1977 Panther Six…

Il a les épaules larges et une pointe de malice dans le regard.
Attablé dans un restaurant de Monte-Carlo, pas très loin de l’héliport, Arthur Ringlet, 61 ans aujourd’hui, ne ressemble plus guère à la silhouette émaciée qui a fait la une des plus importants magazines… et le tour du monde, il y a 40 ans.

Une photo, prise la veille de salon automobile de Londres 1977, a révélé au monde entier l’existence d’une automobile extraordinaire comportant 6 roues, motorisée par un big-bloc Cadillac bi-turbo.
Probablement la plus baroque des super-cars des années 1970, comportant des spécifications stupéfiantes.
À faire tourner toutes les têtes

Robert Jankel, styliste de mode et constructeur des automobiles Panther à partir de 1972, avec la magnifique J-72, puis avec la DeVille, avait construit dans le plus grand secret une Panther avant-gardiste de 600 chevaux avec un luxe d’équipements à couper le souffle.
Jankel proposait ainsi, tout simplement, la voiture la plus chère et la plus rapide du monde de l’époque : 320 km/h !
La Panther Six, décapotable, offrait même, une foultitude de gadgets, à la plus riche des clientèles visées.
Le projet avait été tenu secret et la couverture presse fut digne du plus grand constructeur du monde !

Arthur Ringlet, entre deux verres de champagne, me raconte les premiers jours de sa planque à Byfleet, fief de la Panther Westwind Limited, des jours passés à se cacher dans le bosquet situé à quelques mètres de l’entrée… et sa capture par la police locale après qu’il a réussi à pénétrer dans l’usine durant la pause de midi…
Arthur, confondu avec un customizeur fou qui œuvrait dans les mêmes parages depuis quelques semaines, et qui construisait de son coté une voiture sport à 6 roues équipée de deux moteurs Rover V8 placés cote-à-cote (la future Sonic, pour le compte du fabricant de jantes Woolfrace), fut conduit au commissariat où il va passer plusieurs heures de maltraitances, d’humiliations, mais qui se terminera par un passage au tabac du coin pour acheter le Times et un paquet de cigarette…

Revenu se planquer devant l’usine de Robert Jankel, il va être le témoin de quelques essais routiers de la Panther Six, consistant en quelques tours du pâté de maison !
Il va consigner dans son pense-bête toutes les impressions ressenties et qu’il aurait pu subir s’il avait pu conduire cet engin… et…, va réussir à prendre une seule et unique photo floue… qui fera pourtant le tour du monde, lui assurant, par hasard un pactole financier suffisant pour lui permettre de réaliser quelques affaires juteuses.

Il n’empêche qu’il reste le seul témoin vivant de cette héroïque épopée, il nous a laissé une description précise de ce qu’il a raconté des dizaines de fois à des journalistes depuis 1977.
Parler le rend un peu malade, dit-il, mais il veut le faire, pour les générations futures… et même s’il peine parfois à comprendre que GatsbyOnline s’intéresse autant à lui, il parvient à articuler en bégayant qu’il n’a pas choisi de devenir le symbole du journaliste Gonzo ayant presque raté le reportage de sa vie…, avant de le réussir avec une photo floue et un texte minimaliste !

« Quand la Panther Six est sortie de l’usine, j’ai cru que je rêvais. Je m’attendais à voir une sorte de Panther J-72 allongée, mais ce que je voyais dépassait mon entendement. Quelqu’un s’est installé au volant, a refermé la portière, a actionné le contact… et…, le moteur s’est mis en marche… J’étais pétrifié… C’était surréaliste…. Ensuite tout est allé très vite… La voiture s’est mise à rouler. C’était magique… Je me suis précipité… La voiture à fait 3 fois le tour de l’usine et du pâté de maison, puis elle est rentrée dans l’usine… Et je suis resté là, prostré ! Une heure plus tard, une personne m’a poussé devant les caméras de 4  journalistes qui étaient venus pour « couvrir » un incendie dans l’usine voisine. Une journaliste m’a tendu un micro, c’était Jennifer Kadwell de Channel 2 News. J’ai dit : “Je suis Arthur Ringlet, j’étais planqué depuis quelques jours dans le bosquet face à l’entrée… et je suis le seul témoin de la scène » !  La journaliste m’a posé des questions sur l’incendie, mais je n’avais pas vu l’incendie, j’ai tenté d’expliquer que j’avais été témoin des premiers tours de roues d’une Panther 6 roues…, mais on m’a pris pour un fou et on m’a laissé sur place… Pendant tout ce temps, les policiers locaux, placés derrière les journalistes, menaçaient de m’emmener une seconde fois au poste de police »…

