Le Roi est mort, vive le roi…
“Le Roi est mort, vive le roi”… Cette ancienne acclamation, devenue familière, est un fait : dès que le roi meurt, il lui est aussitôt succédé. Ainsi, d’une certaine façon, le roi ne meurt jamais : le corps naturel meurt mais la fonction demeure. Cette dualité royale, un corps naturel et un corps politique, a été largement développée par Ernst Kantorowicz dans son riche ouvrage “Les deux corps du roi”, qui, depuis sa publication en 1960, a été maintes fois cité, commenté tout autant que discuté. Ainsi, dans son ouvrage “Le corps du roi” en 2018, Stanis Perez replonge dans cette fascinante question en l’actualisant et en l’élargissant autour de l’incarnation royale. Pour ce faire, il étudie les rois français, de Philippe Auguste à Louis-Philippe (XIIème – XIXème siècles) et montre l’évolution et l’appréhension de ce personnage très exposé et qui pourtant demeure mystérieux. Suivant un découpage chronologique, il emmène avec lui le lecteur en quête de réponses sur ce qu’est un corps royal, avec ce qu’il comporte de force et de faiblesse, de solennité et de trivialité, de sacré et d’humain.
Mon extrapolation “Blacky est mort, vive Blacky”... doit être plus complète “Blacky 1 est mort, vive Blacky 2″… Ah ! Ahhhhhhh ! ou WaWaaaaaah !… Les chiens… On leur parle, on les prend en photo, et on n’est pas loin de considérer, comme Byron, que “Les chiens ont toutes les vertus de l’homme sans ses vices”… Mon Blacky était un chien d’artiste, moi, écrivain, éditeur, amateur d’automobiles extraordinaires dont les Hot Rod’s en première ligne. C’était, je corrige en conséquence, un Cocker Spaniel d’artiste, car c’est ainsi qu’est né Chromes&Flammes… Blacky est arrivé avec le WebZine ChromesFlammes… Cela n’a pas l’audace du “Bichon de Murillo”, des “6 chiens des Noces de Cana” et des “Corniauds de Corot” ou mêmes des six cents représentations d’Anubis, le chien psychopompe… Le “chien de sentiment” est né au XVIIIe siècle avec le peintre de Misse et Turlu, Jean-Baptiste Oudry, et retrace l’histoire du fox-terrier Skippy, que se disputent Cary Grant et Irene Dunne dans Cette sacrée vérité (1937) !
Je reconnais donc être un cynophile poilant dénué d’os-tentation ayant toujours aimé les chiens. J’en ai eu dès l’enfance. À 6 ans, j’avais un boxer. Le temps a passé, les chiens se sont espacés, mais il y a presque 11 ans ma route a croisé celle d’un Cocker noir nouveau né que j’ai adopté et nommé Blacky parce qu’il était tout noir…, j’ai commencé à le prendre en photo, à la volée, sans le faire poser et j’ai créé une section Blacky dans mon WebSite qui devait devenir une sorte de journal intime, ne révélant rien de ma vie, tout en en disant quelque chose, sans calcul et sans esprit de sérieux. Ce chien Cocker Spaniel Blacky a changé ma vie je suis devenu un cynophile un peu fou. Si on enlève le chien dans une des toiles de Carpaccio, un déséquilibre s’opère, quelque chose manque. Une promenade au Louvre en quête des milliers de chiens représentés dans les œuvres du musée, c’est de l’ordre de la sublimation. Le lien unique entre un humain et son chien, est fondé sur une forme d’empathie très mystérieuse, car le chien, c’est l’altérité absolue pour l’humain.
Mais ça n’empêche pas l’empathie qui s’exerce par-delà l’altérité et par-delà l’absence de langage commun. Et c’est touchant, car la communication passe par l’émotion, pas par l’analyse, le langage, pas par le logos. Le chien amène une forme d’échange dans lequel tout jugement est aboli. Et cette forme d’indulgence, cette relation exempte de jugement n’existe nulle part ailleurs. On veut toujours faire bonne figure auprès de ses amis, de ses amours, dans le milieu professionnel. Avec un chien, on n’est jamais jugé. Je pense que c’est une des raisons qui font que les chiens sont si indispensables à certains milieux ou à certains métiers. Des neuroscientifiques ont étudié les échanges entre humains et chiens : quand un humain regarde un chien, une sécrétion d’ocytocine se produit, l’hormone de l’attachement et de la joie. La sécrétion d’ocytocine est augmentée par le contact tactile, les caresses. Ça explique sûrement cette relation unique entre l’homme et le chien depuis sa domestication il y a plus de 20.000 ans.
Peut-être que les chiens jouent avec des composantes de la psychologie ? Dans la relation entre un humain et un chien, le chien peut d’ailleurs devenir cocréateur . Ce fut le cas de Richard Wagner, qui prétendait avoir puisé un certain nombre de ses inspirations musicales dans la respiration, les attitudes et l’observation de son chien. La philosophe américaine Donna Haraway, l’autrice du “Manifeste des espèces compagnes”, l’a théorisé en évoquant son expérience avec sa chienne Cayenne, à travers la pratique qu’elles ont de “l’agility”, ces disciplines sportives et ludiques dans lesquelles le maître et le chien font ensemble des parcours d’obstacles. Haraway y voit une forme de cocréation spontanée, une chorégraphie inter-espèce, dans laquelle l’humain et le chien communiquent et cocréent quelque chose. Elle parle de ce moment où, à travers le chien, nature et culture, traditionnellement opposées dans la culture occidentale, se rejoignent. La relation entre l’homme et le chien peut permettre de nouer une nature domestiquée et une culture ensauvagée.
