Diamond Truck’49 Mid-Engined Pickup 6L2 “Dévastation”…
“Nous sommes à l’âge de la Dévastation” m’a dit Larry Ganner qui possède une entreprise de transports routiers aux USA et s’est reconstruit un Truck façon Pick-Up Diamond 1949 surmotorisé… Il a ajouté : “Patrice, personne ne sait exactement quand l’âge de la Dévastation a commencé, mais on est dedans, on s’est réveillé dedans, comme on se réveille dans un rêve, soudain c’est là”… Partout c’est là ? Quoi ? Partout les mêmes lieux interchangeables ? Partout les mêmes autoroutes, les mêmes centres commerciaux, les mêmes hangars en tôles pleins de trucs à acheter, les mêmes choses “partouze”, par monceaux. OK, là c’est un constat d’évidence que c’est partout les mêmes banlieues, les mêmes gens le soir devant leurs écrans TV, le même vide sans début ni fin.
Ouaissss ! Partout le même vertige… Surtout ne pas s’arrêter. Surtout ne jamais être seul, surtout ne pas penser. Toujours avoir quelque chose pour se distraire, quelque chose pour nous remplir la tête, à chaque instant à chaque seconde, encore et encore, il ne faut pas que ça s’arrête, surtout ne pas laisser une seule seconde à elle-même, ne pas laisser entrer le néant, qui est à la porte, qui n’attend que ça pour nous engloutir… Fermez les fenêtres… Si vous le pouvez partez loin d’ici. Quelque chose s’est ouvert que nous n’aurions pas dû voir, la mer de décombres, toute grise et hérissée de choses fracassées. A perte de vue, les champs de gravats, apparus en une nuit à l’emplacement de villes entières, révélant au matin de terribles prophéties…
Les décombres se situent en suivant le cheminement secret d’anciens vallonnements, jusqu’alors invisibles… Oui, où que l’on aille, les décombres, dépassent çà et là de la surface d’un enchevêtrement de pierrailles poussiéreuses et de ferrailles tordues, c’est un tout devenu un ensemble de bâtiments bizarrement échappés de l’anéantissement, au milieu de ruines désormais énigmatiques d’un passé brutalement rendu inimaginable. C’est tout un monde de détritus, un monde devenu un champ de ruines, comme un gigantesque dépotoir illimité. Le tout est paré de couleurs nouvelles et éclatantes, des rouges et noirs, des blancs cendrés, et aussi des tôles froissées comme du papier journal en acier immédiatement rouillé dans un fourmillement d’éclats chaotiques…
La beauté vénéneuse du désastre a soudainement éclos, à l’aube du jour d’après, révélant notre civilisation instantanément dans sa vérité archéologique. Quelque chose s’est montré que nous ne devions normalement pas voir, une béance s’est ouverte sur ce qui va venir et se retire déjà… “Oui, Patrice, tu entrevois ce qui va arriver, nul ne sait encore quand… Il t’est ici donné de voir, avant les autres, ce qui restera de notre époque lorsque son temps viendra. Appelle cela son archéologie, puisque c’est de cela qu’il s’agit et fais en un article informatif”…. De quoi est fait notre monde ? C’est une étendue de choses désincarnées, qui nous écrasent. On pourra fouiller dans l’immensité des décombres, il n’y a pas un gramme d’humanité dans cet amoncellement de débris déformés.
