1953 Ferrari 212 Inter  Vignale #0267…

Je croyais avoir tout vu avec les automobiles italiennes, c’était oublier un peu vite que dans les années cinquante, les Italiens avaient déjà frappé fort en matière de Ferrari ahurissantes…, dans le monde, il reste tout un lot de ces pépites qui n’attendent que le courageux ou l’inconscient qui va se jeter sur elles… et dans le genre hallucinant, cette 212 Inter Coupe se pose là !

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D’abord oui, vous avez bien lu, c’est une Ferrari, ne vous inquiétez pas, on va pouvoir rire, car elle a tous les poncifs du genre, cette bizarrerie a même été fabriquée à quelques exemplaires, tous plus laids les uns que les autres, mais pour de mesquines questions de copyright (les ayants-droit de Vignale ne plaisantent pas avec la gestion de leur portefeuille lorsqu’il est question de design), les propriétaires successifs ont préféré faire profil bas et cacher au reste du monde que de telles voitures ont pu être créées en toute impunité…, il en reste encore d’ailleurs quelques-unes qui se vendent généralement sous le manteau…

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Le responsable de cette gourmandise : Alfredo Vignale, est un vétéran du non-sens de la carrosserie italienne, hélas aujourd’hui complètement oublié et qu’il faudra un jour redécouvrir.., de même que son bras-droit, le designer Giovanni Michelotti, dont la carrière est jalonnée d’œuvres bizarroïdes, il était peintre à ses heures, poète de l’absurde et amateur d’occultisme…, après sa mort, un petit groupe de fanatiques a continué à célébrer « Il maestro spiritual » pour sa carrière exemplaire grâce à son inconscience et sa roublardise couplées à un amour immodéré des chromes « à l’américaine »…

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Equipée d’un moteur Ferrari « Colombo » SOHC V-12, 2562cc de 150 chevaux (je sais, c’est à pleurer !) coiffé de trois carburateurs Weber 32 mm DCF, cette Ferrari 212 Inter disposait d’une transmission manuelle à cinq vitesses, d’une suspension avant indépendante avec double triangulation et ressorts à lames transversaux, d’un essieu rigide arrière avec ressorts à lames semi-elliptiques et bras tirés… et de quatre freins à tambour hydrauliques.

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Exposée au Parco Valentino lors du 35ème Salon de Turin en 1953, elle est une des quatre-vingt Ferrari 212 Inter produites entre 1951 et 1953, une série qui eut un succès immédiat en compétition, remportant le Tour de Sicile, la Coppa Inter Europa et la Coppa Toscana avec Gianni Marzotto au volant, sans oublier la plus importante victoire en 1951 : la Carrera Panamericana, dans laquelle Luigi Chinetti et Piero Taruffi finirent premiers, suivis par Alberto Ascari et Luigi Villoresi !

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Comme c’était pratique courante pour Ferrari, les châssis pairs étaient réservés aux voitures de compétition tandis que les châssis impairs étaient dévolus aux voitures de route dénommées « Inter »… de 0111 à 0291…, ces Coupés Berlinetta et Roadsters Barchetta (deux places ouvertes), avec leurs V-12 « Colombo » et châssis tubulaires étaient carrossés manière : « Superleggera », en aluminium.

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Parmi les 80 Ferrari 212 Inter construites, on estime que 17 ont été carrossées par Ghia et le même nombre par PininFarina, les 46 autres étant carrossées par Touring, Vignale et Ghia-Aigle…, la difficulté pour réaliser un décomptage exact vient du au fait qu’un certain nombre de 212 ont été ré-carrossées et que plusieurs ont été remises « à niveau » avec un moteur plus puissant…, c’est pourquoi il est assez difficile de savoir précisément combien de 212 Inter ont été carrossées par Vignale.

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Cela écrit, comme vous avez pu le lire concernant d’autres Ferrari, ce monde est tellement glauque et affairé, que strictement plus aucune Ferrari ne peut être réellement établie comme authentique tel que ce que ses papiers et les commentaires de leurs propriétaires l’affirment…, même (et surtout) s’il existe des attestations d’origine Ferrari qui sont pour la plupart des faux ou des documents de complaisance… parfois établis par l’usine qui veille à ses intérèts et à ceux de ses plus riches clients…

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Cette Ferrari 212 Inter Coupé Vignale #0267 a été vendue en 1953 à Jean-Louis Lafourcade demeurant à Bayonne dans le sud-ouest de la France et y enregistrée 343 AP 64, dans le département français des Pyrénées-Atlantique, près de la frontière espagnole…, comme il en était (très) mécontent (mauvaise tenue de route, bric-à-brac de solutions surannées, position de conduite accroupie et problèmes insolubles de chauffe moteur) il l’a vendue quelques mois plus tard à un inconnu (qui refuse encore aujourd’hui que son nom soit associé à cette pitrerie), qui l’a réenregistrée sous l’immatriculation 8686 CC 59 dans le département du Nord, à la frontière belge… et exposée au Concours d’élégance d’Enghien au nord de Paris…

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La voiture a ensuite été exportée vers l’Angleterre en 1959, vendue à M. Simmons dans le quartier central du Londres chic de Mayfair… et après 10 ans de soucis mécaniques horriblement coûteux, en 1969, la #0267 a été vendue à Peter H. Gibson de Lenk Farm, Inkberrow, Worcestershire, qui l’a cédée (pour les mêmes raisons que son précédent propriétaire), en 1972, à David Shute, qui vivait à Kingston St. Mary, juste au nord de Taunton, le siège du comté de Somerset…, en 1976, il a consigné la voiture pour la vente Christie qui se tenait à Genève lors du salon de l’automobile, mais personne n’en a voulu…

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Un peu plus d’un an plus tard, en Décembre 1977, elle a finalement été acquise par Larry Nicklin, membre fondateur du Ferrari Club of America, qui, en 1979, l’a fait repeindre en noir avec le toit vert…, elle est restée en sa possession sur un piedestal (gag !) dans sa propriété durant plus de 30 ans (il n’a donc pas eu de problèmes et de coûts), jusqu’au 12 mars 2011 ou Larry Nicklin l’a mise en vente chez RM AUCTION à Amelia Island (après l’avoir fait repeindre en rouge) ou elle a été vendue 660.000 $…, on ignore ce qu’elle est devenue en suite de la crise cardiaque de Larry Nicklin après l’explosion du moteur…