde moitiĂ© des annĂ©es ’90, c’est aux pipelines qu’ils sont devenu accro.
Le pipeline Bakou/Tbilissi/Ceyhan Ă 4 milliards de dollars qui traverse le Caucase, est mieux connu dans cette partie d’échec sous son acronyme “BTC”.
On y trouvait le Roi-Soleil d’Asie Centrale, un prĂ©sident Ă vie sans avenir : le Turkmenbachi aujourd’hui dĂ©cĂ©dĂ©, “le dirigeant des Turkmènes”, Saparmourat Niazov, Ă la tĂŞte de la RĂ©publique du TurkmĂ©nistan, immensĂ©ment riche en gaz.
A Almaty, l’ancienne capitale du Kazakhstan (avant que celle-ci ne soit dĂ©placĂ©e Ă Astana, au milieu de nulle part), les habitants restent perplexes lorsqu’on exprime l’envie irrĂ©sistible de se rendre en voiture Ă Aktau, une ville pĂ©trolière en plein essor : “Aktau. Pourquoi ? Il n’y a rien lĂ -bas” !
La salle de commandement, façon OdyssĂ©e de l’Espace, du siège moscovite du gĂ©ant russe de l’énergie Gazprom, dĂ©taille par affichage numĂ©rique le moindre pipeline d’Eurasie…, de mĂŞme au siège de la Compagnie Nationale du PĂ©trole Iranien Ă TĂ©hĂ©ran, avec ses rangs bien alignĂ©s d’expertes en tchador des pieds Ă la tĂŞte, une caverne d’Ali Baba !
Le pétrole bon marché vaut maintenant l’équivalent d’une rançon de roi.
Mais ne vous méprenez pas !
Le prix n’est pas la question, que vous le vouliez ou non, l’énergie est toujours ce sur quoi tout le monde veut mettre la main.
Oubliez l’obsession des mĂ©dias du courant dominant avec al-QaĂŻda, Oussama ben Laden, les Talibans modĂ©rĂ©s ou classiques…, ou cette “guerre contre la terreur”, quel que soit le nom qu’on lui donne, créée de toute pièce par le gouvernement Buch.
Ce sont des diversions comparées aux enjeux élevés de cette partie pure et dure de géopolitique qui se déroule le long des pipelines de la planète.
Qui a dit que le Pipelineistan ne pouvait pas ĂŞtre amusant ?
Dans son Ĺ“uvre maĂ®tresse de 1997, The Grand Chessboard [Le Grand Echiquier], Zbigniew Brzezinski, extraordinaire praticien de la real-politique et ancien conseiller Ă la sĂ©curitĂ© nationale de Jimmy Carter (le prĂ©sident au cigare sexuel qui a lancĂ© les Etats-Unis dans ces guerres modernes pour l’énergie), a exposĂ© avec quelques dĂ©tails juste la façon de s’accrocher Ă la “suprĂ©matie mondiale” amĂ©ricaine.
Plus tard, son plan d’ensemble allait dûment être copié par cette bande redoutable de Docteurs No, rassemblés au Project for a New American Century de Bill Kristoll (Le PNAC, au cas où vous auriez oublié ce sigle depuis que son site internet a fermé et que ses partisans sont tombés).
Pour Dr Zbig, qui se shoote Ă l’Eurasie, c’est-Ă -dire, en pensant grand…, tout se rĂ©duit Ă encourager l’émergence du bon groupe de “partenaires stratĂ©giquement compatibles” pour Washington, dans les endroits oĂą les flux Ă©nergĂ©tiques sont les plus forts.
Cela, comme il l’a si dĂ©licatement formulĂ© Ă l’époque, devrait ĂŞtre accompli pour façonner “un système de sĂ©curitĂ© trans-eurasien plus coopĂ©ratif”.
Dr Zbig, dont parmi les fans se trouve évidemment le Président Barack Obama, a dû remarquer que le train eurasien qui devait livrer les biens énergétiques a légèrement déraillé.
La partie asiatique de l’Eurasie semble voir les choses différemment.
Crise financière ou non, le pétrole et le gaz naturel sont les clés à long terme du transfert inexorable du pouvoir économique de l’Ouest vers l’Asie.
