Ford Roadster Boyd Coddington 1932
Mon avis, certes subjectif, me pousse à écrire ce texte, de sorte qu’il soit “Public”… C’est simple et court : “Ce Hot Rod est laid, pas créatif, pas sympathique, basiquement simpliste et il semble copié/extrapolé d’un ’33 Hot Rod basique de chez Factory Five”… Plagiat direct ou inversé ? Ca suffit pour ne pas s’épancher en louanges inappropriées… La réalité serait-elle autre ? C’est l’impression immédiate qui conditionne spectateurs et spectatrices… Les textes de la Promo de cette société collent en effet à ce : “First All-Aluminum Roadster, Known as ‘Passion’, America’s Most Beautiful Roadster Winner in 1990″… Business, business…
C’est donc aussi et surtout un vieux “machin” qui a fait le tour des shows et n’a plus rien à espérer que de continuer dans cette voie… Le baratin se résume en un condensé de : “1932 Ford Roadster known as Passion”… Je précise le tout : “1990 America’s Most Beautiful Roadster (AMBR) winner”… “Boyd Coddington’s first all-aluminum roadster”… “Odometer reads 5,690 miles”… “One-off all-aluminum body built to resemble a 1932 Ford”… “Designed by Thom Taylor”… “Fabricated by Boyd Coddington and Craig Naff in 1989″…”1990 America’s Most Beautiful Roadster (AMBR) winner”… “Boyd Coddington’s first all-aluminum roadster”…
“Odometer reads 5,690 miles”… “One-off all-aluminum body built to resemble a 1932 Ford”… “Designed by Thom Taylor”… “Fabricated by Boyd Coddington and Craig Naff in 1989″… “Built for collector Butch Martino”… “5.7L LT1 V-8 engine”… “Automatic transmission”… “Originally finished in DuPont Plum”… Et ça continue : “Later refinished in its current Orange and Yellow flame livery”… “Grand National Roadster Show 75th Anniversary plaque and trophy included”… Arghhhhhh !C’est trop ! L’Amérique… De quoi est-elle le nom ? Elle reste plus que jamais ce que l’on pourrait appeler, pour paraphraser Michel Houellebecq, “La possibilité d’une île”…
Elle y est et y reste à l’abri du libre arbitre et de l’humanisme européens. Il y a, dès les commencements, un refus délibéré de tout ce qui fit le monde. Pffffff ! Et ce depuis les origines, avec en sus une volonté de se retrancher des malheurs du monde, plus précisément : de s’exonérer du mal européen. Et de fait, l’Amérique offre la possibilité d’effacer du passé pour ne retenir que le présent ou ce qui est utile pour l’avenir… Hegel écrivait dans ses Leçons sur la philosophie de l’Histoire que c’était : “Une terre de désir pour tous ceux qui sont fatigués de l’arsenal historique de la vieille Europe”…
Mais aussi : “L’Amérique se sépare du sol sur lequel s’est passée jusqu’ici l’Histoire universelle”.. En ce sens le débarquement des “Pilgrim Fathers” (Pères pèlerins) du Mayflower, au début du XVIIe siècle, a été une séparation du monde. Et la “Déclaration d’indépendance de 1776″ en fut une autre. C’est tout à la fois la terre du puritanisme et de la refondation. Cette utopie partagée d’une société parfaite, vision calviniste de la prédestination, cimente la société américaine. C’est l’histoire (ou le mythe fondateur) qui est enseignée aux écoliers et écolières d’Amérique.
Thomas Paine disait de la Réforme qu’elle a été précédée de la découverte de l’Amérique : “Comme si le Tout-Puissant, précise-t-il, offrait un sanctuaire aux persécutés”… Tout est dit. Tocqueville se fera le propagateur de ce mythe originel. Or, née parfaite, selon un modèle qu’elle estime inviolable, l’Amérique n’a pas besoin d’évoluer puisqu’elle se pense comme un aboutissement. Nous avons beau, nous Européens, la réinventer chaque jour, elle reste immobile parce qu’elle ne veut pas bouger. L’utopie a ceci de particulier qu’elle présente les traits d’une société figée, ce que je traduit par “American parano“.
