1979 KANZLER Car’Liberace’s…

Les années ’70 furent prolifiques en folies diverses…, on se souviendra du groupe ABBA et de leurs accoutrements bizarres et de très mauvais goût qui étaient alors une constante dans les groupes « Pop » et « Disco »…, aux USA, dans cette mouvance, le pianiste-chanteur Liberace était davantage connu pour ses excentricités que pour ses chansons…
Cette Kanzler représente l’époque « Disco-Pop » de l’automobile, dans la mouvance des Clénet, Gatsby (eh oui… il faut assumer, j’y reviendrai plus tard) et autres « néo-classiques« …, c’est donc « normal » que Liberace a acheté cette Kanzler en 1979 et s’en est servi comme voiture quotidienne.

Liberace, né le 16 mai 1919, gagnait des montagnes d’or et était un « avide » collectionneur d’objets étranges et clinquants…, après son décès en 1987, une grande partie de ses objets de collection furent dispersés dans des ventes aux enchères…, une autre partie de ses « reliques » furent dédiées à la Fondation Liberace, une sorte de musée « paillettes & falbalas » ouvert aux nostalgiques à Las Végas dans le sous-sol d’un Casino…, là-bas, rien ne se perd jamais…
Lorsque l’intérèt du public a commencé à s’estomper, les « reliques » furent définitivement vendues aux plus offrants… et un certain Cary James qui avait travaillé comme employé de Liberace à Palm Spring en Californie, durant les 5 années précédent sa mort (la mort est inéluctable, même pour les pianistes-chanteurs à paillettes…), racheta la fameuse Kanzler en 1997… 9 ans plus tard, en avril 2006, il finit par la vendre à un ami.

Grâce au film de Steven Soderbergh : « Ma vie avec Liberace », le reste du monde a pu en apprendre un peu plus sur cette immense star du piano aux États-Unis, dont le style visuel et musical faisait passer les excentricités de Louis II de Bavière pour de l’art roman.
Pour son public, Liberace était tout à la fois : le fils modèle, le maître, l’amant, la bonne copine…, pianiste virtuose, Wladzio Valentino de son prénom, fut encouragé à jouer de la musique par son père, corniste et immigré italien, alors que sa mère d’origine polonaise ne goûtait guère la chose, considérant la musique comme un luxe inabordable pour sa famille…, il acommencé le piano à l’âge de 4 ans mais s’est attaqué dès 7 ans à des pièces exigeant une grosse technique…, peu sportif et volontiers raillé par les gosses de son âge, il va se réfugier dans l’étude acharnée du piano.

Alors que la grande dépression sévit, Liberace va décrocher ses premiers jobs en jouant des airs à la mode à gauche et à droite, cabarets, radio, dans des mariages, etc…, et bien que la vie soit devenue difficile en Amérique, il s’en tire passablement, même si ses parents désapprouvent ses emplois dans des strip-clubs.
Le musicien commence alors à mélanger ses classiques favoris avec des chansons populaires, faisant germer le style qui fera son succès à Las Vegas…, même s’il a l’occasion de jouer auprès des plus grandes formations classiques, son exercice favori restera de proposer des variations dans le style des grands compositeurs.
En avançant dans sa carrière, Liberace délaissera de plus en plus la musique classique au profit de mélanges qui valurent à Chopin et Liszt quelques triple lutz dans leurs caveaux de famille…, et s’il emprunte souvent au boogie-woogie ou au jazz, son jeu virtuose restera toujours plus proche de la technique classique, où trilles et ornementations en tout genre viennent au secours d’un « groove » quasi absent…, il se met aussi à truffer ses shows d’interventions, de petites histoires qui ravissent le public.

Avec le temps, les salles où il se produit vont devenir de plus en plus vastes…, il va adopter définitivement le candélabre posé sur son piano et un look extravagant, comme marques de fabrique et prendra « Liberace » pour nom de scène…, plus il était éreinté par les critiques musicales issues du monde classique, plus son audience et son salaire augmentaient…, au milieu des années ’50, il touchait près de 140.000 dollars pour chaque prestation au Madison Square Garden.
Liberace va ensuite s’installer à Las Vegas, en résidence, au Riviera Hotel…, la télé lui offrant aussi son heure avec « The Liberace Show », où, sans jamais abandonner son sens légendaire du kitsch, il apportera des innovations formelles.
Si le format TV lui permet d’augmenter son contrôle sur le spectacle, il est l’un des premiers à s’adresser directement au spectateur en le regardant dans les yeux via la caméra…, il touche ainsi chaque foyer directement et fidélise son cœur de cible, à savoir une audience féminine entre deux âges.