Pendant deux heures, Arthur va de nouveau se cacher dans le bosquet avant de se faufiler dans un bus amenant femmes et enfants de retour d’un mini-voyage scolaire.
« En route, la vingtaine de femmes du bus, me regardaient comme si elles avaient peur que je les viole. Mais j’avais des coliques, je sentais tellement mauvais que le contrôleur m’a envoyé au fond du bus. Je ne sais pas ce qui est arrivé ensuite »…

Aujourd’hui, Arthur est père de trois enfants de 11,  14 et 20 ans qui grandissent à Portsmouth, après plusieurs années vécues au Danemark.
Pour les fanatiques de la marque Panther, et tous les autres, il espère que son témoignage trouvera sa place dans les livres d’histoire automobile : dans cette région, l’existence de la Panther Six est encore passée sous silence.
« Quelques années plus tard, la marque Panther a été vendue à des Coréens. Je ne comprends pas que les responsables soient toujours libres… Je ne pensais pas que ma photo floue m’aurait rendu célèbre et que mon témoignage intéresserait un jour un site-web francophone !  40 ans plus tard, c’est dingue. Le pire c’est que ma femme a jeté le film négatif 35mm ou était ma photo. Je ne sais même plus ou sont mes notes de cette époque. Je suis venu à Monaco, invité par le dernier propriétaire de la Panther Six. Mais je ne l’ai toujours pas rencontré. Et pour la conférence de presse concernant cette voiture, vous êtes le seul ! Personne ne s’intéresse encore à cette merveille de l’art automobile. Des bruits circulent ».

Trois jours après ma rencontre avec Arthur Ringlet, j’ai appris que cette Panther Six, une des deux Panther Six construites, avait été vendue chez Bonhams quelques années plus tôt…, pour un prix assez faible (voir en fin de cet article)…

Deux Panther Six furent construites, l’une avec volant à gauche, l’autre avec volant à droite.
Il semble que Pirelli n’ait pas voulu finalement produire les petits pneus de 13 pouces chaussant les quatre roues avant…, la santé financière de la Panther Westwind Limited était devenue inextricable parce que les problèmes de production de la Panther Rio étaient suffisamment graves pour entraîner la cessation d’activité de l’usine.

Le devenir de la première Panther Six à direction à droite présentée pour la première fois au Salon automobile d’Earls Court est inconnu, elle a transité au Moyen-Orient…, elle était inachevée lors de la fermeture de Panther.
Revenue aux ateliers de Byfleet alors racheté par une firme Coréenne, elle y fut achevée, a été présentée à la vente Bonhams de mai 2011…, puis a disparu aux yeux du public.

La seconde Panther Six à conduite à gauche fut proposée à la vente par Straight Eight à Londres pour 150.000 livres en 1985.
Elle avait séjourné au Canada où elle fut restaurée, avant d’être renvoyée en Europe.
Abandonnée dans un entrepôt douanier en Grèce, retrouvée par hasard, elle fut rachetée par le propriétaire actuel, un juriste britannique qui s’était passionné pour cette Panther Six, après de longues négociations avec l’ancien propriétaire bulgare qui avait découvert Dieu… en prison !
Décidément, l’histoire de la Panther Six ignore la banalité.
Elle possède un document d’immatriculation V5 du Royaume-Uni (mais le numéro de châssis est absent sur la voiture elle-même) et un certificat du MOT non valide.
Après remise en état, cette Panther Six fut exposée au NEC Classic Car Show en novembre 2008 où elle fut gratifiée d’un « Best of Show ».