L’apothéose du chien co-créateur réside dans le travail du photographe William Wegman avec ses braques de Weimar. Quand on observe l’ampleur de sa création, on réalise que beaucoup de ses images lui ont été soufflées par les chiens eux-mêmes, par une attitude totalement inattendue, par un désir du chien de monter sur telle chaise ou de faire telle ou telle chose. il y a sans doute une part de projection de sa part, mais il le vit comme une forme de cocréation où, très souvent, de même que les sculpteurs disent que l’œuvre est déjà dans la pierre, pour Wegman, un grand nombre des saynètes était déjà dans le chien. On voit toujours l’humour, or, lorsque les chiens commencent à avoir 4-5 ans, une espèce de mélancolie et d’angoisse s’empare d’eux, on croirait voir une appréhension de la mort alors que le chien est prétendu n’avoir aucune connaissance, sur ce point, un doute s’installe que j’ai par ailleurs décelé à la lente agonie de mon Blacky 1 qui semblait me dire “Désolé mon Popa Patrice mais je me sens partir pour toujours”... J’en ai été très troublé.
Plus encore lorsqu’en pleine nuit je l’ai comme senti pleurer et que je suis venu m’allonger près de lui en lui offrant quelques gourmandises… Peu après, il est venu contre moi me lécher la main comme un “Merci, au revoir”... C’était troublant et pathétiquement beau, une fin dans un amour partagé… Cela a entrainé une sorte de miracle car peu après le décès de Blacky m’est apparu l’existence d’un Cocker Spaniel tout noir de 14 mois copie complète de Blacky mais avec une “cravate de poils blancs en poitrail” permettant de le distinguer. Je dis “miracle” car en sus, il se nomme Blacky… C’est Blacky 2… Je n’ai rien encore à en écrire ni dire ensuite, je vais l’attendre… j’ai par contre voulu suivre tous les épisodes de la fin de mon unique Blacky 1, l’euthanasie douce entourée d’amour et de réconfort, ses pattes serrant mes mains, ou le contraire, la scène ressemblait à la mort du Roi de Jérusalem dans “Kingdom of Heaven” de Ridley Scott lorsque la Reine enlève le masque de feu son mari atteint d’une maladie l’ayant défiguré est un moment tragique qui symbolise l’absurdité de l’existence.
Blacky l’était, défiguré dans son dernier mois de vie ensemble, son museau et son corps étant couvert de cloques purulentes d’un cancer irréversible de la peau… Lui si beau il était devenu mort vivant en décomposition… C’est un sentiment d’injustice qui prédomine et se lie avec un chagrin que rien ne sait combattre… Ce fut aussi pénible que le décès de ma mère qui, peu avant dix ans d’ici, des dates correspondant à mon adoption de Blacky à la date légale du temps nécessaire de vie avec ses parents Cocker’s, avait sombré dans un coma irréversible… On ressent ainsi la réalité du monde et les horreurs qu’on crée en créant des conflits armés… Je comprend pourquoi notre Président Macron se fait haïr et s’est fait insulter pour avoir laissé son général papoter en TV que les familles Françaises devaient accepter d’envoyer leurs enfants combattre en Ukraine… Qu’il y aille en tenue de combat et pas pour percevoir la moitié des dons venant de nos impôts… Il y a eu là une cassure morale, cet homme est immature,. On a besoin de dirigeants responsables, pas d’immatures déviants…
Il y a dans “La Pensée sauvage”, de Claude Lévi-Strauss, un chapitre sur les noms de chiens, dans lequel il montre comment les noms donnés aux chiens relèvent d’une typologie différente des noms de chevaux ou des noms de vaches. il suggère que les noms des chiens sont des noms de théâtre, ce que je trouve assez beau. Car on appelle son chien à voix haute, on joue le nom. Et le nom pose le maître, il délivre des indices sur lui… Blacky ne dit pas la même chose que Pilule, Bromure, Toy ou Argos … Le nom du chien est un nom “rétro-projeté” sur son maître, “qui dit son maître”. Un beau nom de chien, c’est Argos, celui du chien d’Ulysse chez Homère. Argos, c’est la fidélité. Le plus beau nom pour des raisons sentimentales, historiques, littéraires, mythologiques, c’est celui de la constance, puisque le pauvre Argos a dû attendre Ulysse pendant dix ans. Argos est peut-être plus admirable que Pénélope parce qu’il est le premier à reconnaître Ulysse. Puis il meurt, rasséréné. Son maître est vivant. Et Ulysse pleure.
Un chien c’est une créature chargée de notre fragilité, de notre innocence et de notre naïveté. C’est particulièrement insupportable de voir un chien mourir, c’est la meilleure part de soi qui s’en va. Mais ce qui est extraordinaire, c’est qu’il existe un antidote immédiat et imparable à cette immense tristesse, c’est l’arrivée d’un nouveau chien. Ce n’est pas trahir celui qui vient de mourir. Non, je pense qu’il n’y a pas la moindre trahison. Un chien mort ne disparaît pas. Certaines personnes veulent se faire enterrer avec les cendres de leurs chiens successifs, pourquoi pas ? Je suis fasciné par un tableau qui est au Louvre, “La Dame aux chiens”, un anonyme du XVIIe siècle représentant une femme entre deux âges, entourée d’une trentaine de chiens aimés, et chacun se voit nommé. Or, être nommé, c’est devenir éternel. Où vont les vieux chiens ? Où vont les chiens malades ? Où vont les chiens crottés ? Il y a un très beau texte de Baudelaire sur les vieux chiens : “Où sont-ils ? Y a-t-il quelque part une grande maison à la campagne où tous ces vieux chiens s’en vont mourir à l’abri des regards ?”…







