Entre les années 50 et 80, il gagnera le plus gros salaire de l’histoire de « l’entertainment américain »..., mais si le succès est total chez lui, il peine à exporter la formule…, des tournées à succès en Europe ne suffisent pas à l’imposer autant qu’en Amérique…, il poursuit donc sa carrière à Las Vegas où il s’installe au Hilton ainsi qu’au Lake Tahoe, tout en faisant fructifier d’autres affaires (restaurants, hôtels, etc)…, en 1972, son cachet pour se produire dans des nightclubs de Las Vegas, s’élevait à 300’000 dollars la semaine.
Il fut le précurseur du « Glam-Rock« …, Liberace captivait son public par un environnement coloré, des chansons dégoulinantes de tendresse, des costumes à pailettes et un humour décapant…, il adorait les beaux vêtements, les voitures et son home sweet home…, l’une des chansons qu’il préférait interpréter était « The impossible dream« , un lien avec Jacques Brel puisque cette chanson était extrapolée de « L’homme de la Mancha »…

Lorsque le « Disco » a enflammé le monde entier, Liberace s’y retrouva comme un poisson dans l’eau, avant tout grâce à son style plus que particulier…, esthétiquement parlant, ses shows se situaient au-delà de l’extravagance…, Liberace collectionnant des tenues de spectacle plus dingues les unes que les autres, des bagues grosses comme des boules à facettes, des manteaux de cinq mètres de long…, il adorait s’envoler dans les cintres et arrivait en limousine sur scène.
Les archives télévisées de l’époque le montrent vivant chez lui exactement comme sur scène, dans un faste délirant à mille miles de toute réalité…, une vie couleur champagne dans laquelle il s’invente le rôle de l’éternel fiancé pour mieux cacher son homosexualité, il poursuivait toute publication à la moindre insinuation d’homosexualité, comme le Daily Mirror qui finit par lui verser huit mille livres de dommages et intérêts.

La fin de sa carrière liée à sa santé déclinante sera marquée par la même obsession du secret…, Liberace est en fait malade du sida et succombe à une complication le 4 février 1987.
Même après sa disparition, son médecin personnel affirmera que l’artiste était mort d’une insuffisance cardiaque…, il faudra une autopsie réclamée par les autorités soupçonnant une dissimulation, pour que la vérité soit enfin révélée.
Avant cela, il eut le temps d’accomplir l’un des ses rêves: se produire au Radio City Music Hall à New York…, il y donnait une vingtaine de spectacles où il arrivait sur scène en volant dans un manteau recouvert de paillettes…, un testament musical conforme à la légende irisée de ce showman d’exception.

Son style vestimentaire très haut en couleur a inspiré Elton John à ses débuts…, son influence a également été déterminante dans la carrière de Barbra Streisand…, il était l’artiste le mieux payé de Las Vegas jusqu’à ce qu’Elvis Presley vienne lui voler ce titre.
Néanmoins, du point de vue musical , c’était un génie…, il avait un talent fou…, au point d’être reçu par le Pape PieXII, sans doute alléché par les tenues de Liberace, dont certaines peuvent se confondre avec certains vètements de style Saint Nicolas…., malgré que ce n’est pas necessairement une référence !!!
Actuellement que l’Eglise Catholique a perdu de son aura, les stars du Show-Bizz s’exhibent avec un morceau de laine rouge autour du poignet pour attirer l’argent des tenant d’une autre religion et s’éviter le mauvais oeil…

Son musée fondé par lui-même, de son vivant, en 1979, puis dont le contenu fut partiellement dispersé dix ans après sa mort (1987), en 1997, était un modèle de Kitch…, Liberace, l’extravagant, étant devenu une véritable légende et l’objet d’un culte démesuré chez les Gays…, plus Kitch que cela on mourrait.
Une aile était entièrement consacrée à ses nombreuses voitures, les unes plus délirantes que les autres…, l’autre partie était consacrée à sa passion, ou disons plutôt sa folie…, les pianos, il fallait les voir pour se dire que ce « mec » était quand même un petit peu « félé« .
Le musée était par ailleurs rempli d’objets hétéroclites, mais ayant tout Kitch, le tout accentué par des extravaguances jubilatoires de très mauvais goût, bijoux, bagues en forme de piano (vous vous en seriez douté), une garde-robe qui aurait fait pâlir Céline Dion (qui n’est pas loin pourtant), ses tenues super-extravageantes…et surtout de nombreux pianos dont certains plaqués de miroirs (comme sa Rolls-Royce), et d’autres, historiques ayant appartenu à Chopin, Brahms, Gershwin…, bref, ce musée valait le détour.