Il me faut y ajouter la notion de “Feodalic park”... C’est aussi la raison pour laquelle l’Amérique momifie ses grands hommes et fige ses dates, fondatrices ou refondatrices, dans une Histoire immobile, comme à Ground Zero. Cela souligne bien ce refus de la résilience post-11-Septembre. N’y a-t-il pas là une dimension religieuse ? Tocqueville disait, dans “De la Démocratie en Amérique”, qu’on ne pouvait pas comprendre les institutions américaines sans lire les premières chartes signées par les pèlerins du Mayflower. Wouahhhhhh !
Or, il ajoutait qu’on ne peut pas comprendre ces chartes sans lire au préalable le Deutéronome, l’Exode et le Lévitique, les livres les plus anciens de l’Ancien Testament… L’Amérique connaît à intervalles réguliers des revivals, des réveils politico-religieux, grands cycles de reviviscence qui voient cette résurgence de l’idée d’élection calviniste. Elle se lance, alors, dans une espèce de retour aux sources. Chaque réveil dure quelque soixante-quinze ans. Il y en a eu un au milieu du XVIII e siècle, un autre au milieu du XIX e siècle, un autre enfin dans les années 1950-1960, qui est toujours d’actualité.
C’est alors que l’on a imprimé “In God We Trust” (En Dieu, nous croyons) sur les billets de banque… Quand Obama, le soir de son investiture, en appelle aux Pères fondateurs, il s’inscrit dans ce mouvement, qui est à la fois religiosité civile et réactualisation du puritanisme. Ces revivals répondent à une crise identitaire de l’américanisme. Cela se traduit très concrètement par une hostilité systématique envers le géniteur européen, dont on veut se séparer. C’est un mouvement de fond et que la plupart d’entre nous n’ont vu que tardivement, comme si les Etats-Unis avaient brusquement changé en 2001…
En faits, ils restent ce qu’ils ont toujours été. Le paroxysme de ce moment, c’est la crise avec la France sur l’invasion de l’Irak. N’est- ce pas finalement ce qui nous égare dans cette île/continent qui ne décline ni ne chute mais rentre simplement chez elle, en nous signifiant que ce n’est décidément pas chez nous ? Comme au premier jour, elle se construit contre nous. Le problème de l’Amérique, c’est l’Europe… L’Amérique a toujours véhiculé le sentiment de la corruption fondamentale de la vieille Europe que les immigrants ont abandonnée. En la quittant, ils se sont débarrassés du Mal.
Que l’Europe puisse être porteuse d’avenir, malgré ses errements passés, serait remettre en question les raisons mêmes de la fondation de l’Amérique… Une liste ? La voilà : Clonage purifié des guerres et des persécutions des philosophes et des acteurs de la révolution et de la politique. Elle est, depuis les guerres franco- indiennes du XVIII e siècle, dans une logique permanente ami/ennemi, dedans-/dehors. Le dilemme est : soit se retrancher du monde, ce que les nécessités de la croissance capitaliste interdisent, soit s’y plonger au risque de se laisser pervertir par la corruption qui y règne.
