1948 Oldsmobile Kustomvertible…

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Objet roulant typique de la post-modernité de la fin des années ’40…, à la fois prétentieux et naïf, casse-gueule et audacieux (la beauté du geste, en tout cas, était bien là), l’Oldsmobile 1948 en version convertible, brassait un lot de références assez inouï, des plus évidentes, aux plus surprenantes en les mixant généreusement comme une matière contemplative et réflexive, se parant d’une décoration à la « héroic-fantasy » et de fioritures typiques…, pour aboutir à la méditation et à l’extase sensorielle !

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L’Oldsmobile 1948 est le pur produit d’une Amérique qui va quitter les années ’40, totalement décomplexée, représentant l’époque où le pétrole coulait à nouveau à flots, où la seconde guerre mondiale était loin derrière, où les assurances étaient très attractives, où la sécurité routière n’était qu’un vague concept… et surtout, où il fallait être de plus en plus rapide… au passage du feu vert.
Flash-back sur une dévoreuse de bitume (et d’essence, de pneus, d’embrayage, etc.) qui finit par atteindre une sorte d’épure de la déshumanisation lorsqu’elle et ses semblables vont s’illustrer dans le Kustomizing façon Georges Barris…, constat de la désertion pure et simple de la logique…

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Reste-t-il quelque chose de cette époque, une fois admis (et évacué) son barda philosophique parfois pesant, fondé sur l’esthétique de la répétition, se prêtant en fait à toutes les expériences ?
Proche de l’art contemporain, l’Oldsmobile était inclassable, aussi bien dans sa totalité que dans la somme de ses parties…, trip visuel hypnotique, « expérience » aussi fascinante que barbante, elle avait pourtant bien trop d’ampleur, de cohérence et d’ambition pour rester confinée à la case bobo, s’affirmant, dès ses premières apparitions, comme une automobile extraordinairement hors-normes…, mieux, l’Oldsmobile’48 convertible a brouillé très rapidement les frontières entre les deux manières de présenter l’American way of life : Classique ou Kustom.

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Et puis il y avait une chose, difficilement identifiable au premier abord qui sauvait cette oeuvre d’art et la faisait échapper, in extremis, au délire arty et foireux : quelque chose comme une profonde mélancolie d’une époque qui disparaissait, ce qui émouvait et finissait même par bouleverser.
C’était comme une brûlure visuelle, un cauchemar latent (un trauma), venant figurer une angoisse indéfinissable…, stylistiquement, on ne pouvait qu’apprécier son fabuleux design…, elle semblait sortie d’une autre galaxie !

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Inutile de dire d’écrire qu’aujourd’hui, elle est devenue un mythe…
Quoi qu’il en soit, c’était une magnifique automobile, dont le style a profondément marqué toute une génération…, s’il y avait un classement des 20 plus dingues Oldsmobile de tous les temps, elle y figurerait en très bonne position.

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Sous le capot, on trouvait un moteur d’une capacité « suffisante », comme le disent les américains.
A l’intérieur, le nécessaire était là sans superflu, les matériaux étaient de qualité variable, mais il y avait des chromes partout…, comprenez un V8 !

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La puissance ?
Suffisante !
La transmission ?
Une boite manuelle avec commande au volant !

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Caractérielle, explosive, agressive, magnifique, les qualificatifs ne manquaient pas pour la définir, elle procurait un bien fou à la conduire !
Toutefois, elle n’était pas exempte de défauts… ce qui n’empêchait pas de tomber définitivement amoureux d’elle.
Oui, elle cultivait les paradoxes.

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Il n’est donc (surtout) question que d’amour perdu, de liens rompus, d’êtres qui vous manquent et de nécessité d’être fort pour affronter le monde et ses douleurs…, au fond, c’est ici l’histoire d’une folie : la redécouverte d’un des engins déjantés du temps passé, dans un monde où ils n’ont plus droit de cité.
Des sensations, des vertiges et des frissons…, puis encore des sensations à la fin, encore des vertiges quand la réalité resurgit d’un coup : présent indistinct, lumières qui aveuglent, désordre et confusion de ce que l’on a affronté…, comment vous raconter…, sans trop en dire, sans trop en révéler les faiblesses, les instants sidérants et détraqués ?

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Je pourrais enclencher l’histoire comme une sorte de chronique sociale, puis déraper en un thriller à l’humour noir dans une sorte de croisade purificatrice, assurant ainsi une tension ouvragée, distillée en quasi-permanence avec glissements progressifs des genres entre eux, loin de ne constituer qu’un parti-pris ostentatoire…
Je pourrais vous narrer en occasionnant en vous une angoisse lente, épaisse, qui tiraillerait vos nerfs et vos attentes (quelle serait l’issue d’une telle étonnante frénésie ?), triturant sans cesse votre esprit logique et attisant vos possibles terreurs : description irrationnelle, climat vénéneux, propos inquiétants, forces occultes entre les lignes, prescience de ce qui semble se préparer, inexorablement (un danger que l’on devine, un piège que l’on sent, mais difficile à déterminer).