Tout est en produits synthétiques, en matière digérée par les machines. Nous sommes à l’âge de la dévastation, ne reste qu’un petit reste d’humanité. Mais, pour la plupart, on ne retrouvera pas les corps innombrables des hommes engloutis dans les ruines, qui resteront inextricablement mêlés aux décombres, débris humains parmi les déchets. On ne sait pas d’où ça vient, mais soudain c’est là… L’évidence de la destruction s’étale désormais au grand jour, amenant avec elle le spectre de la misère et de l’errance, qui s’avance… Les hommes sont redevenus tous petits. Ils tentent d’éteindre la catastrophe qui s’étend, monumentale et impalpable. Les hommes se tiennent serrés sous des couvertures avec leurs petites choses dérisoires…
Des vêtements abandonnés, des monceaux de tissus, des tas de loques brunes toutes plissées qui réapparaissent instantanément. Toutes ces choses apparaissent n’importe où dans le monde, dès que la mort en masse arrive. C’est juste une question de temps. Nous baignons dans la société du risque. Nos sociétés post-industrielles produisent en continu du risque de désastres, comme effet induit de leurs capacités de production surmultipliées, elles fabriquent sans cesse la possibilité de catastrophes aux conséquences incalculables. C’est sur nous qu’elles font porter le risque permanent qu’il se passe quelque chose d’énorme, d’irréversible, d’indicible, qu’on ne peut ni voir ni prévoir, ni encore moins juger…
Nous ne vivons pas dans une époque mais dans un délai, en attendant que cela arrive… En réalité, la situation actuelle n’est ni véritablement catastrophique ni complètement tranquille : elle est juste, dans l’instant, presque normale, c’est une société de la catastrophe. L’état d’exception menace d’y devenir un état normal. La vie presque normale c’est désormais la durée indéterminée durant laquelle le désastre ne s’est pas encore produit, mais pourrait se déclencher à tout instant. Le temps est suspendu dans l’attente de cette révélation, qui peut-être ne se produira pas tout de suite, mais qui est destinée à arriver un jour, quelque part. Ce jour-là, nous serons touchés, comme tout le monde. Dans cette attente sans espoir, le temps se vide…
Il n’y a plus ni passé sur lequel s’appuyer ni futur en lequel croire, il ne reste que le morne présent du même instant partout dans le monde : le temps réel de la consommation de masse généralisée c’est le temps de la fin. Ce temps suspendu nous paralyse ; il nous prive de toute possibilité d’échapper à cette menace, qui à la fois ne s’est pas encore réalisée, mais dont il est impossible de se débarrasser. Il y a cependant d’autres raisons, qui nous empêchent de fuir le temps de la fin, qui nous poussent même à nous y complaire. C’est que, la perspective du désastre, par son énormité inconcevable, nous décharge de notre peur de la catastrophe, de la même manière que la surindustrialisation des processus de production et de consommation nous délivre de la responsabilité morale.
Nous sommes tous innocents, y compris ceux qui provoquent individuellement la catastrophe. Dans cette configuration, nos repères conventionnels sont chamboulés. Il n’est plus question de catastrophes naturelles, nous sommes à l’âge de la dévastation. La force de destruction générée par le processus de développement post-industriel dépasse nos capacités de représentation humaine : nous ne pouvons pas nous figurer réellement ce que représenterait une contamination radioactive majeure persistant à l’échelle de plusieurs centaines de milliers d’années, quand l’espérance de vie de nos civilisations se compte en siècles et quand l’apparition de notre propre espèce humaine ne remonte pas au-delà de 50.000 ans et nous ne pouvons pas nous représenter cela !
C’est au-delà des possibilités de notre imaginaire ; nous sommes tout-puissants parce que nous sommes impuissants. La Dévastation post-industrielle est archéologique parce qu’elle s’attaque à l’actuel, la dévastation s’attaque, à une échelle jamais atteinte jusqu’ici, à la matérialité de l’actuel, à l’existant qui constitue la mémoire matérielle. Partout, l’ancien monde rural disparaît sous l’envahissement péri-urbain, qui s’étend irrépressiblement à la surface de la terre, tel un phénomène de contagion sans limites. La destruction systématique de cette mémoire multimillénaire et son remplacement par un système d’occupation du sol repoussant au contraire toute mémoire antérieure alimente une rupture archéologique majeure, sans précédent ni équivalent.