La Kanzler de Liberace, était une voiture extravaguante…, Ernest Kanzler avait voulu suivre la voie tracée par Alain Clénet, construire un engin farfelu de style « néo-classique » plus « utilisable » qu’une Excalibur (vitres électriques, capotage plus simple) et moins chère à produire…, comme les Clénet, la Kanzler n’était que du bric et broc monté sur un châssis de Lincoln MKIV (ou de Mercury Cougar) sur lequel était fixé une base de carrosserie de grande série…
Clénet a d’abord utilisé pour sa Séries I une cellule centrale de MG Midget pour en récupérer le pare-brise, les portes et tout le système ad-hoc en ce compris les charnières, serrures, etc etc…, puis, pour sa Séries II il a utilisé une cellule centrale de VW coccinelle 1303, également le pare-brise, les portes, charnières et serrures ainsi que la capote et ses armatures…, personne n’a jamais objecté quoique ce soit à ce montage, car personne n’a vu et compris ce montage.
Clénet, vivant, suite à tout cela, sur un très grand pied, d’autres l’imitèrent avec plus ou moins de succès…, mais, si la plus belle « néo-classique » de cette époque fo-folle fut la « Gatsby« , la plus loufoque fut la Kanzler…

Ernest “Ernie” Kanzler s’afficha d’emblée aux USA comme un « Designer » de talent (il y a de quoi pleurer jusqu’à la fin des temps) et fit construire son « oeuvre » par la carrosserie Newport Coachworks en Californie.
Kanzler voulait produire une série de 250 véhicules numérotées, comme le faisait Alain Clénet, mais seulement 7 furent construits avant que la Kanzler & co ferme ses portes définitivement en 1979, juste après avoir vendu une voiture au célèbre Liberace…
Pour être précis, Kanzler n’avait pas réussi à en vendre une seule…., il circulait journellement dans le Numéro un de sa « future » production, à Los Angelès et Las Végas, espérant qu’un richissime excentrique l’arrète et lui achète sa merveille…, c’est ce qui arriva…, il tomba nez à nez avec Liberace qui fut subjugué et ouvrit grand son porte-monnaie…, comme quoi un miracle est toujours possible.
Fortifié, moralement et financièrement, Kanzler commanda d’emblée 6 autres voitures à son carrossier…, la Numéro 2 fut livrée à Liberace, la numéro 3 à on ne sait plus qui d’autre…
Les 4, 5 et 6 restèrent dans la cour de la carrosserie…, Kanzler ferma donc son entreprise.

On affirme, comme si une légende devait faire perdurer cette automobile, que le père d’Ernest Kanzler travaillait comme « key executive » chez Ford Motor company durant les années 1920 et suivantes… et qu’il aurait eu des relations étroites avec Henry Ford et aurait joué un rôle important dans les finances du groupe Ford durant cette période…
Ne serait-ce qu’un gag de la même eau (sale) que les mystifications d’Alain Clénet ou il prétendait être l’ami d’Edsel Ford) ?…
Pas vraiment puisque c »est la soeur du père d’Ernest Kanzler qui a épousé Edsel Ford…
Comme son père, « Ernie » Kanzler a travaillé pour Ford, puis, ensuite chez Frank Lloyd Wright, ou il a développé la première course automobile dénommée « First titanium race car » et cela en collaboration avec Peter Bryant en 1969…, il a aussi créé, dessiné et produit la cabine du bateau de plaisance « Marauder Cabin cruiser’s« .

La Kanzler de Liberace qui porte le numéro 2… a été construite sur base d’un châssis de Lincoln-Mercury-Cougar-Ford 1979 entièrement modifié et utilisant « son » moteurLincoln-Mercury-Cougar-Ford 351 V-8 avec une transmission automatique…., mais…, la carrosserie provient d’une Opel GT… et les « continuations » de lignes ont été réalisées en polyester, de même que les longues ailes, la partie avant et le coffre.
Le prix de vente de cette « merveille« , en 1979 était de 60,000.00 US$, soit bien plus que la plus chère des Rolls-Royce et/ou Ferrari de cette époque…, Liberace ne se serait sans nul doute, jamais « abaissé » à rouler semi-prolétaire dans une Opel GT qui ne valait alors même pas 5,000.00 US$, mais qui était « transcendée » en étant posée sur un châssis de Lincoln-Mercury… au point d’en valoir 12 fois plus !!!!

