Le cœur c’est le petit grelot du pesant collier de la vie…

C’est une histoire au goût amer, que je conte ici…, tout le monde ou presque, un jour y a goûté.
Je broie du (chocolat) noir en y pensant, c’est comme relire un vieux polar tombé du placard.
Souvenirs !

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Convoqués tout au long de notre existence, les souvenirs de jeunesse nous disent qui nous sommes.
Pendant toute notre existence, nous dialoguons avec nos souvenirs…, à travers eux, nous forgeons une partie de notre personnalité et de notre rapport au monde..

C’est que…, quand on est jeune, on perçoit le monde avec sérieux, on fait tout avec sérieux…, nos sens sont des capteurs qui se traduisent en émotions.
Plus on sait, plus on se défait de ce qui nous encombre, du superflu…, avec le temps, on apprend à se connaître, à s’éprouver.
Et, l’amer monte…, pas n’importe quel amer, ce petit goût de reviens-y qui fait vibrer…, cette petite crispation qui fait durer le plaisir.

La vie est comme le chocolat, c’est l’amer qui fait apprécier le sucre…, mais attention, il y a amer et amer…, pas l’amertume, mais juste une ponctuation qui apporte un petit supplément d’âme !
Devenus protocole et politesses rituelles, les mots d’amour glissent sur la toile cirée de l’habitude…

Le cœur c’est le petit grelot du pesant collier de la vie…, en amour, il faut séduire, conquérir.., avertir la femme qu’on va la séduire, est un bon moyen pour l’empêcher de partir…, elle reste par défi, pour assister à la déconfiture du présomptueux.
Dans l’amour, vient ensuite la farce de la poésie : faire le grand seigneur insolent, le romantique hors du social, pour que la femme déduise qu’elle a devant elle un exemplaire de l’espèce miraculeuse des amants, le contraire d’un homme-soucis, une promesse de vie sublime.
L’homme lambda, normal, lui, ne peut pas être poétique, impossible de faire du théâtre 24 heures par jour…, vu tout le temps par elle, il est forcé d’être vrai, donc piteux.
Tous les hommes sont piteux, y compris les séducteurs lorsqu’ils sont seuls et non en scène devant une émerveillée.
Bach, Mozart, Dieu, tout commence toujours ainsi…, ça fait conversation honnête, alibi moral… et quinze jours plus tard : trapèze volant dans le lit…

L’amour romantique, pire qu’une illusion, est un poison toxique…, à vouloir être trop parfaits, à ne prétendre partager que des moments sublimes, les amoureux se retrouvent dans une impasse et pour en sortir, à défaut d’un retour en arrière, ne peuvent qu’aller dans le mur…
Pour une femme, se faire aimer est si facile, mais si déshonorant…, toujours la même vieille stratégie et les mêmes misérables causes : la viande et le social…
Lente et inexorable descente aux enfers que les amours…, les amants, les amoureux ne résistant pas à la contradiction entre ce qu’ils savent d’eux-mêmes et ce qu’ils croient d’eux-mêmes en terme de faiblesse en contexte de sexualité privée : plus les amants prennent conscience de cette contradiction et plus ils s’efforcent de l’annuler au moyen de contorsions psycho-sociales aussi illusoires que dérisoires qui ne font, en réalité, que creuser l’abîme entre ce qu’ils savent et ce qu’ils croient de leurs faiblesses.

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Vient le temps des Hop-Hop-Hop…, les regards chiens-chiennes, regards sérieux soucieux « chienchiennes » myopes avec des intentions de gymnastique, une bête dessus une bête dessous… et ça dure, ça dure, jusqu’à ce qu’enfin, ça y est…, l’épilepsie, la drôle d’épilepsie, on pousse des cris de cannibales parce que c’est la fin et puis c’est tout essoufflé, c’est fini jusqu’à la prochaine fois, non pas vraiment fini d’ailleurs parce que alors on se colle contre l’un-l’autre…, tout collant poisseux… et on se dit des tendresses écœurantes…, car c’est l’obligation de rester étendu, l’homme a envie de dormir, enfin ronfler en paix…, la femme, non…, elle roucoule avec sentiments… et elle caresse l’épaule du mâle.., elles font toujours cela après, c’est leur manie, et elles attendent le sucre de récompense et qu’on leur dise des joliesses reconnaissantes, comme quoi ce fut divin…