Ainsi s’explique ce basculement permanent de l’isolationnisme à l’interventionnisme, deux attitudes qu’il est insatisfaisant d’opposer, car elles participent de la même veine, qui détermine les conditions à la fois de l’intervention des Etats-Unis et de leur retrait. C’est dans cette perspective que les Américains font la guerre, en la portant le plus loin possible de leurs frontières, pour avoir la paix dans leur propre espace intérieur. L’alternative est la suivante : ou l’Iran, ou Little Rock… Ainsi posés, on a tous les éléments de l’identité américaine : la foi en une destinée manifeste ; d’ou l’importance de la notion de frontière…
C’est la frontière qui trace la ligne de partage entre les Américains et tous les autres, d’où la rupture avec l’Europe. On parle souvent de l’antiaméricanisme français. Pourquoi évoque-t-on aussi peu la virulente francophobie des Américains ? Il suffit pourtant d’un rien pour que le french-bashing redémarre et que la presse américaine se déchaîne sur ces Français pervers et de la guerre d’Ukraine. La francophobie américaine est fondatrice. Elle peut s’expliquer parce que nous Français sommes Voltairiens et parfois Catholiques, libres-penseurs et papistes, à ce titre doublement suspects…
Mais le contentieux historique est plus ancien, il remonte aux guerres indiennes. Les premiers colons américains étaient coincés par la géographie entre la mer et les Appalaches. Au-delà, c’était le territoire franco-indien, qui obturait la frontière et restreignait l’espace vital des colons. Français et Indiens ont donc été les premiers qu’il a fallu chasser. D’où ce que les Américains appellent “la French and Indian War”, qui est pour nous la guerre de Sept Ans. C’est cette guerre, pas celle d’Indépendance, 20 ans après, qui a fondé l’identité américaine. Elle s’achève par le traité de Paris, en 1763…
Ce Traité de Paris, entérine la perte de la Nouvelle-France. L’Amérique était Française, elle nous a ainsi échappé à jamais… Pauvre France stupide… Mais la toute première opération faite par les Insurgents au début de la guerre d’Indépendance sera l’occupation de Montréal et le siège de Québec. Aux yeux de colons protestants, les Français, même sous tutelle anglaise, ne représentaient pas seulement un obstacle militaire, mais un péril idéologique et religieux, en tant que catholiques. Les Etats-Unis et la France, ce sont aussi deux universalismes qui se font face…
Ici aussi, on est frappé par la dissymétrie des discours de part et d’autre de l’Atlantique. Les Français pensent qu’ils sont en concurrence avec les Américains, alors que pour les Américains, c’est plutôt une confrontation : ou le modèle américain, ou le modèle français. On n’a pas fait la même révolution. Les Américains le voient d’emblée, y compris Thomas Jefferson. Il était pourtant francophile et ancien ambassadeur des Etats-Unis en France, et il ne fera pas que rejeter la tournure sanglante prise par la Révolution française, mais qui refuse ses postulats philosophiques.
En vérité, les principes fondamentaux des deux côtés de l’Atlantique sont aux antipodes. Il suffit de mettre en parallèle nos “Déclarations des droits de l’homme” respectives. Celle de 1776 affirme que tous les hommes sont créés égaux. A ce titre, l’égalité politique est la conséquence de cette égalité naturelle. Celle de 1789 pose que les hommes sont tous différents dans un très fictionnel état de nature. Partant de là, nous sommes, en tant que citoyens, nous individus dénaturés, dotés de droits égaux. On opposera la “Déclaration montagnarde de 1794″, mais elle n’est jamais entrée en vigueur.
Cela écrit, elle reprend en effet le principe égalitaire de la “Déclaration d’indépendance américaine de 1776″. C’est l’égalité politique comme conséquence de l’égalité naturelle, et parmi les droits imprescriptibles se trouve le droit au bonheur, “cette idée neuve en Europe”, comme disait Saint-Just, et que Kant considérait comme un despotisme. Les Français ont admis, depuis au moins Montesquieu (Comment peut-on être Persan ? ), que c’est la différence qui fonde l’universalisme : on va vers l’autre parce qu’il est différent. A l’inverse, les Américains ne conçoivent pas l’autre, sinon comme semblable…
Cela implique de (re)faire le monde à leur image. C’est tout le sens du discours du président Obama au Caire, le 4 juin 2009, où le président américain a énuméré tous les points de ressemblance entre l’islam et l’Amérique, facteurs de paix à ses yeux, là où, au contraire et toujours selon lui, les différences seraient la cause première des conflits… Comment percevoir le discours, de plus en plus insistant, sur le déclin de l’Amérique ? C’est devenu une mode qui donne lieu aux surenchères les plus malhabiles. C’est à qui piétinera avec le plus de rage l’idole d’hier.