Ceux qui contrĂ´lent le Pipelineistan et malgrĂ© tous les rĂŞves et les projets qui sont faits lĂ -bas, il est improbable que ce sera Washington…, auront le dessus sur tout ce qui arrivera et il n’y a pas un terroriste au monde ou mĂŞme une “longue guerre”, qui puisse changer cela.
L’expert en énergie Michael Klare a contribué à identifier les vecteurs clés de la course sauvage qui se déroule actuellement pour prendre le pouvoir sur le Pipelineistan.
Ceux-ci vont de la pĂ©nurie croissante des ressources Ă©nergĂ©tiques primaires (et de la difficultĂ© d’y accĂ©der) aux “dĂ©veloppements douloureusement lents d’alternatives Ă©nergĂ©tiques”.
La Guerre Liquide du Pipelineistan a commencĂ© et, mĂŞme dans la pire pĂ©riode Ă©conomique, le risque d’une guerre totale monte constamment.
D’abord en cause de la folie IsraĂ©lienne de prendre possession des ressources gazières et pĂ©trolières de Gaza, de la Cisjordanie, de la Syrie, du Liban et mĂŞme du sud de Chypre…, en sus d’asseoir son hĂ©gĂ©monie, selon son drapeau symbolisant Le pays de David entre L’Euphrate et le Nil…, de quoi prendre toutes les meilleures ressources Ă©nergĂ©tiques de cette partie du monde, dĂ©clenchant l’apocalypse s’il le faut…
Ensuite, étant donné la concurrence acharnée que se livrent l’Ouest et l’Asie, tant au Moyen-Orient que sur le théâtre de la Caspienne ou dans les Etats pétroliers d’Afrique, comme l’Angola, le Nigeria et le Soudan.
Dans ces premières escarmouches du 21ième siècle, la Chine a vraiment réagi très rapidement.
Avant même les attaques du 11 septembre 2001, les dirigeants chinois ont élaboré une riposte à ce qu’ils voyaient comme une intrusion reptilienne de l’Occident sur les terres pétrolières et gazières d’Asie Centrale, en particulier dans la région de la Mer Caspienne.
Pour être précis, en juin 2001, les Chinois se sont joints aux Russes pour former l’Organisation de la Coopération de Shanghai.
Son sigle, “OCS”, doit ĂŞtre mĂ©morisĂ©…., on n’a pas fini d’en parler.
A l’époque, fait rĂ©vĂ©lateur, les membres juniors de l’OCS Ă©taient les “Stans”, ces anciennes rĂ©publiques de l’URSS riches en pĂ©trole : le Kirghizstan, l’OuzbĂ©kistan, le Kazakhstan et le Tadjikistan…, que l’administration Clinton et, après elle, l’administration de George W. Bush, dirigĂ©e par d’anciens barons de l’industrie pĂ©trolière, zyeutaient avec convoitise.
L’OCS devait être une association de coopération économique et militaire régionale à plusieurs niveaux, laquelle, ainsi que les Chinois et les Russes la voyaient, fonctionnerait comme une sorte de couverture de sécurité autour de la bordure septentrionale de l’Afghanistan.
L’Iran est évidemment un nœud énergétique crucial de l’Asie Occidentale et les dirigeants de ce pays, eux non plus, n’allaient pas rester à la traîne dans cette Nouvelle Partie Formidable.
L’Iran a besoin d’au moins 200 milliards de dollars d’investissements Ă©trangers pour moderniser vĂ©ritablement ses fabuleuses rĂ©serves pĂ©trolières et gazières… et il vend donc beaucoup plus de pĂ©trole Ă l’Occident que ne le permettent actuellement les sanctions imposĂ©es par les Etats-Unis.
Il ne faut pas s’étonner que l’Iran soit rapidement devenu la cible de Washington.