Notre époque “sur-moderne” est un nouvel âge de la dévastation. Nous sommes des héritiers sans passé à recomposer. La Dévastation induite par le monde post-industriel détruit la mémoire du passé, ce faisant elle dévaste les lieux, qui ne sont habitables qu’en tant qu’ils sont chargés de mémoire matérielle produite par l’interaction des hommes. La Dévastation délabre l’humanité, qui habite les lieux et qui ne peut pas vivre sans ce dialogue avec eux, l’écoumène est pleinement la demeure (oikos) de l’être de l’humain. Détruire la mémoire des hommes et des lieux, c’est produire du désespoir. La dévastation fait de nous tous des héritiers sans passé. Dans le présent absolu du temps réel de la société du risque, les choses du passé ne représente plus rien…
Du moins, plus rien qu’une caisse avec de vieux manuscrits, c’est-à-dire “toute notre culture” . L’héritage du passé, ne transmettant plus rien, n’ayant même pas la moindre chose à transmettre qui puisse encore faire sens, perd toute valeur. Il est ici mort, inutile, ignoré, ou bien là, il sert de prétexte à divertissement : c’est en réalité la même chose. Et nous-mêmes, nous trouvant dans l’incapacité de créer une nouvelle tradition à partir de laquelle nous puissions construire avec cet héritage transmis par les hommes du passé, nous sommes condamnés à suivre le mouvement : en aucun cas, le passé ne doit déranger le présent. La in des temps arrive quand la terre devient inhabitable. Le monde devient invivable quand la mémoire des lieux cesse de se transmettre.
C’est ce qui arrive aujourd’hui. Nos choses post-industrielles étouffent les voix du passé qui, de lieux en lieux, tissaient inlassablement le poème du monde. Sans arrêt, nos choses les coupent, elles les mutilent sans pitié. Nous n’avons pas encore bien réalisé que c’est nous désormais qui sommes un problème pour nos choses. Les lieux créés désormais pour les humains sont des non-lieux, qui sont tout le contraire d’une demeure, d’une résidence, d’un lieu au sens commun du terme. Les non-lieux nous gèrent comme des lux qu’il convient de canaliser, de diriger ou de retenir. Aussi, les choses que nous produisons sont-elles en train de nous pousser irrésistiblement au dehors de leur univers, car elles sont engagées dans une guerre d’anéantissement contre l’incertain.
Mais aussi contre l’inattendu. Partout, l’ancien monde habité recule. Sur toute la surface de la terre, nos choses sur-modernes font aveuglément du passé table rase, car les hommes ne leur ont pas insufflé d’esprit. Nous ne savons pas depuis combien de temps, déjà, nous sommes à l’Age de la Fin. Le temps de la Fin ne cesse de revenir car c’est lui, désormais, notre présent : l’horizon de nos choses industrielles. Comme elles, nous ne mourrons pas, nous disparaissons. Mais nous autres humains ne pouvons pas seulement attendre la fin qui est toujours déjà là. Depuis toujours, les hommes attendent mais nul ne sait ce qu’ils peuvent encore attendre. Ils attendent ce qui va peut-être venir, à nouveau toujours en errance. Dans l’incertitude, les hommes attendent…
Ils attendent de “rentrer à la maison”, dans les lieux de la terre qu’ils habitent. Ils guettent le plus petit signe. Car, ainsi que nous le rappelle Héraclite, si, à chaque seconde, on n’attend pas l’inespéré, alors on peut être certain qu’il ne viendra jamais. Notre condition humaine, que notre civilisation surmoderne nous entraîne à oublier force à nous faire oublier que les hommes sont des créatures des lieux. L’homme habite la terre et en y habitant, laisse la terre être comme terre. Nous autres humains sommes les gardiens des lieux : de chaque vallée, de chaque plaine, de chaque rivage. C’est par nous que la mémoire des lieux se perpétue, et c’est d’elle que nous tirons notre raison d’être au monde. Et c’est à nous, que le soin de cette mémoire a été confié…
Ce Truck/Camion/Pick-up COE personnalisé a fait l’objet d’une construction de plusieurs années, utilisant une cabine Diamond T et un châssis fabriqué sur mesure. Il est propulsé par un V8 6,2 litres central arrière, équipé d’un système d’injection Borla à huit corps et d’un calculateur Holley Terminator X Max. Ce moteur est associé à une transmission automatique 4L80E à quatre rapports et à un pont arrière Moser Engineering de 9 pouces avec différentiel à glissement limité. Le pick-up repose sur un train avant indépendant Porterbuilt, un essieu arrière triangulé à quatre bras et une suspension pneumatique Air Lift Performance 3P. À l’intérieur, la sellerie en cuir de bison est complétée par un système de climatisation Restomod Air et… des vitres électriques !
