Tout d’abord, vous crierez, vous aurez froid et vous crierez.
Ca vous donnera l’impression que c’est d’une violence infinie.
L’air, la lumière, l’ensemble des terminaisons nerveuses soudainement sollicité au même instant.
Vous serez diaboliquement effrayés et la peur originelle ne partira jamais.
Puis ensuite ça sera long.
Long à se structurer, long à s’imposer.
Vous comprendrez les choses.
Lentement, très peu à la fois.
On vous inoculera le venin doucement, pour ne pas vous tuer d’un seul coup.
Ces gens qui vous ont conduit là, vos parents, ne sauront pas vraiment quoi faire de vous.
Ils vous aimeront.
C’est ce que les êtres humains sont capables de mieux.
Mais ils vous aimeront à leur manière.
Baroque, cocasse.
Ca en fera de belles anecdotes insolites.
Ca en fera….
Vous apprendrez à vous servir de vos sens.
Vous découvrirez vos capacités insoupçonnées dans l‘émerveillement de votre conscience minuscule.
Les géants autour de vous auront l’air surpuissants.
Vous ne vous douterez pas de la supercherie.
Ce sera la meilleure période de votre vie.
D’ailleurs vous ne vous en souviendrez pas.
Un jour, vous devrez rejoindre la société.
Des cages, bigarrées, des espaces clos.
On vous dira que c’est pour vous enseigner.
Là vous apprendrez surtout que la bête c’est vous.
Que la bête, c’est aussi l’autre.
Dès lors, derrière les grilles des écoles maternelles, rien ne sera plus jamais pareil.
Les plus adaptables sauront que la furtivité augmente la vitesse de déplacement.
Les plus réalistes sauront que c’est la force et la tricherie.
Pour ces derniers, l’apprentissage ne sera qu’un long perfectionnement.
A douze ans, vous vous apercevrez que vos perceptions ont subi une latence.
Il s’avèrera que le compte à rebours se mettra vraiment à démarrer.
Tout n’aura été qu’une patience étrange et inquiétante et la lutte commencera.
Vous saurez quel est votre sexe.
Tout deviendra clair, l’objectif de votre venue au monde sera révélé.
Il faudra vivre dans un sens unilatéral désormais.
Toute tentative d’évasion ne fera que retarder l’échéance.
Le programme sera exécuté.
Reproduction.
Développement de système complexe.
Adaptation psychologique.
Tendance à l’exploitation totale de nos possibilités organiques.
Lutte interne et compétition sociale pour l’établissement d’une situation de reproduction optimale.
La plupart d’entre nous seront déçus.
En effet, les élites nous échapperont.
Nous nous rabattrons forcément sur des proies évaluées inférieures.
La situation conduira à la fabrication d’illusion, au développement du cynisme.
Un jour, cela finira par former l’aigreur, la colère, la tristesse et la méchanceté.
D’autres, les plus chanceux deviendront fous.
Mais avant, il y aura les tentatives, vaines, sordides, douloureuses.
Les plus adaptables sauront se dégager vite.
Les plus forts épancheront leurs frustrations en torturant les autres.
Les élites se révèleront d’elle-même.
Assez tôt, nous nous lasserons de cette situation et nous voudrons définir des espaces sécurisés pour ne plus avoir à l’affronter.
Nous nous marierons.
Avec une femme maquillée pour l’occasion, enfin délivrée de la torture d’être incomprise, exclue, dévalorisée.
Avec un homme dont la mine naïve et détendue exprimera complètement qu’il a enfin trouvé l’occasion d’échapper à ses codes de combattant.
Mais la souffrance ne s’arrêtera pas là.
La lutte continuera.
A l’intérieur de ce duo.
Pour l’amélioration des gênes de l’autre.
Car le fait de ne pas avoir trouvé pour partenaire de reproduction un être d’élite ne nous en supprimera pas le désir et surtout l’objectif.
La lutte fera rage.
Des années.
Secrètement.
Une fois la reproduction acquise, il y aura un relâchement.
Par désintérêt.
Les deux protagonistes fourniront leurs efforts comme il était programmé initialement.
Le bébé sera l’incarnation de l’aboutissement.
Une euphorie exceptionnelle s’emparera de leur chimie.
Ce sera là le dernier moment intéressant de leur vie.
La satisfaction de l’objectif accompli.
Puis quand le descendant deviendra peu à peu autonome, un être magnifié dans leur esprit, l’instinct combatif reprendra le dessus.
Sans but.
Errant.
Vil.
Idiot.
Les plus adaptables accepteront leur nature et consacreront leur énergie à la canaliser pour en faire un objet social.
Sans conviction néanmoins.
Les plus forts eux en seront incapables.
Ils n’auront plus d’enjeu et deviendront l’instrument de leur propre malédiction.
Ils deviendront matérialistes.
Se fourvoieront dans un espace mentalement étroit créé tout spécialement à leur intention.
Les possibilités physiques s’amenuiseront petit à petit.
Ce fait interviendra comme une évolution incontournable et la souffrance rejaillira de plus belle.
Elle conduira à une autre forme de défi.
Le ralentissement.
Nous nous mettrons à vivre des instants en pente abrupte, tous nos sens en éveil pour conserver un équilibre dans un tombereau désopilant.
Tous nos actes n’auront pour finalité que de se déployer de façon concentrique dans des actions censées ralentir la courbe de notre déclin.
Bien sûr, pour ne pas laisser croire que ça nous affecte, nous garderons le sourire.
Crispé, le sourire.
Cela ne nous empêchera pas de basculer de plain-pied dans la décrépitude.
Dans le vide relatif de nos vies et toujours pas sereins, nous reporterons notre instinct de compétition sur nos descendants.
Nous aurons le désir de les rendre plus forts, plus aptes qu’on ne l’a jamais été.
Ce sera désopilant et un peu malodorant.
Puis viendra le temps du dernier combat, le plus inutile, le plus illogique.
L’évacuation des déchets solides, des résidus toxiques.
L’âme humaine, l’instinct humain n’est pas biodégradable.
Nous résisterons sans doute bêtement.
Trop longtemps.
Personne ne réussira à adopter l’esprit fair-play qui aurait dû découler d’une telle situation.
L’organique continuera d’effectuer son office.
La dimension du pathétique deviendra évidente.
Personne ne nous regrettera.
Nos descendants diront que nous avons eu une belle vie, qu’il faut bien partir un jour.
La seule vraie tristesse sera celle de ceux qui se voient déjà à notre place.
Mais de toutes façons, nous n’en aurons que faire.
Ca fera longtemps que le programme interne s’est interrompu, nous laissant tristement propriétaire d’instructions buggées et inexploitables.
Tout s’arrêtera alors sans raison précise.
Ca nous paraîtra tout à fait soudain.
Nous aurons l’impression d’être de nouveau frappé par surprise.
Il n’y aura pas une souffrance à proprement parler.
Peut-être une douleur.
Pour certains le regret dominera et d’autre, le soulagement.
Pour ceux-là, c’est sûr on pourra envisager, sinon une pleine jouissance, une réelle délivrance.
Mais ce sera bref.
Tout s’éteindra.
L’instinct de vie se dématérialisera, l’absence de quoi que ce soit viendra confirmer nos doutes.
Rien n’était…
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