Que Sarkozy s’est tirĂ© une balle dans le pied en boycotant le pĂ©trole Iranien et a poussĂ© l’Europe entière Ă faire de mĂŞme, ne fera qu’amplifier les dĂ©boires EuropĂ©ens, au seul profit des Etats-Unis…
Il n’est pas étonnant non plus que tous les likoudniks, de même que l’ancien vice-président Dick Cheney (le pêcheur) et ses chambellans et compagnons d’armes néoconservateurs, se masturbent à l’idée d’une attaque aérienne contre ce pays.
Comme le voient les élites, de Téhéran à Delhi et de Pékin à Moscou, une telle attaque de la part des Etats-Unis, serait une guerre non seulement contre la Russie et la Chine, mais contre l’ensemble du projet d’intégration asiatique que l’OCS entend représenter.
Pendant ce temps, alors que l’administration Obama essaye de réparer sa politique iranienne, afghane et centre-asiatique, Pékin continue de rêver d’une version énergétique sûre et coulant à flot depuis l’ancienne route de la soie, qui s’étend du Bassin de la Caspienne (les Stans riches en hydrocarbures, plus l’Iran et la Russie), jusqu’à la province du Xinjiang, à l’extrême ouest de la Chine.
L’Iran, l’Inde et le Pakistan bénéficient du statut d’observateurs dans une organisation dont l’objectif consiste de plus en plus à contrôler et à protéger non seulement les approvisionnements énergétiques régionaux, mais le Pipelineistan dans toutes les directions.
C’est évidemment le rôle que les élites de Washington aimeraient que l’OTAN joue dans toute l’Eurasie.
Etant donné que la Russie et la Chine espèrent de leur côté que l’OCS jouera un rôle similaire à travers l’Asie, diverses sortes de confrontations sont inévitables.
Demandez Ă n’importe quel expert en rapport avec le sujet de l’AcadĂ©mie Chinoise de Sciences Sociales Ă PĂ©kin… et il vous dira que l’OCS devrait ĂŞtre comprise comme une alliance historiquement unique de cinq civilisations non occidentales : russe, chinoise, musulmane, hindoue et bouddhiste… et, Ă cause de cela, capable d’évoluer en un cadre pour un système collectif de sĂ©curitĂ© en Eurasie.
Il est certain que cette façon de voir a mis mal Ă l’aise les stratèges globaux classiques de l’establishment Ă Washington, comme le Dr Zbig… et le conseiller Ă la sĂ©curitĂ© nationale du PrĂ©sident George H W Bush, Brent Scowcroft.
Selon le point de vue de PĂ©kin, l’ordre mondial du 21ème siècle qui, avant le coup d’arrĂŞt liĂ© Ă l’intervention Russe en OssĂ©tie du sud, Ă©tait en train de s’installer sous l’hĂ©gĂ©monie amĂ©ricaine…, a changĂ© dans un quadrilatère de pays non contrĂ´lĂ©s et non contrĂ´lables par les USA : le BRIC (BrĂ©sil, Russie, Inde et Chine plus le futur triangle islamique constituĂ© de l’Iran, de l’Arabie Saoudite et de la Turquie).
Ajoutez-y une AmĂ©rique du Sud unifiĂ©e, qui n’est plus sous l’emprise de Washington…, et vous aurez une OCS mondiale.
En théorie, du moins, c’est un rêve à indice d’octane élevé.
La clé pour que cela se produise est la poursuite de l’entente cordiale sino-russe.
Déjà en 1999, observant l’OTAN et les Etats-Unis qui s’étendaient agressivement dans les lointains Balkans, Pékin a identifié cette nouvelle partie pour ce qu’elle était : une guerre en développement pour l’énergie.
Et, en jeu, Ă©taient les rĂ©serves de pĂ©trole et de gaz naturel de ce que les AmĂ©ricains allaient bientĂ´t appeler “l’arc d’instabilitĂ©”, une vaste bande de terre s’étendant de l’Afrique du Nord jusqu’à la frontière chinoise.
Non moins importants allaient être les itinéraires que les pipelines emprunteraient pour acheminer vers l’Ouest l’énergie enfouie dans ces terres.
Là où ces pipelines seraient construits et les pays qu’ils traverseraient détermineraient une grande partie du monde à venir.