“L’Amérique est comme Rome”, lisait-on, il est dans le destin de tous les empires de s’enliser. Cette vision “Spenglérienne” d’une programmation génétique de la déchéance, n’est rien d’autre qu’une analogie forcée et douteuse. Contrairement à Rome, dont l’emprise ne s’exerçait que sur une partie du monde connu et qui se fixa très tôt des frontières sur le Rhin, le Danube et en Orient, l’Amérique s’est crue en capacité de régenter un monde qu’elle inventa total. Mais pour cela il faut une puissance totale. Raison pour laquelle les Etats-Unis endossèrent avant la chute de l’URSS, les habits d’un Léviathan planétaire omnipotent…
Ils s’en imaginaient être dans la situation inconnue jusqu’à ce jour d’une puissance sans compétiteur et prétendirent constituer cet Etat universel qui fait tant fantasmer nos utopistes. Voilà pourquoi je fais une autre lecture que le discours convenu qu’on entend et qu’on lit un peu partout. Davantage que dans une fatalité décliniste, l’échec américain réside précisément dans la formulation originelle de ce rêve impossible qui repose sur un prérequis intenable. 2 choix… Soit l’Amérique reste une île, soit le monde devient américain… Il s’agit d’une nécessité vitale : si le monde n’est pas à son image, l’Amérique est inapte…
Inapte non seulement à le dominer mais à s’y intégrer. D’ailleurs, si on analyse l’Amérique en termes de puissance, les choses ne sont ni pires ni meilleures qu’avant. En revanche, en termes de pouvoir, autrement dit de relations et d’interactions, elle est sortie du monde il y a bientôt 30 ans. La question du déclin serait donc superfétatoire ? Les Etats-Unis ne sont pas en déclin, mais en situation d’échec. Ils ne s’effondrent pas, c’est le monde qui n’a désormais plus besoin d’eux. Il faut revenir à Tocqueville, car il y a dans l’ouvrage du vicomte normand un élément totalement négligé par ses exégètes…
C’est la contingence de l’Amérique… Elle fait l’objet d’un long chapitre de sa Démocratie en Amérique. Tocqueville a toujours confessé, notamment dans ses longues lettres à son ami Louis de Kergolay, son incompréhension devant cette société cartésienne de marchands calvinistes. L’hypothèse qu’il formule, c’est simplement l’adéquation des Etats-Unis à une époque de l’humanité. Et s’il est exact que l’Amérique a réussi à agréger, comme le ferait une éponge, la plupart des agents de progrès et surtout fourni le cadre conceptuel qui nous a tous permis d’évoluer et ce à un rythme inconnu auparavant.
Il faut comprendre que le rêve américain est devenu un récit frigide non parce qu’il a été trahi, mais parce qu’il n’est plus adapté à un monde dont il a pourtant cru guider l’évolution. Son modèle fut sans doute meilleur que d’autres à une époque, il ne l’est plus depuis les attentats du 11-Septembre 2001. Cette inadéquation est patente depuis les échecs en Irak et en Afghanistan, alors qu’il s’agissait de “guerres de choix”. C’est selon l’expression de Robert Gates, le secrétaire à la Défense de Bush et d’Obama (voyez la continuité), à positionner sur un plan Darwinien…
Il ne sert à rien d’aligner des facteurs de puissance ou de faiblesse…et les Etats-Unis ont de tout temps affiché les uns et les autres. Objectivement, les dinosaures étaient plus forts que les cancrelats ou les marsupiaux : ce sont pourtant ces derniers qui vont survivre à la chute de la comète. L’important – et Tocqueville était Darwinien sans le savoir – c’est d’être en phase avec le monde. Ce qui a été longtemps le cas pour l’Amérique. Mais aujourd’hui, elle se trouve face à une contingence qu’elle ne peut pas résoudre. L’histoire, tout aussi amorale que la nature, lui a donc signifié sa disqualification.
Elle-même avoue être épuisée, au sens propre – et son rêve l’est, au sens figuré… Le problème est que le reste du monde se refuse à admettre l’un comme l’autre, et qu’il doit faire face à son avenir sans l’Amérique posant non pas une question cruciale mais la vision d’une irréalité Européenne martelée façon Goebbels : Pourquoi suivre la vieille Amérique alors qu’elle va finalement perdre sa guerre contre le reste du monde ?.. Adieu Hot Rods, Street Machines, Vans, Répliques et Néo-Classiques, Kit Cars et autres folies… Retour à 1939 ?









