Les deux voitures présentent des différences notables, celle de la vente Bonhams ayant un capot ouvrant en totalité (façon Type E), mais pas de poignées de porte extérieures et les rétroviseurs sont différents.
Elle offre deux sièges séparés au lieu d’une banquette et un sélecteur au plancher.
Peinte en différentes couleurs au cours de son existence connue, la seconde voiture était bleu métallisé au début des années 1980 avant de recevoir une livrée bicolore blanc et noir.

La Panther Six apparaît aujourd’hui comme une création folle, innovatrice et exceptionnelle dans l’histoire de l’automobile et sa notoriété est inversement proportionnelle à son succès commercial…, sa carrière hypothétique suscitera toujours des questions…, la Panther Six étant strictement destinée aux extravertis de l’espèce la plus fortunée…

Panther était une marque d’artisanat à l’état pur, sachant transformer une simple masse de tôle en un objet de rêve.
Panther a toujours avancé à con­tre-courant !
Ce monstre à 6 roues dont 4 direc­trices, à moteur central Cadillac de 600 chevaux double turbo, est le re­flet exact poussé au paroxysme des vues automobiles de Bob/Robert Jankel, malheureusement décédé début des années 2000.
Au beau milieu des années ’70 en pleine crise, Panther s’est lancé à fond contre vents et marées dans la fabrication de voitu­res inspirées des grandes classi­ques : la SS 100 Jaguar (Panther J72), la Bugatti Roy­ale (Panther DeVille)… etc.etc…, deux modèles couronnés de succès à leur début.
Car tout a une fin même les plus belles histoires et ce n’est pas tout de vendre même bien quelques voitures, encore faut-il continuer.
Bob/Robert Jankel n’avait cure de ses conseils de papa…, il a toujours fait « à sa tête ».

Avis entièrement valable mais pas du tout en rapport avec celui de Robert Jankel, dont la firme était pourtant tout d’abord spécia­lisée dans la restauration d’ancêtre de prestige. Bob/Robert Jankel, ancien empereur de la confection, avait confiance en sa bonne étoile qui lui avait toujours porté chance, mais cette fois, avec la Panther Six, elle l’a aban­donné… et on peut avancer sans trop se tromper que cette 6 roues aura hâté la perte de Panther.
Ce qu’il rêvait, devait voir le jour et rien ne pouvait l’en empêcher, surtout pas celui qui trouvait cette 6 roues inven­dable et impossible à commerciali­ser…
Peut être parce que ce projet était vraiment trop insensé, trop original ou trop en avance sur le marché du véhi­cule hors du commun ?
Sûrement parce que la trésorerie de la firme était en mauvaise posture des suites des méventes de la Panther Rio…
Maintenant que ce beau projet avorté a précipité le sort d’une petite entreprise…, sa valeur d’ama­teur, son poids historique devrait n’en être que plus élevé !

1977 Panther Six, LHD.  Registration # XPE 354S (UK)  Châssis # XP3100
– Tableau de bord à affichage électronique – Stéréo complète – Télévision – Radio téléphone – Jantes BBS en alliage spécifique à la voiture – Roues avant 205/40 VR13 sur jan­tes 6 par 13 – Roues arrières 265/50 VR16 sur jantes 9 par 16 – Pneus Pirelli P7 – Freinage à triple circuit – Châssis construit spécialement suivant normes F1 – Poids total : 1300 kg – Éclairage CIBlE  4 phares à iodes – 2 roues de secours … (normal vu la différence entre AV et AR)- 2 réservoirs de 70 litres chacun – Dispositif d’extinction en cas d’incendie.
– Big-Bloc Cadillac 8 litres – 2 tur­bocompresseurs
– Vitesse maxi: 320 km/h (usine !) – Rapport poids/puissance: 2,17 kg/Ch – 0 à 100 km/h: 5,5 sec (usine) – Prix de base à l’époque de la création de l’engin (1977) : 360.000 FF (54.881 €uros)
– Prix de vente d’une des 2 Panther Six à Londres en 1985 : 150.000 £ (173.000 €uros)
Un bon placement… ? Spéculateurs réfléchissez…
Non, la voiture n’a été vendue que 41.400 €uros tout frais et taxes inclus ! Une affaire…

Sympathy for the (Panther) deVille…
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Une histoire de fou, la Panther J72…
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