Il y a aussi un autoradio Kenwood, un volant en aluminium usiné, une colonne de direction inclinable Ididit et des instruments Dakota Digital. Parmi les autres équipements, on note des jantes Raceline de 20 pouces, des freins à disque hydroboost, une direction à crémaillère, une courroie d’accessoires CVF Wraptor, un réservoir de carburant Boyd Welding et des silencieux Borla. Achetée par le vendeur en 2019 et récemment achevée, cette Diamond T personnalisée est maintenant proposée avec les documents de construction et un titre de propriété de l’Idaho en règle au nom du vendeur, la déclarant comme un modèle de 1950. Les portières ont été lissées, une benne sur mesure, des ailes arrière élargies et des marchepieds rallongés ont été ajoutés.
Tout cela avant que le pick-up ne soit peint en gris Dravit (C36) de BMW, selon le vendeur. Parmi les détails, on note un pare-brise divisé, un panneau de remplissage avant en tôle striée, des poignées de maintien sur les montants B, des rétroviseurs latéraux ronds, des phares à LED, un emblème de hayon agrandi et des feux arrière ovales intégrés au pare-chocs arrière. Derrière la cabine se trouve un moteur V8 GM de 6,2 litres à bloc en aluminium, équipé de culasses 823 et d’une transmission automatique à quatre rapports 4L80E, fourni par Hot Rod Company de Greenacres, dans l’État de Washington. Ce moteur est surmonté d’un système d’injection Borla à huit corps, d’un calculateur Holley Terminator X Max et d’une courroie d’accessoires CVF Wraptor.
Les collecteurs d’échappement 4 en 1 alimentent un système d’échappement double en acier inoxydable avec silencieux Borla. Le système d’alimentation est équipé d’une pompe Aeromotive 340 Stealth, et le radiateur en aluminium, monté à l’avant, est refroidi par un ventilateur électrique. Le camion repose sur un châssis fabriqué sur mesure, doté d’un train avant indépendant Porterbuilt, d’un train arrière à quatre bras triangulés, d’une suspension pneumatique réglable Air Lift Performance 3P et d’une direction à crémaillère assistée. Un système de freinage hydroboost est relié à des disques aux quatre roues. Les jantes Raceline Bandit 20×9” à l’avant et 20×14” à l’arrière sont finies en Stone Black avec des accents polis et portent de faux spinners à trois oreilles.
Les pneus Michelin Pilot Sport 4S mesurent respectivement 235/30 et 345/30. Le plateau de chargement est doté de panneaux de plancher roulés recouverts d’un revêtement noir, et un panneau articulé permet d’accéder au réservoir de carburant Boyd Welding et aux composants de la suspension pneumatique. L’habitacle est garni de cuir de bison vieilli, et des surpiqûres en losange ornent le ciel de toit, les inserts de sièges et les panneaux de porte. Un système de climatisation Restomod Air Vapir 3-S a été ajouté, ainsi que des vitres et des serrures électriques, et des enjoliveurs en aluminium usiné entourent les aérateurs. Une console de pavillon abrite un autoradio Kenwood relié à des composants audio JL Audio et Rockford Fosgate.
Le volant en aluminium usiné est monté sur une colonne de direction inclinable Ididit et se trouve devant un tableau de bord numérique Dakota Digital comprenant un compteur de vitesse gradué jusqu’à 257 km/h avec un compte-tours intégré, ainsi que des jauges auxiliaires. Le compteur kilométrique numérique a été récemment calibré et affiche zéro kilomètre ; le vendeur indique que le camion a parcouru environ 3 kilomètres depuis la fin de sa restauration. La puissance est transmise aux roues arrière via un pont arrière Moser Engineering de 9 pouces avec un différentiel à glissement limité et des essieux à 31 cannelures. Le véhicule est immatriculé comme un DIAT de 1950 sous le numéro VIN 404SC2765. Son propriétaire en voudrait 100.000$…




