Et c’est lĂ on comprend le pourquoi des guerres actuelles, celle de l’anĂ©antissement de la TchĂ©coslovaquie et des horreurs entre le Kosovo, la Serbie et autres anciens pays frères du bloc de l’Est…, où poussent comme des champignons vĂ©nĂ©neux et hallucinogènes, diverses bases militaires de l’empire amĂ©ricain (comme le Camp Bondsteel au Kosovo), qui rencontrent comme par hasard le Pipelineistan (reprĂ©sentĂ©, loin en arrière, en 1999, par le pipeline AMBO) sur son tracĂ© !
AMBO, raccourci pour Albanian Macedonian Bulgarian Oil Corporation, une entitĂ© enregistrĂ©e aux Etats-Unis, construit un pipeline Ă 1,1 milliard de dollars, alias “le trans-Balkan”, qui va ĂŞtre achevé fin 2012.
Il fera venir le pétrole de la Caspienne vers l’Ouest, sans le faire passer ni par la Russie ni par l’Iran.
En tant que pipeline, AMBO s’insère bien dans une stratégie géopolitique consistant à créer un quadrillage de sécurité énergétique contrôlée par les Etats-Unis.
Ce quadrillage a d’abord Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ© par le secrĂ©taire Ă l’énergie de Bill Clinton, Bill Richardson… et plus tard par Dick Cheney.
Derrière l’idĂ©e de ce quadrillage, repose le va-tout de la militarisation d’un couloir Ă©nergĂ©tique qui s’étirerait de la Mer Caspienne en Asie Centrale jusqu’à la Turquie, en passant par une sĂ©rie d’anciennes rĂ©publiques soviĂ©tiques dĂ©sormais indĂ©pendantes… et, de lĂ , rejoindrait les Balkans (puis l’Europe).
AMBO lui-même pensait acheminer le pétrole depuis le bassin de la Caspienne vers un terminal situé dans l’ancienne république soviétique de Géorgie dans le Caucase, le transportant ensuite par bateau citerne à travers la Mer Noire jusqu’au port bulgare de Burgas, où un autre pipeline assurerait la connexion jusqu’en Macédoine et ensuite jusqu’au port albanais de Vlora.
Ce quadrillage était destinée à saboter les plans énergétiques plus vastes, à la fois de la Russie et de l’Iran.
Quant au Camp Bondsteel, c’est la base militaire “durable” que Washington a gagnĂ©e… des guerres pour les restes de la Yougoslavie.
C’est la plus grande base Ă l’étranger que les Etats-Unis ont construite depuis la guerre du Vietnam au prix de mensonges et de massacres !
La filiale d’Halliburton Kellogg Brown & Root l’a montée avec le Corps des Ingénieurs de l’Armée sur 400 hectares de terres agricoles près de la frontière macédonienne au sud du Kosovo.
Pensez-y comme d’une version conviviale cinq étoiles de Guantanamo avec des avantages pour ceux qui y sont stationnés, incluant massages thaïlandais et des tonnes de nourriture industrielle.
Bondsteel est l’équivalent dans les Balkans d’un porte-avions gĂ©ant immobile, capable d’exercer une surveillance non seulement sur les Balkans, mais Ă©galement sur la Turquie et la rĂ©gion de la Mer Noire (considĂ©rĂ©e en langage des annĂ©es Bush comme “la nouvelle interface” entre la “communautĂ© euro-atlantique” et le “grand Moyen-Orient” en cours de crĂ©ation via les prĂ©tendues rĂ©volutions arabes…
La Russie, la Chine et l’Iran ont parfaitement interprété la guerre au Kosovo, puis l’invasion de l’Afghanistan (où Washington avait auparavant essayé de faire équipe avec les Taliban et encouragé la construction d’un autre de ces pipelines qui évitent l’Iran et la Russie), suivie par l’invasion de l’Irak (ce pays aux vastes réserves pétrolières) et, finalement, le conflit en Géorgie (cette jonction cruciale pour le transport de l’énergie), comme des guerres directes pour le Pipelineistan !
Bien que nos mĂ©dias du courant dominant l’aient rarement imaginĂ© de cette manière, les dirigeants russes et chinois y ont vu une “continuitĂ©” saisissante de la politique de l’impĂ©rialisme de Bill Clinton s’étendant Ă la “guerre mondiale contre la terreur” de Bush.