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Certains ont dit que l’Oldsmobile’48 convertible avait été créée par un fou repensant à ses peurs et à ses cauchemars d’enfance…, cauchemars d’où avaient jaillis des violences primaires, puissance intacte d’un gouffre de ténèbres où la folie apparaissait comme une cérémonie d’un autre temps, sacrement de feu, de paille et de sang, laissant abasourdi, sans réponse et sans voix, avec des questions, abyssales, plus passionnantes encore que les exégèses qu’on pouvait en déduire…
Incroyable et renversant.

 

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A force de s’habituer aux raffinements, on oublie qu’à son époque, conduire une Oldsmobile était un vrai exercice physique.
Pour commencer, le volant avait un fort diamètre démesuré…, la suspension était molle…, j’exagère à peine…, quoi qu’il en soit, ça envoyait du très, très, très gros…, la sensation était peut-être décuplée par le fait qu’il n’y avait pas de ceinture de sécurité… et qu’on avait l’impression d’être assis sur un pouf !

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Absolument tous les sens étaient mis en émoi, on tirait la langue, on rétrogradait… et on en redemandait, c’était une drogue…, faire une balade à son volant équivalait à perdre 3 litres de sueur…
Il est difficile d’imaginer ce que rouler en Oldsmobile était il y a 65 ans…, en ville, elle chauffait, s’encrassait, elle n’y était pas trop à son aise…, les petites départementales n’étaient pas non plus sa tasse de thé, car le freinage était sous dimensionné.

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Le châssis, pourtant une référence à son époque, ne pouvait pas se targuer d’être suffisamment sérieux pour permettre d’exploiter toute la puissance en courbe…, ce qu’elle aimait, c’était la ballade, le cruising, traverser les USA par la route 66…, roulant sur un filet de gaz à 1500 tours/minute.
Et quand un indésirable se présentait, il suffisait alors d’écraser la pédale de droite pour éliminer définitivement le parasite…, à chaque fois, la manœuvre provoquait une montée d’adrénaline et un sourire béat chez le conducteur ébahi…, voilà à quoi elle servait, cette Oldsmobile !

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Phénomène dingo alléchant précédé d’un buzz hyper favorable de l’autre côté de l’atlantique (la presse automobile américaine s’est pâmée de plaisir), l’Oldsmobile avait tout pour faire bander (au bout de dix secondes à peine, on sentait la jouissance pointer).
Ça décollait sec…, mais, du coup, l’après-séparation, c’était l’impasse sentimentale, les temporalités et les pensées se télescopaient et s’entrecroisaient, formant un patchwork électrique plutôt dingue dans un désordre mental rempli de flashs syncopés virant au very sexy trip : l’apocalypse, le lance-flammes n’étant que des prétextes, des métaphores barrées !

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La question est quasiment philosophique, car tout dépend ce qu’on entend par raisonnable.
Est-ce que dépenser actuellement 65.000 euros dans cette Oldsmobile’48 Kustomvertible, sans concession, qui plus est largement améliorée avec des pièces et une motorisation actuelle (un V8 Corvette LT-1)…, est-ce raisonnable ?

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Si, faire preuve de raison signifie acheter une sorte de cabriolet polyvalent, sérieux et efficace, alors vous devrez passer votre tour…
Maintenant, si vous avez un diesel pour faire le « daily commute », et que, comme beaucoup d’automobilistes, vous passez trois heures par jour dans les bouchons, que vous n’entendez même pas le bruit de votre voiture aseptisée et insonorisée, mais que vous conservez cette passion dévorante pour les vraies sportives pures et dures et que vous n’attendez que le week-end pour vous vider la tête avec autre chose…, la réponse est oui.

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Je dirais même 1000 fois oui…., car avec cette Oldsmobile’48 Kustomvertible, on est certain de ne jamais être lassé par la passion… et vous n’êtes même pas obligé de l’acheter pour l’apprécier…, il vous suffit de regarder les photos !
Esthétiquement très grindhouse et cultivant un côté artisanal qui a de la cuisse, elle affiche fièrement un look arty et cheap qui rappelle quelques œuvres du même acabit, genre Gatsby le magnifique…, vraiment dommage aussi pour les êtres paumés et attachants roulant en VW-Golf-Cabrio-tunée…qui ne peuvent que se crasher en beauté…, en comparaison…