L’homme empêché de sombrer dans le sommeil réparateur, en vient alors à mépriser…, il se méprise d’abord, il craint que ses spermatozoïdes se transforment en obligation de pension alimentaire pour la roucoulante qui, dans le lit accepte pour ce…. toutes les positions peu compatibles avec sa dignité…, affaire de stratégie, jouer la convenable en son fauteuil, pour ensuite, au lit, hurler en sauts de carpe, allaitante et animale servante de nuit, nue et sursautante…, parfois doucement gémissante…, parfois fortement remuante…, avec toujours les yeux blancs de Sainte extasiée…

Les hommes naissent libres, égaux en droit, mais ça ne dure pas longtemps !
Rien de pire pour un homme-amant de devenir pauvre avec une âme de pauvre…. naître pauvre n’est qu’une habitude…, mais le devenir c’est pire, la misère avilit, le devenu pauvre devient laid et prend l’autobus…, se lave moins, sent la transpiration, compte ses sous…, perd sa seigneurie… et ne peut plus sincèrement mépriser, surtout après un coït, surtout non-interrompu…, on ne méprise bien peu ce que l’on possède et domine : Gœthe méprisait mieux que Rousseau…
Si…, il y a pire… un mari devenant pauvre…, qu’il soit encore aimant est une caricature…
La femme-amante, de retour d’orgies dantesques avec l’homme parfait qu’elle croit éperdu d’amour…, comparera son mari… et elle le méprisera…, tout lui sera motif de dédain, et jusqu’au linge sale du mari, comme si un Don Juan ne donnait pas ses chemises à laver et n’avait pas de slips sales !
Mais l’idiote, ne voyant que l’Amant qu’en situation de théâtre, toujours à son avantage, fraîchement lavé et pomponné, se le figure héros ne salissant jamais ses chemises, ne lâchant aucun pet, ne se grattant jamais les coucougnettes… et ne pissant pas dans le lavabo tout en se brossant les dents.

L’homme-amant…, n’est qu’un comédien toujours sur scène, toujours camouflé, dissimulant ses misères physiques et faisant en cachette tout ce qu’un mari fait ingénument…, mais comme il le fait en cachette et que la femme fofolle a peu d’imagination, il lui est un demi-dieu.
ô les sales nostalgiques yeux de l’idiote bientôt adultère…
ô sa bouche bée devant les nobles discours de son prince charmant porteur de 10 mètres d’intestins…
ô l’idiote éprise d’ailleurs, de magie, de mensonge.

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Tout de son mari va l’agacer : la radio, la TV du mari et son inoffensive habitude d’écouter les informations trois fois par jour…, pauvre chou, ses pantoufles, ces rhumatismes, ses sifflotements à la salle de bains, ses bruits lorsqu’il se brosse les dents, son innocente manie des petits noms tendres, dans le genre « Chouquette », « Poulette » ou tout simplement « Chérie » à tout bout de champ, ce qui est dépourvu de piment…, il faut à Madame du sublime à jet continu.
Tout à l’heure, le séducteur l’entourait de guirlandes, l’appelait « Déesse des forêts » et « Diane revenue sur terre »…, et la voilà maintenant, par le mari, transformée en « Poulette », ce qui la vexe…
Tout à l’heure, suave et charmée, elle écoutait le séducteur la gorger de sujets élevés : peinture, sculpture, littérature, culture, nature… et elle lui donnait délicieusement la réplique, bref deux cabots en représentation… et voilà que maintenant le pauvre mari en toute innocence lui demande ce qu’elle pense de la façon d’agir de François Fillon : « Moi je suis d’avis de couper les ponts avec la droite, qu’est-ce que tu en dis ? Note que je ne peux voter Mélanchon… Et Lepen n’est pas nette… On ne va quand même pas voter Macron ! »…
Et caetera, y compris le touchant : « Tu sais Ma Chouchoute, ça a bien marché avec le boss, il me tutoie »…