Un retour de bâton, comme l’avait prĂ©venu publiquement le prĂ©sident Russe d’alors Vladimir Poutine, Ă©tait inĂ©vitable, mais c’est une autre histoire de tapis volant, une autre caverne.
Si l’on veut comprendre la version washingtonienne du Pipelineistan, la Géorgie, où règne la mafia était un élément clé.
Bien que son armĂ©e ait Ă©tĂ© ratatinĂ©e dans la guerre avec la Russie, la GĂ©orgie reste cruciale pour la politique Ă©nergĂ©tique de Washington, dans ce qui est dĂ©sormais devenu un vĂ©ritable arc d’instabilitĂ©…, Ă cause de l’obsession continuelle des AmĂ©ricains de couper l’Iran des flux Ă©nergĂ©tiques.
C’est autour du pipeline BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan), que la politique américaine s’est figée.
Zbig Brzezinski en personne s’est envolĂ© pour Bakou en 1995, en tant que “conseiller Ă l’énergie”, moins de quatre ans après l’indĂ©pendance de l’AzerbaĂŻdjan, pour vendre cette idĂ©e aux Ă©lites azĂ©ries.
Le BTC devait partir du terminal de Dangachal, Ă une demi-heure de Bakou… et traverser la GĂ©orgie voisine jusqu’au terminal naval situĂ© dans le port turc de Ceyhan, sur la MĂ©diterranĂ©e.
A présent opérationnel, ce serpent de métal de 1.767 kilomètres de long et de 44 mètres de large passe à proximité de pas moins de six zones de guerre, en cours ou potentielles : Nagorno-Karabakh (une enclave arménienne en Azerbaïdjan), la Tchétchènie et le Daguestan (deux régions russes assiégées), l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie (où s’est déroulée en 2008 la guerre entre la Russie et la Géorgie) et le Kurdistan turc.
D’un point de vue purement économique, le BTC n’avait aucun sens !
Un pipeline “BTK”, partant de Bakou et passant par TĂ©hĂ©ran pour rejoindre l’Ile de Kharg en Iran, aurait pu ĂŞtre construit pour, toutes proportions gardĂ©es, presque rien… et il aurait eu l’avantage de contourner Ă la fois la GĂ©orgie corrompue par la mafia et l’Anatolie orientale instable peuplĂ©e de Kurdes.
Cela aurait été le moyen réellement bon marché d’acheminer vers l’Europe le pétrole et le gaz de la Caspienne.
Cette “Nouvelle Partie Formidable” a fait en sorte que ce ne soit pas le cas et beaucoup de choses ont fait suite Ă cette dĂ©cision.
MĂŞme si Moscou n’a jamais prĂ©vu d’occuper la GĂ©orgie Ă long terme dans sa guerre de 2008 ou de prendre le contrĂ´le du pipeline BTC qui traverse dĂ©sormais son territoire, l’analyste pĂ©trolier d’Alfa Bank, Konstantin Batounine, a fait remarquer l’évidence : “en coupant brièvement le flux pĂ©trolier du BTC, les soldats russes ont fait comprendre très clairement aux investisseurs mondiaux que la GĂ©orgie n’était pas un pays fiable pour le transit Ă©nergĂ©tique”.
Autrement dit, les Russes ont tournĂ© en dĂ©rision le monde selon Zbig…. et ont stoppĂ© l’avancĂ©e du Nouvel Ordre Mondial !
Pour sa part, l’Azerbaïdjan représentait jusqu’à récemment la véritable réussite dans la version américaine du Pipelineistan.
ConseillĂ© par Zbig, Bill Clinton a littĂ©ralement volĂ© Bakou du “voisinage proche” de la Russie, en encourageant le BTC et les richesses qui en couleraient.
Cependant, avec le message de la guerre russo-géorgienne qui s’est immiscé, Bakou s’est autorisé à nouveau à se laisser séduire par la Russie.
Pour compléter le tableau, le président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, ne peut pas piffer le président bravache de la Géorgie, Mikhaïl Saakachvili !