Le public se pamait donc pour cette Kanzler qui était l’attraction roulante de Las Vegas…, à cette époque, le public se passionait pour tout et rien, ABBA en est un exemple…, dès que la foule voyait apparaitre le bout du capot de cette Kanzler, elle se mettait à hurler de joie, sachant qu’à l’autre bout se trouvait Liberace…
Jhonny Halliday, en Europe s’est, de son coté, essayé à ces grandes pitreries pathétiques avec une Panther de Ville, construite sur la base d’une Jaguar XJ-12 recarrossée avec une Austin Marina 4 portes…, le tout se voulant la résurrection de la Bugatti Royale…, autre temps, autre époque, autres moeurs…, maintenant, pour être branché, il faut une Enzo Ferrari FXX de 2 millions d’euros ou/et une Bugatti Machin-bazar à 5 millions pour ne pas avoir l’air con…

Durant l’été 2006, la Kanzler numéro 2 de Liberace stockée dans le musée fut vendue à un ami de Cary james qui l’avait lui-même achetée lors de la succession Liberace…, cette ex-Liberace Kanzler-Opel Gt coupe créée par Ernest Kanzler, construite dans une obscure carrosserie de Los Angeles, en polyester et motorisée par un V-8 Mercury Cougar, n’a pas trouvé preneur….
L’acquéreur placa la voiture sur eBay, espérant en retirer un large profit, annoncant qu’il ne restait que 2 Kanzler au monde et que celle-ci, la N° 2 avait appartenu à Liberace…, comme cela n’eut aucune suite il m’a alors contacté pour me la proposer, ce qui a entrainé la publication de cet article… en cette suite il pense maintenant la placer dans une vente aux enchères…, je lui ai suggéré de rouler dans les rues de Las Vegas en attente qu’un richissime fou l’arrète et lui propose une montagne d’or…

Pour vous aider à mieux juger cette Kanzler, voici l’Opel GT qui a servi de base pour cette « re-création » délirante…, son design a impliqué de célèbres stylistes de GM comme Clare McKichan (connu pour ses Chevy des années 1950) et Chuck Jordan (connu pour beaucoup de véhicules, notamment la Camaro des années 1960, la Corvair Monza et la Corvette StingRay).
L’ Opel GT était une voiture de sport coupé deux places qui fut commercialisée par Opel à partir de 1968… elle était au départ équipée d’un moteur 4 cylindres en ligne de 1100 cm³, soupapes en tête, développant 67 ch (SAE) à 6000 tr/min…, en option, était proposé un moteur 4 cylindres en ligne de 1900 cm³ à arbre à cames en tête, développant 102 ch (SAE) entre 5200 et 5400 tr/min…, en 1971, à la suite de régularisations concernant les émissions, Opel réduisit le taux de compression du moteur 1900 USA, ce qui fit retomber la puissance de ce moteur à 83 ch (SAE).
Il y eut également un modèle GT/J (Junior), qui était une version européenne de la 1900 GT moins onéreuse…, une version à transmission automatique (3 vitesses) était cependant disponible avec le moteur 1900 cm³…, quoique l’Opel GT était équipée d’une transmission manuelle à 4 rapports.

La production de l’Opel GT s’étendit entre 1968 et 1973…, elle était équipée d’un châssis monocoque métallique et d’un moteur longitudinal à l’avant, avec transmission aux roues arrières.
Le moteur à arbre à cames en tête était monté très en arrière du châssis pour améliorer la répartition de poids…, l’Opel GT était équipée de disques de freins à l’avant et de tambours à l’arrière, et d’un système de freinage assisté…, la direction n’était quant à elle pas assistée.

Une caractéristique de l’Opel GT était son mécanisme des phares rétractables…, ce mécanisme était actionné manuellement grâce à un levier disposé sur la console centrale entre les deux sièges…, contrairement aux mécanismes de phares rétractables habituels, ceux de l’Opel GT tournaient (un demi-tour) sur leur axe longitudinal.
L’Opel GT n’avait absolument aucun coffre ou hayon extérieur…, il y avait un espace de rangement uniquement accessible par l’intérieur (mais très mal placé, derrière les sièges) et séparé de l’habitacle par une toile tendue…, c’est également par là qu’on avait accès à la roue de secours et aux quelques outils.
Un total de 103.463 voitures furent vendues entre 1968 et 1973.