Bref, pas de sublimités avec le mari, pas de prétentieux échanges de goûts communs à propos de Kafka… et l’idiote se rend compte qu’elle gâche sa vie avec son ronfleur, qu’elle a une existence indigne d’elle…, car elle est vaniteuse, l’amphore.
Le plus comique, c’est qu’elle en veut à son mari, non seulement de ce qu’il n’est pas poétique… mais encore et surtout de ce qu’elle ne peut pas faire de « la poétique » devant lui…, sans qu’elle s’en doute, elle lui en veut d’être le témoin de ses misères quotidiennes : au réveil, la mauvaise haleine, la tignasse de clownesse ébouriffée et de clocharde abrutie, avec tout le reste, y compris peut-être l’huile du soir ou les pruneaux…

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Bien loin de la vaniteuse si peu sûre d’elle qui a tellement besoin d’être rassurée, parce que le matin, dans la glace, elle se découvre un tas d’imperfections, les cheveux ternes et trop secs, les pellicules ennemies, les pores trop ouverts, les orteils pas beaux, surtout le dernier, le bossu, le petit infirme avec un ongle de rien du tout, jamais sûre d’elle-même ; le pourquoi de son besoin maladif de tenues nouvelles qui la feront neuve et de nouveau désirable.
Oh, les pauvres ongles trop longs et vernis, leurs crétins sourcils épilés, leur obéissance abrutie aux lois de la mode.
Dites-lui que cette année la mode c’est une jupe avec un grand trou au bas du dos, et elle courra se mettre une jupe trouée révélant son cul nu.
Dans le compagnonnage de la brosse dents et des pantoufles, elle se sent découronnée et elle en tient responsable le malheureux mari qui n’en peut mais…, par contre, quelle marche triomphale à cinq heures de l’après-midi lorsque, lessivée à fond avec mise en plis et sans pellicules, plus heureuse et non moins fière que la Victoire de Samothrace, elle va retrouver à larges coulées son noble coliqueur clandestin.. et elle chante des chorals de Bach, glorieuse de faire bientôt la sublime toute belle avec son intestineur… et en conséquence de se sentir princesse immaculée.

Voilà à quoi se résume l’alliance de deux malheureux promis à la maladie et à la mort, qui voulaient la douceur de vieillir ensemble et devenir le seul parent l’un de l’autre…
Il y a du silence au cimetière où dorment les anciens amants et leurs amantes…, ils sont bien sages maintenant, les pauvres…, finies, les attentes des lettres, finies les nuits exaltées, finis les battements moites des jeunes corps. Au grand dortoir, tout ça.
Tous allongés, ces régiments de silencieux rigolards osseux qui furent de vifs amants.
Tristes et seuls au cimetière, les amants et leurs belles…, les râles émerveillés de l’amante stupéfaite de jouissance, soudain ondulante, ses yeux levés de sainte, ses yeux clos savourant le plaisir, les nobles seins qu’elle donnait, dans de la terre, tout ça…

L’homme avec le temps, même ex-grand amant…, bondit beaucoup moins, qu’il est flapi et conjugal, qu’il en a un peu marre du physiologique et pense de nouveau au social et à reprendre son travail, et s’il parle de son avancement et de ses rhumatismes, elle comprend soudain, avec beaucoup d’élévation, qu’elle s’est trompée…
Ça ne manque jamais, le coup de s’être trompée…, alors elle décide d’aller lui parler en grande noblesse : « Soyons dignes l’un de l’autre et quittons-nous noblement, sans vaines récriminations. Ne souillons pas d’une inutile injure le noble souvenir des bonheurs révolus. Je te dois la vérité, et la vérité, cher Amour, est que je ne t’aime plus »…
Elle lui propose souvent, quoique parfois…, en fin de discours, une dernière coucherie comme preuve d’affection sincère et pour lui laisser un beau souvenir…, (souvent une possibilité de pension alimentaire) mais le plus souvent, en conclusion, c’est le ; « Sois fort et demeurons amis »…