Ce n’est guère surprenant…, après tout, les manĹ“uvres militaires irrĂ©flĂ©chies de Saakachvili ont causĂ© Ă l’AzerbaĂŻdjan la perte d’au moins 500 millions de dollars lorsque le BTC a Ă©tĂ© fermĂ© durant la guerre.
Le blitzkrieg de séduction russe pour l’énergie est également concentré comme un laser sur l’Asie Centrale.
Cette séduction tourne autour de l’offre d’acheter le gaz kazakh, ouzbek et turkmène aux prix européens, au lieu des prix précédents russes beaucoup plus bas.
Les Russes, en fait, ont fait la même proposition aux Azéris : donc, à présent, Bakou négocie un accord impliquant plus de capacité pour le pipeline Bakou-Novorossisk, qui se dirige vers les frontières russes de la Mer Noire, tout en envisageant de pomper moins de pétrole pour le BTC.
Obama a eu besoin de comprendre les graves implications de tout ceci : moins de pétrole azéri pour le BTC (sa pleine capacité est d’un million de barils par jour, essentiellement acheminés vers l’Europe), signifie que ce pipeline pourrait faire faillite, ce qui est exactement ce que veut la Russie.
En Asie Centrale, quelques-uns des plus gros enjeux tournent autour du champ pĂ©trolier monstre de Kashagan situĂ© dans le “lĂ©opard des neiges” d’Asie Centrale, le Kazakhstan, le joyaux absolu de la couronne de la Caspienne, avec des rĂ©serves atteignant 9 milliards de barils.
Comme d’habitude au Pipelineistan, tout se résume à savoir quels itinéraires livreront le pétrole de Kashagan au monde après le démarrage de la production en 2013.
Cela est bien sûr annonciateur de la Guerre Liquide !
Le PrĂ©sident Kazakh Nursultan Nazarbayev, rusĂ© comme un renard, aimerait utiliser le Consortium du Pipeline de la Caspienne (CPC) contrĂ´lĂ© par les Russes pour dĂ©verser le brut de Kashagan vers la Mer Noire…, dans ce cas, les Kazakhs dĂ©tiendraient tous les atouts.
La façon dont le pétrole s’écoulera depuis Kashagan décidera de la vie ou de la mort du BTC, autrefois vanté par Washington comme l’échappatoire occidentale ultime de la dépendance sur le pétrole du Golfe Persique.
Alors, bienvenue au Pipelineistan !
Que nous l’aimions ou pas, en période faste comme en période difficile, nous allons tous devenir des touristes de Pipeline.
Donc, suivez le flux !
Apprenez les acronymes cruciaux, gardez un œil sur ce qui va arriver à toutes ces bases américaines dans tous les fiefs pétroliers de la planète, observez là où les pipelines seront construits et faîtes de votre mieux pour garder l’œil sur la prochaine série d’accords énergétiques monstres chinois et des coups fabuleux du Russe Gazprom.
Il est peu de pays qui suscitent en même temps l’effroi, la fascination et une sorte d’attirance sensuelle.
La Russie, c’est tout cela Ă la fois : un pays qui, Ă force d’avoir trop convoquĂ© les anges, tangue avec ses dĂ©mons.
Mais, la Russie, selon les mĂ©dias occidentaux aux ordres du Nouvel Ordre Mondial, Ă le visage peu sĂ©duisant de la mafia, d’oligarques douteux (Abramovitch, Berezovsky…), de filles faciles, de barons du foot… et d’une Ă©lite politique qui serait, une nouvelle fois, aux mains d’un tsar redoutĂ© !Poutine aujourd’hui, Staline hier, Ivan le terrible et Pierre le Grand avant-hier…., pour Ă©viter le chaos et l’anarchie, la Russie a souvent choisi, dans son histoire, des remèdes de cheval : rien de tel qu’une main de fer…, pour tenir un pays gigantesque comme un continent.
La Russie est trente fois plus grande que la France !
De Saint-Pétersbourg à la mer du Japon, en passant par l’Oural et les steppes, la Russie rassemble 140 millions d’habitants derrière une langue et un étendard !