Le pire, c’est quand elle a eu un enfant du mari, comme elle prend tout ce qui est possible, y compris la copie des disques-durs pour faire chanter l’abruti, l’enfant c’est le prétexte de l’éternité financière…, l’homme-mari… marri, déconfit, est ainsi ruiné si pas plus…, ce qui explique les hécatombes… qui, si évitées, ne seront pas remplacées avantageusement par la haine et les délations…

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Non, trop de dégoût, je ne peux plus…, j’aime mieux séduire un chien qu’une chienne (en double-sens)…
Un chien, pour le séduire, je n’ai pas à me raser de près ni à être beau, ni à faire le fort, je n’ai qu’à être bon…, il suffit que je tapote son petit crâne et que je lui dise qu’il est un bon chien et moi aussi…, alors, il remue sa queue et il m’aime d’amour avec ses bons yeux, il m’aime même si je suis laid et vieux et pauvre, repoussé par tous, même sans papiers d’identité et sans cravate de commandeur, il m’aime même si je suis démuni, ô merveille, même si je suis tendre et faible d’amour.
J’estime les chiens… après avoir divorcé et fuit ma maîtresse, j’ai séduis un chien, mon Blacky et je lui voue ma vie…

Sa tête soudain devient plus menue quand ça lui chante de faire du sentiment, ses yeux qui se ferment de complicité tendre, ses yeux mi-clos extasiés parce que pour la centième fois je lui dis qu’il est gentil…, Blacky ébouriffé rêvant au soleil, trouvant belle sa vie, si studieux lorsqu’il fait le pitre avec des gestes de joueur de contrebasse, s’arrêtant subitement pour me regarder avec un intérêt ahuri, cherchant à comprendre, ou pour réfléchir, distrait, petit penseur.

Quand je reviens de chez les hommes, c’est bonheur de le retrouver, si prêt à me suivre, à avoir foi en moi, à carder mes genoux, à me faire des grâces avec sa tête impassible qui se frotte contre ma main, petite tête qui ne pense jamais de mal de moi.
Il comprend plus de vingt mots ; sortir, attention méchant chien, manger, pâtée, il ne vient pas toujours, mon indépendant, quand je lui dis viens…, mais il accourt, aimable, empressé, si je lui dis tiens…, alors il me donne un baiser, un seul coup de langue rêche sur la main et fait le beau.
Après la sous-bouffonnerie de la vie humaine, quand je reviens de chez les hommes, quels bonds dès qu’il me voit, une petite scène d’amour : « J’ai souffert », me disent ses pathétiques cris de contralto : ‘tu me laisses trop seul et ce n’est pas une vie ».… Alors, j’ouvre le frigo et en sort des merveilles que je découpe avec des ciseaux…

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Idylle…, je suis pardonné…, la queue vibrante d’impatience et de bonheur, il fabrique des jappements premier choix, frotte sa truffe contre ma jambe pour me faire savoir combien il m’aime et est prêt à aller au bout du monde avec moi…
De la terrasse, où il prend ses bains de soleil où guette un oiseau, un chat, un chien…, dès qu’il m’entend m’étendre dans un fauteuil…, il bondit, ses griffes faisant un petit bruit de grêle sur le carrelage…, il s’élance près de moi pour bien préparer sa place… et, lorsqu’il a terminé sa petite danse rituelle de pétrissage, il s’étend, s’installe, soudain long et princier, parfaitement heureux et c’est le bonheur de la sieste ensemble…., il met sa patte sur ma main pour bien savoir que je suis là, et quand je lui dis qu’il est gentil, il enfonce un peu ses griffes dans ma main sans me faire mal, juste ce qu’il faut pour me remercier, pour me montrer qu’il a compris, pour me dire qu’on s’entend bien, nous deux, qu’on est amis.

Voilà…