La mission est complexe et mère d’insoutenables tensions.
Comment en serait-il autrement ?
La Russie, c’est donc, depuis l’origine, un peuple souvent agité, fantasque, généreux, drôle, anxieux, électrique, semblable à un animal sauvage.
Et des dirigeants dompteurs de fauves !A ceux qui firent l’éloge de la dĂ©mocratie Ă l’occidentale, lorsque la perestroĂŻka fit tomber les rouges, le peuple lança au bout de quelques annĂ©es : “C’était mieux sous Staline. Au moins on avait Ă manger. Et au moins y avait-il une structure “, auraient pu rajouter ces habitants Ă©garĂ©s, dont la famille venait d’exploser.
Les Russes sont profondément complexes.
D’un côté, ils sont très méfiants vis-à -vis des super-pouvoirs, incarnés aujourd’hui par Poutine, hier par Staline et ses héritiers soviétiques.
De l’autre, ils vivent dans une forme de nostalgie de l’empire.
Un temps où Moscou regardait de haut le reste du monde, imposait avec autorité ses différences sur Cuba, le Vietnam ou l’Afghanistan, voire la Syrie.
Un âge d’or, fĂ»t-il parfois de glace et de goulag, oĂą la capitale du bloc de l’Est faisait la pluie et le beau temps, jusqu’à en rendre fous les AmĂ©ricains et l’Occident…, les habitants de l’ex-URSS qui se souviennent de l’époque soviĂ©tique, savent parfaitement ce qu’est le diktat des “valeurs” primant sur le bon sens.
La thĂ©orie consacrĂ©e par Karl Marx (ainsi que par les premiers chrĂ©tiens avec leurs idĂ©es d’égalitĂ© et de justice… et par les utopistes de l’époque de la Renaissance tels que Campanella… et par le sang des sans-culottes pendant la RĂ©volution française… et par d’autres panthĂ©ons), exige qu’on dise certaines choses.
Or, la réalité montre qu’il est préférable de ne rien dire, mais surtout de ne pas faire ce qu’on dit.
Cette situation absurde était particulièrement notable dans la diplomatie de l’Union soviétique dans les pays d’Afrique, d’Amérique Latine et autres.
Globalement, la politique était tout à fait pragmatique, mais dans certaines situations l’idéologie empêchait de faire des choses sensées.
Les Russes ne sont pas à une contradiction près, c’est ce que l’on aime aussi dans leur tempérament viscéral, tantôt festif, tantôt nostalgique.
Et s’ils tiennent, parfois avec arrogance, à leur identité puissante, cette puissance tout à la fois les aveugle.
Les chefs élus par le peuple finissent souvent mal : empoisonnés (Ivan le Terrible), assassinés (le tsar Alexandre II) ou violemment déboulonnés (Staline, Lénine).
En ira-t-il un jour de mĂŞme pour Poutine ?
Mystère…, quoique les services secrets amĂ©ricains n’ont cesse d’y oeuvrer !
Mais l’aura du prince est, avec Poutine, intacte.
Personne n’a mieux parlé de l’âme russe, de ses tourbillons, de ses combats, de ses passions, que les artistes.
Plus d’un siècle après sa disparition, Dostoïevski demeure l’inépuisable phare de l’âme russe.
Quelque chose d’éternel est là , entre ses lignes, qui résiste au temps qui passe.
Dostoïevski est un existentialiste avant l’heure.
C’est aussi le grand confesseur des tourments cornéliens, dans lesquels peuvent se retrouver tous les Russes.
“Il est la seule personne qui m’ait appris quelque chose en psychologie”, disait de lui Nietzsche.
L’Idiot, Les Frères Karamazov, Crime et châtiment, Les PossĂ©dĂ©s…, touchent comme nul autre auparavant, et nul autre depuis, Ă l’identitĂ© russe.
Tout y est champ de bataille, débat contradictoire, bras de fer entre ténèbres et lumières.
Il y a chez le héros dostoïevskien un dualisme profond, terrible, torturé, qui vaut pour la Russie du dix-neuvième siècle comme il vaut pour celle du vingt et unième ou du seizième.
Que disent les romans du géant russe ?
Que les ĂŞtres sont constamment ballottĂ©s entre la tentation du mal (Raskolnikov, Ivan Karamazov, ou NicolaĂŻ Stavroguine, qui confesse après ses crimes : J’ai partout essayĂ© ma force)…., et la nĂ©cessitĂ© du salut de l’âme et d’un parcours parfois christique, Ă l’image du prince Mychkine (L’Idiot), de l’humble Sonia (Crime et châtiment) ou d’Aliocha Karamazov.
Le cinéma Russe, au vingtième siècle et jusqu’à aujourd’hui, n’est pas en reste.
Que nous montre-t-il de l’âme russe ?
Un pays oĂą se confrontent sans cesse les dieux et les hommes.
Dès Ivan le Terrible, Sergueï Eisenstein met en scène le rapport de force entre la politique et la religion orthodoxe.
La Russie y vit sous le règne de deux maîtres : le Tsar, sorte d’Übermensch investi de tous les pouvoirs, et de droits pratiquement divins.
Et Dieu, le Très-Haut, Seigneur ultime du peuple.
Lorsque le Tsar s’allie à Dieu, rien ne peut lui arriver.
Lorsqu’il fait sĂ©cession, la dĂ©bâcle est terrible… et l’on entend alors les anges lancer l’avertissement fatal : “Ce jour, vous allez assister Ă un miracle. Le Seigneur d’ici-bas sera humiliĂ© par le Seigneur des cieux”.
Les Tsars et grands despotes russes sont au fond, nous suggèrent les artistes, frères des surhommes de la Grèce antique.
Dès qu’ils contestent l’autorité divine, les voilà punis par le ciel.
Ou par le peuple.
Voilà Poutine averti.Derrière Eisenstein, le cinéma russe n’en finit plus de raconter la double histoire des hommes de foi (d’Andreï Roublev, de Tarkovski, à L’île, de Pavel Lounguine) et des hommes de pouvoir (Un Nouveau Russe, de Lounguine, inspiré par le destin mafieux de Berezovsky, à Soleil trompeur, de Mikhalkov et Faust, de Sokourov).
Les premiers s’en remettent aveuglément à Dieu.
Les seconds rêvent de décrocher leur étoile, économique ou existentielle.
Quitte Ă faire un pacte avec le diable.
Les Russes en sont là , travaillés de l’intérieur par cette constante influence, qui tantôt les rassure, tantôt les fait frémir, au centre d’un pays qui ressemble à une plaine large, tellement large qu’elle semble par moments sans horizons.L’âme russe, c’est cela : une immensité incontrôlable, un fleuve géant, un océan capricieux, une planète lunatique.
C’est le vertige des sens…, le sens du lyrisme…, la tentation des ivresses…, la connaissance intime des vents les plus contraires…, l’érudition extrĂŞme…, l’animalitĂ© pure…, une joie d’affamĂ©, euphorique, parfois dingue.
Et une mélancolie qui souvent touche, sans se forcer, au désespoir le plus intense.
L’on entend alors, quand viennent la nuit et l’heure de la vodka, qui elle envoie au ciel, la complainte de l’homme ivre d’amour, inconsolable et pourtant gai, lançant vers une belle aux yeux sombres : “Yeux noirs, Yeux pleins de passion ! Yeux ravageurs et sublimes. Comme je vous aime, comme j’ai peur de vous. Vous ĂŞtes plus sombre que les tĂ©nèbres”…
Il ne restait alors, qu’a Ă©crire un livre qui, partant d’une autre vue sur les attentats du 11/9, suivrait un fil conducteur amenant Ă l’atomisation de l’Iran selon les plans du Dr Zbig…
La base Ă©tant le livre “Dictatucratie…“, le rĂ©assemblage Ă©tant oeuvre d’intelligence, le fil est apparu en finale, trop gros pour ĂŞtre livrĂ© in-extenso sans une page de mise en garde…
C’est lĂ que commence notre aventure de recherche sur les attentats du 11 septembre 2001, la rĂ©daction du livre (encore sans titre)… et le troisième chapitre de cette saga !













